DU VERBE, EN GAEL ECOSSAIS
Ici paraît la différence la plus saillante entre le gaël irlandais et le gaël écossais. Mais il n'y a d'autre différence que celle du plus au moins; la nature du verbe est la même dans les deux.
Quelques mots suffisent après l'exposition que nous avons faite du verbe en gaël irlandais, pour connaître le verbe en gaël écossais.
Les Écossais n'ont plus la première forme de conjugaison ; ils n'ont conservé que la deuxième, et encore ne l'ont-ils pas dans toute son intégrité.
Les éléments sont les mêmes ainsi que leur emploi, à une nuance près.
La caractéristique du futur a disparu ; et c'est la conséquence nécessaire de cette singulière tendance à l'aspiration qui caractérise les Gaëls , tendance sur laquelle nous avons insisté dans une autre occasion. \lf , lorsqu'on l'aspire, perd sa prononciation et disparaît ; voilà ce qui est arrivé au futur des Gaëls écossais et ce qui arrivera probablement aux Irlandais , quand ils cultiveront moins leur langue ; car ils sont bien supérieurs, à cet égard, aux Ecossais.
Le futur ayant perdu sa caractéristique , il n'a plus rien
d'essentiel qui le distingue du présent. Prenons, par exemple, le futur irlandais, meal-f-adh-me ; ô lez Vf caractéristique, restera mealadh. Mais adh est une syllabe infini tive qui ne désigne pas de temps; donc il se confond avec le présent. Or ce présent peut, d'après le génie de la langue , être représenté sous ces deux formes :
Meal ou Meal — adh.
C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'élément de temps; qu'il n'y a que l'élément d'action, représenté dans l'une par la racine simple, dans l'autre par cette même racine simple, plus la syllabe infinitive. Pour compléter le présent, il ne faut qu'ajouter l'élément de la personne :
Meal nie.
Meal — adh me.
L'exemple que je viens de donner n'est que supposé d'après le véritable génie des deux langues. Prenons un exemple réel dans le gaël écossais.
Buail est une racine simple, correspondant à BaXX-(w) en grec , avec le sens de frapper.
Faites-en un futur, à la manière irlandaise, Buail-f-adh-me ;
supprimez Vf, élément du futur, vous aurez Buail-adh-me , ou
sa modification écossaise Buail-idh-me.
Or, dans le génie du gaël , ce mot n'est plus un futur, parce qu'il n'a pas l'élément du temps. Mais, comme on s'en est servi comme futur sous sa forme précédente et caractéristique , il continue à servir au même usage et on le distinguera de l'autre forme du présent par l'absence de la syllabe in fini tive adh idh- (adh.)
Bauil — me, présent.
Buail — idh me, futur.
Ne croira-t-on pas que les Gaëls écossais vont s'arrêter là, et ne pas pousser la confusion plus loin ? Il n'en est rien cependant. Voyez la déraison : ils ont commencé par confondre, par sa forme rationnelle, le futur avec le présent; cependant il reste la syllabe infinitive ad, qui suffit pour les distinguer. Ils pourraient donc avoir un présent simple, en se servant de l'autre forme , de la racine simple plus le pronom ,
Buail — me.
mais non; ils en font un futur qui fait double emploi; et, embarrassés de cette confusion , ils cherchent à utiliser cette deuxième forme en la consacrant à exprimer le futur, quand ils l'emploient avec une négation. Le bel avantage ! Ils perdent un présent pour gagner un futur inutile.
Mais il est évident que l'un ou l'autre futur, ou les deux , ont conservé, dans bien des cas, un sens très-manifeste du présent , quoi qu'en disent les grammairiens , tout en rap portant la preuve de ce que je viens d'avancer : car ils disent, c'est une chose remarquable, que le futur, en gaël écossais, est employé pour désigner une action, qui a lieu ordinairement , et qu'ils rendent par le futur, ce que , chez d'autres peuples , on exprime au moyen du présent , comme dans les phrases suivantes : un fils sage réjouit son père, etc.