CHAPITRE 1. — inSTORIQl'E DES INSTRUMENTS ET DES MÉTHODES
pour combattre les désastres qu’y produisent les torrents ( ' ).
Levers des mines, carrières souterraines, etc. — Dans les levers souterrains, les fermetures des cheminements, si importantes comme moyens de vérification et qui peuvent presque toujours s’elfectuer dans le cas des levers forestiers, deviennent au contraire rarement possibles, les galeries de mines notamment ne communiquant le plus ordinairement à l’extérieur que par des puits et non par des rampes. Quand il y a plusieurs puits aboutissant à une même galerie, on parvient encore à rattacher les opérations qui y sont faites au canevas superficiel, en projetant certains points bien déterminés de l’ouverture de ces puits au fond avec un fil à plomb dont on mesure la longueur, qui donne la profondeur pour chacun des points; il y a là, en effet, une sorte de fermeture, mais, quand il n’y a qu’un puits, on est réduit à utiliser la plus grande largeur de son ouverture pour projeter deux de ses points au fond, et c’est à partir de la très petite base qui en résulte que l’on continue le cheminement dans les galeries, sans revenir au jour. On conçoit, d’après cela, combien il est difficile alors d’orienter exactement et de faire correspondre les plans souterrains avec ceux de la surface.
Instruments employés dans les souterrains. — A quelques exceptions près, on a renoncé à se servir de la planchette dont les propriétés essentielles se trouvaient paralysées à chaque instant {-). La boussole, au contraire, était tout indiquée et paraît avoir été, en effet, introduite depuis longtemps dans les mines (^); elle serait même sans doute employée exclusivement si elle n’était pas exposée à des perturbations qui
(’) On verra au Chapitre IK que, dans d’autres pays et principalement en Autriche, les services forestiers ont reconnu la très grande utilité de la méthode photographique.
(’) Nous devons rappeler cependant que, d’après M. Tixidre, le tachymétrographe avait pu lutter avantageusement dans les levers souterrains avec les instruments (jui y sont le plus hahituellement en usage.
(’) On trouve l’emploi de la boussole dans les mines mentionné, dès le milieu du xvi“ siècle, dans l’Ouvrage célèbre d’AGiiicoLA, intitulé De rc metallicâ; Bâle, i556.
peuvent en fausser les indications. On lui substitue donc, quand il y a lieu, c’est-à-dire dans les terrains reconnus magnétiques, le graphomètre à défaut d’instruments plus précis, et de préférence aujourd’hui, des théodolites de construction plus simple que celle des instruments des géodésiens, mais permettant, comme eux, de mesurer à la fois les directions et les angles de pente.
En plein air, dans les forêts, quand on est obligé de renoncer à la boussole, on se sert des instruments ordinaires, c’est-à-dire de ceux que l’on emploie pour les levers en terrains découverts, et le théodolite passe même alors au tachéomètre et sert aussi à mesurer les distances, comme nous l’avons dit plus haut.
Mais dans les mines et les autres souterrains (carrières, tunnels, cavernes, etc.), on a été conduit à donner aux deux instruments principaux des dispositions spéciales.
Boussole suspendue des mineurs. — Dans les galeries de mines, généralement revêtues d’un boisage, on s’est beaucoup servi.
en Allemagne depuis plus de deux siècles et demi ( ' ), et plus
(’) Grâce aux renseignements concordants qui m’ont été communiqués, ce dont je me fais un devoir de les remercier, par M. le professeur G. Koliler, directeur de l’Académie des Mines de Glausthal, et M. André Pelletan, ingé-
ClIAIMTRE I. — mSTOniQUE DES INSTRUMENTS ET DES MÉTHODES. 9.85
tard en France, de la boussole suspendue que l’on accroche, en effet, comme l’indique la fig. g5, à un cordeau tendu à la
nieur en chef, professeur à l’École supérieure des Mines de Paris, je suis en mesure de résumer ici l’histoire de cette ingénieuse invention.
La première idée do la suspension de la boussole remonte à i636; elle est due à Balthazar Rossler, qui était directeur des Mines {Dergmeister) à Altenberg, en 1678, et se trouve décrite dans la Geometria subterranea de
Nicolaus Voigtel, Ouvrage duquel est extraite la figure ci-dessus [fig. 96).
La disposition actuelle, représentée dans le texte, a été imaginée à la fin du siècle dernier par J. -G. Stûder et décrite par lui dans l’Ouvrage qui a pour titre : Beschreibung der Verschieden Zeichnen und vorzugliech beim Bergbau nothigen Vermessungs-instrumente, \on Johann Gotthelf Stüder, Konigl. Sachs. Hof- und Münzmechanikus zu Dresden, auch Ehrenmitgliede der ôkonomischen Gesellschaft zu Leipzig; Dresden, 1811.
L’auteur, après avoir, en effet, donné la description d’un assez grand nombre d’instruments à l’usage des dessinateurs, d’après les meilleurs auteurs et constructeurs de son temps, tels que Breithaupt, Bien, Mayer, Adams, Leipold, Brander, rappelle les propriétés de l’aiguille aimantée et indique les anciennes dispositions de la boussole de mines carrée, puis il enlre dans les détails les plus minutieux sur sa nouvelle boussole sus-
Fig. 96
a86 LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES.
hauteur de la vue et allant alternativement d’une paroi à l’autre de la galerie. Une suspension à la Cardan permet à la boîte et au limbe divisé de la boussole, tous les deux en laiton, de prendre spontanément la position horizontale; le cordeau remplaçant pour ainsi dire l’alidade, il n’y a pas de pointé à faire et l’orientation du cordeau se lit immédiatement au point indiqué par l’aiguille. Les côtés du cheminement en zigzag déterminé par le cordeau, d’une longueur habituelle de lo™ environ, sont mesurés exactement au moyen d’un déca-
mètre en laiton très léger et très maniable, et les détails dans le sens horizontal et dans le sens vertical, au mètre ou au double mètre. Les pentes sont relevées sur un clisimètre ou demi-cercle à perpendiciile {fig. 97), suspendu également au cordeau vers le milieu de la longueur, après que la boussole a été enlevée.
Il va sans dire que le procédé des relèvements numériques.
pendue, sur le niveau de pente à perpendicule également suspendu (clisimètre) et sur le rapporteur à cadre rectangulaire, dans le but, dit-il, de mettre les artistes qui ne les connaîtraient pas en état de les construire. L’Ouvrage contient en outre la description de quelques autres instruments utiles aux ingénieurs, notamment celles d'un niveau à bulle d’air et à lunette et d’une balance de précision.