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CHAPITRE II. — IA TOPOGRAPHIE DANS TOUS LES TEMPS. 3g

les excellentes traditions des géonaètres d’Alexandrie et celles des agrimensores dont le plan de Rome {fig. i38) cité plus haut, et qui date du règne de Septime Sévère, c’est-à-dire du II® siècle, atteste que les méthodes employées pour lever le plan régulier d’une si grande ville étaient sûrement très perfectionnées à cette époque.

Les Grecs, qui avaient transporté d’Alexandrie à Constantinople tant d’autres traditions scientifiques et artistiques, avaient sans doute conservé aussi celles dont il s’agit ('), et cependant, quand, après la prise de cette dernière ville par les Turcs, au milieu du xv® siècle, ils émigrèrent de nouveau et apportèrent leurs arts en Italie, on ne voit pas qu’ils y aient fait connaître les instruments et les méthodes de Géométrie pratique dont nous avons parlé au Chapitre P” de ces Recherches. Les Ouvrages de Ptolémée seuls déterminèrent partout le mouvement de renaissance de l’Astronomie et de la Géographie, et il est facile de reconnaître que si les progrès de cette dernière science déterminèrent, comme on l’a fait justement remarquer, ceux de la Topographie, ce fut à l’aide d’instruments empruntés précisément à Ptolémée, c’est-à-dire d’instruments d’Astronomie de dimensions réduites, peu appropriés à des opérations d’arpentage, dont l’usage persista toutefois pendant si longtemps dans tous les pays de l’Europe.

Il n’est donc pas étonnant que, dans leurs premiers essais de Topographie (en dehors des plans isolés d’édifices), les artistes chrétiens, devenus pourtant de si habiles architectes à partir du xi® siècle, aient eu recours uniquement à la Perspective pour représenter tout d’abord les villes célèbres qui avaient été les berceaux de leur religion. Il n’y eut même, au début, dans les images qu’ils composaient très librement, que des indications vagues et le plus souvent tout à fait inexactes.

On en peut voir un premier exemple dans le plan de Jéru-

Cj Rien ne prouve toutefois qu’ils en aient fait un usage analogue à celui que nous venons de citer pour les agrimensores, car c’est aussi à la Topographie pittoresque qu’ils eurent recours pour faire, au xiv” siècle, les premiers plans un peu intéressants de Constantinople que l’on connaisse.

Salem lire d’un manuscrit du xii® siècle conservé à la bibliothèque de Bruxelles ( < ).

L’un des plus curieux documents du même genre que l’on puisse citer est l’ilinéraire de Londres à Jérusalem, de Mathieu Paris, au xiii® siècle Ç-), où l’on trouve chacune des villes situées sur le chemin du voyageur figurée soit par une enceinte crénelée, soit par des églises, des clochers, ou même par ces deux espèces de dessins en quelque s'orte symboliques le plus souvent, avec une rivière, un fleuve ou la mer grossièrement représentés comme les édifices eux-mêmes. Il est à peine besoin de dire, dès lors, que les vues de Rome et de Jérusalem y sont traitées comme les autres, c’est-à-dire qu’elles sont absolument insignifiantes.

Il en est d’ailleurs de même de tous les essais deTopographie faits sur les cartes et jusque sur les mappemondes du xi® au XVI® siècle reproduites dans les Atlas de Jomard et de Lelewel. En un mot, l’art de la Topographie est peut-être l’un de ceux qui ont éprouvé l’éclipse la plus complète et la plus prolongée.

Avant d’avoir pu songer à le relever, et sans savoir ce qu’il avait été, dès l’aurore de la Renaissance en Italie, les artistes que l’on a qualifiés de primitifs ne s’étaient pas uniquement inspirés des œuvres des peintres et des architectes byzantins; ils avaient été frappés de la grandeur des ruines et des monuments de l’époque impériale restés debout, particulièrement à Rome (^).

Alberti, Bramante et d’autres encore parmi les architectes, les peintres également, depuis Cimabue, furent ainsi conduits à reconstituer ces monuments, et quelques-uns d’entre eux entreprirent même de les représenter dans leur ensemble

( ') Ce plan se trouve reproduit dans l’Atlas de la Géographie du moyen âge, de Joachim Lelewel (Breslau, i852); etdansZ.es Voyageurs anciens et modernes, par Ed. Charton ( Paris, i85/j ).

(’) Manuscrit conservé au Musée britannique, reproduit en fac-similé dans Les Monuments de Géographie, de Jomard (Paris, sans date, sous le second Empire).

(’) Il est néanmoins certain que ni les invasions des barbares ni le sac de Rome n’avaient autant dégradé les monuments anciens les plus remarquables et les plus considérables que ne le firent les architectes les plus célèbres de la Renaissance, qui les exploitèrent pour se procurer les matériaux nécessaires à la construction de leurs propres édifices.

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