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DU SUBSTANTIF, EN BRETON

Cette manière de représenter le rapport du génitif par la situation relative de deux substantifs est aussi commune au breton. C'est une nécessité de la similitude des deux langues: elles ne pouvaient guère différer sur un point aussi important. Cependant elles ne laissent pas, malgré cette communauté, de différer beaucoup, je ne dis pas essentiellement , mais pratiquement. Quoique cette manière de formuler le sens du génitif soit très-usuelle dans le breton , on ne s'y tient pas aussi rigoureusement et aussi exclusivement, pour ainsi dire, qu'en gallois; et c'est ici que le breton, par la pratique et par l'habitude, diffère considérablement du gallois. C'est même le point, sans comparaison, le plus distinctif des deux langues ou plutôt des deux idiomes; car les Bretons ont un emploi très-fréquent de la préposition qui correspond à de, dans les langues néo-latines. Euz

est la préposition dont ils se servent pour marquer le rapport du génitif.

La préposition qu'emploient les Gallois, correspondant au datif et à l'ablatif, est aussi dans le breton, c'est y. Ainsi, d'une part , les Gallois ont :

O, équivalent au génitif.

( datif.

ablatif.

Les Bretons ont :

Euz, équivalent au génitif.

j datif.

Y' j ablatif.

La différence, en gallois et en breton, entre la préposition correspondant au génitif, n'est qu'apparente. Il est évident, pour celui qui connaît le génie des langues galloise et bretonne, que la préposition o, en gallois, n'a pas toute sa forme primitive, et qu'une consonne a été retranchée. Nous pouvons en donner un exemple, tiré de ce que nous dirons bientôt, car nous verrons que l'article défini yr perd sa consonne devant des mots commençant par une voyelle. Et cet exemple, entre bien d'autres, nous suffit. Or, il faut rechercher dans le gallois s'il n'y a pas d'autres mots dont ce mot est dérivé. Il y en a trois qui s'y rapportent manifestement pour le son et pour le sens. Ainsi , il y a trois modifications de la même racine ,

Ost, \

Os, ' équivalent à O,

Oth. j

qui en est l'abréviation par suppression de consonnes. Or ouz, en breton, est exactement la même racine, suivant les modifications que ces lettres subissent nécessairement dans ces langues. Ainsi donc les mêmes éléments se retrouvent dans

l'une et dans l'autre langue, comme cela devait être pour des parties du discours si essentielles.

Maintenant, reprenons une comparaison que nous avons commencée entre le génitif et le datif, en grec et en latin , et les formes galloises correspondantes , composées d'une préposition et d'un substantif. En jetant un coup d'œil sur le petit tableau des prépositions correspondantes aux désinences des déclinaisons en grec, et même en latin, on verra, i° qu'il y a un rapport frappant; la principale terminaison caractéristique du génitif au grec, celle qui est constante dans les déclinaisons qui prennent un augment, est os, qui se reproduit dans le féminin de la déclinaison sans augment, avec un changement de voyelle sous la forme de as; et en latin, dans plusieurs déclinaisons, sous les formes de is et de us. Or cet os et son équivalent se trouve en préposition détachée dans le gallois et dans le breton. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est la continuation de ces rapports avec la désinence caractéristique du datif et de l'ablatif, comme nous l'avons déjà indiqué en parlant du gallois.

2° Que d'une part, en grec, le datif et l'ablatif ont exactement la même forme ; 3° que la désinence caractéristique de ces cas est un i, et que cet i est tellement essentiel et approprié à cet emploi, qu'il parcourt toutes les déclinaisons, soit exprimé , soit souscrit. Or, cet i, sous forme de préposition détachée , ayant le double emploi du datif et de l'ablatif par le sens de à et de en, se trouve dans l'une et l'autre langue celte , et est consacré par un usage constant dans le gallois. Ces rapports, il fallait les exposer, quelque conclusion que l'on en veuille tirer ; d'abord parce qu'ils existent , quand même on les regarderait comme accidentels, et ensuite parce que l'explication qu'ils pourraient fournir de la nature de la déclinaison donne absolument le principe sur

lequel ce genre de rapports est fondé, dans une des langues dites celtiques que nous aurons à examiner, le basque.

Pour exprimer le rapport du datif, les Bretons n'imitent point leurs confrères les Gallois ; ils ne se servent pas habituellement de la préposition y, quoiqu'elle existe dans leur langue, mais d'une particule usitée en pareil cas dans une des langues néo-latines. Ils se servent de da, comme font les Italiens dans plusieurs circonstances, lorsqu'ils veulent dire, chez lui, da lai, etc. Le da ne se trouve pas sous cette forme en gallois, mais sous une autre, qu'on ne reconnaîtrait pas, si l'on ne connaissait le génie de ces langues. At, en gallois, veut dire a, ou vers; or, l'on voit bien que c'est le ad des Latins. Quoique rien ne soit plus contraire, en général , à l'étymologie , que de renverser un mot , pour qu'il ressemble à un autre ayant le même sens, et d'en faire l'anagramme, c'est-à-dire le travestir et le rendre méconnaissable, il faut cependant savoir si les langues auxquelles il appartient ont cette habitude , et dans quels cas précis et déterminés. Or, pour les mots composés de deux lettres , d'une voyelle et d'une consonne, les Gallois et les Bretons ont cette habitude ; et l'on en verra des exemples frappants et multipliés pour les pronoms personnels et possessifs, dans l'exposition que nous en ferons plus tard, etc.

Quoique les modifications des substantifs qui forment les cas n'existent pas dans le gallois, il y a cependant celles qui désignent les différences de nombre, le singulier et le pluriel.

Ces modifications sont de deux sortes : i° la terminaison; 2° le changement dans le corps du mot. La terminaison est le mode le plus usité et le plus général, et tous les substantifs en sont susceptibles. Je dis susceptible, car ce mode n'est pas toujours obligé. Le changement dans le corps du mot ne peut guère avoir lieu que dans les mots primitifs, c'est-à-

dire, dans ceux qui n'ont point de terminaisons qui en font des mots dérivés. Ainsi :

Singulier.

Pluriel.

Aber,

un confluent,

ebjr.

Barz,

un barde,

beirz.

Bran,

un corbeau ,

brain.

Croen ,

une peau ,

crwyn.

Dovad,

une brebis,

devaid.

Fon,

un bâton ,

fjn-

Govant,

un marécbal,

govaint.

Maen,

un père,

mein.

Givr,

un homme,

gwjr.

Cette manière d'exprimer le pluriel par le changement de voyelle existe aussi dans le breton ; mais elle n'est pas , à beaucoup près, aussi usitée, et se présente dans des cas très-rares.

On voit, par ce petit tableau, que le changement consiste dans les voyelles, soit dans la mutation de l'une d'elles, ou l'addition d'une nouvelle , ou la réunion des deux modes. Ces mots primitifs peuvent subir l'autre modification, c'est-à-dire l'addition de la terminaison. Ces terminaisons sont variées et nombreuses. La désignation du pluriel se fait aussi en breton, et presque uniquement par la simple addition de terminaisons , mais elles sont moins nombreuses et plus déter-

minées.

\ Oa, \ Ioa,

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