‹ Recherches sur les instruments (volume 2)Chapitre 128 sur 164 · CHAPITRE II. — LA TOPOGRAPHIE DANS TOUS' LES TEMPS. \o'i · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LA TOPOGRAPHIE DANS TOUS' LES TEMPS. \o'i

VU produire d’admirables chefs-d’œuvre de Topographie pittoresque, très recherchés encore aujourd’hui et qui le méritent, tant sous le rapport de la vérité et de la finesse de l’observation que de l’habileté de l’exécution; sans compter que, trop souvent, les merveilleux monuments qui s’y trouvent représentés n’existent plus.

Il suffira de rappeler les noms de Callot (*), de La Belle, d’Israël Henriot, d’Israël Silvestre qui ont fait la gloire de l’École de Nancy, auxquels il faut ajouter ceux des collaborateurs et des élèves d’Israël Silvestre, à Paris : Le Pautre, les trois Pérelle, etc., enfin, ceux d’Abraham Bosse, de Beaulieu, de Sébastien Leclerc, de Jean Marot, de Van der Meulen et de Jean Rigaud, pour ne citer que les plus célèbres qui, non contents d’être de grands artistes, connaissaient, pratiquaient et enseignaient la Géométrie et la Perspective.

Plusieurs d’entre eux ont même publié des Ouvrages, excellents pour leur époque, sur les sciences qui les avaient rendus si habiles dans leur art, ou furent attachés comme dessinateurs et graveurs des cartes et des plans au Cabinet du Roi (-).

(')' Dans l’œuvre de Callot, à la Bibliothèque Nationale, on trouve les plus beaux exemples que l’on puisse donner delà Topographie pittoresque dans les nombreux et merveilleux dessins des sièges de Brada, de l’île de Ré et delà Rochelle. On reconnaît, d’ailleurs, l’intention formelle de Callot de faire servir ses beaux dessins aussi bien aux ingénieurs qu’aux historiens, dans la présence d'une échelle pour l’évaluation des distances sur la partie principale de la carte. Les gravures des sièges 'de l’île de Ré et de la Rochelle se trouvent en vente à la Chalcographie du Louvre.

(’) Pour peu que l’on étudie les œuvres de ces véritables maîtres, on reconnaît aisément que le Dessin, la Per§pective et même la Géométrie appliquée préoccupaient également leur esprit. Ainsi, Abraham Bosse, de Tours, qui fut le disciple et l’ami de Desargues, a publié un grand nombre d’Ouvrages sur l’art de dessiner, sur l'Architecture, la coupe des pierres, la Gnomonique et la Perspective.

Sébastien Leclerc, de Metz, dessinateur et graveur du Cabinet du Roi, était en même temps professeur de Géométrie et de Perspective à l’Académie de Peinture et de Sculpture et à l’École des Gobelins, créée par Colbert. 11 avait débuté, en qualité d’ingénieur géographe, par lever les plans des principales places du pays messin et du Verdunois. Venu à Paris dans l’intention d’entrer dans le Service du Génie, il en avait été détourné par Lebrun qui l’avait engagé à se livrer au dessin et à la gravure. Son œuvre artistique est considérable, puisqu’elle se compose de quatre mille estampes, sans compter un grand nombre de dessins, mais il n’a jamais cessé de s’occuper de Géométrie pratique et de Perspective, et de les enseigner en

4o4 LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES.

Les deux genres de dessin, le paysage et la carie ou le plan, ont été souvent associés de la manière la plus intime, et, depuis longtemps, en particulier dans l’établissement des plans terriers. On en trouve la preuve dans les plus anciens documents manuscrits conservés aux Archives nationales, sur lesquels il est intéressant de rencontrer quelquefois le nom de l’auteur des vues des édifices à côté de celui du géomètre.

Tel est, par exemple, le plan du fief de Saint-Fiacre, à Paris, en 1567, compris entre la rue Montmartre et le chemin des Poissonniers (depuis rue Poissonnière), où les enclos et les îlots de propriétés sont limités par des bornes avec des distances cotées en perches et où la porte Montmartre et les maisons sont dessinées, comme on l’a dit plus tard, en demiperspective et coloriées. Les deux auteurs de ce plan étaient Jean Rondel, peintre juré, et Nicolas Girard, arpenteur Juré (').

II n’est peut-être pas hors de propos de faire remarquer que, dans ce système, les vues des maisons qui figuraient sur ces

même temps que l’Architecture et la fortification. L’un de ses Ouvrages, publié en 1669, était intitulé : Pratique de la Géométrie sur le papier et sur le terrain; il fut réédité in-8°en 1688, jGqo, 1719, 1735 et 1745, sous le nouveau titre de Géométrie théorique et pratique, à l’usage des artistes. Ce livre, orné de charmantes et spirituelles vignettes qui n’étaient pas toujours les mêmes dans les différentes éditions, a eu, pendant près d’un siècle, une vogue extraordinaire, et malgré ou peut-être grâce à la simplicité des instruments et des méthodes qui y étaient indiqués, il a contribué à former des opérateurs et à développer le goût de la Topographie en France.

Van der Meulen, dont les tableaux de sièges et de batailles sont si justement célèbres, n’était pas seulement le grand peintre d’histoire que l’on connaît; il a laissé un nombre considérable de gravures représentant le plus souvent des actions militaires encadrées dans de magnifiques paysages, et, comme Sébastien Leclerc, il a enseigné le Dessin et la Perspective aux Gobelins, où il existe encore bien des études de lui et de quelques-uns de ses élèves qui mériteraient d’être plus connues et conservées avec soin.

(’) Les professions de peintre juré et d’arpenteur juré ont été exercées quelquefois par les plus grands artistes. On sait, par exemple, que Bernard Palissy était arpenteur, ce qui pourrait expliquer, jusqu’à un certain point, sa tendance à représenter des animaux qu’il était à même d’observer souvent en pratiquant sa profession : des lézards, des serpents, des grenouilles, des limaçons, etc. Il existe aussi, paraît-il, un plan de Limoges, levé et dessiné par Léonard Limosin, arpenteur aussi par conséquent.

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