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CHAPITRE II. — LA TOPOGRAPHIE DANS TOUS LES TEMPS. ^o

vieux plans de propriétés avaient un véritable intérêt, car elles faisaient connaître l’importance de chaque immeuble en tous sens, tandis que sur nos plans actuels, qui en sont privés, on ne trouve que leurs dimensions horizontales.

Nous avons cité le plan en demi-perspective du fief de Saint- Fiacre, parce qu’il y a bien des motifs de supposer que les premiers plans de Paris un peu corrects ont été dessinés à Faide de documents du même genre.

On comprendra, sans doute, que la Topographie parisienne nous intéresse particulièrement, ne fût-ce que pour ce motif qu’elle a dû exercer le talent des plus habiles dessinateurs et avoir une influence considérable sur tout ce qui a été entrepris ailleurs.

Tout le monde connaît le beau choix des plans de la capitale, publié en 1880, à la demande du Conseil municipal. Ce Recueil est divisé en trois catégories comprenant : la première, les plans rétrospectifs reconstitués plus ou moins hypothétiquement, d’après les renseignements historiques ; la deuxième, les plans exécutés depuis le commencement du xvi® siècle, par des contemporains, dans le système mixte d’une esquisse géométrique approximative et de vues en perspective cavalière, à vol d’oiseau ou en élévations, des édifices ou des maisons; la troisième, les plans géométraux visant à l’exactitude et ne contenant qu’exceptionnellement ou accessoirement des perspectives ou des élévations.

Ce sont les plans de la deuxième catégorie qui répondent surtout à notre objet actuel. Leur étude montre que, dès le début, il s’est trouvé des artistes capables d’entreprendre des œuvres remarquables, dans des conditions qui semblaient cependant bien peu favorables.

Tel est, en laissant de côté les deux que nous avons déjà signalés en note (p. 4o0> plan dit de la Tapisserie, exécuté de iSi-i à 1547, l’original a disparu depuis 1788, mais qui avait été reproduit dans une gouache heureusement photographiée avant l’incendie de l’IIôtel de Ville où elle a été détruite, à son tour.

Tels sont encore le plan dit de Saint-Victor, de i555, attribué au célèbre architecte du Pont-Neuf et du Louvre, Jacques

4o6 LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES.

Androiiet-Ducerceau ( ' ), le plan de Vassalin, dit de Nicolay, de 1609, celui de Quesnel, également de 1609, et celui de Mathieu Mérian {-), de i6i5, qui tous peuvent être considérés comme des œuvres d’an.

Mais le besoin d’une plus grande 'exactitude du plan proprement dit, à laquelle s’oppose malheureusement l’emploi simultané de la Perspective, devait produire une réaction dès le milieu du xvii® siècle, et les plans de Jacques Gomboust, en i652, de l’habile architecte de la porte Saint-Denis, Blondel, qui était aussi un savant ingénieur militaire, et de son collaborateur Bullet, de 1670a 1676 (®), de l’abbé Jean Delagrive, en 1728, l’un des plus estimés (M, et de Roussel, en 1780, sont * (*)

(’) Les biographes d’Androuet-Ducerceau ne s’accordent pas sur son mérite comme architecte; les uns le donnent non seulement comme ayant travaillé à la construction du Pont-Neuf et de la galerie du Louvre, mais comme étant l’auteur des hôtels Carnavalet, Bretonvilliers, etc. D’autres contestent l’exactitude de ces faits, ou du moins en atténuent considérablement l’importance. Mais ce qui est absolument certain, c’est qu’Androuet- Ducerceau était un dessinateur des plus spirituels et un très habile graveur. Son livre Des plus excellents bâtiments de France, notamment, est une œuvre aussi précieuse que remarquable. 11 avait également écrit un Traité de Perspective.

(") L’auteur de la Topographie de la Gaule, du Theatrum Europæum et l’ami de Callot.

(’) François Blondel n’était pas seulement un grand architecte, il avait beaucoup voyagé en France, en Allemagne, en Turquie, en Égypte, avec les missions les plus diverses. 11 avait fait notamment des études de fortification pour plusieurs ports de la Méditerranée, de l’Océan et de la Manche, enfin, pour la défense des Antilles dont il avait été chargé de lever les plans. 11 avait même le titre de maréchal des camps et armées du Roi. Bullet, qui était l’élève de Blondel, bien inférieur à son maître, et l’architecte de la porte Saint-Martin, avait été chargé du tracé des alignements des anciennes rues et s’était acquis, dans ces fonctions, une certaine réputation. Il était auteur d’Ouvrages sur le nivellement, l’usage du pantomètre, et avait beaucoup pratiqué l’arpentage dans la ville de Paris, en même temps que l’architecture civile.

(*) L’abbé Jean Delagrive se vantait beaucoup d’avoir travaillé pendant deux ans, « la toise, la chainette et la boussole à la main », à relever les principaux édifices de Paris, les palais, les églises, les boulevards, les barrières, les bureaux d’octroi, les égouts, etc.; il était allé jusqu’à compter les arbres des avenues. Aussi son plan était-il considéré comme une merveille et il avait reçu lui-même le titre de géographe de la ville de Paris.

L’abbé Delagrive est aussi l’auteur de l’une des premières Cartes des environs de Paris qui mérite d’être citée pour le soin avec lequel elle est dessinée et gravée.

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