Raibh
Quelques-unes de ces racines , qui expriment le verbe être en gaël irlandais, se reconnaissent à la première vue, comme appartenant aussi à plusieurs, ou à presque toutes les langues anciennes de l'Europe occidentale, en y ajoutant le grec.
La première racine se reconnaît dans la syllabe qui se reproduit le plus dans le verbe correspondant grec. Au présent elle se trouve dans la deuxième personne du singulier du verbe être latin , et se reproduit dans la troisième du singulier ainsi que dans la deuxième personne du pluriel, avec la caractéristique de la personne.
Gaël, As. Lat. Es.
Is. Es — t.
Es — tis.
La deuxième forme is en gaël est complètement anglaise :
Gaël, Is. Angl. Is.
Nous verrons en basque que cette racine est identiquement la même. En voilà assez , je n'ai pas besoin de pousser la comparaison plus loin.
La deuxième racine ne se présente pas aussi promptement avec ses rapports, parce qu'il faut, pour les reconnaître , avoir présent à l'esprit un trait saillant de la langue gaële, qui la caractérise à un haut degré , et sans la connaissance duquel on n'en saurait apprécier la nature. Je veux dire, cet esprit d'abréviation par suppression de lettres , qui se reproduit à
chaque instant. Ainsi, dans le mot ta qui nous occupe nous en trouvons un exemple. La voyelle a peut être ajoutée ou supprimée, et cette deuxième racine qui exprime le verbe être peut se présenter sous deux formes :
Ta, ata.
Mais il y a une consonne , que l'on ajoute ou que l'on supprime au commencement d'une foule de mots en gaël dont la première lettre est une consonne; peut-être plus souvent lorsqu'il s'agit d'un t. Il y en a beaucoup dans la partie lexicographique ; j'aurais pu les multiplier indéfiniment. Cette consonne est Ys; or, devant le verbe auxiliaire ta mettons une s et nous aurons sta. Voilà précisément la racine du verbe stare latin , dont les Italiens se servent comme verbe auxiliaire et qui , par lui-même , a le sens qui en fait un des représentants de Y existence ou de Y être dans presque toutes les langues qui nous occupent.
La troisième, ha-hi-hu, etc. est le même verbe auxiliaire qu'en gallois ou en breton ; le même qu'en anglais , allemand, etc.
Gaêl, Bi. Angl. Be.
La quatrième racine, taxi, se dit en gaël irlandais, et bheil en gaël écossais. Ce sont deux formes de la même racine ; la dernière se prononce veil. Or ce mot est l'équivalent du latin valere , lorsqu'on l'emploie dans le sens du verbe être comme dans la phrase : quomodo voies ? comment êtes-vous ?
D'ailleurs, dans le sens primitif, la racine gaële a de même l'autre sens de valere. Elle se trouve dans toutes les langues celtiques proprement dites , et y forme une nombreuse famille :
Gaël éc. Bheil. Lat. Valere.
La cinquième se trouve aussi ailleurs ; elle a éprouvé cette modification si commune dans le gaël, que nous avons indi-
quée à la deuxième racine exprimant le verbe être, où nous avons \u que ta pouvait être précédé d'une voyelle ou s'en passer. Suppléons la voyelle qui manque à cette cinquième racine, faisons précéder Ye et nous aurons :
Gaël, E — raibh. Lat. Era — m.
Et ce qui rend la conformité parfaite, c'est que cette forme en gaël n'est jamais employée qu'au temps passé , comme le mot correspondant latin.
Mais cette forme en gaël est, comme nous l'avons dit, la forme elliptique par suppression de Ye. L'e fait partie essentielle de la racine , du moins comme voyelle , ainsi que nous le voyons en latin où cette racine est er. Et nous verrons la racine complète se reproduire en gaël comme en latin dans une des modifications les plus importantes du verbe, avec la même acception dans les deux langues , et dans toutes les langues celtiques.