CHAPITRE I. — HISTORIQUE DES INSTRUMENTS ET DES MÉTHODES
astronomes de tous les pays de l’Europe, qui les ont aussi appliqués à l’art de mesurer les distances terrestres et les hauteurs, en un mot aux diiïérents besoins de la Topographie.
11 faut encore ajouter que l’un des principaux problèmes qui intéressent à la fois les astronomes et les géographes, celui de la projection de la sphère sur un plan, avait été résolu de plusieurs manières par les géomètres grecs. La sphère solide et la sphère armillaire répondaient sans doute aux besoins immédiats des astronomes; cependant ceux-ci n’avaient pas tardé à sentir qu’il serait souvent utile de pouvoir représenter sur une surface plane les cercles auxquels ils rapportaient les positions relatives des étoiles et les déplacements du Soleil, de la Lune et des planètes.
La projection gnomonique avait dû se présenter la première à l’esprit des astronomes, mais on imagina encore de bonne heure les projections orthographique et stéréographique, dues peut-être toutes les deux à Hipparque et permettant de résoudre graphiquement les problèmes de Trigonométrie sphérique considérés en Astronomie. La première, sous le nom &'analemme, était bien connue de Yitruve qui l’employait . dans la construction des cadrans solaires, etPtolémée a signalé
ici les vers de Claudien qui rappellent l’admiration produite par l’œuvre d’Archimède :
Jupiter in parvo cùm cerneret œtheva vitro, liisit, et ad Superos talia dicta dédit:
Iluccine mortalis progressa potentia curæ?
Jam meus in fragüi luditur orbe labor.
Jura poli, rerurnque fidem, Legesque Deoruni Ecce Syracosius transtulit arte senex.
Inclusus variis famulatur spiritus astris.
Et vivum certis motibus urget opus.
Percurrit propriuni mentitus Signifer annum.
Et siniulata novo Cynthia niense redit.
Jamque suum volvens audax industria munduni Gaudet, et humana- sidéra mente régit.
(Épigr. XVI.)
On voit que l’idée des appareils uranograpliiques mccani(iucs date de loin, et l'on sait que leur construction a souvent e.xercé le génie inventif des plus habiles artistes et des plus grands savants, témoin le planétaire de Huygens (lue possède le Conservatoire des Arts et Métiers.
plus lard les propriétés si précieuses de la seconde, sur laquelle, notamment, tous les cercles de la sphère sont encore représentés par des cercles, en la désignant sous le nom de planisphère ('). On sait que celte projection devait être par la suite généralement adoptée pour aider à représenter aussi bien le globe terrestre (mappemonde) que la sphère céleste. Nous verrons qu’on l’a aussi appelée astrolabe.
Nous terminerons cet historique sommaire de la découverte des instruments d’observation dans l’antiquité en insistant sur ce qu’il a toujours existé une grande obscurité sur les dates et sur les noms des véritables auteurs des premières inventions (-). Dans le cas dont il s’agit, selon la remarque très judicieuse de Libri, les Ioniens et les Alexandrins auxquels on doit les travaux les plus remarquables et les découvertes les plus importantes en Géométrie et en Astronomie avaient certainement fait aux Chaldéens et aux Egyptiens beaucoup d’emprunts dont ils avaient négligé de rappeler l’origine.
Cette tendance à oublier les antériorités est souvent poussée jusqu’à la naïveté. Ainsi, toujours d’après Libri, les Grecs faisaient honneur de l’invention de l’équerre et du niveau, à la fois, à un architecte du temple d'Ephèse, c’est-à-dire à un des leurs, tandis que la nécessité avait dû certainement faire imaginer ailleurs ces instruments fondamentaux bien des
(') Le tc.xtc grec (lu petit Traité do Ptolémée sur loplanisplièro no nous est pas parvenu. La version arabe, assez obscure, commentée elle-même par Maslom, son autour, a été traduite en latin et puliliée au nvi" siècle avec d’autres commentaires et des éclaircissements par .Jordan et Commandin d’Urbin. L’Ouvrage complet a pour titre : Plolemœi Planispheriiun. Jorclani Planispheriiun. Federici Coinniandini Urbinatis in Ptolenicei Planispheriuni commenlarius (Aldus, Yenetis; mdlviii). Il en existe, à la Bil)liotliè(iue de l’Institut, un exemplaire accompagné de notes marginales de la main de Delambre. Ptolémée a désigné aussi les deux projections ortliograplii(iue et stéréographique sous le nom d’analeninie; il a donné plusieurs autres systèmes de représentation du réseau des méridiens et dos parallèles pour les cartes géograpliiques dont nous n’avons pas à nous occuper ici.
D’après des lettres de Synésius, la célèbre Hypatbio avait aussi imaginé un planisphère et un astrolabe. Il faut entendre ici le mot planisphère, ainsi qu'on le fait depuis longtemps, comme désignant, en général, les projections de la sphère sur un i)lan, et celui d’astrolabe comme se rapportant à un instrument destiné à la mesure de la hauteur des astres.
(’) Voir, à la fin do ce Chapitre, la note déjà mentionnée.
CIIAIMTHK I. — IMSTOlUQUK DES INSTUUMENTS ET DES MÉTHODES. S>.<)
siècles auparavant ('). Mais c’est par milliers qu’il faudrait relever les prétentions et les bévues de ce genre, volontaires ou involontaires, chez les anciens comme chez les modernes, ces derniers bien moins excusables avec toutes les sources d’information dont ils disposent. Cela rend la tache que nous avons entreprise extrêmement délicate et nous obligera souvent à ne présenter qu’avec réserve les résultats de nos recherches.