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CHAPITRE II. — LA TOPOGRAPHIE DANS TOUS LES TEMPS. 4l

travaux qu’il faisait entreprendre pour la défense du pays, la création, l’amélioration des ports, les routes qui traversaient la France et rapprochaient les provinces les plus éloignées, le canal du Languedoc unissant l’Océan à la Méditerranée, toutes ces grandes oeuvres si éminemment utiles compensaient ou tout au moins atténuaient, au point de vue immédiat de l’intérêt national, l’effet des prodigalités du Roi à Versailles, à Marly et dans tant d’autres fastueuses résidences ('). Mais partout il lui avait fallu et il avait eu l’heureuse fortune de rencontrer des hommes du plus grand mérite pour réaliser ses vastes projets et jusqu’à ses fantaisies.

Sans parler des admirables artistes qui construisaient et décoraient ses palais, en n’envisageant que les études de terrain qui sont de notre sujet et les travaux prodigieux qui rappelaient ceux des Romains, les noms de Vauban, de Riquet, de Le Nôtre (0 se présentent aussitôt à l’esprit, et l’on se souvientque Perrault traduisait Vitruve et essayait de restituer ses dessins, non seulement pour les architectes, mais aussi pour les ingénieurs qui devaient retrouver dans cet auteur célèbre la trace de précieuses traditions encore peu ou mal connues.

On sait la correction des plans de fortification exécutés sous la direction ou le contrôle de Vauban, et l’on peut ima-

(') A propos (le Versailles, un publiciste de nos jours fait les réflexions suivantes dont il y a lieu de tenir grand compte :

« Si l'on considère que la construction et la décoration du palais ont largement profité au développement des arts, contribué à établir la supériorité des peintres, des sculpteurs et des architectes de notre pays sur toute l’Europe, ont singulièrement développé l’activité industrielle de la France, on reconnaîtra peut-être que ces prodigalités ne sont pas restées stériles. » (Jules Guiffret, Le château de Versailles, dans La France artistique et monumentale publiée par M. Henry Hayard à la Librairie illustrée.)

(") On s’étonnera peut-être du rapprochement des noms de Vauban et de Le Nôtre. Sans vouloir établir aucune comparaison, on ne saurait méconnaître les genres de mérite si variés que suppose l'œuvre de Le Nôtre. Rien qu’à Versailles, l’agrandissement et l’embellissement du parc de Louis XIII, les marais fangeux du fond devenus le grand Canal, la dérivation de l’Eure, l’aqueduc de Maintenon, les réservoirs de Satory, en un mot la machinerie des grandes eaux, lui font autant d’honneur qu’aux ingénieurs célèbres qui ont concouru à l’accomplissement de cette féerie ajoutée à toutes celles qu’il avait réalisées avec ses plantations et ses tapis de verdure, en préparant un cadre merveilleux aux œuvres de tant d’artistes de génie.

4l4 LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES.

giner le charme et la précision des projets de Le Nôtre comportant des vues pittoresques dessinées et souvent même peintes avec un talent qui enthousiasmait le Roi ( * ).

Les dessins, on pourrait dire les tableaux de Le Nôtre (qui avait été l’élève de Simon Vouet en même temps que Lebrun), rendaient mieux compte des aspects futurs des jardins que les plans les plus détaillés et les plus parfaits que l’habile homme savait d’ailleurs dresser mieux que personne. Le Roi examinait tout, mais il s’arrêtait avec plus de complaisance aux paysages pour l’agrément qu’ils lui procuraient par avance. Ce goût très avouable pour les effets naturels expliquerait, au besoin, la composition du Cabinet topographique de Louis XIV et les œuvres artistiques qui s’y exécutaient, si nous ne savions pas que la Topographie pittoresque, pendant si longtemps en honneur, ne paraissait pas encore devoir être abandonnée entièrement, sous prétexte d’exactitude géométrique. Il ne faudrait pas oublier d’ailleurs que le Grand Roi était loin de dédaigner le côté scientifique; nous venons de rappeler qu’il avait fondé l’Observatoire dans le double but d’encourager l’Astronomie et la Géodésie, et les traditions de l’illustre Picard devaient se perpétuer là aussi bien qu’à l’Académie des Sciences. Le projet d’une Carte de France appuyée à une vaste triangulation était déjà conçu, bien qu’il ne dût être réalisé que plus tard (2). Mais la topographie des détails dont l’utilité est immédiate et à laquelle il faut toujours revenir, en définitive, n’intéressait pas moins le monarque et il avait eu dès lors la grande satisfaction de la voir entre les mains les plus habiles. Il eût été bien à souhaiter que la distinction ainsi établie entre les savants et les artistes se fût maintenue.

(’) On raconte que, pour l’un de ces projets, à mesure que Le Nôtre lui en montrait les détails merveilleusement rendus, Louis XIV l’avait interrompu trois fois en s’écriant: « Mon ami, je vous donne 3o ooo livres pour celui-là, » et qu’à la troisième fois le brave jardinier s’était arrêté en menaçant Sa Majesté de ne pas lui faire voirie reste, « ne voulant pas la ruiner ».

(“) La Carte de Cassini, dont il sera question plus loin, s’était d’abord appelée Carte de V Académie, parce que c’était, en effet, à l’Académie qu’on avait songé à l’entreprendre, comme on y avait songé à mesurer des degrés du méridien à des latitudes différentes pour déterminer la figure de la Terre.

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