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DE LA PARENTÉ DES IBÈRES AVEC LES CELTES

Quoiqu’il m’arrive de parler d’autochthones, je ne prétends nullement décider cette question, mais indiquer jusqu’où s’étendent nos connaissances actuelles. J’appelle donc habitants primitifs d’un pays ceux qu’aucun témoignage historique ne nous autorise à prendre pour des immigrants, et dans ce sens seulement j’ai qualifié de la sorte les Ibères de l’Espagne, de la Gaule et des îles de la Méditerranée. D’où vinrent ces Ibères? Je n’entends point résoudre le problème. Ce n’est pas ici le lieu de placer les

dus), irina (farina), senarra (senior). Yoy. aussi S. Chaho ( Histoire de I Basques , p. 132).

M. Malm ( Caracteristik der Baskischen sprache) cite beaucoup d’autres mots basques de cette catégorie :

Er, erre (arere, aridus), urgitu (arcere), aditu (audire), necatu (necare), asmatu (æstimare), maubalu (baubari), mainatu (balneum), lia:tatu,a;catu (lastare, taiare), isil, igil (silero), egotz (jacere), eror (ruere), egos, ugot (coquere), surrup (sorbere), ikas (J«ixiuu.i, docere), palacua, palacutu (placare), etc.

On remarquera que ces mots ne font pas partie du vocabulaire religieux, administratif et industriel que les Ibères durent nécessairement emprunter aux Romains. On pourrait en grossir beaucoup la liste, et il est probable que les Ligures ibériens, dans leurs migrations on Italie, en ont laissé la plupart dans la langue latine.

Le grec, d’après M. Mahn, contient beaucoup d’éléments ibères. Néanmoins, la rechercho des mots basques dans les langues de l’antiquité, dans le celtique et dans les idiomes germaniques, est loin d’ètre achevée.

Micali (Storia degli anliclii \topoli italiani, vol. I, ch. vu) fait, au contraire, des Ligures la race aulocklhone du nord de l’ilalie. Il pense qu’il

recherches philologiques nécessaires à sa solution, et je n’en parle que pour éviter tout malentendu. Je ne crois pas m’étre trompé en montrant plus haut que les Ibères différaient des Celtes par la race, la langue et le caractère. Mais, par là, je ne nie point cependant qu’à une époque reculée les deux nations n’aient pu appartenir à la même souche, et que les Ibères ne soient peut-être un rameau du grand arbre celtique. On peut dire des Ibères ce que Mannert dit des Ligures avec beaucoup de sagacité : qu’ils ne descendent pas des Celtes que nous connaissons dans la Gaule, mais qu’ils pourraient bien être une branche sœur d’une tige orientale plus ancienne. Mais, tant que de profondes recherches philologiques n’auront point confirmé cette opinion, elle restera pour nous dans le domaine des hypothèses.

y avait identité entre les lettres et probablement entre les langues des Ligures italiotes et des peuples de l'ouest et du midi de l'Italie; d’où il a conclu qu'il avait dû exister une langue italique primitive.

Comment s’opéra la migration des Ligures en Italie? M. Amédée Thierry, qui la place vers le xvi® siècle avant l’ère chrétienne, la raconte ainsi : « Tandis que les Galls se pressaient dans l’Occident et le centre de l’Es- » pagne, les nations ibériennes, refoulées sur la côte de l'est, forcèrent » les passages orientaux des Pyrénées. La nation des Sicanes, la première, » pénétra dans la Gaule, qu'elle ne fit que traverser, et entra en Italie » par le littoral do la Méditerranée.

» Sur ces traces arrivèrent les Ligures, originaires de la chaîne de » montagnes au pied de laquelle coule la Guadiana, et chassés de leur » pays par les Celtes. Trouvant la côte déblayée par les Sicanes, ils s’y » fixèrent à demeure, entre l'embouchure de la petite rivière du Ter, en > Espagne, et celle de l'Arno, embrassant dans une zone semi-circulaire s le golfe qui dès lors porta leur nom. Plus tard, à mesure qu'ils se mul- » tiplièrent, leur établissement en Gaule s’étendit à l'occident du Rhône • jusqu'aux Cévennes, à l'orient jusqu'à l’Isère, aux Alpes et au Var. » (Hist. des Gaulois , t. I, p. 7.) (Trad.)

DE L’OPINION D’UNE PROCHE PARENTÉ DE LA LANGUE BASQUE AVEC LES LANGUES AMÉRICAINES.

Pour en revenir à la langue basque, dont l’application aux monuments historiques et aux témoignages concernant les habitants primitifs de l’Espagne fait le but de ces recherches, je la considère comme une langue purement européenne, une des plus anciennes, et, si j’ose m’exprimer ainsi, la plus ancienne de la partie du monde que nous habitons. C’est bien la langue d’un peuple antique, répandu sur un immense espace, et dont la destinée est étroitement liée à l’histoire primitive de l’Europe occidentale. On a remarqué, avec raison, l’étrangeté de sa construction grammaticale, notamment de ses conjugaisons, qui, sur ce point, la rapprocheraient des langues de l’Amérique *.

i. M. Malm (Dcnkmaler der liaskischen tprache) a aussi traité ce point :

Les suffixes ou flexions verbales dan3 le sanscrit marquent les relations du pronom sujet. En basque, les suflixes et les préfixes marquent nonfeeulement les relations du pronom sujet, mais, avec la même régularité, toutes les relations possibles de pronoms personnels : sujet, régime direct ou régime indirect. Cette contexture des verbes basques est appelée incorporation ( einterleibung ) par G. de Humbolt. Certains idiomes de l'Amérique du Nord, par exemple le delaware, offrent sous ce rapport de l’analogie avec le basque. Les langues mexicaines en diffèrent en ceci qu’un seul verbe, par adjonction successive de suflixes, voire même de noms, peut exprimer une phrase tout entière. L'italien lui-même présente quelques verbes isolés dont les suflixes expriment les relations de pronoms, comme inviare, inviarti, inciartelo (envoyer, t’envoyer, te l’en-

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Vater, à qui la science des langues doit l'achèvement du Mithridate d’Adelung, nous fournit, dans ses recherches sur les peuples américains, un tableau de la construction générale de ces langues, qui est la base indispensable des nouvelles études sur la matière. La comparaison de ces langues avec le basque offre certainement des résultats qui étonnent. La ressemblance s’étend encore plus loin qu’aux conjugaisons. Ainsi la lettre f manque à la plupart des langues américaines, comme à la langue basque. Elles répugnent également a toute liaison directe des consonnes muettes et liquides, dans laquelle les liquides se trouveraient à la fin du mot.

Par exemple, la langue Othomi présente des liaisons de 1’» avec presque toutes les consonnes suivantes. Pourtant, aucune 'de ces analogies grammaticales n’autorise

voyer); portando, portandori, portandovelo (portant, vous portant, vous le portant). Mais ce n'est pas là un principe général.

Cette particularité se retrouve parfois dans les langues sémitiques. Ainsi, en hébreu, les suffixes marquent toutes les relations do pronoms : exemple : qdtal, qdtdltd, q'taltdni : il a tué, tu as tué, tu m'as tué (W, tu ; ni, moi). De même en hongrois : ldi (voir), hilok (je vois), lâlUik (je te vois).

L’incorporation s'étend surtout aux verbes auxiliaires être et avoir, qui, composés avec des participes exprimant le présent, le passé et le futur, forment l’unique conjugaison de la langue basque. A part l'incorporation, la langue basque est supérieure au turc, qui n’a aucun verbe équivalent à l’auxiliaire avoir ; le verbe substantif être fait tous les frais de la conjugaison turque.

Le premier terme des mots composés de la langue basque se réduit à la syllabe initiale de la racine, souvent môme à une simple voyelle du mot primitif. Ainsi : ad-otsa, le tonnerre, de odeia, nuage, et otsa, bruit; mol à mot : bruit des nuages.

Les langues de l'Amérique du Nord, le delaware surtout, emploient le même procédé dans les mots composés. Ainsi : lenape, homme, de lenni, indigène, et apc, marcher debout ; mot à mol : l'indigène qui marche debout. Voir études grammaticales sur la langue ouskarienne, par Th. d'Abbadie et A. Cbaho. (Paris, 1836, Bertrand.) (Trad.)

SUU LES HABITANTS PRIMITIFS DE L’ESPAGNE 15i à penser que la langue basque dériva de ces langues, ou même, fasse partie de la mémo famillo. On ignore encore, faute do documents, si cetto ressemblance s’étend aussi aux radicaux. Tout ce qu’on sait jusqu’ici est, à mon avis, sans portée aucune. On prétend, pour établir cette parenté, qu’à l’origine les hommes habitaient ensemble sur un espace relativement peu étendu, d’où plus tard ils se sont répandus au loin dans des contrées éloignées les unes des autres, séparées par des continents et des mers*. A mon sens, ces ressemblances doivent être appréciées tout différemment. Un examen plus sérieux les fait paraître moins nombreuses et moins étranges. La conjugaison basque prend dans ses connexions une forme que je n’ai jamais trouvée dans les langues américaines. En basque, la conjugaison régulière comporte lo verbe auxiliaire, ce qui n’a presque jamais lieu dans les langues américaines. C’est là une différence extrêmement importante. Au contraire, toutes les langues européennes présentent des traits caractéristiques de la conjugaison basque, surtout dans les flexions. De semblables particularités grammaticales servent plutôt, selon moi, à indiquer le degré de formation des langues, que leur parenté avec d’autres, et une étude plus approfondie pourra seule décider ces derniers points. La physionomie des langues parlées par des peuples encore barbares se révèle surtout dans les déclinaisons et les conjugaisons, car le barbare, pour construire des formes grammaticales , lie entre elles, le plus étroitement possible, les syllabes dont le sens est analogue.

1 . Cetie hypothèse a été émise dans un ouvrage publié en Amérique, et peu connu encore en Europe : Rescarches on America being an attempt to seule some points relatives to the Aborigènes of America, by James H. Mac Colloch Junior. (Baltimore by Jos. Robinson, 1st7.) (//.)

Cela se laisse surtout apercevoir dans le rapport du verbe et du sujet. Les formes multiples qui en résultent peuvent toutes être obtenues par ce procédé, sans qu’il soit nécessaire d’attribuer à ces peuples une préférence particulière pour ces formes. En étudiant leurs langues, on est souvent embarrassé pour décider si les syllabes forment, ou non, un mot. Car, à la rigueur, l’unité du mot n’est déterminée que par l’accent, qui, presque toujours, nous est inconnu. Or, l’absence de l’accent tonique dans les terminaisons empêche de constater si deux mots sont contractés en un -seul , parce que la lettre initiale du second terme a subi un changement sous l’influence de la lettre finale du premier. Ainsi, en mixteca, il est douteux si le sujet est incorporé au verbe (comme en mexicain), ou s’il le suit, comme en allemand. La séparation nettement marquée des mots appartient à un degré supérieur de formation, et la conjugaison est toujours en rapport avec ce progrès. La construction de la langue basque nous indique ses degrés de formation, l’époque où ils se sont opérés, et nous permet d’avancer que, de toutes les langues européennes, c’est celle qui a subi le moins de changements, et qui est restée le plus conforme à sa structure originelle. J’y vois une preuve de plus à l’appui do l’opinion exprimée plus haut, de la haute antiquité du peuple ibère. Les Grecs et les Romains n’ont certainement apparu que plus tard ; et, de tous les peuples européens, les Pélasges antéhelléniques peuvent seuls à ce point de vue être comparés aux Ibères.

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