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CHAPITRE H. — LA TOPOGRAPHIE DANS TOUS LES TEMPS

ment employé à des époques rapprochées de nous, et il est sûrement intéressant de faire remarquer cette tendance à figurer à la fois les deux projections verticale et horizontale des édifices, à trois ou quatre mille ans d’intervalle.

On n’a pas rencontré jusqu’à présent de plans dessinés par des architectes grecs (' ), mais on peut être certain qu’ils étaient exécutés avec autant de soins et de détails que ceux des Romains dont plusieurs spécimens nous sont parvenus, au nombre desquels le plus connu est celui qui est tracé sur les pierres dites capitolines et dont nous donnons {fig- i38) quelques fragments d’après Canina (2).

Pendant les premiers siècles qui suivirent la chute de l’empire romain, l’Architecture subit le même sort que tous les autres arts, et elle ne recommença à être cultivée dans notre Occident que grâce au zèle et aux lumières des ordres religieux.

Le plan dessiné géométriquement au commencement du IX® siècle que l’on cite avec raison comme l’une des meilleures preuves de cette première renaissance, due à Charlemagne, est celui de l’abbaye de Saint-Gall (0- Nous ne saurions mieux faire, pour appuyer cette opinion, que de renvoyer le lecteur à V Architecliire monastique d’Albert Lenoir ('), Ouvrage dans lequel est reproduit le plan et dont nous extrayons le passage suivant qui en précise la nature et le but ainsi que les circonstances dans lesquelles il a été composé :

« Projets et dessins. — Du jour où les monastères ne formèrent plus des réunions de cellules sans ordre et sans symé- * (*)

(’) Dans ses excellentes Études épigraphiques sur l’Architecture grecque, M. Aug. Choisy constate, non sans surprise, l’absence de ces plans en même temps que l’existence de décomptes et de devis très détaillés. {Voyez les notes à la fin du second Volume.)

(’) Ces pierres, conservées au Capitole, étaient des tables de marbre qui formaient le pavé du temple de Vénus et Rome et sur lesquelles était gravé le plan général de Rome à une assez grande échelle.

(’) On cite encore les tables d’argent de Charlemagne avec les représentations gravées « Totius mundi », « Romance urbis » et « Urbis Constantinopolitance ». Mais on ne sait pas comment étaient dessinés cette carte et ces plans ni l’époque exacte à laquelle ils avaient été exécutés.

(*) Collection des documents inédits pour l'Histoire de France, 3" série ; Archéologie, Architecture monastique, par Albert Lenoir (Paris, Imprimerie Nationale; 1862).

trie, comme l’avaient dû faire les premiers fondateurs qui, dépourvus de grandes ressources, n’avaient pu employer que le bois pour établir l’église ou l’oratoire, ainsi que les habitations isolées des cénobiieS; de ce jour, disons-nous, l’architecture des maisons religieuses prit une physionomie spéciale; la distribution des diverses parties demanda une étude particulière; des emprunts se firent à la civilisation romaine, et le dessin linéaire vint guider les constructeurs. L’antiquité en avait donné l’exemple : tous ses monuments, si parfaits dans leurs formes, n’avaient pu s’élever que sur des études arrêtées à l’avance par des dessins et des épures ('). Le moyen âge dut suivre cette route inévitable. Aussi trouvonsnous, dès le commencement du ix® siècle, un précieux dessin qui le prouve, le plan de l’abbaye de Saint-Gall, exécuté vers l’année 820, et que possèdent encore les archives de ce monastère supprimé, et un projet à l'état d'esquisse, un guide pour l’abbé constructeur (-), car l’exécution exige des dessins autrement développés. »

A côté de ce plan géométrique, Albert Lenoir donne une vue cavalière de l’abbaye de Cenlula (Saint-Régnier), construite en 799 par saint Angilbert, mais dont le dessin, fort bien fait, semble être contemporain de celui du plan de l’abbaye de Saint-Gall qu’il complète, en faisant connaître le genre d’architecture des églises et des cloîtres de cette époque.

On pourrait encore citer à la suite et dans le même Ouvrage le plan du prieuré de Canterbury, dessiné entre les années ii3o et ii34 par le moine Edwin, le plus ancien après celui de l’abbaye de Saint-Gall, avec les élévations données en rabattement, et, vers les mêmes dates, les plans des abbayes de Saint-Germain des Prés, de Saint-Martin des Champs, du Mont-Athos, etc., en perspective cavalière.

(') On a retrouvé en Égypte des épures « tracées pour épanneler des chapiteaux; on voit sur des bas-reliefs les façades géométrales d’édiûces entiers ». {Note d’A. Lenoir. )

(9 Ce guide est d’ailleurs très clair et accompagné de légendes (en vers et en prose). C’est ce que nous appellerions aujourd’hui un type eoxamQ on en donne souvent dans les grands services publics, pour les hôpitaux, les casernes, etc.

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