CHAPITRE I. — HISTORIQUE DES INSTRUMENTS ET DES MÉTHODES. 1 I j
demi-circulaire décrite par le Ois de l’inventeur du théodolite est l’ancêtre direct de l’alidade altimétrique et stadimélrique qui a fait de la planchette moderne un instrument de précision. On peut ajouter qu’elle a également donné naissance à la boussole nivelante, comme le théodolite au tachéomètre.
La Revue des Géomètres allemands ( '), année 1898, renferme un article de M. Schmidt intitulé : Mensula prœtoviana, dans lequel l’auteur disait qu’il existe une planchette d’un modèle très ancien au Musée germanique de Nuremberg. Sur cette planchette, ajoutait-il, il y a un vieux livre concernant l’art de mesurer (Messbüchlein) de iGaS, avec l’inscription suivante que nous laissons en allemand :
« Ey-geiidliche Beschreibiing inid Ahriss eines sonderhareii nutzliclien iiiid nothwendigen mechaiiischen Instruments, so aufj eine Sclireibtafel gerichtet, welches ziim Feldmessen, zum Vestimg aiisstecken, zum li 'ôli und tiefen messeii, zum Land und Wasser abwegen, dessgleichen zur Perspectiv gar fiiglich zii gebraiichen ist. Durcit Andréas Albreclit von Nürnberg an 2 mafi anno lôaS. »
Le livre a été imprimé et publié à Nuremberg par Simon Ilalbmayer, éditeur de la Géométrie de Schwenter (2).
Nous donnons une vue de l’instrument d’Andréas Albreclit, d’après la photographie que nous devons à l’obligeance de M. le Docteur von Dezold.
La petite aiguille aimantée placée au centre du volet supérieur du livre aurait été remplacée au xviii® siècle et d’autres réparations peuvent y avoir encore été faites; dans tous les cas, M. von lîezold considère, avec raison, que ce n’est pas
(') Zeitschrift fiir Verniessungswesen im Auftrag und als Organ des Deutschen Geometervereins lieraiisgegeben von D' W. Jordan, Professor iii llannover, und G. Steppes, Steuerrath in München, XXII Band; Stuttgart, Verlag von Konrad Wittwer; i8g3.
{’) Andréas Albreclit, de Nuremberg, mathématicien et ingénieur militaire, avait composé plusieurs Ouvrages qui furent publiés de 1620 à 1628; le premier était celui dont nous avons donné le titre et qui était un Traité de Topographie; le second contenait la description et l’usage d’un pantographe pour les architectes, et le troisième traitait de la perspective et des ombres. (Voy. Ilistorische Nachvicht, etc., von Johann Gabriel Dop- PEUMAYR, p. 1G8. ;
1 l4 I-ES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAriIIOUES.
là un modèle de la planchette prétorienne. Il suffit, en effet, de comparer le dessin précédent {fig. 44) avec celui de la fig. 49
pour constater les nombreuses différences qui existent entre les deux instruments; mais celle qui mérite, à notre avis, une attention particulière, c’est la suppression du triangle altimétrique de Prætorius et son remplacement par l’alidade munie
CIIAPITUK I. — mSTOlUQUIC HKS INSTHUMKNTS ICT ÜICS Mlh’IIODICS. Il')
du demi-cercle vertical de Dig-ges, qui fait ressembler l’appareil d’Andréas Albrecht à notre boussole nivelante, ce qui n’empèchait peut-être pas de s’en servir comme d’une planchette.
Quoi qu’il en soit, l’existence de cet appareil nous semble fournir une preuve que le triangle altimétrique de Prætorius était déjà abandonné en Allemagne en 1625, et cela justifie ce que nous venons de dire de la genèse des instruments de Topographie modernes, notamment de l’influence de l’invention du théodolite et de l’alidade à éclimètre vertical.
Ce dont nous sommes obligé de convenir, c’est que ces nouveautés, si remarquables qu’elles fussent, ont été longues à pénétrer en France, et l’on en pourrait induire que nous restions en arrière, soit par ignorance, soit par esprit de routine; mais ce qui est beaucoup plus vrai, c’est que les nouveautés ne se répandent pas toujours aussi vite qu’on serait disposé à le croire, après coup, et les exemples que l’on cite à grand’peine de l’emploi de la planchette prétorienne originale ou modifiée, au xvii® siècle, n’ont pas un caractère de certitude absolue (‘). Sans contester que la tradition ait pu se transmettre, dans leur entourage, par les élèves de Schwenter, à Altdorf, il ne semble pas que la planchette prétorienne, dont on n’a jamais tant parlé que depuis quelques années, ait
(') Une étude de M. l’Inspecteur G. Regelmann, publiée Hd.ns\.Q JaJirgang iSgi Württembergischen Jahrbücher fier Statistik und Landeskunde et dont il a donné lui-meme une analyse dans le Zeitschrift fur Vermessungswesen, etc., i8g3, contient les détails les plus intéressants sur une Carte des Forêts de la Souabe {Altwürttembergische Forstkartenwerk) exécutée de 1680 à 1687 par le lieutenant-colonel Andréas Kieser et conservée dans les combles de la Bibliothèque royale de Stuttgart.
Quand M. Regelmann arrive à la question des instruments dont a dû se servir Kieser, qui connaissait d’ailleurs sûrement la Nouvelle Géométrie pratique de Schwenter, il en est réduit aux conjectures, car, dit-il, le procédé de lever n’est indiqué nulle part dans l'œuvre, et il faut le retrouver d’après des indices isolés, et les traces qu’il rencontre sur les minutes le portent à penser que les mesures fondamentales faites avec la perche ont été achevées à l’aide de « la déjà célèbre planchette géométrique de Nuremberg ou planchette prétorienne, munie, comme on sait, d’une boussole D. Cependant Kieser n’en parle pas dans son rapport au duc de Wurtemberg où, à propos de son instrument principal, il se borne à dire « qu’il renferme tout ce qui convient à un instrument géométrique tel que l'astrolabe avec ce qu’il doit comprendre en lui-même comme un cercle entier divisé en 3Go degrés, pourvu d’une alidade (regul und absehen) ».
Il6 LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES.
aussitôt remplacé les cercles, demi-cercles ou quadrants, la boussole et la planchette simple que l’on continue à trouver à peu près exclusivement indiqués dans les meilleurs Traités de Géométrie pratique jusqu’à la fin du xviii® siècle.
Le théodolite ne s’est également imposé qu’à la longue aux arpenteurs, aux topographes et môme aux géodésiens, les premiers préférant, en général, des instruments plus simples, plus rustiques, et les autres n’ayant eu confiance pendant longtemps — c’est-à-dire jusqu’à ce que l’art de diviser les cercles ait atteint un haut degré de précision — que dans des méthodes d’observation qui étaient difficiles à appliquer avec les anciens théodolites et qui ont exigé des perfectionnements délicats dans la construction des nouveaux.