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CHAPITRE I. — HISTORIQUE DES INSTRUMENTS ET DES MÉTHODES. 3q

Face d’un astrolabe des collections du Conservatoire des Arts et Métiers.

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1 azimut de la kliéblah ou héblah ('), pour déterminer l’amplitude ortive et l’amplitude occase de tel ou tel astre et notamment celles du Soleil, d’où la durée du jour et de la courbe crépusculaire du matin ou du soir (crépuscule ou aurore). Mais il est bien certain aussi, bien qu’il n’en soit pas question dans l’Ouvrage d’Aboul Hbassan, que l’astrolabe était utilisé dans les voyages par terre et par mer.

Quoi qu’il en soit, la vogue de cet instrument devait durer bien au-delà de l’époque de la civilisation florissante des Arabes, et nous en trouverons la preuve et les conséquences pour les progrès de la Géographie, de la Navigation et de la Topographie, chez les autres peuples et dans les temps modernes.

Nous n’avons pas voulu insister sur un autre instrument, le quadrant ou quart de cercle portatif, dont les Arabes faisaient également un grand usage. Nous le trouverons mentionné comme ayant été utilisé depuis longtemps pour la navigation dans les mers de l’Inde, et l’on sait le rôle considérable qu’il a joué en Astronomie, en Géodésie et en Topographie; mais sa construction très simple ne comportait pas les détails dans lesquels nous avons dû entrer à propos de l’astrolabe (-).

Ce sont aussi les Arabes qui ont fait connaître aux navigateurs européens la précieuse propriété de l’aiguille aimantée qui leur avait été révélée par les Chinois, vraisemblablement au commencement du xii® siècle ou peut-être môme un peu plus tôt.

On a si souvent, môme dans des publications récentes, donné des renseignements erronés sur les origines de la boussole, que nous nous décidons à reproduire ici ceux qui

(') Direction des oratoires musulmans, vers le Temple de la Mecque.

(-) Sur leurs quarts de cercle, comme sur leurs astrolabes, indépendamment de la division des arcs en degrés, les Arabes traçaient dillërenles lignes pour aider à résoudre graphiquement les mêmes problèmes. On trouve donc là l’origine des quartiers de réduction et, en général, celle des diagrammes, si nombreux aujourd’hui, destinés à al)réger les calculs numériques. Cette simple remarque nous paraît avoir son importance dans l’ensemble des idées heureuses que nous devons aux Arabes.

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résullenl des recherches concordantes de deux éminents philologues, Amédée .laubert et Klaproth, qui ont, le dernier surtout, complètement élucidé la question.

Dans un Ouvrage où la plus haute érudition s’allie à la plus saine critique, modestement intitulé : Lettre à M. le baron A. de Humholdt sur Vinvention de la Boussole ('). klaproth énumère d’abord les noms donnés à l’aimant et à l’aiguille aimantée dans presque tous les idiomes d’Asie et d’Europe, et lait justice des prétentions affichées par plusieurs peuples occidentaux de les avoir créés et imposés aux autres (-).

Son attention se porte ensuite sur la question de savoir à quelle époque remonte la connaissance de la polarité de l’aimant, d’où est venu l’usage de l’aiguille aimantée dans la navigation, dans les voyages sur les continents, plus lard dans les relevés des itinéraires et enfin dans les reconnaissances topographiques. Il établit, contrairement à l’opinion du savant physicien Hanslæn (^), qu’en Europe, aucun document sur ce sujet n’est antérieur à la fin du xii® siècle. Il rappelle alors les vers bien connus de Guyol de Provins, extraits d’une pièce satirique intitulée la Bible, qui date environ de 1190 et

(') J. Klaproth, Lettre sur l’invention de la Boussole. Paris, Librairie orientale de Prosper Doiuley-Dupré; 1884.

(’) En France, nous n’avons pas écliappé à ce léger ridicule, en supposant d’abord que les mots calamite et marinière ou marinette donnés primitivement à la boussole étaient d’origine française, enfin en admettant que la Heur de lys, généralement adoptée par les peuples européens pour indiquer le Nord sur la rose des vents, était un indice évident de la priorité liistorique de l’emploi de la boussole par les marins français. Or le mot calamite est grec et anciennement employé par tous les peuples latins pour désigner l’aimant, et ceux de marinière ou de marinette, dus à des erreurs de transcription, doivent être remplacés, d’après Paulin Paris, par amaniere, pierre d’aimant, ou manete, encore dérivé du grec ixayvi^TYi;. Quant à la fleur de lys, il y a, en effet, bien des chances pour qu'elle date des croisades et du temps de saint Louis, c’est-à-dire peu après que les Francs eurent emprunté l’usage de l’aiguille aimantée aux Araltes. Mais les Allemands ont prétendu à leur tour à cette priorité en se fondant sur ce ([ue les noms de la rose des vents sont d’origine germanique.

(q Hanstæn avait cru, d’après un passage d’un ancien Ouvrage norvégien, sûrement intercalé postérieurement, que l’aiguille aimantée était connue en Islande dès le xi° siècle.

dont nous ne citerons que les suivants, les plus significatifs :

Quand la mers est obscure et brune,

Qu’on ne voit estoilo né lune.

Dont font à l’aiguille aliuner (');

Puis n’ont-ils garde d’esgarer.

Contre l’estoile va la pointe.

Par ce, sont li marinier cointe De la droite voie tenir.

C’est un ars qui ne peut fallir.

Beaucoup d’autres auteurs, français pour la plupart, un anglais et un italien, postérieurs à Guyot de Provins, Jacques de Vitry, Gauthier d’Espinois, Brunetto Latini, Albert le Grand, Vincent de Beauvais, ont parlé de l’aiguille aimantée, et les deux derniers avaient cru trouver dans une traduction arabe d’un prétendu Traité d’Aristote sur les pierres, que la polarité de l’aimant était connue des Grecs, mais cela n’est aucunement fondé et prouve simplement, selon Klaproth, « que ce qu’on savait à cette époque sur ce sujet provenait de livres arabes (-) ».

Citons encore ce passage tout à fait explicite tenu pour incontestable par notre auteur sur le sens critique duquel on peut assurément compter :

(c Sous le règne de Saint Louis (ainsi entre 1226 et 1270), dit le savant jésuite Biccioli, les navigateurs français se servaient déjà ordinairement de X aiguille aimantée, qu’ils tenaient nageant dans un petit vase d’eau et qui était soutenue par deux tubes pour ne pas aller au fond. »

(') Alors les mariniers placent une lumière près de l’aiguille. (Paulin Paris.)

(^) D’Avezac, cet autre érudit si bien informé, dans une Note lue en i858, à la Société de Géographie de Paris, et intitulée : Anciens témoignages historiques relatifs à la boussole, n’était pas éloigné d’admettre que la polarité de l’aimant pouvait remonter jusqu’au temps d’Aristote ou de quelqu’un de ses élèves. J1 faisait connaître en outre deux textes inédits découverts par M. Thomas Wright et qui, non seulement conlirmenl que la boussole était employée à la lin du xii° siècle par les marins de l’Europe, mais démontrent que l’aiguille était déjà posée en équilibre sur un pivot et y oscillait circulairemenl. L’auteur de ces textes était un Anglais du nom de Neckam (Alexandre) qui avait enseigné à TUniversilé de Paris de 1180 à 11S7 et était mort en 1217, à Kemsey, près de Worcesler.

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