‹ Recherches sur les instruments (volume 2)Chapitre 118 sur 164 · CHAPITRE U. — LA TOPOGRAPHIE DANS TOUS LES TEMPS · texte numérisé non relu

CHAPITRE U. — LA TOPOGRAPHIE DANS TOUS LES TEMPS

dans les commencements surloul, sans beaucoup de souci de la vérité ni même de l’effet et souvent comme un accessoire, puis peu à peu avec plus de soin et de recherche et finalement avec infiniment de goût (' ).

Il faut cependant convenir que cetteTopographie ne présentait pas, en général, tous les caractères d’exactitude désirables, et c’est seulement à partir du xv'^ et du xvi® siècle que l’on voit les artistes s’attacher de plus en plus à observer les règles de la Perspective.

Nous ne serions pas un historien fidèle si nous omettions de rappeler que les fautes faciles à relever, par exemple, dans les œuvres de nos admirables peintres verriers et de nos grands tapissiers des Flandres et de l’Ile de France du xiii® et du xiv° siècle étaient souvent des dérogations instinctives ou même voulues à des règles encore mal connues, comme celles que pratiquèrentplus tard, jusque dans leurs tableaux de chevalet comme dans leurs cartons pour des panneaux décoratifs de tapisseries, de verrières, pour les voûtes et les plafonds, les peintres de la Renaissance les plus savants et les plus habiles. On sait, en effet, que sur les vitraux et les tapisseries, pour nous en tenir à ces deux arts, la décoration doit être faite avant tout pour attirer et retenir l’œil du spectateur à la surface même du verre ou du tissu et non pour le provoquer à en sortir par l’illusion de la profondeur.

Nous pourrions encore, à ce propos, invoquer les effets si agréables que produit la perspective fantaisiste, purement décorative, des Chinois et des Japonais sur leurs laques, sur leur papier et leurs étoffes éclatantes, que l’on n’oserait, dans aucun cas, conseiller d’imiter chez nous. Mais ces questions d’esthétique nous entraîneraient bien trop loin hors de notre sujet et

(■) Foj/' les manuscrits de la Bibliothèque Nationale, notammentZe des Merveilles et Les Chroniques de Froissart; Louis Batissier, Histoire de l’Art monumental et de la Peinture sur verre; All)ert Lenoir, Architecture monastique; Du Sümmeuard, Les Arts au moyen âge; L’Œuvre des Peintres verriers français, par Lucien Magne; L’Histoire de la Tapisserie, par Guiffret; La Tapisserie, par E. Müntz, édition Qnantin; Les Manuscrits et les Miniatures, par Lecoy de la Marche, édition Qnantin; les publications du South Kensington Muséum, entre autres Ivories ancient and mediæval, Fictile ivories; le Catalogue et l’Atlas de la Collection Spitzer, etc.

38o LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES.

nous nous hâtons d’y rentrer en constatant qu’en Europe, du moins, à la période que nous continuerons à qualifier d’instinctive, a succédé la période scientifique, c’est-à-dire celle où l’on a étudié et formulé avec précision les lois de la Perspective.

Les architectes paraissent avoir été des premiers à porter leur attention sur ce sujet. Accoutumés à la rigueur géométrique parla nature de leurs travaux, il était presque obligatoire qu’ils continuassent à s’en préoccuper, quand ils en venaient à représenter leurs monuments tels qu’on les voyait ou qu’on devait les voir après l’exécution. Ils furent aidés dans leurs recherches, d’abord et tout naturellement, par les peintres et les sculpteurs en bas-reliefs, puis par les physiciens qui s’occupaient d’optique et enfin par les géomètres qui devaient résoudre complètement le problème.

Page 1