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CHAPITRE I. — HISTORIQUE DES INSTRUMENTS ET DES MÉTHODES

Il y a, dans ces quelques lignes, deux faits d’un grand inlérôl, le premier qui confirme la date de l’usage de l’aiguille aimantée fait couramment par nos marins, et le second qui précise la manière dont cette aiguille était soutenue sur l’eau, justifiant ainsi le nom de calamite qui lui avait été primitivement donné.

On ne sait pas très bien, au contraire, malgré tous les motifs que l’on a de croire à une date sensiblement antérieure, celle à laquelle les marins arabes ont commencé à se servir de la boussole aquatique. C’est seulement dans un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, terminé en l’an 68i de l’IIégire (1282 ans de J.-C ), que l’auleur Bailak mentionne l’usage de l’aimant dans la navigation vers 1242, en donnant une description précise de l’instrument.

« Les capitaines qui naviguent dans la mer de Syrie, dit-il, lorsque la nuit est tellement obscure qu’ils ne peuvent apercevoir aucune étoile pour se diriger selon la détermination des quatre points cardinaux, prennent un vase rempli d’eau qu’ils mettent à l’abri du vent, en le plaçant dans l’intérieur du navire; ensuite ils prennent une aiguille qu’ils enfoncent dans une cheville de bois ou dans un chalumeau, de telle sorte qu’elle forme comme une croix. Ils la jettent dans l’eau que contient le vase disposé à cet effet et elle y surnage. .. J’ai vu cela de mes yeux durant notre voyage par mer, de Tripoli de Syrie à Alexandrie, en l’année 640 (1242 de J.-C.).

)) On dit que les capitaines qui voyagent dans la mer de l’Inde remplacent l’aiguille et la cheville de bois par une sorte de poisson de fer mince, creux et disposé de telle façon que, lorsqu’on le jette dans l’eau, il surnage et désigne par sa tête et par sa queue les deux points du Nord et du Midi. »

Klaproth fait remarquer avec raison que ce que dit Bailak du poisson dont on se servait dans les mers de l’Inde, à l’époque où il voyageait sur les côtes de Syrie, démontre que cette pratique y était connue antérieurement, et il en conclut que la boussole était sûrement en usage au commencement du XII® siècle, aussi bien chez les Arabes que chez les

Européens. Dans tous les cas, rinveiuion de la boussole ne saurait être allribuée, comme on l’a fait pendant très longtemps, à Flavio Gioja, né dans un village voisin d’Amalfi ('), vers la fin du XIII® siècle, et Libri le reconnaît tout le premier en essayant cependant d’expliquer cette légende par un perfectionnement que pouvait avoir apporté son compatriote à la construction de l’instrument (-).

On sait, au surplus, à n’en pas douter, que les Chinois ont connu, dès la plus haute antiquité, les propriétés de l’aimant et, en particulier, sa polarité. Dès Tan 121 de J.-C., on trouve dans un dictionnaire cette définition caractéristique : Aimant, nom d’une pierre avec laquelle on peut donner la direction à l’aiguille. Dans un autre dictionnaire, composé au xi® siècle, il est dit que de a65 à 4 >9 de J.-C., il y avait des navires qui se dirigeaient vers le Sud au moyen de l’aimant.

Toutefois, dans les textes consultés par Klaprotli, la première description bien nette de la boussole ne se trouve qu’à une date comprise entre nu et 1 1 1 7 de J.-C.

Sans entrer dans tous les détails de l’histoire de la boussole chinoise et en laissant de côté les chars magnétiques imaginés peut-être les premiers pour servir à guider dans les voyages par terre, nous ajouterons que les boussoles à eau ont continué pendant longtemps à être en usage en Chine, mais que les boussoles sans eau, dans lesquelles l’aiguille aimantée reposait sur un pivot comme dans les instruments actuels, sont aussi très anciennes. Leur mode de suspension était si ingénieux, que l’aiguille, très courte et très légère, il est vrai, restait de niveau dans toutes les parties du globe, c’est-à-dire que V inclinaison ne s’y manifestait pas comme cela arrive avec nos aiguilles.

S’ils avaient su éviter les inconvénients de l’inclinaison qu’ils semblent avoir connus et prévus, les Chinois n’ignoraient pas

(') Cette opinion avait même été célébrée envers :

Prima dédit nautis iisum magnetis Amalphis.

et encore ;

Inventrix prœclara fuit magnetis Amalphis.

(’) Dans (le nouveaux Aperçus historiques sur la Boussole, d'Avezac détruit définitivement celte illusion (Séance de la Société de Géographie du 20 avril iStio).

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