CHAPITRE III. — I CONOM IÎTRIE ET MÉTUOPIIOTOGRAPIIIE
bien définitivement distancé et dût être même oublié, car il est à remarquer que Viollet-le-Duc, nommé colonel du Génie auxiliaire pendant le siège de Paris, ne s’avisa jamais de se servir de l’instrument de son confrère.
Et cependant, quelques années plus lard, le célèbre architecte, devenu géologue, dans ses Études sur le mont Blanc, publiait une série de dessins agrandis exécutés, disait-il, dans sa Préface, avec le léléiconographe imaginé par son ami Revoil, sans faire la moindre allusion aux communications que nous lui avions faites en 1868, à l’École Polytechnique, et sans paraître se douter d’ailleurs de l’usage qui venait d’être fait du télémétrographe sur une si grande échelle.
Cet oubli ou celte ignorance du grand artiste, qui se laissait évidemment influencer par l’esprit de corps, pouvait s’expliquer à la rigueur, et nous avouons qu’en les constatant dans une séance de la Société de Géographie où Viollet-le-Duc était venu exposer ses dessins du mont Blanc, nous n’avions pas cru devoir lui faire le chagrin d’apporter les vues lavées à l’encre de Chine de Philippoteaux et les aquarelles de Lambert, de Mouchot, de Chazal, etc., qui, en dépit de son grand talent, eussent fait pâlir ses croquis au simple trait ( * ) ; ni donner les renseignements assez fâcheux pour lui qui figurent ici avec toutes les preuves à l’appui.
A la vérité, nous étions alors bien loin de nous douter de ce qui allait se passer dans le corps même du Génie, auquel nous appartenions, et notre patience allait être mise à une plus rude épreuve encore.
Dans le n° 24 du Mémorial de l'Officier du Génie, année 1875, dans ce recueil où nous avions publié, plus de vingt ans auparavant, nos premières études et le principe même du télémétrographe (en omettant seulement de baptiser l’instrument), paraissait une Note accompagnée de dessins, très bien exécutés d’ailleurs, par un tout jeune officier que l’on avait
(’) Nous allons offrir au Musée Carnavalet neuf des vues panoramiques exécutées pendant le siège de Paris et retrouvées après la Commune. La comparaison de ces véritables tableaux avec les croquis de Viollet-le-Duc dans scs Études sur te moût Blanc sera donc facile à faire pour tout le monde (Juillet 1900).
l86 LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES.
chargé d'expérimenter, au camp de Châlons, un téléiconographe acquis par l’École régimentaire du Génie de Versailles, et d’un commentaire demandé au colonel Goulier. L’auteur des dessins était tout à fait pardonnable d’ignorer l’histoire de cet instrument, mais il n’en était pas de môme de l’éditeur responsable du Recueil, ni surtout du commentateur de la Note.
Sans nous arrêter à l’oubli volontaire ou involontaire d’un camarade avec lequel nous n’avions jamais cessé d’entretenir les relations les plus cordiales, passons tout de suite aux conclusions auxquelles était arrivé le savant officier dont les opinions avaient tant d’autorité :
« Le téléiconographe, disait-il, ne semble pas se prêter aisément a l’exécution de levers au moyen des perspectives qu’il fournirait. Les constructions graphiques à faire pour la rédaction du plan seraient difficiles, eu ègarcl aux grandes dimensions du rayon de la sphère ou du cylindre auquel devrait être rapportée la perspective; de plus, pour obtenir des intersections convenables sur le plan, il faudrait opérer sur le terrain, de stations très éloignées les unes des autres, qu’il ne serait possible de rattacher entre elles que par des opérations topographiques compliquées. »
Il est à peine croyable que l’opérateur si exercé qui a prononcé cette condamnation du léléiconographe ou plutôt du télémétrographe (car il s’agissait bien décidément de Topographie géométrique à laquelle M. ltevoil n’avait jamais songé, de son propre aveu), même s’il avait ignoré, il faudrait plutôt dire oublié, l’expérience faite pendant le siège de Paris, ne se soit avisé d’aucune de ces deux idées si simples, savoir : premièrement, qu’en faisant varier le grossissement, on n’avait pas toujours affaire à des panoramas d’un si grand rayon, et, en second lieu, qu’il pouvait se présenter des circonstances où les stations très éloignées les unes des autres se trouvaient déterminées à l’avance, ce qui était précisément le cas des observatoires militaires de la défense de Paris.
Mais le colonel Goulier, dont le mérite était universellement reconnu, avait une faiblesse trop commune, malheureusement : celle de critiquer tout d’abord les idées qui n’étaient pas les