‹ Recherches sur les langues tartares ou memoires sur differens points de la grammaire et de la litterature des Mandschous, des Mongols, des Ouigours et des Tibetains. Paris, Impr. royale 1820Chapitre 12 sur 20 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

• ■ii-

Du Turk oriental , communément appelé Ouigour.

De toutes les nations auxquelles nous avons conservé le nom de Tartares, ia plus anciennement connue, celle qui s'est divisée en un plus grand nombre de tribus, et qui a eu plus de rapports avec les occidentaux, est, sans contredit, la nation Turke. Loin que ces circonstances nous fassent donner une plus grande étendue à cette partie de nos recherches, elles contribueront à les resserrer dans un cadre plus étroit ; car notre objet rt'e$t pas de répéter, dans cet ouvrage, des notions généralement répandues, mais de rassembler des matériaux peu connus, et d'ajouter, s'il se peut, quelques faits à l'histoire des langues, en tant qu'elle peut contribuer à jeter un nouveau jour sur l'histoire fies nations. . ...

Dans l'état actuel, quatre principaux dialectes de la langue Turke sont connus pour être parlés par des nations nombreuses , à-peu-près indépendantes, et parvenues à un certain degré de culture politique et littéraire : ces quatre dialectes sont j'ouigour, le tchakhatéen ou boukharien , le turk de Kasan et' d'Astrakhan, et celui.de Constantinople, dialectes auxquels se rapportent beaucoup de divisions secondaires, parlées dans* les pays voisins de l'empire Ottoman , du JCaptchak., çf e | a p erse et du Turkestan, et jusqu'aux extrémités de la Sibirje.

Le musulmanisme, établi depuis long-temps chez la, plupart des nations Turkes, peut être compté au nombre des causes qui ont le plus puissamment contribué à l'altération de leurs idiomes, en y introduisant un grand nombre de mots Arabes et

Persans, destines à remplir lès vides dune langue peu abondante, et à exprimer des idées religieuses, ou à désigner des objets particuliers aux contrées d'où les Turks tiroient la connoissance de l'islamisme. Les tribus qui, en «'avançant vers l'occident, sont venues, si j'ose ainsi parler, chercher elles-mêmes la religion rde Mahomet dans les pays où elle avok pris naissance, Comme les Turkomans, fes Sefjoucidcs et les Osmanlis; ces tribus , soumises à l'influence directe des Persans et des Arabes, ont adopté ces mots étrangers à leur langue maternelle, en bien plus grand nombre que celles qui, attachées à leurs contrées natales , ont attendu , pour ainsi dire, que le Korau leur fut apporté par des missionnaires, comme les Kirgis r les Ouigours, et tous les Turks répandus dans la Sibirie. Ainsi, le dialecte de Constantinople est celui de tous qui s'est le plus enrichi , je pourrois dire appauvri , par l'introduction de mots Arabes et Persans; et l'on n'en rencontre que fort peu dans la langue des Turks voisins de la Chine, où l'on peut, pour cette raison , espérer de retrouver l'antique langue Turke dans un état plus voisin de sa pureté primitive. Joignons à cela l'adoption de l'écriture Arabe chez les tribus occidentales, adoption, qui, en facilitant la lecture des livres Arabes et Persans, a rendu les emprunts de mots plus fréquens et plus nécessaires. -

Le turk de Constantinople, dont la connoissance est indispensable dans les relations que la plupart des nations Européennes entretiennent avec la Porte Ottomane, est devenu en France et en Allemagne l'objet d'un enseignement public, et de beaucoup de travaux grammaticaux. S'il reste encore dans cette étude quelques points obscurs ou difficiles, c'est aux savans'qui ont consacré leurs veilles à la littérature Ottomane, qu'il appartient de les éclaircir. Je me garderai bien d'entreprendre une tâche pour laquelle les langues de l'Asie orientale, objet presque exclusif de mes travaux actuels, ne sauroient me fournir aucun secours, et où une étude approfondie des langues Arabe et Persane est au contraire presque indispensable. Le turk Ottoman, par le caractère classique que les circonstances politiques lui

ont donné dans l'occident, sort, «pour ainsi dire, du nombre des idiomes Tartares; de sorte que nous nous bornerons, dans la suite de ce chapitre, à le considérer comme moyen de comparaison, auquel il sera utile de rapporter le dialecte oriental.

Je me verrai forcé, avec bien plus de regrets, de laisser une lacune, moins aisée à remplir, dans l'Jiistoire des dialectes du Kaptchak et du Mawarennahar. Non que je renonce tout-à-fait à l'espoir de recueillir, sur les tribus qui parlent ces dialectes, quelques faits propres à éciaircir leur origine , et par conséquent à déterminer l§ place qu'elles doivent occuper dans la classification lexicologique des races Tartares ; mais l'acquisition de documens grammaticaux bien authentiques ne m'a pas été possible, soit à raison de la disette absolue des ouvrages qui auroient pu m'en fournir, soit à cause des difficultés extrêmes qui se sont opposées à ce que je fisse usage du petit nombre de livres écrits dans ces dialectes, que nous possédons en France. On a imprimé en Russie un dictionnaire du turk' de Kasan ; mais cet ouvrage ayant été distribué presque en entier aux Turks soumis à la Russie, et connus improprement sous le nom de Tatar^ , il est resté extrêmement rare en Europe , et il ne m'a pas été possible de m'en procurer un exemplaire. Il existe aussi dans plusieurs bibliothèques ( 1 ) des dictionnaires indiqués comme Mongols, et qui appartiennent véritablement au dialecte Turk du Tchakhatai ; mais aucun d eux non plus n'a été à ma disposition (2). Nous n'avons point en France l'Histoire des

(i)MirAIi Schir Lexicon Tartarico- Turcïcum, ord. alph. à prima voce (quâ mulier Tartarica maritum suum compilât) ABOUSKA , dictum. Caial. bibliot. Lugd. Bat. mss. or. 1400. Jbid.

1401. — Lexicon AloguUicum cujus voces Persicis, Arabicis et Turcicis explicantur. Clauditur opus carminé Turcico.

Jbid. 1*82.

Gaufmin possèdent aussi un dictionnaire du même genre, où les mots Mongols étoient expliqués en arabe. Je crois que ce manuscrit a passé ensuite entre les

mains de Deshauterayes ; mais j'ignore ce qu'il est devenu depuis fa mort de ce savant et la dispersion de ses manuscrits.

(ij La Société de* la Bible, de Russie, a publié le Nouveau-Testament dans le dialecte Turk que parlent les nations de cette race qui habitent dans le Caucase.

[Keras, 1815, in~#.'] Mats ce dialecte est trop analogue au turk de Constantinople pour mériter d être étudié séparément; le turk de cet ouvrage ne semble pas fort élégant.

Il Z

latars du sultan de Kharism; Aboul-ghazi Bahadoûr, ouvrage si important et si digne d'être retraduit en entier, ou *rnême textuellement publié, et dont il existe plusieurs manuscrits en Allemagne (1). Ce seroit un temps bien employé que celui qu'on mettrait à l'étudier., non -seulement sous le rapport des traditions historiques qu'il contient, et dont on peut à peine juger par l'informe version qui en a été donnée (2) , mais aussi sous le rapport grammatical , et comme spécimen d'un dialecte intéressant et peu connu ( 3 ). Ce n'est guère que sous ce dernier point de vue que les poésies de l'émir Ali Scliir. méritent d'être examinées ; mais le trayail dont elles pourroient être l'objet , seroit encore assez important pour qu'on dût souhaiter de le voir achever par le savant académicien qui l'a voit entrepris (4). Enfin on possède à la Bibliothèque du Roi un manuscrit in-folio, écrit, selon toute apparence, dans la Transoxane , en lettres Ouigoures. Le sujet de cet ouvrage est théoiogique; il contient la vie des sôixante-douze imams, et l'histoire du MiroA) ou de ^Ascension fabuleuse de Mahomet. Ce manuscrit, où le turk est mêlé de beaucoup de mots Arabes et Persans, est assez difficile à lire; et pour se mettre en état de l'entendre parfaitement et d'en déduire toutes les règles grammaticales du dialecte dans, lequel il est écrit, il seroit nécessaire d'avoir une connoissance approfondie: des autres dialectes Turks , ou du moins d'avoir, entre les mains un. dictionnaire Tchakhataï bien complet. Sans ce secours, la maticre qui y est traitée , et le peu d'espoir qu'on auroit'd'y trouver aucune notion historique intéressante, ne permettent guère d'entreprendre l'immense travail qu'il faudroit faire pour en acquérir l'intelligence entière. Je me suis borné à y prendre les notions grammaticales qu'un examen rapide et

(1) La bibliothèque de Gcettingue en possède un manuscrit, et M. de Dicz nn autre. Il s'en trouvoit aussi une copie à la bibliothèque de l'Académie à J>aint-Pétersbourg, suivant Bacmeister , p. 121.

(a) Hist. génénlog. des Tatars, &c.

Le) de, «726; in-f2, 2 tom.

(3) On trouve un fragment du texte de cet écrivain célèbre dans le Voyage de M. de Klaproth ft.U, p. $04 et suh'.J, et dans la réimpression qu'il a faite séparément de la partie de cet ouvrage qui concerne les Ouigonrs , p. 24.

(4) M- Etienne Quatremère.

superficiel m'a permis d'y recueillir. Les phrases que j'en ai extraites, et qu'on trouvera, soit dans ce chapitre même, soit dans l'Appendice, serviront ci -la -fois d'exemples de l'écriture et du langage de ce manuscrit , qu'on regarde comme c'tant en dialecte Tchakhatéen , et me serviront à développer les raisons que j'ai de douter que ce nom convienne en effet pour le désigner.

Enfin le quatrième dialecte , ou l'ouigour , qui est encore actuellement la langue des habitans des villes, depuis Khasigar jusqu'à Kamoul, est celui tout -à-la-fois qui est le moins connu, et dont on a le plus parlé dans ces derniers temps. L'esprit de système s'exerce à son aise sur les matières obscures , parce que les faits positifs n'y viennent pas entraver ses théories. On a vu plus haut que l'écriture des Ouigours avoit été honorée d'un rôle distingué dans cette espèce d orientalisme philosophique qui étoit en vogue il y a quelques années, et où les expressions mystérieuses de peuple primitif , de plateau de la haute Asie , Cantique religion de la Tartarie , de civilisation antérieure a l'histoire , pompeusement répétées à défaut de notions vraiment historiques; formoient une sorte de système sans preuves et sans liaison , et servoient à battre en ruine les traditions les mieux accréditées dans l'occident. Comme mon but, dans cet ouvrage, est de dissiper, autant que possible, les brouillards dont on a enveloppé à dessein l'histoire de là Tartarie , et de faire voir, par la considération des langues, qu'on n'y trouve rien d'antique, de primitif, de mystérieux , je ne crois pas pouvoir mieux y atteindre, qu'en m'arrétant à discuter le peu de faits qui se présenteront en étudiant ce dialecte privilégié, dont tout l'avantage consiste , comme on le verra bientôt , à avoir été écrit quelques siècles après notre ère , avec un alphabet d'origine occidentale.

Nous n'avons plus à, revenir sur cet alphabet Ouigour, après avoir consacré un chapitre entier à en tracer l'histoire. Nous avons essayé de prouver que les quatorze lettres dont il étoit formé dans l'origine, suivantles écrivains Chinois et suivant

l'auteur de la vie de Temour, avoient été prises dans l'alphabet Syriaque, soit immédiatement,, soit par l'entremise des Nestoriens. Nous avons étudié l'alphabet Ouigour dans les écritures qui en ont été formées pour le mongol (i) et le mandchou, et nous avons démontré que le fond de ces écritures n'avoit rien de commun avec les alphabets Indiens desquels on avoit essayé de le rapprocher. J'ai rapporté, dans le tableau des alphabets Tartares, - celui qu'Ahmed -ibn-Arabschah a donné comme étant encore usité de son temps dans la Transoxane ; il diffère peu de celui des autres monumens du même genre qui se sont offerts à moi. On pense bien néanmoins que, par l'effet du temps et l'étendue des pays où il s'est répandu , cet alphabet a dû éprouver des altérations. En effet, chacun des morceaux que j'ai vus écrits en lettres Ouigoures présente un style particulier d'écriture. L'ouigour des suppliques du P. Amiot n'est pas tout-à-fait celui du manuscrit du Mïradj : dans ce dernier, le r a une forme qui se rapproche davantage du syriaque ; mais ces différences sont trop légères pour en tenir compte , et sur-tout pour qu'il soit nécessaire de faire graver autant de corps qu'on pourra se procurer de manuscrits (2). Les caractères Tartares qui nous ont servi jusqu'à présent à exprimer les mots Mandchous, Mongols et Olets, représenteront avec autant d'exactitude les mots Ouigours; tout comme on peut également bien transcrire, avec les caractères Arabes de notre typographie , les textes tirés d'un manuscrit écrit en neskhi ou en taalik, en kouflque ou en mauritanique.

Quant à la langue elle-même, sans avoir jamais vu de textes

çons Ouigours sur des calques pris dans un ouvrage dorK il va bientôt être parlé.

Les mêmes raisons qui m'ont conduit à ne pas employer les types Mongols que possède l'Imprimerie royale, m'ont décidé à faire encore' usage ici du petit caractère Tartare qu'on voit dans le cours de ce volume. Voy. plus haut, p. 17+.

(1) Les contemporains, en pariant du pays des Ouigours, auquel ils donnent le nom de royaume de Tarse , disent que c'est dans cette contrée nue les Tartares ont appris l'usage des lettres :

Xegnum Tarse, dit Sanut, ubi Tartari primo Hueras didicerunt, 47c. liv. III, p. XIII, c. 5 y p. y;.

(2) M. Langlès a fait graver des poin-

qui la présentassent dans sa pureté, les auteurs qui en ont parlé s'en sont depuis long-temps formé une idée juste. Rubruquis va jusqu'à dire que parmi les lugures est l'origine du langage Turk et du Coman (i). Cette assertion est exagérée, en ce qu'elle donneroit à croire que les autres dialectes Turks sont dérivés de l'ouigour, pendant qu'il est certain que le dialecte OuigoUr est, non le plus ancien, mais l'un des plus anciennement fixés par l'écriture. Toutefois, comme certains dialectes Turks se sont écrits avec les caractères desOtiigours,etque les écrivains à gages, chez les princes Turks, Mongols ou Persans , ont souvent été pris dans cette nation , l'usage s'est conservé assez long -temps de nommer la langue Turke, langue Ouigoure, lingua Ugaresca (2); et par-là on doit entendre, non que l'ouigour offre la source des autres idiomes de la même famille , mais seulement qu'il étoit regardé alors comme le plus savant des dialectes Turks orientaux. A l'exception de ces notions, qui ne manquent pas au fond d'exactitude, tout ce qu'on a connu de mots Ouigours jusqu'à nos jours, se réduisoit aux noms des douze animaux du cycle Tartare rapportés par Ouloug-bek (3), et à quelques mots épars dans Aboul-ghazi et d'autres orientaux, mots qui, se retrouvant dans le turk avec la signification qui leur est attribuée, tendoient à confirmer l'assertion de Rubruquis. M. de Klaproth est le premier qui ait donné un vocabulaire qu'on peut dire Ouigour, puisqu'il contient quatre-vingt-sept mots recueillis par lui à Oust-kamenogorsk, sous la dictée d'un habitant deTourfan, dont l'ouigour étoit la langue maternelle (4). Cependant ce vocabulaire laisse

(1) Rubruq. c. XXVIII.

(2) C'est de cette manière qu'est appelée la langue dans laquelle furent écrits les traités conclus, au XV.' siècle, entre les officiers de la république de Cènes dans la Gazarie, c'est-à-dire, dans les possessions des Tartares sur la mer Noire, d'une part, et les princes Tartares, de l'autre. Voye^ la notice des pièces trouvées dans les archives de Gènes , dans le Rapport de M. de Sacy.

(3) Epoclim ttUbrïores, p. j-6.

(4) Noch deotlicher aber beweiset die Uebereinstimmung der Uigurischen Sprache mit der Tatarischen , das hier folgende Wœrterverzcichniss , welches ich im jahre 1806, auf meiner Rcise in Sibirien , zu Ust - lutmenogorsk , einer Hussischen Festung am Irtisch, aus dem Munde eines Einvohntrs von Tutfan, d«s*en Muttersprache das Uigurische ist, aufgezeichnet habe. Abhandlung, u. ».

l } 6 ■ RECHERCHES

quelque chose à désirer, parce que les mots ayant été pris dans la langue orale, et non dans un livre, on peut craindre qu'il ne s'y soit mêlé des expressions étrangères, amenées dans ie langage des habitans de Tourfan par le mélange des nations qui vivent confondues dans cette ville. On risque moins en travaillant sur les texte* originaux ; et c'est ce qui me fait présenter avec quelque confiance fes documens qu'on va lire, et qui sont puisés dans les ouvrages qui se trouvent à la bibliothèque du Roi. Je veux parler d'abord du manuscrit en caractères Ouigours déjà indiqué ci-dessus, manuscrit dont une lecture rapide et tardive m'a fait regretter de n'avoir pu prendre une connoissance plus approfondie. J'ai eu plus librement à ma disposition, et j'ai par conséquent étudié avec plus de succès, ie vocabulaire Ouigourchinois, et le recueil de suppliques qui font partie de la collection déjà souvent citée , collection dont on est redevable aux soins du tribunal des interprètes, et qui a été envoyée en Europe par le P. Amiot.

Le vocabulaire dont il s'agit a été rédigé avec toute l'attention qu'on peut désirer dans ce genre d'ouvrages. Les neuf cent quatorze mots qu'il contient y sont écrits en caractères Ouigours, et accompagnés de leur interprétation en chinois, ainsi que d'une transcription approximative, telle que les caractères Chinois permettent de la figurer. Cette transcription , toute imparfaite qu'elle est, peut cependant être d'un grand secours pour le déchiffrement des lettres Ouigoures (i). Le P. Amiot a joint à la copie de ce vocabulaire qu'il s'étoit procurée, la traduction Latine des mots, faite, quelquefois peu exactement, sur le chinois , et la lecture des caractères qui servent à exprimer le sens et le son des mots Ouigours. J'ai revu avec soin ces deux parties de son travail, en m'attachant, pour la lecture et I'ortho

(i) On jugera de fa manière dont les »ons Ouigours sont rendus en caractères Chinois, par les exemples suivans que je choisis parmi ceux où la prononciation Chinoise s'écarte le plus de celle qu'il s a^issoit d'exprimer :

Ttingr'i , Teng-ke-li , Ciel ;

youUous , yun-tou-sse , étoile;

gourgorû, kou'tul-ki-li-ti , tonnerre;

khar, ha-tul, neige ;

toprak, tou-pa-la, terre, &c.

graphe ,

SUR LES LANGUES TART ARES. XjJ

graphe, Immédiatement aux mots Tartares; et par-là j'ai corrigé un grand nombre de fautes qui.avoient échappé au savant Missionnaire, comme on pourra s'en convaincre en rapprochant de son manuscrit le vocabulaire que j'en ai tiré, et que l'on trouvera dans le second volume de cet ouvrage. Son étendue, et le choix des mots qui y ont été rassembles , le rendent propre à donner une juste idée de la langue Ouigoure , au moins sous le rapport lexique, et à démontrer, plus positivement que cela n'avoit encore été fait, l'identité radicale de ce dialecte avec le turk de Kasan ou de Constantinople.

Le volume qui est joint au vocabulaire contient quinze lettres ou suppliques, écrites, si l'on s'en rapportoit aux formules placées au commencement de chaque pièce , par de petits princes ou commandans des villes de Kamoul, de Khotcho, de Tourfan, d lli-bali, &c. L'écriture en est fort négligée, et ne présente d'ailleurs rien de remarquable, si ce n'est que les lignes Tartares y sont disposées de droite à gauche, à la manière Chinoise. Le P. Amiot a traduit en françois ces quinze lettres, sur la version Chinoise qui y est jointe; mais sa traduction (i), faite trèslégèrement, n'est d'aucun secours quand on veut analyser les phrases de l'original , moins encore si l'on veut rechercher le sens isolé des mots. Le savant Missionnaire n'avoit pour objet que de donner une idée du contenu de ces pièces : « J'ai déjà dit, ce » me semble, remarque-t-il en finissant, que je ne traduis qu'en »» gros le sens de ces suppliques. Je le répète, il n'y a rien d'in- » téressant dans tout cela (2)." 11 est permis de porter un autre jugement sur ces pièces, quand on les considère, moins sous Je rapport des objets qui y sont traités, que sous celui de la langue Ouigoure, dont elles offrent un exemple rare et presque unique jusqu'à présent.

J'aurois néanmoins renoncé à y voir rien de plus que ce que Ja version Françoise m'y faisoit voir, si un examen attentif de la

(1) Mémoires concernant les Chinois, t. XIV, p. 271-279, à la suite de l'Introduction à la connaissance des peupla tributaires.

[2) Ibid. p. 279, •* 1 «.

Kk

traduction Chinoise ne m'eût donné lieu de me convaincre que cette dernière étoit aussi fidèle et aussi littérale , q»e l'autre étoit libre ou même inexacte, ou plutôt que le style des lettres Tartares étoit, sauf l'addition de certaines particules et quelques inversions, absolument conforme au stylé Chinois en général, et en particulier à celui de la traduction Chinoise jointe aux lettres dont îl s'agit. ■

Je sais qu'il peut rester des doutes sur ce style et cette phraséologie si analogues au génie de la langue Chinoise, et je ne voudcois pas assurer positivement que ce soient bien là ceux qui appartiennent à la langue des Ouigours, et qui se retrouvent, dans le langage ordinaire de ces peuples. Comme ces négociations que les" Chinois appellent des ambassades, et auxquelles ils affectent de prêter un objet politique , se réduisent le plus souvent aux voyages de quelques marchands qui, sous prétexte de venir au nom de leurs souverains payer le tribut à l'empereur, sollicitent seulement le droit de faire le commerce, les lettres que ces prétendus envoyés présentent à la cour ne sont quelquefois aussi que des pièces fabriquées à plaisir, que n'ont jamais vues les princes sous le nom desquels on les fart passer (1). Celles que nous avons sous les yeux ne sont peut-être pas plus authentiques; et dans ce cas, le prétendu original Ouigoùr ne seroit qu'une réunion de notes supposées, dont la substance et la forme donnée aux ambassadeurs par les interprètes du tribunal des Rites, n'offriroient de la langue Ouigoure que les

( 1 ) Jam abire parabat ( Bcnedictus Gon) ex vppido Cia/is , cum è Cataio superioris comitatùs negotiatores rediére.

Ht , ut soient , legatianem mentiti, in Cataiensem regiam penetrJrant, i?c. Triganlt. de Christîana èxpediiionc apud Sinas, \. V, c 12, p. 558. — In banc urbem { Sou - tcheou ) negotiatàres aaS-etiiunt, qui, legatione fictâ , septein octove regnoruin antiquis cum Sinensi regno partis impetrarunt , uti sexto quoifue anno duo supra septujginra legatorum nomine,

regî tributum pendant .... Cùm tetnpus legJtionis advenir, publicas tegutn suorum litreras ejfingunt , qui bus Séria rum régi clientelire obsequium dtferunt.. Similts legationes i- variis regnis edmitiunt Sina', t regnis Caucincino , Sian , Ltou-cbim , Coriano etab aliquot Tartarorum regulis...

Quïbus artibus ipsi Sinœ ( ijui fraudent minime ignorant), regem suum ludunt , adularidi studio, quasi verô Sinensi ) vectigal orbis pendent universar, C. 13, p. j6a. (< , % ... ; u U

SUR LES LANGUES TARTARES. 2}$ caractères et les mots , sans en représenter fidèlement ni Ja grammaire ni la phraséologie. Cette supposition expliqueroit parfaitement bien la grande analogie , ou , pour mieux dire , l'entière identité qu'on observe, sous le rapport du style, entre le chinois et le tartare des pièces dont il s'agit. Cependant, comme il est impossible de la démontrer, et que la conformité des deux styles pourroit aussi s'attribuer à l'influence que les Chinois ont exercée depuis deux mille ans sur les Ouigours; comme enfin ce style Ouigour pourroit n'être que le style d'usage dans les relations diplomatiques des Tartares avec la cour de Peking, je ne crois pas que les doutes précédemment énoncés, même en les supposant fondés, doivent nous faire négliger le peu de détails grammaticaux qui se présentent dans nos textes Ouigours. Les Chinois peuvent avoir simplifié, restreint, presque réduit à rien le système de grammaire usité chez les Turks orientaux ; mais il est bien certain du moins qu'ils n'y ont rien ajouté : d'ailleurs , en admettant même que les envoyés aient fabriqué ces pièces , ils l'auront fait apparemment dans leur propre idiome , et non pas dans une langue imaginaire , en y joignant toutefois les formules obligées et le protocole d'usage que les Chinois leur auront dictes. Je présentedonc les règles que. j'en ai extraites , non avec défiance , mais avec réserve : il est probable qu'elles sont incomplètes ; mais je ne erpis pas qu'elles soient erronées. Je donnerai dans le second volume les textes en entier ; le lecteur qui les étudiera, pèsera lui-même les raisons qui lui paroîtront d'une plus grande valeur pour ou contre leur authenticité; et quand même il les croiroit supposées, il y prendra toujours, sur le dialecte Ouigour, des notions plus précises que celles qu'on puise dans un vocabulaire ordinaire.

Les considérations qui précèdent, prises uniquement dans les suppliques elles-mêmes, tirent une nouvelle force de la comparaison qu'on peut faire de ces dernières avec le manuscrit du Miradj. On voit dans celui-ci un assez grand nombre de notes en langue Turke et en caractères Arabes : ces notes sont en dialecte Tchakhatéen; mais le corps du livre, écrit en iejtrej

Kk 2

Ouigoures, présente un dialecte simple et sans inversions, où les noms et les verbes ne sont pas affectés de formes beaucoup plus nombreuses que dans les lettres Ouigoures ; et quoique , dans le précis grammatical qu'on va lire, je me fusse primitivement attaché à ces dernières , les règles qu'on y verra m'ont ensuite presque aussi bien servi pour l'intelligence du livre de l'ascension de Mahomet , ou de la vie des soixante - douze imams : le dialecte de ces deux ouvrages est presque aussi simple que l'autre, et n'en diffère en rien d'essentiel. Et ici l'on ne sauroit objecter l'influence Chinoise , à moins qu'on n'entendit parler d'une influence générale et éloignée , exercée autrefois par les Chinois sur toute la partie de la langue Turke que parlent les tribus orientales ; ce qui ne nous empêchera pas de regarder ces différen s morceaux comme écrits dans le dialecte Ouigour, tel qu'il existe de nos jours et tel qu'il nous est possible de le connoître. S'il y en a eu jadis un plus ancien, plus compliqué, plus analogue aux dialectes des Ottomans et du Kaptchak, nous n'avons pas de monumens où il soit conservé; il est pour nous comme s'il n'eût jamais existé.

En ouigour, comme en turk, il n'y a point de marques de genres , ni pour les substantifs , ni pour les adjectifs. On dit également t 0 ^ 1 ^- wJt - XE ^ ketchig ougoul [un petit enfant] ; ' " r 0 ketchig kii [une petite fille]; as-»-* < — *-x*-<i kâichig kapi [une petite porte] ; VHf$ \H " *a ytigcJii kechi [un bon homme]; y n m \H ' ' *■ ^ yiigchi khatoun [une bonne femme] ; ■■ n i v>î f-" yagchi at [un bon cheval] ; tAXH- 1 -^ * — 1 > ' n 1° oulqug kara

denggis [une grande mer noire] ; >d " n i n ouloug

barïsda (yçts.ferischta) [un grand ange] , &c*

Je n'ai trouvé dans les suppliques aucun substantif marqué du signe de pluralité V*- 1 -* t lar , quoique ce signe soit usité pour les pronoms , ainsi qu'on le verra plus bas. On le trouve , au contraire, fréquemment dans le manuscrit Tchakhatéen , et même il y est quelquefois placé après des mots Arabes qui ont déjà «n eux la marque de la pluralité. Voici des exemples : * ' ft * v 1 VH^ maschàik-lar [les scheikhs] ; VM-fc L""^ tln t souyourgaUlar

SUR LES LANGUES TAftTARES. l6i

les bienfaits]; Vd-^t ^ vn S, khourous'-lar [4ës coqs], &c. II ut remarquer pourtant que ce signe revient moins souvent .qu'en turk; et c'est -là, sans doute, un premier exemple de cette imitation du styie Chinois dont j'ai parlé ci - dessus. J'attribuerois volontiers à la même cause la rareté des signes de cas, qui sont moins usités en ouigour qu'en turk, quoiqu'ils y soient réellement au nombre de quatre, un pour le génitif, un pour le datif, le troisième pour l'accusatif, et le dernier

pour l'ablatif. Le premier répond au ti des Chinois , et

sert pareillement à former les participes ; le -troisième n'a point d'analogue en chinois, et nous n'en sommes que plus assurés d'y trouver une particule vraiment Ouigoure , dont l'emploi d'ailleurs s'étend aussi aux dialectes occidentaux : voici des exemples.

La marque du génitif est • — ning, qui se met après les mots de toute terminaison ; exemples : - * ■ ^ ' r ^> ç v^-a?''' ■ b

«p-'H Djdfdri Sadik ning seui~i [paroles de Djafar- sadik];

V>-v^. olaaJ L ^ ■ h , ^ , fLx^ lardja yaradilmisch-

lar-ning rouy [la subsistance de toutes les créatures] ; q « j ■ *

o } î *t i i v V . u lùmach-nwç lousakhh [racine de , roseau] ; ; » > " 48 • '< * ■ bidig-ning y'ourouki [sens d'un livre]; \"* * V t^*> f ' a * 1 v taî-hïng sang ['jaune' de saule] ; * fl}^ - t * -- * *o * « ^

ir* yil kart - ning alkich ; yiJ ketchig tiitig-

atchik naik [ceux qui sont accablés de vieillesse et d'années vous comblent de bénédictions et de louanges ; ceux qui sont jeunes font leurs efforts pour vous servir!; On ne laisse pas fort Souvent de construire les' mots sans la particule, à la manière Chinoise, et alors la' f>Iâce qu'ils occupent est le seul signé auquel on puisse reconnoître le sens ;' exemples :

îamoul od [le feu de l'enfer]; /Hs (tdàm basch [ tété

d'homme]; ^^y^od rengi z [mer Je feu}. Rien n'est plus commun que cette suppression de la particule, même dans le manuscrit dn Mirady f , où elle ne peut provenir d'une imitation affectée du style . Chinois : elle n'est pas me me étrangère au

26* .r> .;; A-R£C»EITCHESr.' : fi l"

dialecte Ottoman , et c'est ainsi que sont généralement formas

en turk tous les mots composes.

Le datif s'exprime par ke, ka ou a, et cette syllabe doit se prononcer doucement, puisqu'elle répond au D du turk Ottoman;

exemples: v ^ 0 outchountchi kcek-ke

yaddouk [nous parvînmes au troisième ciel ] ; > a> v %A -*g

P% l w f j ' l ' V ——0 0/ ferischla-ke salant khildouk [ nous fîmes

re salut à cet ange] ; / j^ ' L * ' V \ h ' ^ " 1 ® f**r

mm bar'tb Adam- a salam khildim [je fis à mon tour le salut à Adam], &c.

L'accusatif est marqué par \P ni dans les exemples suivans : > PiVfcfrM», " t- - tchitrik-nt tablab [aimer. les soldats] ; pe 1 *" a ^y - U-» il-goutt-tii esïrab [épargner le peuple]; \>* ^ : > ^ - m> 0" 1 tH **• tamga-tù khadakklakou [tenir le sceau]; \>* ) n "o> ^- a -»-v j ^ boudouiMii yasab [soigner la personne , corpus curare] î — ^o^g ferischta-ni kourdoum [je vis un ange]; f*** /.yisouy khatpun lar-ni , kourdoum [je yis des femmes ] , &e.

Il paroît, au reste , qu'en ouigour comme en mongol, la position des mots est souvent le seul indice des rapports qu'ils ont entre eux. f-e génitif, en tartare comme en chinois, est toujours avant le mot qui le régit. L'accusatif, en ouigour, en mongol, en mandchou , se place aussi avant le verbe dont il est complément : on sait que, pour ce dernier cas, c'est le contraire en chinois.

La[>Fatif s exprime, comme en turk, par la particule )H> dm; exemples : /xfj \A»g> rW*-^ f*> — L ' " ' i> /rf«#/v* taMyt*

If 'din )\nltk boulti, ktm , &c. [il y eut un ordre de Dieu le Très-Haut, qui , &c, ] iUi r r,<v, ^ \^ j n^, * * **»

«, \ j ^ f . \ .,,^Ay, p^. youldous-lar-din ardouk , rak , aning ta~

keresinda abouti - dtn koumouch-din , yakout->din saphar-djat-ditt / indjbu^din soou idimek [plus brillant que l'aurore et les étoiles, enrichi d'ornemèns plus précieux que l'or, l'argent, le y akout, l'émeraude et les perles]. Cet exemple , où la particule de l'abla-

tif est répétée plusieurs fois , montre aussi la manière Je former les comparatifs , et prouve qu'en cela l'ouigour se rapproche entièrement duturk. et du mandchou. Il n'y a pas dans les suppliques un seul exemple de ce cas : on n'y trouve pas non plus le vocatif, qui s'exprime, comme en turk., par la particule Arabe

préposée ya ; J^'j" 1 ^ — 0 y a Mo^hamat [o , Mohammed ] ;

C • »• — - 0 ya Mousà [ô Moïse], &c.

Les suppliques offrent une particularité capable d'embarrasser beaucoup, ou même d'arrêter tout-à-fait une personne qui les étudieroit sans faire usage de Ja version Chinoise. Certains mots y sont suivis de la particule a ou , qu'on seroit tenté de prendre pour une marque de cas, si on ne la trouvoit placée une fois ou deux après le signe du génitif O* 1 ^ n'mg; et si In formé constante des mots toujours très-courts qui viennent après, ne conduisoit à une autre supposition. Ce n'est pas sans quelque peine , ce n'est même qu'après avoir réuni toutes les phrases semblables, après les avoir attentivement comparées entre elles', et avec les passages correspondans de la version Chinoise, que j'ai trouvé la clef de cette singularité. Les petits mots dont je viens de parler ne sont autre chose que les vocables Chinois transcrits en ouigour, d'une manière peu exacte et parfois mé* connoissable , ajoutés aux termes Tartares en forme d'explication , et la particule ou n'est par conséquent qu'une disjonctive placée entre deux expressions équivalentes, l'une Ouigoure, l'autre Chinoise. Voici des exemples : $ youmchab ou tchaï

[ambassadeur ou envoyé] ; tchaï est un mot Chinois qui a cette signification : \H ♦ souyourgab ou si \ donner, faire des

libéralités]; si, ou plus exactement, sse, est synonyme du tarrare souyourgab: j-^t uhrintchkeb ou Uin m'm [avoir pitié]; en chinois, hanmiti : f^t «5 V>V^. j^' v n> ousatountagri kedirktbou keou Um ken [que le Ciel suprême puisse regarder avec miséricorde] ; keoalan ken est ici pour kho iitM kian : ^tci^. v cmtn ,, \^o. s H*-^,^ oudib iinb bar ning eu, ti [ dimittcfG rèvertctftei âbcuihtes]. Ce 1 dernier exemple est ie plus remarquable, f>arce qu'oa

a peine à imaginer l'objet d'une pareille additipn faite, à une marque de cas ou ; au signe qui forme les participes. Au reste; je ne me miis arrêté sur cette particularité que parce que c'est le seul point difficile qu'on trouve dans les suppliques, quand on les lit avec la traduction Chinoise, et aussi parce que l'on peut, ce me semble, en tirer quelque induction sur la manière donj ces pièces ont été rédigées. Il est à remarquer qu'une singularité analogue s'observe, quant à l'orthographe, dans le manuscrit de Samarkand. Comme une seule lettre Ouigoure sert à rendre plusieurs lettres Arabes, on a souvent, pour plus de précision, écrit , au-dessous du mot Tartare, la lettre Arabe sur laquelle la confusion pourroit tomber ; . exemples : M>>$^- Djafar /J "^ 1 ^'^

[Mohammed]; ^&^>tasbih [prières], &c. La même chose

s'observe dans le fragment publié par Hyde (i), d'après un manuscrit d'Oxford, qui, à en juger par cet échantillon, offre la plus grande analogie avec celui du Mirai}. \

mots Mongols ou Mandchous , est en arabe ; on y lit cette formule': fc^

t& Vf — t&t

Al hamdou lilla - hi rtbb'tl-alamin wassalatou,was-salamou, ala Mohammed'm wa ali-'hi edjmain , ce que M. de Sacy

restitue de cette manière: C>j *» o-Jl

Le livre dont Hyde a fait graver ainsi la première page , n'est pas non plus ; comme il l'a pensé, le code des lois de Tchinggis, ni , comme le suppose assez gratuitement Jones , un ouvrage Aîendéen sur quelque sujet reUgUux f m a if bien la traduction en ouigour du BakhriarJVameh; et fa partie gravée Contient, où M. iangfes,a cxu reconnaître des | ouue la formule que jai transcrite, ef

Les

(i) Hist. rel'ig. veter, Persar. p. f fa.

Hyde sç trompe, en nommait Khita, aa lieu de Tchakhatai , le pays où est usitée l'écriture dont il offre un échantillon. Jones cpmmet on» erreur encore bien plus inconcevable, quand il dit que et fragment est Mdèmment une espèce de mauvais caufique ( Kech. Asiat. trad.

Franc, t. Il, p. jp.)i et Mi Langlès ne la rectifie pas suffisamment , quand il ajoute : « Cette planche ne représente pas

des caractères Koufyques mal peints, «comme le -pense M. Jones, mais des «caractères Moghol*. Ces caractères , «comme je l'ai déjà observé , ont une » grande ressemblance avec les Man- « tchous. J'en reconnois , en effet , dans » cette planche un assez grand nombre , «et même des mots entiers, tels que, « ['igné j, les mots J> ' j ' l ^^salatnao, •»po. » Cependant il est certain que? la page dont il s'agit est en .caractères Oui-

Les pronoms Ouigours que j'ai recueillis, tant dans les suppliques ou dans le vocabulaire que dans le manuscrit du Miradj , ont la plus grande analogie avec ceux des Turks , même sous le rapport de la déclinaison. Il m'a paru qu'on employoit ordinairement, au lieu de possessif, le génitif des pronoms personnels (1). Voici les cas que j'ai observes ; il est aisé d'en déduire les autres :

Je , moi , nous ,

de moi (mon),

& moi,

à nous , tu , toi ,

de toi (ton) , à toi, à vous, toi, de toi , il, lui, ce, eux ,

de lui (son), à lui,

Tannonce du titre du livre, celle de la division de l'ouvrage en dix parties, et du contenu de chacune jusqu à la sixième exclusivement : les mots même de Bakhùar~nama sont écrits perpendiculairement sur la marge. Le reste de la page offre des lignes horizontales qui doivent se lire de droite à gauche , comme celles de notre manuscrit du Mirad).

(1) On trouvera le possessif postposé

Turl.

o* bat.

btnum.

l£ bangge[i).

sen.

(Ai- stn'ing.

uC senge.

•J- si^t,

cjr— teni.

et»

ttnden.

ol.

anlar, aning.

ange.

^ ' V" j ft ' Jft ' Omad-laring fgrntes tua?] ', dans le morceau que je rapporte à

la fin du volume. Cette forme m'a semblé peu usitée.

(2) Je m'attache, dans mes transcriptions, à l'orthographe, et non à la prononciation de Cnnstantinoplc. J'en ai donné la raison plus haut, et la comparaison qu'on fait ici en montre la nécessité.

h eux , lui , d'eux , qui, que , celui-ci , quelques , celui-là,

L'existence de l'adjectif conjonctif tfï kim , et son emploi fréquent dans le manuscrit de Samarkand, sont un fait d'autant plus remarquable , qu'on ne trouve rien de semblable dans aucun autre idiome de la Tartarie orientale. Le conjonctif est indéclinable en ouigour comme en turk : £A> fy^^> \>~> f^**9

^jiiv^r , ^ \y^i> bir ferischta-ni kœrdoum , kim bir koursi

ayi oul-dourmisch [je vis un ange qui étoit assis sur un trône];

khatoun-hir-ni kœrdoum , kim sadj-larin-din tamouk idjinda asmisch [je vis des femmes qui étoient suspendues par les cheveux dans l'enfer]. Il est aussi interrogatif, comme dans la phrase suivante: \^jlXl j.; \>^y > f^jij^. ^ ^ fjitS\\\( f-oo-v y^o. ^v .> A^ i. r

— \^xa^. Djebrml-din souwal sildim kim bou tenggii-mng sou'i , na oudjoun kam dourour ttib [ je demandai à Gabriel , pourquoi l'eau de la mer étoit ainsi noire]. Au reste, on verra dans quelques phrases que j'ai rapportées dans le second volume pour y servir d'exemples, que l'on peut, en ouigour, suivre la méthode usitée dans les autres langues Tartares,et remplacer par un participe ce conjonctif, qui semble étranger à leur grammaire.

Le démonstratif © bou ne donne lieu à aucune remarque. Il est souvent remplacé par ^ oî [lui] , et l'on trouve à chaque instant ces mots tf* ol feriscka [ cet ange ] ; fAXH-M> t 0 -*

ol tangos [cette mer], &C

Les noms de nombre sont les mêmes que ceux du turk ottoman , ainsi qu'on peut s'en assurer dans le vocabulaire comparatif ; et cette similitude n'a rien d'étonnant. On sait que les

Ouigour. Turk.

alar-kt. tnlarc.

V> u -' anu ani.

'y** V>*^m alar-din. . anlar-dtn.

/t^ kim. çJtx* kim.

& bou. y bou.

natcha. jujJ nitchth.

J " ' "^ mounda.

5UR LES LANGUES TART ARES. 267 nombres ont souvent de l'analogie dans des idiomes d'ailleurs très-différens , et qu'ils sont toujours communs aux dialectes sortis d'une même souche. Les noms de nombre suivans , qui n'ont pu être joints aux premiers, offrent la même identité, et peuvent même servir à rendre compte de letymologie des nombres qui leur correspondent en turk.

Ouigour.

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