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CHAPITRE 11. — LA TOPOGRAPHIE DANS TOUS LES TEMPS

Au surplus, les plus illustres géographes de ce temps, à commencer par Sanson, d’vVbbeville ('), cherchaient à donner un aspect agréable à leurs cartes, dès que la grandeur de l’échelle le permettait. La méthode qu’ils employaient pour exprimer le reliel’ du terrain et qui avait eu partout un grand succès, notamment en Hollande où les Atlas célèbres de Mercator etd’Ortélius avaient paru au siècle précédent, consistait à représenter les montagnes par des séries de mamelons dessinés en perspective, rabattus dans le sens du Sud au Nord et éclairés du côté de l’Est (la carte étant supposée orientée le Nord en haut) ( -). On en trouvera un exemple sur la P/. VIII, reproduction réduite de la Carte d’une partie de l’Andalousie.

Il était donc naturel que les topographes eussent une tendance à continuer à faire usage d’une convention qui rattachait leur art au paysage et à laquelle on a donné, comme on sait, le nom de demi-perspective.

Nous avons vu cependant, par les exemples empruntés à

(’) Sanson était justement estimé, particulièrement à la Cour, où il ne fréquentait pas. Les princes, les maréchaux allaient le consulter. Louis XIII, pour s’instruire, avait été son hôte, et il avait donné également des leçons au jeune roi Louis XIV. Ses cartes semi-topographiques, comme celles d’Ortélius et de Mercator, avaient un grand charme, une grande clarté qui font trop souvent défaut à nos cartes modernes, en dépit de leur exactitude. Celles-ci sont, en effet, généralement chargées de détails plus nombreux que n’en comporteraient leurs échelles, ce qui déroute et dépite souvent le lecteur.

(“) On a l’habitude de tourner en ridicule ce mode de représentation qui avait, en effet, dégénéré entre des mains moins exercées. Ainsi, on a pu comparer des chaînes de montagnes tracées irrégulièrement ou uniformément tantôt à des pains de sucre et tantôt à des accents circonflexes emboîtés les uns dans les autres, et Lacroix disait avec raison qu’il eût autant valu écrire sur la carte : a Ici il y a des montagnes. » Mais, si cette critique est méritée par beaucoup de géographes maladroits, il n’est assurément pas permis de l’étendre sans ménagements aux œuvres des auteurs que nous venons de citer ni à celles de plusieurs de leurs successeurs. Sans doute, la Cartographie proprement dite et le figuré des montagnes en particulier laissèrent nécessairement beaucoup à désirer tant que l’on n’eut pas recours à la triangulation, et tant que les montagnes restèrent difficiles sinon impossibles à explorer; mais à chaque jour suffit sa peine, et l’on serait mal venu à méconnaître, malgré quelques imperfections jusque-là inévitables, les admirables progrès du dessin topographique, du xvi“ au xviii» siècle. C’est cependant ce qu’ont fait ceux qui ont cru voir naître la Topographie avec la Carte de Cassini, bien loin elle-même d’être sans défauts et qui a plutôt fait faire un pas en arrière à VArt de figurer le terrain.

4l6 LES INSTRUMENTS, LES METHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES.

Beaulieu et à LePaulre, que l’on commençait à dessiner séparément le plan et les profils, c’est-à-dire les vues pittoresques, et que les demi-perspectives, quand elles étaient conservées, ne s’appliquaient plus qu’aux villages, aux groupes de maisons isolées et aux arbres, les accidents du terrain étant projetés horizontalement comme tous les détails du plan, mais accusés, mis en relief au moyen d’ombres supposées déterminées par une lumière oblique dirigée du Nord-Ouest au Sud-Est.

A la fin du xvn® siècle, d’ailleurs, il n’y avait pas que le Cabinet topographique du Roi ; Louvois avait déjà fait réunir dans son hôtel un grand nombre de plans, de cartes et de Mémoires militaires concernant la France et les pays voisins, dont l’ensemble devint par la suite le noyau du Dépôt de la Guerre. Les officiers du génie, appelés d’abord ingénieurs du roi, faisaient les plans et les projets des places fortes et la reconnaissance des frontières; enfin, en 1696, Vauban, pour les soulager, avait obtenu la création d’un corps d’ingénieurs-géographes ou des camps et armées, rappelant les castrorum metatores des Romains, chargés spécialement de lever les plans des champs de bataille, de faire les cartes des frontières et celles des pays parcourus par les armées. Cependant les officiers du génie ne pouvaient ni ne devaient se désintéresser de l’étude des frontières, et il s’en trouva toujours qui, instinctivement pourrait-on dire, s’attachèrent à pratiquer et à perfectionner la Topographie. On croit même que, par esprit de rivalité, ils provoquèrent, une première fois, la suppression des ingénieursgéographes en 1791.

Quoi qu’il en soit, cette rivalité n’a pas été stérile, et nous allons essayer de donner une idée de l’influence de chacun des deux corps sur les progrès d’un art qu’ils cultivaient avec une véritable passion et une grande préoccupation patriotique.

Les ingénieurs des camps et armées, comme les ingénieurs militaires, étaient nommés immédiatement après un examen fait par un chef autorisé. Pendant plus d’un demi-siècle, les uns et les autres n’eurent d’autre école que la tradition et les exercices dans le cabinet ou sur le terrain. Il en fut toujours ainsi d’ailleurs pour les ingénieurs-géographes jusqu’à la fin de la première période de leur existence; il n’y avait donc

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