‹ Recherches sur les instruments (volume 2)Chapitre 119 sur 164 · II. — Dessin géométrique conservant les proportions · texte numérisé non relu

II. — Dessin géométrique conservant les proportions

Plans. — Projections et sections verticales et horizontales.

Avant d’aller plus loin et même en revenant sur nos pas, il convient de voir comment les architectes, ainsi que les géomètres-arpenteurs, ont été conduits à faire usage de plans de projections sur lesquels les dimensions des objets considérés, d’ailleurs généralement réduites, conservent leurs proportions.

Les plus anciens opérateurs chargés de délimiter les champs connaissaient la ciiltellation, c’est-à-dire ce fait que les terrains en pente ne produisent ni plus ni moins que si leur surface était nivelée, réduite à l’horizon, et ils en tenaient compte dans leurs mesures et sur leurs dessins (').

(■) Nous ne pourrions pas, sans nous exposer à faire des conjectures un peu hasardées, entreprendre ici l’histoire complète de ces opérateurs ou de ceux qui étaient attachés aux armées pour tracer les camps, faire les reconnaissances et, plus tard, même pour dresser les cartes des pays parcourus. Dans la haute antiquité, ces fonctions comme celles des arcliitectes, d’ailleurs, paraissent avoir été remplies par des personnages de l’ordre le plus élevé dans la hiérarchie sacerdotale ou militaire. Mais nous sommes en mesure de donner plus de détails sur l’organisation des agrimensores et des castrorum metatores chez les Romains, organisation à laquelle on ne peut comparer que celle des grands services publics dans les pays les

CriAPITUIÎ II. — LA TOPOGRAPHIE DANS TOCS LES TEMPS.

On est môme autorisé à supposer que c’est en rapportant, sur leurs tablettes, à une échelle déterminée, les mesures projetées sur l’horizon qu’ils durent s’aviser des propriétés des figures planes et jeter les bases de la Géométrie.

Quoi qu’il en soit, quand l’art de bâtir eut fait d’assez grands progrès, on ne saurait douter que les architectes procédèrent de la même manière pour dessiner leurs projets, c’est-à-dire qu’ils tracèrent d’abord ce que l’on a continué, dans les chantiers, à appeler le plan par terre. Mais, pour définir plus complètement l’œuvre qu’ils avaient conçue, ils eurent besoin d’essayer, comme on le fait encore bien souvent, de représenter avant l’exécution l’ensemble de l’édifice, et il est extrêmement probable qu’ils firent usage pour cela d’une sorte de Perspective plus ou moins conventionnelle (*)■ Us ne durent pas tarder

plus civilisés de notre temps. Nous ne saurions mieux faire, pour convaincre le lecteur, que de donner un extrait abrégé de l’article Agrimensor, de M. G. Humbert, dans le Dictionnaire des Antiquités grecques et romame^publiéparMM. Gh. DAREMBERoet Edm. Saqlio (Paris, Hachette; 1877).

« Les agrimensores, appelés d’abord compedatores ou gromatiei, noms tirés des instruments dont ils faisaient usage {pes, pied; groma, équerre d’arpenteur), avaient un rôle important et ont laissé des Ouvrages utiles pour la connaissance de l’histoire de la propriété.

» On a pensé que les augures avaient été les premiers arpenteurs.

» Les champs étaient séparés par un espace de cinq pieds [finis) qui servait souvent de sentier et n’était pas cultivé.

)> Dans les camps, les opérations géométriques étaient faites par des officiers, sans doute à l’aide d’experts [agrimensores), mais plus tard le soin en fut confié à un officier spécial [castrorum metator),

» Sous l’empire, les colonies possédaient un cadastre complet. Octave avait fait faire le Recueil de toutes les mesures de longueur usitées dans les villes et les provinces. On établit des écoles publiques pour former les mensores; les agrimensores, convertis ou réduits au rôle d’experts, aidaient à retrouver les anciennes limites par l’inspection des bornes ou des documents tels qu’écrits, cartes, plans [forma, pertica, centuratio, œs, typon, notatio, cancellatio, limitatio) ou des livres terriers [liber subsecivorum, commentarii, divisionès).

» Les principaux écrits des gromatiei veteres ou rei agricolæ scriptores furent conservés en partie ou résumés par les praticiens leurs successeurs. Cette collection d’Ouvrages écrits entre le i" et le vi“ siècle de notre ère a été éditée depuis peu d’années avec une critique suffisante. »

Au X” siècle, Gerbert enseignait la Géométrie pratique, surtout d’après des Ouvrages dont il avait, à Bobio, une copie dite aujourd’hui d'Arcérius conservée à la bibliothèque de Wolfenbuttel.

(’) On trouvera dans l’une des notes placées à la fin du second Volume des figures qui donneront une idée de la manière dont les architectes de la plus haute antiquité traitaient la perspective des édifices.

d’ailleurs de sentir qu’il leur fallait non seulement dessiner à l’échelle le plan par terre, mais représenter également, dans leurs véritables proportions, des élévations, c’est-à-dire les projections sur des plans verticaux situés en avant des différentes faces des futurs édifices, et recourir même à des sections horizontales et verticales faites à des hauteurs ou à des distances convenables pour guider les ouvriers dans la construction.

Enfin, après avoir ainsi rédigé leurs projets et, à plus forte raison, après les avoir exécutés, ils se donnèrent sûrement la satisfaction de dessiner, aussi exactement que possible, ces vues d’ensemble dont nous parlions tout à l’heure ( ' ).

Mais, d’abord, comment les projets étaient-ils rédigés? On ne saurait s’étonner du petit nombre de documents que l’on possède concernant la manière dont les anciens architectes dessinaient leurs plans. Il a suffi cependant d’en découvrir quelques-uns pour reconnaître, ainsi que l’on pouvait s’y attendre d’ailleurs, que le procédé n’avait jamais beaucoup varié.

L’un des plus anciens de ces documents est chaldéen et se trouve au Louvre (musée chaldéo-assyrien); c’est le plan d’une acropole que porte sur ses genoux le roi-architecte Goudéa, dont la statue a été découverte par M. de Sarzec, pendant sa mission de i88i à 1888. Ce plan, que nous reproduisons {fig- 137), est accompagné d’une règle divisée qui a permis à M. Dieulafoy de déterminer avec beaucoup de précision l’échelle de réduction du dessin, qui est de 23V4 (‘)-

On remarquera que l’épaisseur des murs y est partout représentée et que les tours de l’enceinte sont figurées seulement en projection horizontale. Dans d’autres plans clialdéens, celui de l’acropole de Suse, celui d’un camp royal retranché ( Oj etc., le dessinateur a rabattu les tours sur le plan pour en faire connaître la forme et la hauteur.

On retrouve la même idée sur plusieurs plans égyptiens, par exemple sur celui d’une villa et sur une partie d’un plan

( ' ) Les façades principales de temples ou d’arcs de triomphe figurent souvent en élévations et en perspective sur les bas-reliefs, sur les anciennes médailles et ont beaucoup servi aux restitutions de ces monuments.

(0 Marcel Dieulafoy, Acropole de Suse, p. 289.

{') Dieul.afoy, Acropole de Suse, p. i4i et 245 (d’après Botta et Layard).

Page 1