DE LA. GRAMMAIRE BASQUE
Nous arrivons maintenant à l'examen de cette langue, sur laquelle on a dit des choses si contradictoires et si étranges. Les celtisants, en France, n'ont pas hésité à la reconnaître pour une de leurs langues, ou plutôt, ils l'ont englobée avec le breton, le gallois, le gaël écossais et irlandais, pour en faire une langue qu'ils appelaient celte. Cependant, quand ils faisaient un dictionnaire de cette langue celte , c'était du breton.
D'autre part, ceux qui se sont occupés de linguistique (à l'exception cependant d'un nom illustre, que nous citerons bientôt) , sous l'impression d'un coup d'œil jeté sur des formes insolites, ne reconnaissant aucune analogie avec nos langues anciennes et modernes, en ont fait, pour ainsi dire, une langue à part. Ils l'ont exclue de toute filiation avec les langues de l'Europe , et, poursuivant leur comparaison avec les langues de l'Asie, ils ont fini par l'exclure de toute communauté avec l'ancien continent; puis, cherchant des rapports en Afrique, et jusqu'en Amérique, ce n'est que là qu'ils ont cru trouver quelque analogie éloignée. Ainsi , la langue basque, selon eux, n'aurait que quelques points de ressemblance avec les langues des sauvages de l'Amérique et de l'Afrique, c'est-à-dire peut- £tr e avec celle des Chérokées , des Pigawilanées, que sais-je? et des habitants du Congo. Ce résultat , s'il était fondé , serait bien merveilleux, mais ne serait pas impossible; il serait, en effet, extraordinaire que cette ancienne population du midi occidental de l'Europe , occupant non-seulement les Espagnes , mais
l'Aquitaine et le littoral de la France, mêlée, dans ces pays, aux Gaulois, et, dans les Espagnes même, à des Celtes de Ja même famille , ayant des rapports multipliés avec le reste de la Gaule occidentale , fût restée entièrement isolée de ces populations par leur langue. Cependant, cela se peut; mais cela n'est pas, comme nous le verrons bientôt. Avant de nous occuper spécialement de cette langue , il importe de faire connaître les résultats des recherches d'un célèbre philologue sur l'identité de la langue basque et de celle des Ibères, et sur l'extension de cette population hors des limites des Espagnes. Je donnerai ici la traduction littérale des conclusions de l'ouvrage de M. Guillaume de Humboldt intitulé : Prùfung der Untersuchungen iïber die Urbeivohner Hispaniens vermittelst der Vaskischen Sprache, von Wilhelm von Humboldt. In-4°.