CHAPITRE II. — LA TOPOGRAPHIE DANS TOUS LES TEMPS
Nous n’enlrerons pas dans le détail de l’exécution de la Carte de France à l’échelle de tôtôô» Q^ii ^®t entre les mains de tout le monde et dont les qualités et les défauts lui ont valu tour à tour des éloges et des critiques exagérés.
Les ingénieurs-géographes, supprimés définitivement en i83i, avaient eu encore le très grand mérite d’effectuer les opérations fondamentales de la mesure des bases, de la triangulation du premier ordre, d’une grande partie du deuxième ordre et du nivellement géodésique correspondant; ce furent eux aussi qui commencèrent à dessiner la Carte, en se conformant aux décisions de la Commission de 18-28; enfin, ce furent les derniers représentants de ce corps, Peytier, Levret, Servier, Couthaud, Hossard, qui eurent à guider les officiers d’étatmajor chargés des triangulations du deuxième et du troisième ordre, à vérifier leurs travaux, à assembler et à corriger les minutes souvent discordantes des levers par courbes horizontales et à diriger la gravure des cartes dont ils parvinrent à obtenir l’harmonie dans l’ensemble, en dépit des difficultés presque insurmontables que faisait naître à chaque instant l’emploi supposé si simple des diapasons.
Tout ce que nous disons de la Carte de France de l’État- Major pourrait s’étendre aux œuvres analogues exécutées dans les autres pays de l’Europe, le plus souvent sous la même rubrique des États-Majors. En les comparant les unes aux autres, on constate que la notre est encore l’une des plus réussies, mais cette satisfaction d’amour-propre ne doit pas nous faire perdre de vue la nécessité qui s’impose aujourd’hui de faire mieux. Nous savons au surplus que déjà {voir la note de la p. 436) les caries spéciales entreprises pour les besoins de nos principaux services publics sont exécutées à des échelles décimales et que le relief du terrain y est exprimé dans le système de la lumière oblique. Mais nous espérons que l’on ira plus 'loin et qu’une nouvelle grande Carte de France, à une échelle supérieure aux précédentes, sera levée avec toutes les ressources dont on dispose aujourd’hui et recouverte de teintes naturelles , selon l’expression de la Commission de 1802, pour faire mieux saisir le relief. Nous espérons même que l’on en viendra à reprendre la vieille et
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excellente tradition des profils ou vues pittoresques dont la Photographie facilite tant l’obtention rigoureuse, vues qui seraient non seulement des illustrations comme celles dont on fait un si grand usage dans toutes les publications modernes (*)> relations de voyages, monographies descriptives des pays les plus connus, etc., mais de véritables documents sur l’intérêt desquels nous insisterons dans le Chapitre suivant.
Nous terminerons celui-ci par deux remarques, ou plutôt par deux renseignements qui nous semblent décisifs.
Le premier se rapporte à la comparaison immédiate que l’on peut faire entre le résultat auquel on est arrivé pour la représentation du relief du terrain sur la Carte de France d’après le système Ae, la Commission de 1828 et celui que l’on pouvait atteindre en employant le système de la lumière oblique.
La PI. XI {fig. a) est une reproduction de la région des puys d’Auvergne, d’après la Carte de France de l’État-Major, et la même planche {/ig. b) représente cette même région obtenue par l’excellent professeur Bardln à l’aide d’un relief en plâtre qu’il avait exécuté lui-même en se servant des courbes de niveau des minutes de la Carte d’État-Major, relief recouvert des détails topographiques et des écritures (par l’application habile d’une épreuve sur papier de la gravure avant les hachures), puis éclairé selon la règle de la Commission de 1802,
Nous ne croyons devoir rien ajouter à cette démonstration, par le fait, de la supériorité incomparable du système de la lumière oblique sur l’autre.
Notre seconde observation consiste également dans la constatation de cet autre fait que nos ingénieurs-hydrographes, dont les cartes sont si universellement estimées et admirées, emploient depuis longtemps à la fois la lumière oblique pour exprimer le relief du terrain sur les côtes et des vues pitto-
(’) Mous n’aurions que reinbarras du choix si nous voulions citer les Ouvrages de ce genre, et nous nous contentons de renvoyer le lecteur au Tour du Monde, publié depuis près d’un demi-siècle déjà par la maison Hachette.
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resques développées de ces côtes prises de points habilement choisis.
Nous reviendrons sur cette dernière remarque, précisément à propos des applications importantes qui ont été faites de ces vues par le plus célèbre des ingénieurs-hydrographes, Beautemps-Beaupré (' ), et des conséquences qu’elles onl eues déjà et qu’elles doivent avoir dans l’avenir.
(') Nous avons eu l’occasion de dire que le service des Cartes hydrographiques qui date de Louis XIV était primitivement confié à un personnel qui naviguait rarement. Il y avait eu toutefois de très honorables exceptions, et il suffirait de citer le nom de Fleurieu pour rappeler que les excellentes traditions de nos ingénieurs-hydrographes actuels remontent assez haut. Il conviendrait aussi de rappeler le nom de Borda, à la fois homme de science, inventeur célèbre et brave marin, qui, en employant le premier son cercle à réflexion, montra tout le parti que l’on en pouvait tirer en levant une belle Carte des Canaries et de la côte d’Afrique. Mais on sait, et nous ne saurions trop le répéter, que c’est à partir des expéditions de Beautemps-Beaupré avec D’Entrecasteaux, de 1791 à 1794, que l’art de l’ingénieur-hydrographe a acquis toute sa perfection, entretenue depuis cette époque par les ingénieurs sortis de l’École Polytechnique.
Nous rappellerions encore, au besoin, que les instructions pour le voyage de La Pérouse et pour celui de D’Entrecasteaux, qui en fut la suite, avaient été rédigées par Fleurieu qui doit être considéré comme l’inspirateur de toutes les mesures ayant le plus contribué aux progrès de la Navigation et de l’Hydrographie. Mais nous craindrions de nous éloigner de notre sujet en énumérant les services considérables de cet homme éminent.
Le lecteur trouvera à la fin du second Volume des notes complémentaires, dont deux relatives à l’histoire de la Géométrie pratique chez les Chaldéens, les Égyptiens, les Grecs, les Romains, les Arabes et dans l’Europe occidentale.
FIN DU TOME l’REMIEU.
TABLE DES MATIÈRES