CII.VPITlin: II. — LA TOPOGRAPHIE DANS TOUS LES TEMPS
époque où l’élude des Sciences exactes élail en quelque sorte devenue populaire. »
Cette opinion était celle d’hommes d’une grande autorité, comme le général Haxo, et il est aisé de voir qu’elle leur avait été suggérée par la faveur croissante de l’emploi des courbes de niveau dont ils appréciaient avec raison les importantes propriétés; mais, en voulant les étendre encore et en se réclamant de la popularité des Sciences exactes, ils en vinrent à sacrifier complètement les effets naturels, si habilement obtenus à force de talent par nos artistes, à une convention terne, aride, qu’ils qualifièrent de rationnelle.
La plus grande partie des séances de la Commission fut, en effet, consacrée, très utilement d’ailleurs, à étudier et à fixer l’importance des courbes horizontales et la manière de les utiliser pour représenter le relief du terrain, soit seules sur les plans à grandes échelles, soit comme directrices des hachures ou des lignes de plus grande pente sur les cartes.
Ainsi, il fut décidé :
Que les plans horizontaux dans lesquels les courbes sont comprises devraient être équidistants;
Que les courbes horizontales seules seraient regardées comme suffisantes pour exprimer le relief du terrain dans les caries et plans dont les échelles varient de ïûVü ^ îtÎoü exclusivement;
Que, pour les caries depuis l’échelle de Yôiûô inclusivement jusqu’au s-ôVüô et au delà, les courbes seules seraient regardées comme insuffisantes;
Que, pour les cartes dont les échelles n’expriment pas un rapport plus petit que tôôVôô» on écarterait toute considération de lumière soit oblique, soit verticale.
Il avait encore été convenu que l’espacement des hachures serait en raison inverse de la rapidité des pentes et égal au quart de la cotangente moyenne de Vangle de pente, c’est-à-dire au quart de la distance prise sur la carte entre deux courbes consécutives.
Le résumé des discussions et décisions de la Commission était accompagné de planches gravées reproduisant des essais d’expression du relief du terrain faits sur des caries et des
plans à des échelles variées et suivani dilîérenls systèmes. Ceux-ci ne comprenaient toutefois que des courbes horizontales seules ou des hachures produisant des teintes réglées par des diapasons (*) différents, abstraction faite de toute prétention à des effets de lumière.
Convoquée de nouveau en 1828, et invitée par le Ministre à compléter son oeuvre, la Commission avait eu à s’occuper de la rédaction d’un Recueil général de signes conventionnels adaptés aux besoins de tous les services publics et à examiner à nouveau quelques-unes de ses premières décisions.
Les opinions exprimées par la majorité des membres relativement au choix du système de représentation du relief du terrain furent non seulement maintenues, mais accentuées et, dans la suite du Résumé adressé au Ministre, il était dit encore plus affirmativement que, « pour toutes les cartes, quelle que soit leur échelle, on écarterait toute considération de lumière soit oblique, soit verticale ».
En un mot, on ne voulait plus entendre parler d’effets naturels, et c’était aux lecteurs des cartes à traduire par le raisonnement ce qu’ils y voyaient, traduction prétendue facile, mais qui n’exigeait pas moins un effort peu fait pour rendre attrayant l’aspect de la carte.
La fixation du diapason des teintes était devenue dès lors la seule question à résoudre, et Dieu sait le nombre des élucubrations auxquelles elle a donné lieu, en France et à l’étranger, et les difficultés qu’elle a présentées quand, après les pays de collines dont on s’était surtout occupé d’abord^ il fallut aborder les pays de hautes montagnes. Ceux-ci, de beaucoup les plus pittoresques et les plus intéressants sur les cartes à l’effet, devenaient insupportables à regarder sur celles qui en étaient dépourvues, par suite de l’exagération inévitable des teintes qui noircissaient tout. Ajoutez à cela que la variété des diapasons dans les différents pays rendait très pénible le passage d’une carte à une autre, enfin que les graveurs, devenus des machines, perdaient le goût de leur art et s’abâtardissaient.
(’) Cette expression, qui s’applique surtout aux sons et quelquefois aux couleurs, avait été ainsi étendue aux teintes pour en fixer les nuances.
CHAPITBE It. — LA TOPOGRAPHIE DANS TOUS LES TEMPS.
Ces conséquences avaient été prévues par des esprits éclairés, Puissant entre autres, moins prévenus que ne l’étaient des hommes, tout aussi distingués d’ailleurs, mais dominés par l’idée qu’en adoptant des règles supposées très simples, on arriverait, d’un côté, à l’uniformité rêvée des conventions dans les services publics (') et, d’un autre côté, à faciliter aux jeunes officiers et aux jeunes ingénieurs l’exécution des cartes topographiques. Aucun de ces résultats ne fut atteint, et, en ce qui concerne les élèves des écoles militaires ou civiles, il arriva ce qui arrivera toujours en pareil cas : quelques-uns parmi les plus adroits et les plus patients réussirent et le plus grand nombre échoua. Pourquoi, d’ailleurs, exiger de jeunes gens qui avaient bien d’autres choses à apprendre, de s’exercer à l’art ou plutôt à la technique du graveur dont ils n’avaient que faire, et combien il eût été préférable de leur donner à laver rapidement à l’effet les cartes qu’ils couvraient péniblement de hachures.
Nous pouvons nous arrêter ici, car l’histoire du Dessin topographique manuscrit ou gravé, considéré au point de vue des méthodes de représentation du relief du terrain, ne va pas plus loin. Tout ce que l’on a fait en France et à l’étranger depuis 1828 ou i83o rentre dans l’une des dernières catégories que nous avons spécifiées (^).
On a employé et l’on emploie beaucoup, on pourrait dire trop, les courbes de niveau seules, même pour des cartes à des échelles bien inférieures à yô\oq-
On continue à employer, avec moins de persistance exclu-
(') En i853-i854, une autre Commission, présidée par le général Noizet, et dont l’auteur de ces Becherches fut le secrétaire, a poursuivi la même chimère, sans l’atteindre davantage. La question du diapason y fut encore l’une de celles qui lui prit le plus de temps, bien inutilement. Le secrétaire n’a d’ailleurs rien à se reprocher, car il y soutint les opinions qu'il exprime ici, au risque de mécontenter ses collègues qui étaient tous ses supérieurs.
(") Le lecteur qui voudrait avoir des renseignements plus détaillés, notamment sur les principales cartes publiées en France et à l’étranger dans le courant du xvii", du xviii" siècle et jusqu’au milieu de celui-ci, pourrait consulter la Notice de M. G. Maunoir intitulée : Aperçu historique sur la Topographie militaire et les ingénieurs- géographes français dans le Spectateur militaire du i5 janvier 1864.
sive, les hachures dirigées suivant les lignes de plus grande pente plus ou moins espacées, légères ou renforcées, sans aucune considération de lumière oblique ou verticale (système de la Commission de 1828). On revient, même en France et dans quelques autres pays, aux hachures, toujours dirigées suivant les lignes de plus grande pente, mais produisant ou tendant à produire des teintes naturelles déterminées par la lumière oblique dirigée du Nord-Ouest au Sud-Ouest (système de la Commission de 1802, de l’École des ingénieurs-géographes et des ingénieurs-hydrographes) (').
Ajoutons que ces teintes peuvent être obtenues, sur les cartes manuscrites, à l’aide du lavis et, sur les cartes gravées ou lithographiées, par des procédés assez simples auxquels on a recours aujourd’hui.