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II. — TIGES FOLIÉES

Si les racines de Gentiane jaune ont fait l’objet d’un très grand nombre de travaux, comme on a pu s’en rendre compte au début de ce chapitre, les tiges foliées de cette même plante ont toujours été négligées par les chimistes, et je n’ai pu rencontrer, dans la littérature, une seule note les concernant.

On a fait deux essais ; l’un a porté sur des tiges foliées de même provenance que les racines : elles avaient été cueillies dans les Vosges, à Gérardmer, le 13 octobre 1909. A cette époque, la végétation était terminée, les feuilles commençaient à se flétrir, la plupart étaient déjà jaunes. Le deuxième essai a été fait sur des organes cueillis en pleine végétation, après la floraison, dans les Alpes, au Lautaret, le 14 août 1912.

Voici les résultats de ces deux essais biochimiques :

13 octobre 1909 14 ooût 1913

Rotation initiale (1=2). — 3°22’ — 2”50’

Rotation après action de l’invertine. — 5n2’ — 5«7’

Rotation après action de l’émulsine. + 36’ + 3°24’

Sucre réducteur initiai. loir ,653 29r.,226

Sucre réducteur après action de l'invertine. 2 , 712 3 , 850

Sucre réducteur après action de l’émulsine. 3 , 528 5 , 756

Examinons d’abord l’essai des tiges foliées cueillies le 13 octobre. Sous l’action de l’invertine, on a constaté un recul de la déviation de fSO’ avec formation de 1 gr.,059 de sucre réducteur, soit un indice de 577, assez rapproché de celui du saccharose 603. Si on calcule le changement de déviation produit par l’hydrolyse de 1 gr.,006 de saccharose (quantité correspondant à 1 gr.,059 de sucre interverti), on trouve 1“45’, chiffre très voisin du recul trouvé 1°50’. 11 est donc probable qu’à cette époque, les tiges foliées de Gentiane jaune renfermaient seulement du saccharose.

Sous l’action de l’émulsine, il s’est fait un retour de la dévia-

tion de 5°48' avec formation de Ogr.,816 de sucre réducteur, soit un indice de 140, plus faible que l’indice que l’on a trouvé dans les racines, mais encore assez différent de celui de la gentiopicrine, 111. Après cet essai, on avait uniquement l’indication de la présence dans les tiges foliées d’une assez forte proportion de principe glucosidique hydrolysable par l’émulsine, sans qu’il fût possible de dire si ce principe était le même que celui qui existe dans les racines.

Dans l’essai des tiges foliées cueillies le 14 août, on va voir que l’on a obtenu des indices forts différents des précédents, et se rapprochant assez étroitement de ceux que nous a donnés l’essai des racines.

Sous l’action de l’invertine, on a observé un recul de la déviation de 2°17’ et un indice de 706 : sucre réducteur formé 1 gr.,624.

Sous l’action de l’émulsine, le retour de la déviation est notablement plus fort que dans le premier essai : 8°31’ au lieu de 5“48’ ; il s’est formé 1 gr.,906 de sucre réducteur, ce qui donne un indice de 224.

Comparons encore de plus près les résultats obtenus sous l’action de ce ferment au cours des deux essais :

Dans le premier, on a constaté, après 2 jours d’hydrolyse, un retour de 4°7’ avec un indice de 142 (sucre réducteur formé :

0 gr.,588) ; du Séjour à la fin de l’hydrolyse,l’indice est resté sensiblement le même, 135, pour un retour de la déviation de 1»41’.

Dans le second, l’indice que l’on calcule, après 2 jours, est de 132 pour un retour de 4"43’, mais, du 3« au 24® jour, c’est-àdire jusqu'à l’arrêt de l’hydrolyse, l’indice a plus que doublé : pour un retour de 3°48’, il est devenu de 337.

Le premier essai ayant été fait sur des tiges foliées arrivées à la fin de leur végétation, et ayant subi déjà, sans doute, l’action de la gelée, il est possible que certains principes peu stables aient été détruits, c’est pourquoi l’on doit regarder l’essai fait sur des organes cueillis en pleine végétation, le 14 août, comme donnant plus exactement la composition de ces organes.

En conséquence, on a essayé l’extraction des principes

immédiats sur des .tiges roliées qui avaient été récoltées, au .Lautaret, en même temps que celles qui qnt été utilisées pour le deuxième essai.

3.000 grammes de tiges foliées ont été traitées par l’alcool bouillant, à Paris, trois jours après leur récplte. On a-préparé de la sorte ,up extrait alcoolique pesant, à l’état sec, 293 grammes. On a cherché à en extraire la gentiopicrine.

La méthode que l'on a utilisée pour l’extraction de ce glucoside des racines des Gentianes n’est pas applicable aux feuilles ou aux tiges foliées. La composition de ces derniers organes est plus complexe que celle des racines ; en traitant directement l’extrait alcoolique par l’éther acétique hydraté et bouillant, on dissout, dans ce véhicule, en même temps que lè glucoside cherché, une assez forte proportion de matières étrangères, notamment des tanins, dont la présence empêche, par la suite, la cristallisation delà gentiopicrine.

Le procédé suivant qui consiste, somme toute, à opérer l’extraction à l'éther acétique sur un extrait convenablement purifié m’a toujou-rs donné de bon résultats.

L’extrait alcoolique dont il vient d’être question a été traité à deux reprises par 1.000 cm^ d’alcool à 95' bouillant, en ayant soin après chaque traitement de laisser le liquide pendant au moins 24 heures sur l’extrait non dissous avant de le décanter. On a réuni les liqueurs alcooliques, on a distillé l’alcool au bain-marie, puis on a évaporé le résidu sirupeux, à sec, sous pression réduite. L’extrait pesait 138 grammes. On l’a repris par l’eau distillée de façon à faire une solution à 5 pour 100 ; on a filtré pour séparer les substances résineuses entraînées par l’alcool et on a déféqué complètement par l’acétate basique de plomb. On a séparé à la trompe le précipité formé et on a éliminé l'excès de plomb par l'hydrogène sulfuré ; on a filtré et on a distillé le liquide limpide et à peu près incolore, sous pression réduite, sans dépasser -|- 40°, de façon à éviter l’action hydrolysante de l’acide acétique qu’on arrive ainsi à éliminer totalement.

Finalement, on a obtenu un extrait sec, jaune pâlé, pesant 100 grammes, que l’on a traité, à trois reprises, par ,500 cm=* d’éther acétique à l’ébullition. Par refroidissement, il s’est fait

une abondante cristallisation de gentiopicrine. On a séparé les cristaux ; on a réuni les éthers acétiques et on les a concentrés à 500 cm3 ; une nouvelle quantité de genüopicnne a cristallisé. On a obtenu 9 grammes de gentiopicrine pour les 3.000 grammes de tiges foliées. Après une nouvelle cristallisation Lns l’éther acétique, le produit possédait un pouvoir rotatoire

196°,6 ; c'était donc bien de la gentiopicrine.

On a ainsi retrouvé, dans les tiges foliées de Gentiana lutea L., le même glucoside que dans les racines. Bien que e rendement ne soit ici que de 3 grammes pour 1 kilogramme de matière première, on pourrait avantageusement retirer la gentiopicrine des tiges foliées de Gentiana lutea L. au heu de s’adresser aux racines, les tiges foliées de Gentiane n ayant a l’heure actuelle aucune valeur commerciale.

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