K : OBSERVATION V
(Picqué et Brauzr. — Soc. chirg. 1898. Kyste hématique
du rein. Néphrectomie d'urgence).
Il s'agit d’une dame de trente-cinq ans qui, depuis l’âge de douze ans jusqu’à vingt-cinq ans, c’est-à-dire pendant une période de onze années, a présenté, dans la région lombaire du côté droit, des crises douloureuses ressemblant à des coliques néphrétiques.
En avril 1890, survient brusquement une nouvelle crise. douloureuse que la malade prend pour une réapparition de ses coliques néphrétiques. Cette crise dure deux jours, et la malade évacue, pour la première fois, une urine purulente.
Elle est alors examinée par un de nos collègues très distingué des hôpitaux, qui porte le diagnostic de pyonéphrose, et institue un traitement médical qu’elle suit pendant plusieurs années.
Pendant ce temps, elle consulte plusieurs de: nos collègues, chirurgiens des hôpitaux, qui confirment le diagnostic de pyonéphrose dans un rein déplacé.
Les uns conseillent l’abstention ; d’autres proposent la néphrectomie. Devant ces opinions différentes, la malade ne peut se décider à subir une intervention. Une améliora-
tion se produit d’ailleurs depuis l’année 1895 jusqu'à ces
derniers temps. La malade, d’ailleurs très intelligente, affirme qu’il existait dans la fosse iliaque une tumeur indolente et mobile. 6
IL y a trois semaines, sans cause connue, apparition de douleurs vagues dans la région lombaire, la malade ressent un malaise général. Le 30 mai, les douleurs s’exagèrent à la suite d’une promenade en voiture, la température monte à 40 degrés et là tumeur, d’après l'affirmation de la malade, augmente rapidement de volume.
C’est dans ces conditions que je vois la malade pour la première fois. Il existe dans la fosse iliaque une tumeur volumineuse du volume.de deux poings, douloureuse à la moindre pression et manifestement fluctuante. La température’ est à 40°. Il existe un léger ballonnement du ventre. L'état général est mauvais. La malade est très abattue.
Admettant le diagnostic porté antérieurement par nos collègues, je pense qu'il s’agit d’une pyonéphrose dans un rein déplacé et je propose d'urgence une néphrotomie qui est acceptée. L'opération est pratiquée le 9 juin avec l’assistance de M. Macé et de mes internes Sauvage et Pédeprade.
Sous chloroforme, je constate que la tumeur iliaque est très mobile et je la mots à découvert à l’aide d’une incision verticale paralombaire d'environ 10 centimètres. L’incision de la poche montre l'absence absolue de pus. La poche est remplie de caillots. J’agrandis alors l'incision. En détachant quelques caillots pour m'orienter dans la cavité, il se produisit une hémorrhagie considérable, dont je ne
devins maitre qu’en pratiquant la néphrectomie.
note
La malade est en bonne voie de guérison.
Le rein est sain et nullement déplacé. ‘La tumeur iliaque est fixée sur la moitié inférieure du bord externe du rein. Elle est mobile sur lui et ses grandes dimensions expliquent aisément son siège dans la fosse iliaque. Notre collègue, M. Brault, a constaté que la poche ne communiquait pas avec le rein dont elle est séparée par une paroi assez épaisse.
Bazy a présenté à la Société de Chirurgie un kyste semblable au précédent et qui semblait surajouté au rein.
Ce kyste était rempli de sang et s’enfonçait dans la substance rénale. En faisant une coupe on voyait dans le kyste, au voisinage du rein, des bourgeons qui venaient manifestement de la substance rénale. Il s’agissait d’un myxosarcome à marche très rapide. Le malade a succombé à des accidents pulmonaires qui devaient se rattacher à une généralisation du néoplasme. Une ponction thoracique amena un liquide visqueux anàlogue à celui qui imprégnait les bourgeons myxosarcomateux.
Note de M. Brault. — I s'agit d’un kyste hémorrhagique ayant probablement pris naissance dans le rein mais étant toujours resté extérieur au rein, Ce qui veut dire qu'un kyste pararénal ne se comporte pas autrement, Voilà pour l'origine : quant à la nature du produit, elle est délicate à établir. La paroi est très mince ; il n'existe pas de tissu sarcomateux entre le kyste et le rein ; cellules vasoformatives peu nombreuses, ébauches de capillaires et de vaisseaux. Îl ne s’agit, en conséquence, ni d’un fibrome, ni d’un sarcome, ni d’un angiome et l’on ne peut admettre
qu'une sorte de Æystome hémorrhagique.
OBSEAVATION VI (personnelle)
Hôtel-Dieu de Rouen. Service du D: Ch, Bataille,
La femme P., 47 ans, métayère, entre le 22 décembre 1898 à l'Hôtel-Dieu de Rouen, pour une tumeur abdominale très volumineuse. Réglée à 13 ans, la malade n’a jamais présenté de troubles de la menstruation La ménopause est survenue il y a trois ans. È
A 24 ans, elle a eu une fièvre typhoïde. Trois ans plus tard, elle accouche d’un garçon actuellement en bonne santé.
Vers 1892, à l’âge de #1 ans, la malade voit apparaitre au niveau de l'hypogastre une tumeur de la grosseur d’un œuf de pigeon. Cette tumeur reste quelque temps sans augmenter de volume, puis petit à petit, elle se développe et devient énorme. On fait alors une ponction pour soulager la malade et on retire environ quinze litres d’un liquide clair, sans odeur appréciable.
La malade reste environ sept à huit mois sans être gênée dans ses occupations par sa tumeur, puis le ventre se ballonne de nouveau. Cependant la malade n’en souffre pas beaucoup ; elle n’éprouve seulement qu’une vague sensation de brülure siégeant dans l’hypogastre droit et continue à vaquer à ses travaux.
Enfin au mois d'avril 1898, gènée par les dimensions con-
sidérables de son abdomen, là malade réclame une seconde