‹ Recherches sur les langues tartares ou memoires sur differens points de la grammaire et de la litterature des Mandschous, des Mongols, des Ouigours et des Tibetains. Paris, Impr. royale 1820Chapitre 11 sur 20 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la Langue Mongole et de ses Dialectes.

J^ES considérations générales qui ont été rassemblées dans l'un des chapitres précédens, au sujet de f alphabet Syro-tartare , ne nous laissent à examiner ici que quelques particularités relatives à l'écriture Ouigoure appliquée au mongol, et un petit nombre de règles orthographiques qui ont été adoptées pour l'expression des mots de cette langue. Nous commencerons par rectifier deux cni trois assertions de Pallas , dans sa Collection de traditions historiques sur les peuples de race Mongole.

Pour le dire en passant , cet ouvrage utile , dont le second volume sur-tout renferme un si grand nombre de renseignemens sur la partie mythologique du bouddhisme (1), est composé de parties qui ne méritent pas toutes une égale confiance. Tout ce qui , dans les différens morceaux qu'on y a insérés , appartient à l'interprète Jaehrig (et c'est la partie la plus considérable comme la plus importante de-4'ouvrage ) , peut être envisagé comme authentique , et extrait des auteurs originaux , puisque c'est le fruit du travail d'un homme qui paroît avoir été versé dans la

(1) Comme tous les autres systèmes Indiens , le bouddhisme est partagé en plusieurs doctrines, dont chacune est le partage d'une classe de sectateurs. Tout cequon trouve chez Pallas, chez Bergmann et les autres auteurs qui ont parlé du lamisme d'après les Tartares , se rapporte à la mythologie Bouddhique.

Jusqu'à présent, la doctrine philosophique ou métaphysique qui est l'apanage

exclusif des initiés, n'a été connue que bien vaguement, d'après de simples notes fournies par les Missionnaires. Le livre qu'on trouvera dans l'Appendice en donnera le premier échantillon authentique:

il sera, j'espère, suivi de plusieurs autres du même genre que je possède en original, et que je compte traduire et publier incessamment.

connoîssance du mongol , de l'ôiet et du tibétain , qui avoit lu un grand nombre de livres écrits dans ces différens idiomes, et qui avoit vécu pendant plusieurs années avec les naturels et conversé avec leurs lamas. Mais ce qui a été ajouté par-ci parlé à ces précieux documens par le rédacteur , qui n avoit point appris les langues de la Tartane, et qui avoit embrassé, en fait d'histoire et d'antiquités , des opinions fort paradoxales , ne sauroit avoir la même valeur aux yeux des savans ; il faut donc lire cet,te Collection avec critique et discernement , pour en démêler les différentes portions , et savoir les rapporter à leur véritable auteur.

Dans le second volume de cette collection, on trouve un chapitre assez étendu ( 1 ) sur la littérature moderne des Mongols et leurs connoissances scientifiques. Après avoir raconté l'introduction de l'art d'écrire chez les Mongols, à-peu-près de la même manière que nous l'avons fait plus haut, l'auteur avance que, depuis celte époque jusqu'à nos jours, on a, dans différentes circonstances , employé cinq sortes d'écritures pour le mongol ; savoir : l'écriture Samskrite, les trois alphabets Tibétains (2) , et l'écriture commune des Mongols , qui n'est autre chose que l'ouigour ou le syro-tartare, quoique ce ne sok pas là l'opinion du célèbre naturaliste, ainsi qu'on le verra plus bas.

Quant au dévanagarî ou à ïeaetkek (5) , comme ie nomment les Tartares, on ne peut le ranger parmi les systèmes, d'écriture naturalisés chez les Mongols , puisqu'on ne , l'emploie jamais pour écrire les mots de leur langue, mais seulement ppur exprimer certaines formules Samskrites, dont pn crajnl; 4>ltérer la prononciation en ^transcrivant. Quel <me soft Je ',mmfr* -des mots Grecs ou rjébreu* qu'on citera dans u^vre fronço*» U* alphabets Hébraïques; ou forées ne seropt^s.pour cela, r4pwt& ^critvrftFrancojse, Le caractère dé yan,agari iftp*^iMprç«9ffH*<

(r) II fommence à la p. ?<:6 ef finit à (i\ Vove* sur ces mots, les n*tes du U^jW 3 «?' ** Pîlfa Parafa hnjaya \ dan* la pre-

[2) On trouvera paY ta si'fitc de grands détails sur ces trois afyhabet^

mîcrc partie de ,1 Appci.dkc.

parmi les systèmes graphiques en usage chez les Mongols, qu'autant qu'on s'en serviroit pour la langue vulgaire, comme cela paroît avoir lieu dans certaines parties de la Tartarie.

II n'en est pas tout-à-fait de même des trois alphabets Tibétains, dont un, au moins, celui qu'on désigne par le nom d'écriture sob (i), de khoordsik (2) , char ou akchour (3), a été autrefois adopté momentanément, comme écriture nationale, par les Mongols. Quoique l'extrême incommodité du système Tibetaiu lui ait fait, à une époque plus récente, préférer i'écriture Syro-tartare , les Mongols ont cependant continué d'appliquer le premier, nonseulement aux prières et aux formules d'invocation en langue Tibétaine , mais même dans certains cas à leur propre idiome. Suivant Pallas , l'écriture cursive des Tibétains , que ceux - ci nomment d'wou-min , est aussi en usage chez les Mongols , mais comme écriture secrète, que tout le monde, même parmi les lamas, ne sait pas lire, ni tracer. Ceci ne paroîtra pas très-vraisemblable, si l'on fait attention à ce que l'auteur lui -même a raconté plus haut. «Chez les Mongols et les Kalmouks, dit-il(4) , » toutes les prières que l'on récite devant les idoles, et beaucoup »• d'autres pièces relatives à la religion , sont écrites avec les » caractères et la langue Tibétaine, que, pour cette raison, tous les » étudians de théologie doivent apprendre. »» Le même auteur attribue une plus grande ignorance encore aux Olet , chez lesquels , dit-il, il n'a pas trouvé un seul lama qui osât se flatter de lire ou de traduire une feuille en tibétain. Cependant, je puis citer un fait qui prouve qu'au mbins l'écriture Tibétaine est fort usitée parmi eux. Le célèbre George Keith , si connu sous le nom de lord-maréchal d'Écosse , avort à son service un jeune Kalmouk nommé Solam - ôden , que le frère du lord , officier dans les arrritSesde l'impératrice Anne, avoit acheté à Astrakhàn. Ce jeune homme, que, suivant son récit, on avoit élevé pour en faire un

(i) Sammlung. histor. Nachrichten , t. II, p. /jj. — Abhandlung ueber die Sprache, u. ,. w. ,der Uiguren, P . 60.

(2) Sammlung. u. ». w. t. II, f-JSP'.

(3) Ibid. p. 361.

(4) Ibid, p. jfr.

lama,

lama, avoitété pris aux environs deSaratchin, sur les confins du gouvernement de Saratof, c'est-à-dire dans une contrée fort éloignée de l'influence Tibétaine. Milord Maréchal ayant désiré avoir un échantillon de la langue des Kalmouks , écrivit sous sa dictée un petit vocabulaire Kalmouk-anglois , et voulut qu'if y ajoutât lui-même les mots Kalmouks en caractères originaux. C'est ce que fit le jeune lama , mais en se servant exclusivement des caractères Tibétains d'wou- djen , comme s'il eût ignoré que ses compatriotes en connussent d'autres. Les détails que je viens de rapporter sont extraits d'une lettre que le marquis de Caumont, correspondant de l'académie des inscriptions, écrivit, en 1736, à Fourmont, en lui envoyant le vocabulaire; j'ai fait de ce dernier une copie que je rapporterai dans l'appendice, moins comme un morceau propre à faire connoître la langue des Olet , que comme un exemple des règles que suivent ces peuples quand ils écrivent en caractères Tibétains.

Je serois encore porté à regarder comme une preuve du fréquent usage que les Mongols font de l'alphabet Tibétain, les noms vulgaires qu'ont reçus chez eux les lettres qui le composent. Pour les graver plus facilement dans la mémoire des jeunes étudians ; on a coutume de donner à ces lettres une dénomination prise

de leur figure (1) : ainsi l'on nommera le <jb *k et le &> tchh , khouyar-getsen , ou Us lettres h deux ventres; le S ng,eboudouktou{x) ou la lettre qui a un genou; le ^ dja et le 3 Z a * hhourougoun , ou digite'es ; le ^ da , soumoun , ou la flèche; le 2 tha, tementabak , la trace du chameau; le ^) ta, bôgen , la robuste; ÏJ pa, angarkha, l'ouverte; Q ba , bouttôh , la fermée; £) cha , makhale »

(1) Sammlung. histor. Nachrichten , f. Il, p.jto.

(2) Je rectifie , autant que possible , les prononciations données par Pallas ,

et j'ajoute les lettres Tibétaines , pour mieux faire sentir le rapport de leur forme et de leur nom.

tj4 RECHERCHES

l'utile; W;v7, la rayée redressée, ourotûttaksan , et Q h (ou

plutôt ie signe des voyelles longues ) ohlinge ou la crochue ; ainsi des autres. Nous reviendrons plus tard sur les trois écritures Tibétaines, parce que, malgré leur application passagère et accidentelle a la langue Mongole , la place convenable pour en développer les propriétés, se trouvera dans le chapitre où nous traiterons spécialement de la langue à laquelle ils appartiennent.

En parlant de la cinquième espèce d'écriture Mongole , qui est l'écriture Syro - tartare , généralement usitée chez tous les Mongols, le savant naturaliste commet une de ces erreurs qu'il est si difficile d'éviter quand on traite des sujets qu'on n'a point approfondis. On a vu plus haut (i) que Tsordji-osir avoit été chargé de compléter l'écriture carrée Tibétaine et de l'accommoder au mongol; mais que, rebuté par les difficultés qu'il avoit rencontrées dans ce travail , il en étoit revenu à l'alphabet Ouigour, déjà introduit en Mongolie par Saadja- Bandida. Pal las raconte le même fait d'après un ouvrage Mongol (2), dont la traduction lui avoit sans doute été communiquée par Jaehrig. Le texte cité est bien conforme à la traduction que nous avons rapportée , mais le rédacteur a voulu le corriger. « L'écriture Tangutaine , dit-il , qu'on nomme oigour , étoit alors en grand usage. » II ajoute même en note ; « qu oïgour doit avoir été alors la dénomination » du taugutain (3); » et quand il rencontre ensuite le mot ouigour dans son auteur, il y ajoute, entre parenthèses, tangutain , confondant ainsi ce qu'assurément l'interprète qui lui fournissoit ses matériaux ne pouvoit confondre. Cette première faute le conduit à cette conséquence absurde, que puisque l'écriture Tibétaine n'est pas dérivée du syriaque, ce que personne, à l'exception peut-être de Georgi , n'est tenté de soutenir , l'écriture

(2) Brulba i gahan Mongol Usuh , ou la Littérature

(2) Brulba Saaedja Bandida-yin gar-

* • Mongole , inventée par le divin Saaedja

Bandida; ouvrage publié en Chine dans les année» Mairal - ttub ( nommées en

chinois Young-tching , de 1723 41735).

(3) Die tanguttsche Schrift die man Oigur nannte , in vœiligem Gebrauch war. — Oigur soll dazumahl die Benennung der Tybetaner gewesen seyn.

Sammi. etc. t. Il, p. jjfi.

SUR LES LANGUES T ART ARES. 15$ Ouigoure, avec laquelle lui seul veut réunir l'écriture Tibétaine , n'en est pas dérivée non plus. De là les hypothèses philosophiques , que l'analogie du syriaque et du mongol peut provenir plutôt d'une communauté d'origine , venir de l'ancien persan ou du parthe , peut-être même d'un alphabet encore plus ancien. Enfin , il est si bien convaincu de la fausseté de l'opinion de Bayer, qu'il va jusqu'à dire qu'on pourroit trouver autant d'analogie entre l'hébreu , le tangutain et le samskrit ; qu'on pourroit dire que Moïse a été, comme Pythagore , chercher sa sagesse dans l'Inde, où. il y a encore, près de Benarès, un pays nommé Madian (i), &c. Ces absurdités, que je ne m'arrêterai pas à réfuter, font voir au moins à découvert le fond du système, et la cause de l'importance qu'attachent ceux qui l'ont embrassé, à nier l'origine Nestorienne de l'ouigour , et à la chercher par-tout ailleurs qu'en Syrie; dans le Tibet , dans la Tartarie , dans l'Inde : mais , comme on a vu , Palias n'appuie son opinion que sur une bévue ; et quant aux autres, la ressemblance matérielle et fondamentale du syriaque et de l'ouigour, cette ressemblance si prononcée qu'il faut fermer les yeux pour ne pas la voir, n'en reste pas moins incontestablement démontrée par la simple comparaison qu'on en peut faire dans la première colonne de mon tableau des alphabets Tartares.

Les détails que nous fournit Palias sur les accroissemens suc-

(2) Man kœnnte eben so viel Aehnlichkeit zwischen den Hebraeischen und Tangutischen oder Enetkek 6nden ; man kœnnte sagen , Moses habe seine Weisheit , wie Pythagoras, aus Indien , wo noch jem die Landschaft uni Benarès , Madian genannt wrrd , geholt , und was dergteichen mehr ist. Samml.

&c. t. Il, p. j6z.

Malgré Pironie qui règne dans cet endroit , on peut croire , d'après beaucoup d'autres passages du même auteur, qu'il n'étoit pas fort éloigné d'embrasser ces idées mêmes, qu'il présente ici comme presque aussi insoutenables que l'opi-

nion de Bayer. Qu'on en juge par la

S rem i ère phrase de son second volume :

e mehr wir Hindostan kennen lernen, desto mehr finden wir Ursach zu glauben , dass die Indianische Nation, wenigwens ihrem Hauptstam, den Bramanen nach, die zlteste und urspriinglichste , nicht nur von Asitn , sondent vieleicht avf dern garr^en Erdboden , und frueher als aile andre zu politischer und moralischer Cultur , Kuensten, Wissenschaften und feierlichen Religionsgebraeuchen gekommen sey. Ouvrage cité,

cessifs du syllabaire Mongol , sont curieux et authentiques : if les tenoit sans doute de la même main que tant d'autres morceaux précieux dont il a enrichi son ouvrage. Mais la manière dont il les a mis en œuvre est loin d'être claire et intelligible. II semble même qu'il ne se soit pas aperçu que tous les élémens dont il parle sont des signes syilabiques et non des lettres. Tous les groupes gravés en bois sont d'ailleurs mal dessinés, comme Bergmann lui en fait le reproche (i) , et la planche en cuivre qui termine le volume (2), n'est pas mieux exécutée, au moins en ce qui concerne l'écriture Syro-tartare. Pour cette raison, et aussi pour ne pas répéter inutilement ce qui a dû trouver place dans les considérations générales sur l'alphabet Ouigour , je me bornerai à extraire ou à rectifier un petit nombre de faits qui se rattachent plus immédiatement au sujet de ce chapitre (3).

On porte à quarante- quatre le nombre des isagouhr , c'està-dire , des groupes syilabiques f grundbuchstaben ] , admis par Saadja Bandida . comme base de l'écriture Mongole. A s'en rapporter au tableau qu'en présente Pallas , le lama n'auroit emprunté à l'alphabet Ouigour que trois voyelles a, e, i, et quatorze consonnes. Ce dernier nombre n'est pas surprenant, puisque c'est celui des consonnes qui existoient alors ch<z les Ouigours; mais on ne voit guère pourquoi il auroit négligé de leur emprunter également la voyelle o , qui se trouve df is un grand nombre de mots Mongols , et dont le signe existo tainement en ouigour, puisque c'est l'un de ceux dont il plus difficile de nier la parfaite conformité avec le sig respondant Syriaque. Au reste, comme on l'a vu précédei Saadja-Bandida étoit mort avant d'avoir achevé son tra iavoit même laissé bien imparfait, puisqu'il n'avoit jam gîné qu'une seule combinaison de deux lettres ensembl ou la consonne- est placée avant la voyelle. La corn inverse , celles de trois lettres groupées ensemble, la di

(1) Nomadische Streifcre

t cersst le ; cornent, il; il imacelle aison iction

(2) Pi XXI.

tien, t. I,

(3) Voyez Pallas, ouvr. , t. IL V-3 6 J « suiv.

ûiûjtizÊd i3ftj 00g U

des finales et des initiales; toutes ces choses qui nous paroissent de peu d'importance , mais qui exigent un certain degré d'attention chez des peuples qui n'étudient que des syllabaires , manquoient absolument dans celui de Saadja-Bandida.

Après l'infructueux essai de Baschpa , pour l'introduction de l'écriture carrée dans la langue Mongole, Tsordji-osir , que Pallas nomme Bogdo-Gdjagdji Otsir , ayant repris pour base les essais commencés par Saadja-Bandida, y ajouta, sur le même plan que celui-ci, cinquante - six syllabes qui ne sont que des variations de celles de l'ancien syllabaire, ou les combinaisons des quatorze consonnes radicales , avec quatre nouvelles voyelles 0, ou, œ, u, La gravure de Pallas est si imparfaite, qu'elle n'établit aucune différence régulière entre ces quatre voyelles ; mais on peut la voir bien représentée dans l'alphabet Olet de Bergmann (1), et, d'après lui , dans mon tableau des alphabets Tartares. Elle ne consiste qu'en une légère altération dans la forme de la voyelle radicale Ouigour A , 0, altération que peut-être les Ouigours avoient déjà imaginée eux-mêmes, ou imitée des Syriens. Par une raison que j'expliquerai en parlant des dialectes de la langue Mongole, les quatre modifications de i'o se sont réduites à deux dans l'écriture des Mongols orientaux au nord de la Chine, tandis qu'elles se sont conservées dans l'alphabet Olet. Les syllabes se sont donc trouvées portées, par cette addition, au nombre décent. Dans les cinquante-six syllabes nouvelles, il y en a vingthuit qui sont réputées légères ou vives [en mongol, tchanga]; ce sont celles qui ont pour initiales les consonnes b, g,l, s, t, ts, ou la voyelle elle-même : vingt-huit autres sont nommées pesantes ou dures [kunda ] ; ce sont celles qui sont formées des consonnes n, kh, m, r,d, y, et dj ou s. Les Mongols placent dans la classe de i'a, celles qui se terminent en 0 ou bien en ou, et dans celle de ïe, celles qui finissent par œ ou para, ce qui fait quatorze dans chaque classe.

On fait le même lama inventeur des consonnes nouvelles,

(1) Ouvrage cité, pl. et suivantes.

formées par l'addition de quelques traits ou points diacritiques aux anciennes consonnes Ouigoures. Suivant Pallas, Tsordji- Osir ne fit cette opération que sur trois consonnes seulement; savoir, ba, sa et ya, ce qui produisit encore vingt-une nouvelles syllabes; mais il fut bientôt imité par ses successeurs, qui, comme je l'ai dit en parlant des Galik , appliquèrent ce procédé simple et commode à l'expression des sons Samskrits ou Tibétains.

Enfin , ce qui compléta le syllabaire Mongol , ce fut l'invention des debesker usuk , ou simplement debesker, c'est-à-dire des finales, qui sont aussi distinguées en tchanga debesker , finales légères (i), en kunda debesker , finales pesantes (2), et en debesker orkitsa, ou finales avec addition, qui sont formées des précédentes avec une voyelle brève additionnelle, et qu'on distingue aussi en légères et en pesantes ( 3 ). On y joint encore quatre autres finales du même genre (4) 1 et quatorze syllabes nommées saarmak ou arso , qui sont toutes formées de la voyelle i; on distingue ces dernières en mâles , qui viennent après les voyelles, et en femelles, qui se mettent après les consonnes. De cette manière sont formés soixante-deux groupes finaux qui , joints aux cent vingt-cinq groupes médiaux , constituent un syllabaire de cent quatre vingt-sept signes, beaucoup moins composé, comme on voit, que celui des Mandchous.

La manière d'arranger les élémens du syllabaire varie chez les Mongols : les uns les distribuent en trois classes , plaçant dans la première les egechik, ou les voyelles avec leurs combinaisons ; dans la seconde , les gegoolouktchi ou les consonnes ; et dans la troisième , les debesker ou les finales , qui sont composées des unes et des autres. Tel est l'ordre du syllabaire donné

(1) Elles sont au nombre de onze, savoir : an, as, ip, at, ah, ai, am, oou, al, ar et ang.

{2) Il y en a aussi onze , qui sont :

t, ce, u, em, el, er, es, ed, i, ou et en g.

(3) J*es légères sont : an -a, ab-a,

am-a, al-a, ar-n , as-a, at-a , acu-a , àk-a et ang- a. — Les pesantes sont :

em-a, el-a, er~a , ek-a, e~ta , m, ou-a, eh -a et eng-a,

(4) An-ou, an-i, en-ou, en-i.

par Pallas. D'autres suivent le système Indien ou Tangutain, comme on le voit dans la planche 2 1 du même Pailas et dans ie syllabaire de Messerschmidt. Enfin celui de Bergmann est assez conforme à l'ordre que nous avons adopté en Europe : on y voit les sept voyelles , seules d'abord , puis jointes successivement aux différentes consonnes. C'est-là Tordre sur lequel paraissent s'être réglés les Mandchous, dont les douze classes sont empruntées des onze debesker Mongols (1). Tout est ainsi rempli d'analogies dans les deux écritures, de sorte qu'il doit être aisé pour un Mongol instruit de se mettre au fait du matériel des livres Mandchous, quoi qu'en puisse dire Pallas, qui prétend au contraire que les lettres en sont tout- à -fait illisibles pour les Mongols (2).

Il y a une sorte d'écriture négligée que les Olet nomment khoudmou, et qui est fort difficile à lire, parce qu'on l'écrit sans points diacritiques , et sans s'attacher à donner aux lettres la forme exacte qu'elles doivent avoir. Cette écriture a été en usage dès les temps les plus anciens; car c'est d'elle qu'on s'est servi dans les lettres adressées au roi de France par les empereurs Mongols de Perse, Argoun- khan et Oldjaïtou- souidan , en 128^ et 1305. Ce sont-Ià, pour le dire en passant, les plus anciens monumens d'écriture Mongole que nous possédions en original. Les monnoies qui nous sont restées des temps voisins de cette époque, offrent un genre d'écriture assez analogue. Pour la faire connoitre , je donnerai dans l'Appendice le fac-similé d'une ligne de chacune des lettres dont je viens de parler , et quelques médailles prises parmi celles qui m'ont paru les plus curieuses (3).

(1) Il n'y a en mongol que onze debesker, parce qu'on n'y comprend pas la voyelle pure, ou précédée (Tune consonne simple. Les onze classes sont les mêmes que dans l'alphabet Mandchou , savoir : ai, ar, an, ang, ak, as , at , ap, aon, al et am.

(2) On jugera par ses expressions, s'il étoit bien instruit de l'identité de ces deux. écritures : Das jetzt in China im

gemeioen Leben sehr gewœhnliche Mandschurische wird mit einer dem Mongolischen dem Anschein nach sehn- Iichen, in senkrechten Linien zusammenhaengenden Schrift ausgedriickt. Allein die Ziige derselben sind fur die, Mongolen vœllig unlesbar. 1b, p. $6$ .

(3) Voyez l'Appendice, z.« partie, et l'explication des monnoies dans la 1." partie.

l6o RECHERCHES

Les Mongols orientaux ont adopté pour l'Impression de leurs livres un styie d'écriture plus régulier et plus sévère que celui des manuscrits : ils en ont repoussé plusieurs lettres, aux nuances desquelles leur prononciation n'est point assujettie. Dans les livres modernes, on observe une très-grande analogie de formes avec le mandchou ; quelquefois même, les lettres Mongoles sont remplacées par celles de l'alphabet Mandchou qui leur correspondent (i). J'ai suivi cet exemple, en imprimant les mots Mongols répandus dans cet ouvrage avec un caractère dont le fond est Mandchou , mais auquel on a ajouté les poinçons des lettres qui sont particulières au mongol {2). Mais comme il falloit aussi faire connoître le genre d'écriture usité chez les Mongols , je me suis attaché à le représenter dans les extraits de l'ouvrage astronomique qui servent d'exemple pour la langue de ce peuple (3). Le même style se retrouve, sans aucune différence, sur quelques feuilles arrachées des livres de la bibliothèque d'Ablmyin kïed, et qui sont imprimées en caractères d'or sur un papier bleu-foncé.

Enfin les Olet, qui sont arrivés plus tard à la connoissance de l'alphabet (4) , ont reçu d'un lama nommé Arandjimba Khoudouktou ( 5 ) , un mode d'écriture qui est au fond le même que le mongol , mais qui en diffère pour quelques lettres , et par un genre particulier d'élégance. On en trouve un exemple dans un passage du livre Go-djikitu , que Bergmann a fait graver à la fin du premier volume de ses Promenades nomades. Le syllabaire qu'il en donne ensuite est fort bon , et j'en ai tiré l'alphabet qui est à la quatrième colonne de mon tableau. J'ai pu en rectifier les formes sur une autre feuille de la bibliothèque à'Ablaï -y'm kied, qui présente des caractères noirs sur un fond blanc, et

(0 M an han si fan tsi yao , ou vocabulaire Mandchou, Chinois, Tibétain , où se trouve de plus le Mongol et le Samskrit. Ouvrage déjà fort souvent cité, qui est à la bibliothèque du Roi.

(2) Voy. la note de la p. 108.

(3) Voyez l'Appendice, X e partie.

(4) Sammlung, âcc. t. U, p.

(j) Ibid. p. 362.

dont

dont le contenu avoit d'abord vivement piqué ma curiosité. L'alphabet Tartare s'y présentoit enrichi de toutes ies galik ou additions des lamas , et les mots que j'y pouvois déchiffrer ne me paroissoient ni Tibétains, ni Mongols, ni Turks, ni Chinois. Après m'être assuré, par les moyens que j'ai énumérés plus haut, de la valeur exacte des galik , j'ai reconnu que cette feuille offroit des phrases sans suite, répétées plusieurs fois, et qui dévoient être des formules de prières , puisqu'elles commençoient toutes par la syllabe mystique ON. Des mots évidemment Samskrits , tels que ceux-ci , On mdna hridaya abradja hoon, on barmma siddhi , &c. y sont suivis de syllabes barbares qui ne sembloient pouvoir appartenir à aucune langue, comme dm, km, dm, km, sa, ta» dha , &c. Je ne pouvois mieux m'adresser, pour l'explication de cette singularité, qu'à M. de Chézy, chargé d'enseigner, au Collège royal , l'idiome sacré des Brahmanes , qu'il a su , sans secours et presque sans moyens d'étude , approfondir dans notre occident , au point de rivaliser avec les savans Anglois les plus illustres, ou plutôt avec les pandits de Calcutta eux-mêmes. J'ai appris de lui que ies syllabes qui m'avoient embarrassé, formoient un mode d'invocation usité chez les Hindous, qui le nommoient kavatcha [cuirasse], parce qu'en prononçant successivement ies différentes lettres de l'alphabet, ils ont dessein de cuirasser toutes les parties de leur corps contre la pernicieuse influence des mauvais génies. Le peuple qui entend ces syllabes insignifiantes sortir avec effort de la bouche du Brahmane exorciste, leur prête sans doute un sens mystérieux et un pouvoir surnaturel , et redouble d'admiration et de respect, à proportion de la bizarrerie des sons qui viennent frapper son oreille.

Quoi qu'il en soit, ce morceau Samskrit, écrit en caractères Tartares, m'a paru propre à faire juger les régies de transcrip-^ tion suivies par les lamas , et à montrer l'emploi des galik dans toute son étendue. Je l'ai donc inséré dans l'Appendice, avec la lecture approximative en françois. On y remarquera l'emploi d'un signe Indien tout-à-fait étranger à l'écriture Tartare, dont

l6l RECHERCHES

ii interrompt même l'orcfre naturel : c'est le 0 ou signe nasal qui se trouve ici, comme dans l'alphabet Dévanagari, placé audessus de ia syllabe qu'il affecte, tandis qu'en tartare ii devrait être mis au-dessous. La même observation peut s'appliquer au \/ Tibétain , qui, situé de la même manière, fait d'un a un o, d'après une règle Tibétaine, entièrement contraire aux premiers principes de l'écriture Tartare. La feuille dont il s'agit, arrachée d'un livre d'Ablm-yin kied , est numérotée en mongol khorin-taboun , vingt-cinq : l'original fait partie de la collection de M. l'abbé de Tersan.

Malgré tous les soins qu'on s'est donnés pour perfectionner l'écriture Mongole, elle offre encore bien des défauts, dont les principaux consistent en ce que plusieurs lettres n'ont pas de forme bien arrêtée , tandis que plusieurs autres , dans les manuscrits, prennent ou perdent des points dont l'absence ou le déplacement peut embarrasser un lecteur. La consonne * représente indifféremment le ya et le dja : on écrit avec la même lettre V* yarlikh [bonne doctrine, et, par une extension Chinoise, ordre de l'empereur] (i); yousoun [mœurs], en mandchou yoso; f\>^ yirouken [cœur], et ceux-ci , djadjikour [ joue] (2) , l^^io^ djoubalang [malheur] , en mandchou dchobolon; aussi bien que les mots Hindo-mongols dj'indi [doctrine qui instruit , qui corrige] , Jjjt chastirtchl

[lettré, savant], &c. Je ne remarquerais pas cette particularité, si elle ne se retrouvoit encore dans d'autres langues, sans qu'il soit trop possible d'en rendre raison, y et dj n'ayant pas une grande ressemblance dans ia prononciation (3). II n'y a de doute , au reste , que quand la consonne est initiale ; car , au milieu des

( 1 ) Ce mot est d'usage en ouigour et en turk ; on le trouve même dans

Aboul-faradje, qui l'écrit

(2) En mandchou chahchahhai en russe, chtchohi.

(3) Dans quelques opuscules, où j'ai

cité des mots Mongols transcrits , et notamment dans mon Uranographia Mongolica ( insérée dans le t. T 11 des Mines de l'Orient), J'ai lu djin, la particule y'tn , marque du génitif : j'ai été trompé par l'emploi ambigu de la lettre dont je parle ici.

mots, elle prend la forme particulière du 1 dcha Mandchou , et doit toujours se prononcer dj ; exemples : vj ^o^^-v soundjigouri [honte, ignominie]; VW-m* khadjar [terre, pays] ; fc* ôdjal [vue, vision], &c. Le ya médial s'exprime en mongol par le i simple ou redoublé, comme dans nouyan [prince];

bouyan [richesse , puissance, honneur]; ^-\y^> kôriya [jardin, enceinte], &c.

Mais ce ne sont pas-là les plus grandes difficultés de la lecture du mongol. En s'attachant à comparer les mots qui ont été cités par Witsen, Strahlemberg, Pailas, Bergmann et autres auteurs, dans leurs transcriptions et dans les ouvrages originaux, on s'aperçoit d'une différence telle qu'on a peine à croire d'abord qu'on ait sous les yeux les mêmes expressions. La prononciation ne répond point à l'orthographe, et celle-ci, qui, dans les langues alphabétiques, n'est, à peu d'exceptions près, que la représentation de la première, paroît ici former un idiome tout différent. Le k, placé au milieu d'un mot, se change en simple aspiration, ou disparoît tout -à- fait avec la voyelle qui devoit en soutenir l'articulation ; les nasales se suppriment ou s'ajoutent presque indifféremment. fi>>$*Q> kôbakoun [fils], se prononce keubeun ; yzy&^i sibakoun [ oiseau ] , fait sibbun ; makoa [mauvais], mou; y L n t " ekoulan [montagne], aoula; jDv w " 1 * akouski [ poumon ] , ouschki , &c. Laquelle de ces deux langues est le véritable mongol, et quelle est celle qu'on doit s'attacher à représenter dans des recherches historiques ou étymologiques! C'est la question que nous devons résoudre avant d'aller plus loin, puisque, de sa solution, dépendra l'orthographe que nous devrons adopter par la suite.

Écartons d'abord de ces considérations le dialecte Olet ou Kalmouk, qui a ses règles orthographiques à part, et qui s'écrit à-peu-près comme il se prononce; et bornons-nous à examiner le mongol oriental dont nous possédons ici quelques échantillons , peu considérables, il est vrai, mais suffisans pour l'objet qui nous occupe. C'est dans ce dialecte que nous observerons la plus grande divergence entre l'orthographe et la prononcia-

tion , si cette dernière nous a été fidèlement transmise par les voyageurs qui ont parcouru certaines parties de la Mongolie, et s'ils n'ont point achevé d'altérer, en se servant de nos caractères, des articulations que peut-être ils avoient mal saisies en les recueillant.

Tout peuple qui adopte des lettres, c'est-à-dire des signes de sons , a pour but unique d'exprimer ceux des mots de son idiome. L'embarras qu'il éprouve dans l'emploi d'un moyen encore nouveau pour lui , peut quelquefois l'écarter de ce but , et les premières exceptions à la règle générale et naturelle d'écrire ce qu'on prononce, doivent être des fautes d'orthographe. Le nombre en est bientôt grossi par les fluctuations de la langue parlée que l'écriture ne peut et ne doit pas toujours suivre. Il s'augmente, si la nation est considérable, partagée en plusieurs tribus, disséminée sur un grand terrain, et plus encore, si elle s'adonne aux arts, à la poésie, à l'éloquence. De là, plusieurs sortes d'irrégularités dans l'orthographe : les unes fautives, ou provenant de l'ignorance, et par conséquent arbitraires; les autres, étymologiques, produites par le temps, qui altère le langage et respecte l'écriture; d'autres encore qui dépendent directement de certaines dispositions particulières dans les organes de la parole, ou de considérations euphoniques, qu'on peut, si l'on a les données nécessaires, assujettir à certaines lois, et dont il est facile, en conséquence, d'apprécier l'effet sur les mots de la langue qu'on étudie. Mais, dans aucun cas, on ne peut supposer que les inventeurs de l'écriture aient, à dessein, représenté des mots différens de ceux que journellement ils entendoient articuler (i).

Il n'est pas d'idiome où l'on ne puisse faire l'application de ces principes; et l'on peut en déduire cette règle générale, que toutes les fois qu'on étudie une langue , dans la vue d'y puiser

(i) Le tibétain offre des règles ortho- qu'elles n'ont aucun rapport avec les

graphtqoes qui paraissent en opposition anomalies que nous observons en mon-

avec ce principe. On verra , plus bas , gol.

SUR LES LANGUES TARTARES. 165 des notions historiques, ou pour la comparer à d'autres langues déjà connues, on doit tenir peu de compte des irrégularités de sa prononciation, et s'attacher de près à son orthographe, et à son orthographe la plus ancienne. Ainsi donc, si nous voulons prendre une idée juste de la langue de Tchinggis-khak.an et de ses premiers successeurs , nous n'irons pas la chercher dans les vocabulaires recueillis à la hâte par un voyageur moderne , de la bouche d'un Mongol ignorant ; mais ne pouvant nous transporter, pour avoir la prononciation primitive , au temps où elle n'avoit pas encore été altérée, nous la retrouverons , jusqu'à un certain point, dans les mots écrits par les Mongols avec leurs caractères ; car il faut supposer de deux choses l'une : ou bien l'orthographe Mongole restoit la même pendant que la langue parlée s'adoucissoit , s'altéroit ou s'efféminoit ; ou bien, quand on commença d'écrire en mongol , on se plut , par des motifs qu'il seroit bien difficile d'énoncer, à orthographier les mots autrement qu'on ne les prononçoit, en ajoutant de temps en temps des voyelles inutiles, et quelquefois une ou plusieurs syllabes entières. Cette dernière hypothèse paroît si insoutenable, que je ne balance point à adopter l'autre sans restriction.

On ne peut que se confirmer dans l'idée que c'est là , en effet, la seule manière raisonnable d'expliquer les différences dont il s'agit, quand on examine ces dernières, et qu'on voit qu'elles rentrent presque toutes dans la classe des altérations euphoniques dont j'ai parlé plus haut. Le plus souvent, c'est la consonne k ou hh, qui , changée d'abord en simple aspiration , finit par s'élider, et permet de contracter les deux voyelles devenues voisines. Ainsi de W 1 1 ' . u/igour [lac], se forme naour , que les Mongols euxmêmes écrivent quelquefois noor; de J L" Tougoula [nom d'un fleuve de la Tartarie], se forme ToouhL ou Toula, nom sous lequel ce fleuve est plus connu. L'addition ou la suppression des nasales (1), le changement.de ïou en / (*),;de la consonne

(1) ousoun [eau], se prononce I (2) Comme dans l n j^ kotnnoun

souvent ousou; j» » thoulan [mon- I f homme], qui se lit kovhnUt /*VK)-*H fc . lagne], oulaj j-jk /u*«{mv}; ni/ce, &c \ tamcur , qui feit *mir> &c« J f)

l66 RECHERCHES

m en b (i) , du tch en ts ou eh s , et beaucoup d'autres permutations qui véritablement n'ont pas toujours lieu dans des cas semblables, mais qui d'autres fois agissent simultanément et défigurent totalement les mots, ne sont pourtant évidemment que des adoucissemens apportés par l'usage à l'ancienne prononciation.

Nous avons toujours supposé, jusqu'à présent, que les anomalies de prononciation s'observoient effectivement chez les peuples dont lei mongol est la langue naturelle; mais les vocabulaires, d'après lesquels nous avons raisonné, ne la constatent que pour cette partie de la nation qui habite sur la frontière Russe, au midi du Bai Lai , ou , tout au plus , pour quelques Kalkas des sources de l'Onon ou du Keroulen (2). Le langage usité chez les Mongols méridionaux, celui des célèbres tribus des Naïman, des Toumet, des Dourbet et des Oairat; celui même des Ortos, des Tournât et des Khochot , nous sont jusqu'à présent toutà- fait inconnus. C'est pourtant chez ces peuples que s'est entretenu, par un effet de la politique Chinoise, quelque goût pour les sciences, et qu'on a conservé quelques moyens de les cultiver. Depuis que les Mandchous sont maîtres de la Chine, ils ont, comme on le verra plus bas, fait imprimer à Pékin g ou ailleurs beaucoup de livres en langue ^longole : ce sont , pour la plupart, des traductions d'ouvrages Chinois. Le Traité d'astronomie, que j'ai cité plus haut, a été traduit sur un ouvrage écrit en chinois par un Missionnaire. La forme de l'ouvrage , la disposition des calculs , en offrent la preuve la plus certaine. Par-tout ailleurs, les livres sont la propriété presque exclusive des lamas, et leur sujet est le plus souvent théologique ou liturgique. Chez les Mongols méridionaux , ils paroissent s'étendre à des matières d'un intérêt plus général, et devoir, par conséquent, passer entre les mains des laïques. Il ne seroit donc pas étonnant qu'il y eût ici moins de discordance entre la langue orale et la langue des livres.

\*<K-»t khabar [nezl , se lit JJidmar. ,,\ (2) C'est le ikuve qui lest nommé Kerlonmt nos carte». 1

On peut objecter que les Kalkas qui habitent les sources de i'Onon et du Keroulen , c'est-à-dire, le théâtre même des premiers exploits de Tchinggis-khakan , sont ies descendans de ces mêmes Mongols qui suivirent ses successeurs en Chine , et qui , expulsés de cet empire, sont revenus s'établir dans les mêmes lieux d'où ils étoient originaires; qu'ils doivent avoir conservé, plus que les autres tribus de la même race, la tradition de la prononciation primitive; et que cependant il paroît qu'ils parlent le mongol corrompu dont nous recherchons l'origine. Mais la vie nomade à laquelle ce peuple s'est attaché plus que jamais depuis son retour en Tartarie, son éloignement de toute occupation littéraire, la rareté des livres, l'influence Chinoise affoiblie par la distance, et celle des Olet exercée pendant près d'un siècle de guerre et presque de domination ; toutes ces causes réunies suffîroient pour expliquer le fait , s'il venoit à être tout-à-fait constaté.

En attendant, nous sommes autorisés à penser que la prononciation des Mongols méridionaux est plus nette , plus énergique et plus pure , qu'elle porte par conséquent un plus grand caractère d'antiquité que celle qu'on attribue au langage des Kalkas, et qu'on observe chez les Olet. Ils ont rejeté ces voyelles ambiguës que les autres ont conservées. L'o ou plutôt ou et œ, tiennent lieu chez eux des deux sons douteux, u, eu; et Xe y est toujours remplacé par ïa. Ils écrivent tousimal , au lieu de touchimel [magistrat] ; etcha, au lieu d'etse [marque de l'ablatif]; souldaniksan pour soldenïksen [ fatigué] , &c. Tous les participes en ksan s'écrivent de même ; et comme les Mongols emploient le 2 e quand ils ont à rendre des mots étrangers , on a la certitude que ïa chez eux conserve bien sa prononciation naturelle. On a la même assurance , quant aux consonnes , par les transcriptions de mots Chinois en mongol , et de mots Mongols en chinois , qu'on trouve dans les livres des deux nations.

Ainsi le mongol méridional nous paroît plus empreint de ces marques d'ancienneté que doit porter un dialecte primitif, et ceux qui ne sont évidemment que la même langue altérée et efféminée

l68 RECHERCHES

peuvent être regardés comme dialectes secondaires. L'Invention de certaines lettres appliquées à des sons particuliers de ces derniers, prouve seulement que dès le règne de Khoubildi-khan , la langue Mongole étoit déjà partagée, comme elle l'est aujourd'hui, en trois ou quatre dialectes principaux.

Chez les Mongols occidentaux , qui portent à présent le nom d'OIetou de Kalmouks, l'altération paroît avoir été plus ancienne et plus profonde. Presque tout ce qui nous est connu de mots Mongols par la voie des Arabes, des Persans ou des autres Occidentaux , au temps même de Tchinggis - khakan et de ses premiers successeurs, porte les traces de cette altération ( 1) ; mais cela ne contrarie nullement les principes que j'ai rappelés plus haut, ni même les conséquences que j'en ai tirées sur les caractères qui doivent distinguer le plus ancien dialecte Mongol. II n'est pas étonnant que la partie de la nation qui s'étendoit le plus à l'occident ait parlé dès - lors la langue qu'elle écrivit depuis, quand l'alphabet Mongol fut mis en usage chez elle: cela même fortifie notre raisonnement; car la différence dans l'orthographe en suppose naturellement une autre dans la prononciation; et puisque les Olet écrivent comme ils parlent, on peut en inférer que les autres Mongols parlent comme ils écrivent.

C'est donc là la principale différence qu'on observe entre le mongol proprement dit et l'ôlet ou le kalmouk. Ici , on a conservé les nuances de voyelles affoiblies que l'on a repoussées làbas : a, e, i, o, ou, eu, eu. On a consacré dans les livres ces syncopes et ces contractions qu'on attribue à la langue orale des autres tribus; et plusieurs consonnes perdant tout -à -fait leur

( i ) C'est ainsî^ que , dje, la ville

dans Aboulfade Baraian est surnommée Mau-balih, au lieu de Makou-baVik [ville de malheur]. Le même mode d'altération a changé le titre de Khakan en ceux de Khan et de Kaar. , quoique ces deux derniers mots aient, par la suite, acquis des significations particu-

lières. Le rof de Perse , Houlagou ( ou mieux Khoulahou ) , est nomme par les Grecs XaAav ; par nos historiens , Olaon; par les Arméniens, Houl .v. Ces derniers appellent Aba, le prince que nous connoissons sous le nom d'Abaga. Batour est une corruption fort ordinaire de Bakhadour, &c.

son

son primitif, représentent régulièrement d'autres articulations, ordinairement moins fortes. Ainsi l'on écrit ,

JAPJ kemên , au lieu de keman [ parole ] ;

kœbœùn , )«W kôbakoun [fils] ;

0*^ ' ^ doundadou , o^j" 0 * doumdadou [milieu];

nieskulengtëi , outchaskoulangtdi [ brillant ] ,

et ainsi des autres. A la vérité, ce n'est pas là la seule différence du mongol et de l'ôlet. On trouve dans ce dernier beaucoup d'expressions radicalement étrangères au premier ; mais tous les mots qui forment le fonds des deux langues, ont évidemment une dérivation commune. Sous le rapport de la grammaire, les deux dialectes ont beaucoup d'analogie ; seulement, l'occidental paroît avoir des formes moins compliquées pour la déclinaison des substantifs, et être en même temps plus savant sous le rapport de la conjugaison des verbes. Le mongol va donc en se simplifiant, à certains égards, à mesure qu'il s'éloigne des lieux de son origine. Nous aurons occasion d'observer une marche inverse et moins naturelle, en traitant des dialectes de la langue Turke.

Quand je parle de la complication des formes grammaticales en mongol, ce n'est que par comparaison avec celles de lolet: Je système Mongol n'est pas, à la vérité, tout -à -fait aussi dépourvu de combinaisons que l'a pensé Thévenot ; ce savant compilateur donne , d'après un manuscrit Arabe de la bibliothèque de Gaulmin , une demi-douzaine de règles assez exactes, en ajoutant que ce sont peut-être les plus simples qui puissent suffire à la communication des hommes les uns avec les autres ( 1 ). On s'imaginera facilement qu'un si petit nombre de règles ne sauroit être suffisant pour une langue dans laquelle on a beaucoup écrit , et composé des livres sur des sujets très-abstraits. Je re-

(1) Collcct. de Thévenot, j.* partie.

grette bien que l'imperfection des matériaux que j'ai entre les mains ne me permette pas de donner une grammaire complète. Ce que je vais dire ici suffira du moins pour faire juger du génie de la langue, et des principaux moyens qu'elfe emploie dans la construction des phrases.

Les substantifs Mongols , ainsi que les Mandchous , n'ont aucune marque qui distingue les genres; mais ils en ont une pour le pluriel : elle consiste en un / qui s'ajoute à la voyelle finale , ou remplace la consonne n ; exemples : J n ^ n i oudoun [l'étoile] ; ) nn ^" ' oudout [les étoiles] ; y^- nouyan [le prince] ;

nouyat [les princes]. Cette marque parort aussi peu usitée qu'en mandchou ; elle se rapproche beaucoup plus du pluriel irrégulier en ta, te, de cette dernière langue, que du pluriel Turk régulier en îar. Ce que dit Thévenot sur cette manière de former le pluriel est exact ; mais il a tort quand il ajoute que c'est ie seul changement que les mots reçoivent dans leur déclinaison.

Les signes des cas sont assez variés en mongol ; le génitif en a trois qu'on n'emploie pas indifféremment, mais suivant la terminaison des substantifs. Après un mot qui finit par une voyelle, on se sert de y* y'in (1) ; exemples : l \ ■ 1 ■ ' }*\y\>^> tagriyin outkha [ science du ciel , astronomie ] , en chinois , thian wen (2); ja-ani j» \>t*^ moudji-yin nouyat [princes de province, vassaux], en chinois, tchou-heou (3). Si le mot est terminé par un », le génitif se marque par l'addition de la voyelle ou ; exemples : t'"*"' « H 1 - 1 -* tW^*- TchinggiMakan-ou ouroukh (4)

au roi de France. La prononciation en est assurée par la transcription qu'en ont faite les Chinois contemporains, de la manière suivante :

Tchhing - ki - sse kho - han.

Ainsi les différentes manières de l'écrire usitée; chez les Européens , Gengiscan , Gtntchiskan, Zingiscan , ckc. sont toutes

(1) Et non pas djin, voyez la note de la page 162.

(4) Voilà l'orthographe originale du MM de ce conquérant , orthographe bien authentique, puisqu'elle est prise dans la lettre adressée par un de ses successeurs

SUR LES LANGUES TÀRTARES. ijl [les descendais de TchhiggLs-khakan] ; V>A^ $ j^±^- aman -ou yabadji [ les coins de la bouchej. Enfin , si le mot finit par toute autre consonne, on ajoute la particule }* oun , qui est exactement la même que la caractéristique du génitif Turk; exemples : j^ooi ya. Liiui*. tcharig-oun nouyan [général d'armée] ; > "j^" - L | m* a àimak-oun darouga [chef d'une tribu] ; J* kôl-oun ou/a [ la plante du pied] , &c. Dans tous les cas , le mot qui est au génitif se place avant celui qui le gouverne ; cette règle ne souffre pas plus d'exceptions en mongol qu'en mandchou. Souvent même, comme en chinois, la position respective des mots est la seule marque de construction ; exemples : jo*^ J-^t^v sou/dan ôken [la parole du roi] ; ariki khoutal-

douhchi [vendeur de vin] , &c.

Le datif s'exprime par l'addition des particules yar ou \3^> tour , qui ont un usage aussi étendu que le de Mandchou ; exemples : a<o-Ot* y&**> kourdoun-yar balketau [ qui ressemble à un kourdoun , sorte d'arme en forme de roue , que les Hindous nomment tchakrâ\[i) ; ■ L ' H ' ^ S*** VJ n " " akouh tor taltalakou [se cacher dans un antre], &c.

L'accusatif, pour les mots qui finissent par une consonne s'exprime , comme en turk , par l'addition de la voyelle i s 0 l> nAl u o y*"-** tàin-i taroukou [vaincre les ennemis] ; g frV

j i u " kem-i arilkakou [effacer les péchés] ; fl 1 » 1 O^ ' H 4 )™°"" '

oudout-i sindjilakou [observer les étoiles], &c. Pour ceux qui se terminent par une voyelle , i'i s'articule et s'écrit V>* dji ; ex. ^ i rAp ^ LfLA^ toukha-dji boudoukou [supputer un nombre], &c.

L'ablatif se forme en ajoutant la particule )*->■ etcha , qui répond au tsi des Mandchous ; exemples : »"4W « i * f^- t-usXaj* kouritchdl - etcha kaktchakou [ s'abstenir des passions] ; f l j iK y**) ■ **** u aman 'etcha tôrouksan [né de la bouche] (2). Voilà

fautives ; celle même sous laquelle on gol qu'altéré par les écrivains Arabes et

a coutume de le designer à présent , rersans.

Djenguh-khan , n'est pas plus exacte, (1) Man han si-fan tsi ya:

parce qu elle ne représente le mot Mon- (j ) Né d« la bouche (de Bouddha).

les seuls cas que j'aie observés dans le petit nombre de textes Mongols qui se sont offerts à mon examen. On doit remarquer qu'aucun des exemples que j'en rapporte n'est arbitrairement construit, mais que tous sont textuellement extraits des livres Mongols.

Les adjectifs n'ont rien de particulier , et ne sont pas plus susceptibles qu'en mandchou de changemens ou de modifications. On dit indifféremment : Uj*»* j^Hr sain etchike [un bon père] ; ^y- y^t sain eh [une bonne mère] ; y-^t. ky± yàfte khakan [un grand roi]; y^* yt{ke khatoun [une grande reine]; j^ojw ^ tchœken khotan [une petite ville]; f ■ l 1 i : M * fO**tchaken khakalkha [une petite porte] , &c. Outre cela, plusieurs substantifs peuvent prendre la signification adjective, par l'addition de la syllabe &o tou ; exemples: de kerûl [éclat], on fait ^crt^o keraltou [éclatant] ; de O » f C * aldja'i [richesse , bonheur] , o^ 1 fC A i celdjaitou [riche, heureux] (1); de f n ^* t khoudouk [sagesse, sainteté], < So" n ^ n * Uioudouktou [sage, saint] (2), &c. Ces sortes d'adjectifs signifient doué de, qui a , comme ceux qui, en mandchou, ont la terminaison inga, anga.

, Les degrés de comparaison ne paroissent marqués en mongol que par des particules placées avant l'adjectif, comme en turk et ert mandchou. Le superlatif s'exprime par \>v^ masi , en mandchou VH+j-**. oumesi ou f^v^ masita ; exemples : J ^vv^ \> r i.i m 1 njk i masita ilakouktchi [très-victorieux] ; /' » " r VHH£ masi

tchagan [très- blanc]. Les adjectifs affectés de ces particules se construisent avec les substantifs de la même manière qu'en mandchou. ;

Les pronoms ont aussi beaucoup d'analogie avec ceux des

C'est le nom qu'on donne à Bodhisatoua ou à la Voix voyante. Il sera parlé de cette divinité dans les notes sur le Pradjha paramitâ hridaya. Appendice, //' partie.

(1) C'est le titre qu'ont porté plusieurs princes Mongols. II a été diver-

sement altéré par les difscrentes nationi

qui l'ont connu.

(2) On a coutume de désigner ainsi les lamas provinciaux. C'est sans doute par erreur que ce mot est écrit khoutoukta dans les Sammlungen historischer Nachrichttn , t. M, p. 4J6 et ailleurs.

Mandchous; et la ressemblance est d'autant plus remarquable, qu 'elle porte en partie sur les irrégularités. On en jugera par le petit tableau suivant :

En

• • moi , je.

mini ,

mini ,

de moi, mon.

tchi ,

si.

toi.

tckini ,

Sini,

de toi , ton.

ttre ,

tere ,

lui.

ta ,

terel ,

son.

bida ,

be,

nous.

mtndou ,

m in de ,

à moi, à nous.

ta,

souwe,

vous.

tchimdou ,

sinde,

à toi.

ttdct,

tese ,

ils.

tedendor (1).

tere de ,

à eux.

Les nombres ont cela de remarquable en mongol , qu'ils diffèrent radicalement de ceux des autres Tartares, à l'exception de quelques-uns qu'ils ont, comme je l'ai dit plus haut, visiblement communiqués aux Mandchous. Comme le vocabulaire comparatif offre les noms des premiers nombres , je n'ai pas besoin de les répéter ici ; il faut seulement remarquer que les nombres dénaires sont régulièrement formés des unités, ce qu'on n'observe pas en mandchou , pour une raison déjà énoncée plus haut. Ainsi l'on dit :

khouyar , 2. khorin , 20.

korban , 3. kotchin , 30.

dcerban , 4- dcetsin , 4°«

taboun , 5. tabin , 50.

dsirkoakan, 6. djaran , 60.

àouloukan , 7. de/an , '70.

nàiman , 8. nayan -, 80.

yisoun , 9. yeren. 90.

Les nombres se groupent à la manière Mandchoue, en mettant l'unité après la dixaine : arban-niken [dix-un , onze] ; arbankhouyar [dix-deux , douze], &c.

Les ordinaux ont une terminaison particulière qui n'a point d'analogie avec celle qu'on observe en turk et en mandchou.

(1) Presque tous ces pronoms sont pris dans les Vocabulaires de Pailas ou de Witsen. J'ai eu peu d'occasions d'en rencontrer dans les livres originaux,

parce que les Mongols, comme les Mandchous et les Chinois, en font assez rarement usage.

Dans ces deux dernières langues , on ajoute tchi ou tsi au nom primitif. En mongol , on change ia consonne finale de celui-ci en doukar ou douker , suivant qu'il se trouve un a ou un e dans le nombre générateur. De cette manière , on dit :

ni ke douker , i."

khouyadouhar , 2'

korbadoukar , j. #

darbadouktr , \*

taboudoukar, j.'

dsirkoudoukar , douloudoukar , naimadoukar , yisoudoukcr , arbadoukar ,

io.*

Dans les nombres complexes, l'unité seule prend la marque de l'ordinale : arban khouyadoukar , 1 i. c ; arban korbadoukar , 13.*, &c.

Les nombres distributifs paroissent avoir aussi une forme à part, comme on en peut juger par celui-ci : korbakat lorhakat [trois à trois]. Il faudroit en trouver quelques autres pour en déduire la règle générale (1).

Les Mongols ont eu le bon esprit d'adopter les figures numériques des Hindous, ce que les Mandchous n'ont pas encore su faire; et comme les premiers en doivent probablement laconnoissance aux Tibétains , ils ont adopté aussi la forme que ceux-ci donnent aux chiffres. La voici assez fidèlement représentée :

Une autre richesse que les Mongols doivent aux Hindous ,

(1) On dit cependant V^^uc V^s-st khouyar khouyar [deux à deux].

(2) Je me sers ici de poinçons que M. Langlès a fait graver d'après des calques pris dans l'ouvrage astronomique déjà cité.

Sur des dessins tirés du même livre , on a commencé à graver un corps de mongol ; mais quoique ce corps soit déjà composé de plus de soixante poinçons, il est encore bien loin d'être com-

plet , parce qu'il faut défalquer de ce nombre quelques ligatures et plusieurs lettres ou combinaisons de lettres qui ont été gravées deux ou même trois fois.

Ceci vient de ce que le livre qui a servi de modèle , imprimé à ia manière Chinoise, n'offre pas toujours la même lettre avec des formes rigoureusement identiques. On eût pu se dispenser de représenter ces sortes de variétés, qui oc sont que des caprices d'écriture.

et dont nous ne pouvons sentir les avantages, c'est la progression décuple des nombres , poussée depuis mille jusqu'à la 6 1 . e figure. La même chose s'observe chez les Tibétains , où elle a la même source. Les Chinois et les Mandchous ont aussi adopté ies expressions particulières pour désigner chaque anneau de ces extravagantes séries, qui ne sont d'usage que dans ies fables Bouddhiques. Elles n'y servent pas seulement , comme on l'a cru jusqu'ici , à supputer des périodes astrologiques , mais aussi à représenter le nombre des mondes existans, celui des génies ou esprits dont on peut se former l'idée en sclevant 4 tel ou te] degré d'abstraction, celui des prières ou formules qui sont renfermées dans un livre , et autres choses du même genre ( 1 ). Comme les séries de ces nombres n'ont pas encore été publiées en chinois et en mandchou , je les donne dans l'Appendice, en y joignant celles des Mongols et des Tibétains, qui vont beaucoup plus haut. J'extrais les deux premières du Grand Miroir des langues Chinoise et Mandchoue , et les . deux autres de l'ouvrage de Pallas et de celui du P. Georgi (2).

Les verbes Mongols ont l'infinitif en kou; de cet infinitif se forment assez régulièrement un indicatif, un participe, un nom d'agent, un nom d'action, et quelques autres expressions verbales, comme les exemples suivans le feront voir.

Kemakou , appeler; kemamou , et plus souvent kemamoui , j'appelle, on appelle, on a appelé, on appellera; kemaksan , appelé, ayant appelé, appelant; kemakichi , qui appelle, appeleur; kemakoui , l'action d'appeler; kemabasou , que j'appelle, qu'on appelle , avec le sens conjonctif , et précédé d'une conjonction , ou régi par un verbe subséquent. Voici un exemple de chacune de ces terminaisons ; comme ces exemples sont pris dans le Traité uranographique, et comme cet ouvrage est le seul de cette

(1) On fn trouvera un exemple ou p'ithhe , classe de la littérature, ordre def

deux dans les notes du Pradjha Para- nombres. — Sammlungen histor. Nach-

m'uâ hndaya. Appendice , t. u partie. richten , t. II, p. Alphabetum

(a) Maodciiou dsotm-rti poul&ou Tibeunum , p. 640.

Ïj6 ' i r * **• rti e c*trEf rchi s fl fT . v

langne'que j'aie pu consulter , on ne sera pas surpris qu'il m'ait été impossible de trouver ie même verbe dans toyjes les formes

donMÎ est susceptible. i

fCou: \y ^i<ff*^f" ^y^ji y , ^ ;; i ^ vj^cj > > ^ ^a^^ . ç

L v^iiai. \>oâ teharig tarikoulaktchi khakalka kemakou sira

oudoun Oudirabhalkouni oudoun - dour ouïra , les étoiles jaunes ( brillantes) , qui sont appelées la porte du générai d'armée , viennent après la constellation Oudirabhalkouni. Dans cet exemple, l'infinitif forme ie sens relatif, cqrarae r le temps en ra , re , ro , des Mandchous. <

/I/tfJ/, molli : p Vv ■ $ j*2l^ M n r 0 r* Ljie,

vm^r^ Wfe doboutchoukh oudoun - ou dooraki-dji , saba-yin yamoun oudoun kemamouï; nous nommons ville des vases, la constellation qui est au-dessous du tombeau bleu.

Ksan: ^i/' "L , r ,, nr tchonktchaliksan khtoa, ville entou-

rée, ceinte de murailles ; j^-**^ o toi"»-* taroukjan. qui a vaincu les ennemis (t). • n» >! ■ ti '.,

1 Xtchi : VK^-t^- bouroukoa~d}i edjalaktchi , celui qui

préside aux injustices. v « * : *"i - m,o .• ■■ < I ...

Koùi, terminaison qui n'est proprement que l'accusatif du tem pis indéfini ; w*^€> hurdakouï, l'action de toucher ; j rnnr p \j^ju^ sarakoui-yin tchouktcha , amas de réception [accumulation formée en nous par les perceptions] (z).

Basou i vj njft^r .i ^. j«fvi > L ja ^ L s jf a yam-oun dakera ôdjaBasbû oùloumouY, il n'est rien qu'on voie au-dessus de la voie jaune;' pour, de ce côte' on ne voit pas d'étoiles au-dessus de 1 eclipUque.

D'après ce court exposé, 'Ir semble que les formes grammaticales du mongol n'ont pas avec celles du turk et du mandchou une analogie matérielle r très - prononcée. Le participe en tchj ,

pourtant, commun aux trois langues, mais détourné par les

( i) Cet exemple du sens actif du participe en ksan est pris du Mai\ han sifan tsi yao , où l'on en trouve ifn grand

nombre de semblables.

(i) M an han si -fan tsi ya^

MaTiâchous

Mandchous de son usage primitif, a également chez les Turks et chez ies Mongols la force d'un nom d'agent , et sert à former les noms d'arts, de métiers, de professions, &c. On dit en mongol \j r i rn < ^ Laj. otigkotchatchi [rameur] ; 1 1 * rn ^ klwuîakhatichï (1) [voleur], en mandchou / ■ * ' 08 * khôlkha ; *o r i V ^ ■ /<-/r/yatchi [laboureur], &c. , comme on dit en turk, eutmeuktchi [boulanger]; kalpaktchi [marchand de bonnets]; tchijteuhi [lab oureur] , &c.

Avec des matériaux aussi imparfaits que ceux que nous possédons, il serait téméraire de rien avancer de positif sur la nature de la phraséologie du mongol oriental. Ce n'est pas d'après quelques centaines de phrases courtes , éparses dans un vocabulaire , ou d'après le style technique et monotone d'un livre scientifique, qu'on peut se former une idée suffisante des ressources d'une langue dans des compositions plus relevées. A s'en rapporter à ces échantillons, la construction inversive du mandchou se retrouveroit dans le mongol avec toute sa rigueur ; et même avec plus d'inconvéniens encore , à raison du petit nombre de formes qui servent à distinguer les temps des verbes. Ce seroit alors un fait curieux , et dont il vaudroit la peine d'approfondir les causes, que cette existence simultanée chez plusieurs nations peu avancées dans la culture littéraire, d'un système qui nous paroît l'inverse de l'ordre naturel des idées; et qui sembleroit, par conséquent, ne pouvoir être introduit dans une langue que par les efforts successifs des écrivains et l'influence prolongée de leurs compositions, sur les habitudes du vulgaire. Mais, je le répète, nous n'avons pas de documens suffisans sur ce fait, qu'il faut constater avant de chercher à

(1) Cette qualité est estimée chez les Mongols, qui veulent qu'un homme accompli réunisse les nnujf perfections suivantes, et qu'il soit :

Ousoun , adroit ; Bakhadour , brave; Tsetsen , éloquent ; Bcliitchi, bon juge;

Khabourai , bon archer:

Mordttchi , habile à la piste ; Beukeu, vigoureux; Oustchi , bon nageur; Khoulakhaitchi , larron.

Pallas , Samrol. histor.' Nachrichten , r. II, p.

l'expliquer. Nous ne savons pas si la même construction s'observe dans tous les livres, si elle se retrouve chez toutes les tribus Mongoles, et si elle y a été usitée dans tous les temps: l'usage peut en être borné aux ouvrages classiques ou techniques, imités des Mandchous ou des Chinois; il est peut-être rejeté de ceux que les Mongols ont traduits en bien plus grand nombre du samskrit ou du tibétain; il peut sur-tout être tout-à-fait exclu de la conversation ; enfin il peut être borné aux tribus qui sont depuis un siècle sous la domination des Mandchous. En un mot, il nous faudroit, pour prononcer sur la phraséologie Mongole, avoir un plus grand nombre d'ouvrages écrits en cette langue; et jusqu'à ce que nous les ayons acquis, tout jugement seroit hasardé ou prématuré.

Le dialecte Olet n'est pas resté jusqu'à présent aussi complètement inconnu que le mongol oriental , ou plutôt c'est par lui qu'on a pu juger de ce dernier. Les Mongols, par une suite d'événemens dont les conquêtes de Tchinggis-khakan sont la première cause , ont envoyé dans notre occident des émigrations considérables. Un grand nombre de familles, et des tribus presque entières, se sont trouvées assujetties à la Russie, et ont fixé sur le Wolga, dans le gouvernement de Saratof, leurs mobiles établissemens. Ce sont ces Mongols, plus connus sous le nom de Kalmouks, qui ont été le plus étudiés. Leur histoire, la généalogie de leurs princes, leur économie morale et domestique , leur manière de vivre, leurs maladies , leur régime politique, leur religion et la hiérarchie de leurs lamas, nous sont très-bien connus par les Mémoires historiques publiés sous le nom de Pallas (i). Les lettres de B. Bergmann (2) offrent aussi des renseignemens curieux sur les Kalmouks. On trouve répandus, dans ces deux ouvrages, un très-grand nombre de mots Olet; mais on y cherche en vain des détails suivis sur la grammaire, ou des textes propr.es

(1) Sammlungrn hisjorischer Nachrichten iibcr die Mongoli$cb«n Voclkerschaïten.

(2) Nomadische Streifercien untcr den Kalmukcn.

SUR LES LANGUES TARTARES. 179 à y suppléer. Seulement Bergmann a inséré, à la fin du premier volume de ses Promenades , un texte assez court, extrait d'un ouvrage mythologique Mongol, avec la transcription des mots «n lettres Latines, et la traduction littérale en allemand. Ce morceau , la partie Kalmouke du vocabulaire universel de Pallas (1), et les recueils de mots et de phrases qu'on trouve dans Witsen (2) , ne m'eussent pas fourni les documens nécessaires pour juger le système grammatical des Olets ; je ne compte même pas le Vocabulaire Calmuque et M un gale de Strahlemberg (3), où les mots Mongols sont en assez grand nombre, mais trop défigurés pour mériter aucune confiance.

Heureusement , un ouvrage récemment publié est venu me tirer d'embarras , et me fournir les renseignemens dont j'avois besoin. Je veux parler de l'évangile de S. Matthieu , traduit en ôlet par les soins de la société de la Bible, établie à Pétersbourg (4). J'ai considéré comme authentique une traduction qui, destinée à la conversion des Mongols, a sans doute été composée ou du moins revue par des Kalmouks néophytes. En la lisant, ou plutôt en l'analysant pour en deV duire les principes grammaticaux qui étoient l'objet de me» recherches , je n'y ai trouvé qu'un très-petit nombre de points où sa correspondance avec le texte Grec ne m'a pas paru rigoureusement exacte. Elle est, au reste, d'une grande fidélité; non pourtant qu'on se soit astreint à la faire absolument littérale et mot à mot , car on a préféré, avec» beaucoup de raison, suivre la construction Mongole , et intervertir, quand cela étoit né-

(1) Le kalmouk y est placé sons le

(2) Noort en oost Tartarye.

(3) Description historique de l'empire Russien, t. II, P J22-j6j.

(4) Evangelium S. Alathxi , in linguaux Calmucco-mongclicam translatum nb h. Jac. Sckmdt, cura et studio socu taris Biblicœ Ruthenk* , tvp 'u impres-

sum. Petropoli, apud Frider. Drechsleru m, 181$; //>>^.« de soixante-six pages, imprimé en caractères mobiles!'

Ce précieux ouvrage n'a été mis entre mes mains qu'après que l'impression de ces Recherches a été commencée. Je me suis empressé de m'en servir pour étendre et pour rectifier l'article très-iosuffisant que j'avois consacré au dialecte Olet.

l80 >9*ATj|tf-E<ËftX*C'-H'«r v Tl >rT '

cessaire; fondre des versets , ou en fondre Jeux ou plusieurs eb on ■«ëufe'*' ''-'''''-> . I l'*;,,jiq ut >iejj ^>l> -j^iiinb/Bb arL- >c t ?!Pb;ur suivre Tordre qtii nous » dirigé dams l'examen do mandchou et du rnongol /nous devrions, en tràitanY^u dialecte Otèt , ?arler d'abord de l'orthographe qui lui es< particulière. Mail ce que nous durions à en dire rentrefoU dans les considérations auxquelles nous avons déjà été conduits par nos recherches sur i'éty biologie du dialecte oriental. Ainsi que nous en avons faàt la remarque, on retrouve pats chez les Olets ces anomalies qui nous ont frappés en-mongol, parce qu'ils ont pris la prononciation pour règle unique de leur orthographe ; mais il eri résulte dans celle-ci une assez grande irrégularité et beaucoup de variantes, ou manières différentes d'écrire les mêmes mots. La langue parlée étant, dé «sa nature, mobile et sujette au changement, on ne peut, quand on la prend pour guide , atteindre à ce point d'uniformité et de régularité qui est le partage e xclusif des langues savantes. *oï v. cj up n 1 ufiNom avons eu occasion de remarquer aussi que (a prononciation Olet étoit plus douce, ou, si Ton veut; pins efféminée que celle des Mongols. Aux voyelles claires et ouvertes de ceux-crv à leurs consonnes fortement articulées, les Kalmouks ont substitué des nuances sourdes et des sons plus foibles et moins francs. En général, ils remplacent le dch , par rfg; le tch, far z; Va, par*; les deux voyelles ou et 6, par les quatre voyelles adoucies *• ov * w^. eu, A Et ce n'est pas l'euphonie qui paroît 4^ ^voir dirigés dans ces altérations; car les prononciations sonore» -du mongol sont, au moins pour nous, plus agréables que ies voyelles douteuses et monotones, et les articulations affétées des Kalmouks. On observe le même genre de dégradation dans le turk. occidental , qui , sous le rapport de la netteté des articulations, est à i'ouigour comme l'ôiet est au mongol des Toumets et des Naïmans.

Les Kalmouks ont deux terminaisons pour le pluriel. La pré^ mière, qui leur est commune avec les Mongols, est le changement du 1/ final en 4: V**»* okin , la fille ; «jhV>\tes role*>

(fi " »* w

SUR LES LAîNGVIS TAUTARES. *8l

*tfoJMq,ik VQW^kJuid, les rois fJ LWr«itiaBqtt«i)qub8Ciïa|fr proche davantage de celle du pluriel Turk , consiste! iiteisiJ'aifc Mofbétotlifr m^ ver AUX niots qui Jini$f*nt pairorw voyelle : >.<&4himik} disciple ; \*^^v chalàtutr, Ie6:xliw:ipliriib#w* ahha , le f^^n^j abhaiif], les frère» ahxés; dcun, le frès-ecarfet ; ^iftWi^«ffi«r*Jes:.frè«ft cadets eti^si des autres^ «ikbnoj uù» âjbb «mo/i; -i -»» f •': i,/uiî enomii ..bi^n •

Il y a deux terminaisons? pour le génitif. L'une ^semblable à celle des Mandchous, ne se met qu'après les mots termines en h : j^j-s kumun, l'homme; kumuni , de l'homme; khan,

le roi; khani, du roi. L'autre, qui est du nombre des trois dont les Mongols font usage, sert après les mots de toute terminaison, à l'exception de ceux qui finissent en n : Dêdou, Dieu ; f>^A Dédouyia, de Dieu; kuuked, les enfans ;

r^^^^ ^tfW;/», des tpftpsU ft&PfttgiM zobolong, la douleur; H* 05 ^^**^*^ XpMojtggjyitt de la douleur, &c

Le datif se marque par tou , après une consonne , et ^ don? après une Voyelle pure ou, -suivie d'un /;; ^ dyik-tou fau temps; ^ *^*A>*** ongodzà+dùu, au vaisseau ; oronJou; au lieu. U faut remarquer que cette particule, exactement car* respondante avec le ^ de mandchou , sert aussi à marquer la place, la situation, le temps, le régime des verbes passifs, et à former avec les participes les propositions absolues ou adverbiales, que les Latins expriment par l'ablatif : pt^» . oiilendou, dans les nuages ; è-o balgal-tou, dans la ville ; *****

è-c^xxi. tere dyik-tou, en ce temps; UA oiv r.. ir . -n „ & j y> ^y>,, 0 j 0/H dou oiekdebeï , ils furent vus par plusieurs ; u » : i "^ s^o^ \ M6PP* f% ^p^uals^M^ idekui kikêd Ouukhui edie làdieksm-dou, comms il s'abstenoit de manger et de Loire? -è* ^^^i kemeksea* dou, comme il parioit. On n'observe ici aucune analogie ma** tjérielie avec le .mongol oriental. i u

L'accusatif, au contraire, se forme de la même manière par # après une consonne, et yi ou giyi après une voyelle, supprimant le « finale dont celle-ci peut être suivie : oulous , popuhu ) Qthusi, populum ; z<jr /ik , /ussio ; ^JM^-

tÔt RECHERCHÉS

jussionem; VP \j fVfnv» t > c** uiledukdy - yi , acîiouem ; edlike, pater ; tdiikeyi , pat rem ; p »*a eukuuleksen^

hqucns; eukuulekseigi , loquentem.

L'ablatif, proprement dit, se marque par l'addition de quelle que soit la terminaison du substantif: \y\R> pv^v^ Xb^ ^ wttfayju^ y Dèdouyin gegeni buibusuroiilukdzi kudlun-êdie, de vi spiritûs sancti Dei; uger-êdse, ex vacca ;

tere-êdse, ab hoc, &c.

L'instrumental s'exprime par CK^ yer : h 1 ^* Ai^t*-^ Pouruphêdy'm aman -yer Dêdou larlik , Prophetarum ore mandatum Dei; f^n^r ^euiiden-yer , en songe, &c.

Le vocatif s'exprime par --t* â placé avant le nom : ^* p^ss^iiA J Davidyin keubeuïm , 6 fils de David ! (t^r^ -i* â Yêsus , ô Jésus !

Le conjonctif par dén : VW^=^ v>i^

.. ^f> 0 & & ^Jii^ diwi ndiynar Mariagi beyeden abkhui-

dou y seiik bu teurùu , tuant uxorem Mariant tecum accipere noli timere.

• Les noms de nombre Olet sont, à un petit nombre d'altéraT tions près , les mômes que ceux des Mongols ; et , ce qu'il y a de remarquable, ils forment les ordinaux de la môme manière, mais avec moins de régularité :

nike , un

khoyor , 2

gurban , y

deurbcun , 4

taboun , 5

^ourgan , 6

doîon , 7

na'iman , 8

y est, 9

arban , 1 0 arban nike , 1 1

ouridou , khoyodugâr , gutugâr, ■ deuteukrur , dabatagâr , tpurgadugâr , dolodugâr , nàimadugâr , yesedueêr , arbadugâr , arban nikedugâr ,

premier.

io. e

Les pronoms ont en ôlet, comme dans presque toutes les

SUR LES LANGUES T A RT ARES. 183 autres langues, une déclinaison fort irrégulière, mais dont les irrégularités suivent à-peu-près ceiles des pronoms Mandchous et Mongols, et ne se rapprochent aucunement des pronoms Turks. Voici les principaux :

bi , moi.

mini , de moi , mon.

nada , à moi.

nama'i , moi.

nada - êdze , de moi.

dy , d^ima , roi.

d^ini , de toi. d^imadou , à toi.

d^imai , toi.

d-(ima - êd-re , de toi.

bida , nous.

mani , de nous , notre.

bidandou , à nous.

hUtani > (nous.

manaigi , S

ta, vous.

Uni, de vous.

tandou , à vous.

tanaigi , vous.

Le pronom de la troisième personne est, comme en mandchou , un véritable article démonstratif, qui varie suivant la proximité et l'éloignement de l'objet indiqué : eue , celui-ci; tere , celui-là; tede , ceux-là; tedeni , de celui-là; teuiïni , de lui, son; teden-dou , à lui ; teden-édi/e , de lui; tende, ceux-là, &c.

Les adjectifs pronominaux possessifs se re nde nt par le génitif du pronom personnel , comme cela a lieu dans plusieurs autres langues Tartares. On les place ordinairement avant le substantif : v^i mani edjjke , notre père ; d$ni nere , ton

nom. Quelquefois pourtant on le met après : p-^ ejen

mini, mon seigneur. Ce fait, dont on trouve aussi des exemples en mongol, tendrait à prouver que la nature inversive du mandchou ne se retrouve pas dans les autres idiomes Tartares avec la même inflexibilité.

La conjugaison des verbes est la partie de la grammaire qu'il est le plus difficile de reconstruire à posteriori sur des textes dont on n'a pas une version bien littérale. La difficulté est plus grande dans les langues qui n'ont pas des règles bien sévères et un système bien arrêté. Les nuances y sont moins marquées, les terminaisons, affectées ailleurs à certains temps, s'y prennent

facilement les unes pour les autres , ou servent A plusieurs fins. Un obstacle de plus se trouve dans les langues Tartares ; c'eat le mode de déclinaison qui s'y combine avec la conjugaison des verbes. II faut y démêler les marques des temps et des modes, d'avec celles qui sont affectées aux compiémens des prépositions , ou appropriées à des particularités de construction. Pour éviter une partie des erreurs auxquelles ces difficultés exposent, j'ai cherché à opérer mon analyse sur une base constante; j'ai choisi le verbe ventre, qui se trouve cent trente-quatre fois dans S. Matthieu , et qui doit donner , à peu de chose près , toutes les variations dont un môme verbe est susceptible. Malgré cette précaution , je ne donne le résultat de mon travail sur cette partie de la grammaire Olet que comme une approximation. Les considérations que je viens de rappeler feront excuser l'imperfection des règles suivantes, auxquelles il ^ a sans doute beaucoup à ajouter, et peut-être beaucoup à qîçtifîer.

^ prenant pour thème du verbe , ainsi qu'on y est conduit dans toutes les langues Tartares, l'impératif qui se trouve dans toutes Jes, formes dérivées , il faut observer que la voyelle de la dernière syllabe devient une sorte de caractéristique , qui modifie les différentes terminaisons des temps et des modes. Ainsi le verbe ire t venir , fait a irekule , \y&*>*>

irebéi , t-H' 71 *^ ireksen , &c. ; **** euk , donner , ou plutôt , cfonne , fait r -A-^ûA eukseun , vj <y r> , ,, eukbcui , &c. Voici des exemples de cet impératif: AjAJ t^J^ ousoun Jeré derkedê ire keme , die , veni super faciem aquarum ; - r*° ta... ire, vos... venite ; •• HOH" * ^ r^*^

f^ry^r. fo r £, rijpftMl od kemên euguulekuk , lakïksan metou odani ; daroiikindou ire kemên euguulekuU , iakiksan metou irenéi : si uni dicens loquor , vade , statim et vadit; si aheri dicens loquor , veni, statim et veni t.

Le prohibitif se forme en plaçant » bu avant l'impératif 9 ^ts.moU kumuni ger-tou bu oro, pravtJtMmis

domum

SUR LES LANGUES TARTARES. ifif domùm ne ingrerfîarfe : ^ *bu suna , ne cures : & 9 bu fol, ne

"Dk 'fthlp&fâniè fôrme le participe présent en n 4 venïens , au pluriel irSd . venientes ; exemples : x>^£ >^xa

v>i»^ vjjixi ^ixx>- /// £*rftw iren , dzini kuteké$yr... Ego tuœ do/nui veniens, tuum servant. .... p^- ... \>^.

v>A3Hf*^ r 2 ^ Màch't.. . irêd eFttt kem'en oguufebei , Magi ... v«-' nientes , sic foaùendo dixcrunt; \>*û*^, roi//;/' chobciiïm irêd idè'd'orfàèik-,ituhC'arès venientes, comedentes manducaverunt. K1 '

Le présent de l'indicatif est marqué par la terminaison mttï t vj nj^ > ^p >^ <-*>a /// cuguidemùi , je dis. La troisième personne paroît être en ttél 6u «i : itenéi , il vient; \j odani ;

il va; \j i i i'.* i*vn> , uileduneV, if fait.

Le temps passé est en bai , bel ou bui , selon la caractéristique de l'impératif : u^x^' A^lIx^ ^ ^Aj^ ongodio-dod chidar irebeï,, venit in navim ; vk^v* A//^w eukbeuï, dea*îr po testaient ; h±±*&^ Abaram-edre Isdk $arbâï,

ex Abrahamo Isaac ortus est.

- ..L'infinitif est en ku; il se décline, et. prend, par l'addition, d'un i, la valeur d'un nom d'action; joint au verbe substantif, il forme le futur. Voici quelques exemples :

oktorgoï eiïùUn-dou irekuïgi uiekule 4 v%w/j vendre w nàbibus^

^-Le mode conjonctif, complément d'une qpjiipnaioji exjîcj-, rae* ©u«sous-entendue, se marque par i^^j^i^pns^a/^^t,. ^ù/ I^oiri avons vu cette dewferp farine u4tfe>4ans dialecte onejiM; l'autre paroît particulière à i;ôlet : V^-^ ^ij^ j^yx^u tede khomni gadar umusun irebedzu , quoi-

qulîk viennent , habillés comme des brebis ;j-fc^V>^£ **jh» vpê^twe^oiitik toute kemebesu , fuisqu'iL est dit,; r*& WM l lk».

■«m A Aa

i%6 re<:re,r,çh?s , .

, n pxs^ taralanggyin ezm ïnu irekule, lorsque Je maître

du champ sera venu ; r^t^v sA^*^ v>^qj yj ^n i ' . $x vj ^l*" ' ohn Jiu khuddldii geredy irebedzu chilta ese oîhuï , quoique beaucoup de faux témoins fussent venus.

Le participe passé se termine en ksan , kseti , kseun , suivant la conjugaison : ce participe est déclinable; et joint au verbe substantif, il forme un prétérit indéfini analogue à celui des verbes françois. Voici des exemples : ^ o '' 1 -- ^z^^^ ireksen kkatù khatoun , la reine étant venue ; fcO^ r^J-e* V» .. l^jasx^jTLi^ kumun oughal-dou irekseïgi utfd , voyant ceux qui étoient venus au baptême ; u« ^hh*^* ireksen ùuï, je suis venu. Avec ^ dou , qui est la marque du datif, ce temps forme les expressions adverbiales ou absolues, et revient à notre ayant été , ayant fait , &c. : rH 4 *^ kemeksen - dou , ayant parlé; à* r-^-^'v^ asagoksan-dou , ayant interrogé, &c. On a vu qu'en mandchou , la marque du datif servoit aussi à cet usage.

Le nom d'action paroît avoir deux terminaisons, l'une en ff ê et l'autre en kdy. Cette dernière, qui est la plus régulière, est aussi la plus fréquemment employée. Dans les exemples suivans, cette forme remplit la fonction d'un véritable participe :

tekêd irezi takil yen takin uilêd , étant venu alors, vous ferez votre offrande, xi ' " > ^ r > ' v ^o- 1 ^ ^ f i T-i^v ^ rXLu. mini khoino ed\ê irekji , celui qui viendra après moi. De i H 1 ^ ' '' khudaida , vendre , on fait v; r ' H > %n i '' - khudaldaii , marchand; de \ "* * r yirga , juger, f "" ' v i r ^argadzi , juge, &c.

L'interrogatif se marque par la terminaison hou'ù : t*^^ sjs inak-mini, dy yoiini toula irebouu , mon ami , pourquoi êtes vous venu î p^-v ft*"° u^»* \>>^ \>Jdit nama'i yoiini toula sain kemên do'ùdanouu, pourquoi m'appelez-vous bon ï

La voix passive s'exprime par l'interposition de to , te, tu, entre le thème du verbe et la terminaison : o^y^ chindiehh, tenter; ^^nr ,^ c /iind Z elekdeku , être tenté fs^y

; entendant ; r 9 *^ g »^ sonostohàn, qui est entendu; v^~u uze j,f lt H a vu ; 0 <a^ u Z ekdebéi, U a été vu, &c. ''Le transitif s'exprirne aussi par une infixe, de cette manière: garba'i , il est sorti; V H? ' gargakiï, il a fait sortir. Telfe est, sinon la totalité, au moins la plus grande partie des modifications qui peuvent affecter les verbes Olets. Les autres formes , dont il m'est impossible de rendre compte , sont certainement en fort petit nombre, et très-peu usitées, et je doute que, dans toute f étendue de l'évangile de S. Matthieu, on puisse citer plus de quatre ou cinq terminaisons verbales qui ne rentrent dans quelqu'une des précédentes, soit comme variations de conjugaisons , soit comme exceptions ou comme irrégularités. Comme j'ai eu soin de citer, pour exemples de toutes ces formes, les paroles mêmes de la traduction Mongole de l'évangile , on peut croire , sur la foi de M. Schmidt et de ses collaborateurs , qu'elles représentent assez exactement les formes des verbes Latins ou Grecs auxquels on les a fait cor*respondre. Toutefois , l'espèce de liberté qu'ont prise et qu'ont dû prendre les traducteurs , de couper les phrases de leur ve'l*sion, et de les construire conformément au génie de la langue dans laquelle ils écri voient; cette liberté, dis-je, ne nous permet pas de nous en tenir à l'exposition que nous venons de faire de la signification isolée de chaque terme verbal. Nous devons, ainsi que nous l'avons fait pour le mandchou, observer çjans la pratique la valeur de ces temps et de ces modes, dont nous avons esquissé la théorie. Tel temps peut , dans f usage habituel, tenir la place de celui que nous emploierions en circonstance pareille. Le participe en n, par exemple, revient en ôlet beaucoup plus souvent que le participe présent des Latins ou des Grecs , au sens duquel il correspond : c'est que les Mongols s'en servent pour marquer la suspension dans les périodes composées de plusieurs membres de phrases , de la même manière que les Mandchous emploient le temps en fi. Les premiers disent : 6-»^ (-«i^i^^n. ^\x>»-^ p -^V^ U O ^H ^ V 1 ^ O^s^sca* f&x* fv . v fl \jju-^r>^ j-ûii^iû* loûsep sert ht - dov ,

Aa 2

ï88 > ^rcHERr-HEs « »?

dédouiyn ca\ggel %àkihan metou uiiedun , nm^ïnmi beïeden abouni vieledbeï , Joseph, posttjuam expergefactus juit , Dom'tni Angelï jusso consentante agens , uxorem sibi adjungens , fiât. Les Man* dchous diraient de même : /i"^ 1 1 "» . o . ^ " * ! v n%

getekhede, edchen-ni takôrakha endouri kheséi songkoi yaboufi , sarganle gaïfi, yaboukhdpi.

Cet emploi particulier des temps et des modes, dont l'usage est ia seule règle, que la grammaire n'apprend pas, et qu'il est pourtant nécessaire de connoître pour juger ia phraséologie , ne peut être apprécié que par la lecture des textes. J'en ai donc réuni quelques-uns dans l'appendice : le premier est ie même morceau que Bergmann a déjà donné , avec une version littérale en allemand ; il est extrait d'une histoire fabuleuse , d'origine Indienne , intitulée Cho dÇikitu , ou l'Ami de ia justice , en quatre livres. Bergman n en a inséré la traduction dans son 4* volume (1). N'ayant pu me procurer d'autres textes originaux, j'ai été forcé de joindre à ce fragment trop peu étendu, quelques extraits de la versfbn de l'évangile , par M. Schmidt, version sur la fidélité de laquelle je crois qu'on peut compter entièrement. J'ai choisi l'oraison dominicale, qui diffère, pour plusieurs endroits, de celle que M. Adelung a publiée d'après M. Neiz de Sarepta(2), et que je crois plus exacte que cette dernière. Enfin, j'ai cru devoir transcrire un chapitre entier de S. Matthieu , sur la version de M. Schmidt, et j'ai préféré le chapitre iv, qui n'est ni trop court ni trop étendu, et qui , par l'absence des noms propres et ia variété des matières , m'a paru plus propre à servir d'exemple du dialecte Ok?t. J'ai cru ces trois morceaux suffisans pour faire connoître la langue des Kalmouks , sous les rapports qui sont l'objet de mes recherches. Mais on a lieu d'espérer que, dans quelque emps, le mongol, et particulièrement le dialecte occidental,' era > par l es travaux de la société de ia Bible établie en

ul Mh£idlf e s ; reifereicn unter den KaImuk - . <• nr.

SUR LES LÀHOireS TftRTARES. 189

Russie,, et avec le secours des interprètes, aussi facile à étudier que le mandchou , et que des ouvrages élémentaires se joindront aux versions des livres saints. On conçoit , sans que j'aie besoin de le faire sentir r de quelle utilité seroient ces ouvrage*, pour la recherche des antiquités historiques, religieuses et géographiques de ia Tartarie. Les raisons particulières que j'ai de compter sur leur publication prochaine, me dispensent d'inr sérer ici de plus longs morceaux en ôlet , et m'obligent de renoncer au projet que j'avois d'abord conçu , de joindre è ce volume un lexique de l'évangile de S. Matthieu , auquel j'aurois ajouté un vocabulaire Mongol, dont j'ai rassemblé les éiémens; non sans beaucoup de peine , dans le petit nombre de monu» mens que nous possédons en cette langue.

Mais si l'espérance de . posséder bientôt des grammaires r des dictionnaires et des givres entiers en ôlet , nous permet de réserver pour des idiomes moins connus, le seul genre de sert cours que nous serions en état d'offrir, il n'en est pas de, même du dialecte oriental, pour iequej je n'ai pas cru pouvoir pr^ semer trop d'exqmples. Aucun texte Mongol, à ma connoissance, n'a encore été publié en Europe; aucun extrait, aucun vocabujaire* n'a été tiré des sources authentiques , c'est-à-dire des livres ,des Mongols. 11 falioit mettre le lecteur en état de juger du génie de la langue, et sur-tout du système phraséoiogique, en plaçant sous ses yeux le plus grand nombre possible de textes Mongols* et des textes de genres difTérens. S'il eût dépendu de moi de faire un choix, il n'auroit pas été dirigé sur d'autres objets que; ceux que le hasard m'a présentés dans les seuls ouvrages Mongols que j'aie eus à ma disposition. t

Le premier de ceux que j'ai réunis dans l'Appendice, est une lettre du roi de Perse Argoun , écrite en l'an du Bœuf (1280) à Phiiippe-Ie-Bel , et apportée en Europe par Mar-bar-scuma* L'original existe dans les archives royales. Le second , que j'ai tiré des, mêmes archives, est encore une lettre d'un roi Mongol de Perse, écrite l'an du Serpent (1305) au même roi de France. Ces deux morceaux sont, comme on voit, fort remarquables

IÛO RECHERCHES

par leur ancienneté; mais je n'oserois pas assurer qu'écrits dans la partie la plus occidentale des possessions Mongoles , its nous présentassent le dialecte primitif dans toute sa pureté. J'ai joint aux deux lettres leur traduction en François, mais sans trop insister sur leur contenu, qui doit être l'objet d'un travail à part, plus historique que grammatical ( i ). Je remarquerai seulement ici deux choses : ces lettres écrites en Perse, et long-temps après Tchinggis-khakan , sont revêtues de toutes les formes de la chancellerie Chinoise, et scellées du grand sceau des empereurs Khoubihii et Temoar , qui régnoient à Khan-balik , à présent Peking. Le style en paroît simple, et les verbes n'y présentent point les formes régulières qui ont été exposées plus haut. Enfin , il est certain que les copistes Mongols employés en Perse, suivoient encore, à cette époque, l'alphabet Ouigour dans toute sa simplicité ; car on ne trouve dans les deux pièces aucune des lettres Mongoles inventées par les lamas , même de celles qui servent à rendre plus exactement les sons Tartares. On n'y Voit que les quatorze lettres de l'écriture Ouigoure rapportées par Arabschah , écriture dont elles offrent un exemple aussi précieux qu'authentique.

Le second morceau est d'une date plus récente , mais aussi il nous offre le véritable dialecte oriental de la langue Mongole ; je l'ai extrait d'un ouvrage astronomique déjà cité , imprimé à la Chine en douze volumes , et dont un exemplaire se trouve dans la bibliothèque du Roi. La plus grande partie de ce traité consiste en tables et en calculs, accompagnés seulement de courtes explications où l'on ne sauroit prendre aucune idée du stylet J'ai cherché, dans la description des étoiles, un article un peu étendu, dans la vue de réunir un plus grand nombre de combinaisons grammaticales. Toutefois, la nature du sujet et le plan de l'ouvrage ne m'ont pas permis d'en comprendre autaru

iJjL C e 'I *°V cc ra PI»rt que j'ai ftodie ces deux lettres, dïru U sUonde

partie d'un mémoire tjue j* ai I u à |- Aca ■derme, ,ur les Relatons politisa des

princes Chrétiens , et particuliersmen:

des rois de France, avec les empereur :

Mongols.

SUR LES LANGUES TARTARES. i 9 |

que je l'aurois souhaité. J'ai donc tâche de compenser par un autre genre d'utilité , l'imperfection forcée de l'échantillon que j'avois à présenter; et continuant d'analyser l'ouvrage uranographique que j'avois sous les yeux, j'en ai extrait les noms Mongols de toutes les constellations. Puis, comme ces noms se trouvoient, pour la plus grande partie, correspondre aux jioms Chinois, dont le P. Noël nous a fait connoître la synonymie {1), j'en ai rédigé une table où se trouvent les noms de toutes les constellations en mongol, leur traduction en françois, et leur rapport avec les constellations Européennes (2). On y trouvera encore quelques phrases composées , propres à faire connoître de plus en plus la grammaire Mongole, et beaucoup de mots qui serviront à enrichir le vocabulaire de la langue. Mais la plus grande utilité qui en peut résulter , c'est la preuve manifeste qu'il n'y a pas dans le ciel des Mongols une seule constellation dont l'idée leur appartienne. Ils ont pris des Hindous les noms qu'ils ont donnés aux vingt- huit mansions de la lune et à leurs asrérismes , se bornant à les transcrire avec leurs lettres. Ils ont emprunté des Chinois l'idée des trois palais ou espaces célestes hors du zodiaque , et les noms de toutes les constellations secondaires : or , quand on connoît l'astrologie Chinoise, on n'est guère tenté de lui supposer une origine antique. Jamais amas de dénominations puériles, absurdes ou insignifiantes, ne manifesta plus clairement l'ouvrage de l'ignorance, du hasard ou de l'aveugle superstition. Les constellations Chinoises ne forment pas un système suivi dont les parties se lient et se correspondent : ce ne sont pas des figures d'hommes ou d'animaux, placées dans le ciel à la même époque ou du moins par le même esprit, et servant à consacrer des souvenirs religieux ou politiques ; ce ne sont pas mtme des fables dont on

( 1 ) Obsen'ationes mathematicœ in india et in China facta. Prag. 1710, p. 67 seq.

(2) Cette table, accompagnée de quelques remarques, a déjà été publiée en latin dans le tome 111 des Mines de

l'Orient , sous le titre de Uranographia Mongolien, sive nomenclatura siderum aux ab astronomis Mongolis agnoscuntur et describuntur. Mais i! s y est glissé beaucoup de fautes nui sont corrigées dans cette seconde édition.

ait cherché à perpétuer la mémoire; ce sont, à un très -petit nombre d'exceptions près , des groupes d'étoiles réunies arbitrairement par des lignes auxquelles on a imposé un nom qui n'est pas moins arbitraire, qui n'a nul rapport avec la forme de l'astérisme, ni avec sa situation dans le ciel (1), ni avec l'histoire, ni avec les différentes croyances des Chinois. Voilà ce que les Mongols ont transporté dans leur astronomie, achevant, par ce déplacement, de rompre les foibles liens qui pouvaient rapprocher les constellations des localités Chinoises. Ainsi l'uranographie Mongole ne tient à aucun système, et ce seroit peine perdue que d'y chercher des traditions historiques ou des idées mythologiques quelconques. C'est une chose assez remarquable qu'on n'y trouve même pas un seul nom ou une seule notion relative à la religion de Bouddhah, religion dominante à présent chez les Mongols, mais entièrement ignorée au temps où les Chinois ont adopté les astérismes que les Tartares leur ont empruntés tout récemment.

Quant aux vingt-huit constellations zodiacales, les Mongols n'ont fait , comme je l'ai déjà dit , que transcrire les noms Indiens devenus insignifians dans leur langue. Cette transcription doit avoir été faite au temps où le bouddhisme et les sciences de l'Inde furent introduits chez les Tartares, à la fin du xin. c siècle ou au commencement du xiv. e Les noms Samskrits sont à peine altérés, et ce sont exactement les mêmes que W. Jones a fait connoître (2), d'après les deux astronomes Râmatchandra et Vinâyaka. Les Mongols ont pris en même temps les douze signes du zodiaque Indien qui se rapportent à ceux du nôtre , et présentent à-peu-près les mêmes symboles. D'un autre côté, ils doivent aux Kirgis le cycle des animaux qui s'est répandu dans toute la Tartarie, et qui ne paroît avoir de point de contact

(') Ce n'est pas non plus du lever ou du coucher des constellations , ni des aspects des planètes , ou de leur situation dans les maisons célestes, que les astrologue* Chinois tirent leurs présages

mais de la vivacité ou de la foihlesse de la lumière des étoiles, des nuages ou des vapeurs qui les obscurcissent, &c.

(2) Recherches asiatiques, trad. fr.« t. Il, p.jjj.

avec

SUR LES t'A 'îÎGWEVf i ÀRT ARES. ^^3 avec les zodiaques d'aucun autre peuple connu. Ifs ont pris des Chinois tout ce qui tient à la morale et à la philosophie politique. La traduction des livres sacrés des Bouddhistes , écrits originairement en samskrit ou en tibétain, a achevé d'enrichir la littérature Mongole; mais tous ces emprunts n'ont eu lieu ni dans les mêmes contrées, ni à la même époqué, ni par l'efïèt des mêmes circonstances. Les Mongols établis À la Chine y ont pris les idées Chinoises presque sans aucun mélange étranger. De tout temps ce fut la politique des lettrés, d'attaquer, par la force de leurs principes philosophiques et de leurs institutions littéraires, ceux dont les armes leur avoient imposé un joug passager. Cette conduite leur réussit avec les Mongols, comme nous la voyons réussir encore sous les Mandchous.

En ordonnant l'introduction d'une écriture Tibétaine pour le mongol, Khoubilaï avoit permis qu'on se servît, dans chaque pays, des caractères qui y étoient usités, afin de rendre fa promulgation de ses décrets plus prompte et plus générale (i) : c'étoit favoriser d'anciennes habitudes , déjà assez fortes en elles-mêmes pour empêcher les peuples soumis d'adopter un alphabet nouveaii, dont le mécanisme étoit peu commode, ainsi que nous le verrons plus bas, et ne pouvoit s'appliquer, sans de grands inconvéniens , à des langues différentes du Tibétain. Aussi l'écriture de Pa-sse-pa ne fut-elle jamais employée hors du Tibet, malgré les ordres réitérés des empereurs ; et les peuples revinrent, comme d'eux-mêmes , à l'usage de l'alphabet Ouigour ou des caractères Chinois.

La o. e année Tchï-youan\\ 272] , à la 7.' lune, le jour jin-'ou t Ho-li ho-sun offrit un placet dans lequel il représenta qu'à I^vérité les nouveaux caractères Mongols étoient enseignés dans le collège impérial, maïs qu'il ne se trouvoit encore aucun fils de mandarin Chinois qui vînt les étudier. Il faisoit observer qu'à l'avenir les ordres de toute espèce devant être expédiés, non-seulement en

(l) Jan ko t khi hue tstu fou-tchi. Voyez le décret de l'empereur Khoubilaï sur 1 écriture Tibétaine.

Bb

jp4 RECHERCHES

caractères Ouigours , mais aussi dans les caractères Mongols , il devenoit indispensable d'admettre dans les collèges les enfans des mandarins qui viendroient y étudier la nouvelle écriture (i). L'historien qui rapporte cette supplique de Ho-ït-ho-sitn , ne nous apprend pas quel en fut le succès. Suivant toute apparence , on obtempéra à sa demande ; car l'invention de Pa-sse-pa étoit encore trop récente pour qu'on eût eu le temps d'en sentir les inconvéniens.

Trois ans après (2) , Wang-phan , Teou-me, et quelques autres , demandèrent qu'on établît dans le collège des Htm lin une section distincte où se traiteroit tout ce qui avoit rapport à l'écriture Mongole. L'empereur y consentit , et nomma pour la présider un certain Sa-ti-mi-ti-li.

La ip. e année Tchi-youan [1282], à la 4- e lune, le jour ki-yeou , on publia l'édition Mongole -ouigoure du livre historique intitulé Thoung- kian (3). 11 est probable que le mot Ouigour, employé en cet endroit, doit s'entendre de l'écriture et non de la langue ; car il seroit peu naturel de supposer que l'on eût fait alors à la Chine une histoire en langue Ouigoure. Remarquons, comme un effet de l'ascendant que les lettrés avoient su prendre sur l'esprit de Khoubilaï , que cette même année on ordonna à Tchang-i et à quelques autres de faire une recherche exacte des livres mystiques de la religion des Tao-sse. Quand on les eut rassemblés , on les livra tous aux flammes , à l'exception du seul Tao-te-king, ouvrage qui, comme on le sait, a toujours trouvé grâce aux yeux des plus rigides observateurs de la doctrine de Confucius (4). La proscription ne s'étendit pas aux livres des Bouddhistes, que les lettrés ne haïssoient pas moins que ceux des Tao-sse , mais qui étoient défendus par le crédit dont les lamas commençoient à jouir à la cour des Mongols.

(1) Hist. des Mongols, sous le régne de Chi-tsou. Tseu h 'to tian , k. i , p.ji.

(2) La 12.' année Tchi-youan, à la 3.' lune, le )out keng-tseu, en 127 J.

(?) Sou Houng kian lou , k. 3 , p. 7.

— Tseu hio tian , k. 1 , p. jz.

(4) Sou Houng kian hu f k,j,p. 7 .

La 2i.' année Tchi-youan [1284], en été, à la 4- e iune, le jour meou-ou , il y eut un décret qui enjoignit aux président et examinateurs de cesser à l'avenir l'usage de l'écriture Ouigoure dans leurs requêtes, dans les sujets de composition qu'ils donnoient aux étudians , ainsi que dans leurs registres; ils dévoient,' soit dans les requêtes qu'ils pouvoient offrir à l'empereur, soit dans les ordonnances destinées à être rendues publiques , se servir des caractères Mongols (1). Ainsi, Khoubilaï persistoit encore à vouloir répandre l'écriture de Pa-sse-pa, et ses ordres multipliés à ce sujet prouvent la difficulté qui s'opposoit à son introduction. Deux ans après (2), l'empereur, sur la proposition du collège des H an-lin , fut obligé de se relâcher de la sévérité de ses premiers décrets. II avoit ordonné à Sa-li-man t l'un des officiers du tribunal de l'histoire, de faire un résumé de la vie de Taï-isou, c'est-à-dire de Tchinggis-khakan , en y ajoutant les éclaircissemens et les tables nécessaires. Les Haihlin lui présentèrent une requête, pour demander qu'il fût permis de mettre cet ouvrage du chinois en caractères Ouigours; et l'on attendit , pour commencer le travail que Khoubilaï avoit ordonné, qu'il eût pris connoissance de cette supplique. Les raisons qui y étoient exposées lui parurent sans doute d'un assez grand poids, puisque l'histoire fut, par sa permission expresse, composée, rédigée et traduite en caractères Ouigours (3).

La 26. e année Tchi-youan [1289], les présidens des cours suprêmes demandèrent qu'il leur fût permis de faire usage des caractères I-ssc-thi-féi. Il se trou voit alors , dans le collège des Han-Jin, un étranger, qu'à la forme de son nom nous pouvons regarder comme Musulman ; c'étoit Ha-lou-ting , ou Ala* eddin, surnommé I-fou-ti, ou le Bienheureux (4), qui avoit une connoissance profonde de cette sorte d'écriture. L'histoire des Mongols n'offre icraucune mention de ce fait, et le Tseu hio tian

(1) Tseu hio tian, k. 1, p. J2. (3) là. ibid.

(2) La 33.* année Tchi-youan, c'est- (4) Mot à mot : Celui dont le bonheur à-dire en 1286, à la Inné, le jour est augmenté. C'est petft-ctre la traducmtou-'ou. tion de quelque surnom Arabe. .

Bb 2

qui ie rapporte ne cite pour garant que le supplément A la Bibliothèque de /Aa-touan-lin , supplément fort important, et que,' malheureusement, nous n'avons point en Europe (i). Nous ne sommes donc pas en état de déterminer l'espèce d'écriture qui fut alors mise en usage sous ie nom d'I-ssr- thi-feï ou Isthiji, Peut-être a-t-on voulu désigner par -là l'écriture Mongole proprement dite, ou l'alphabet Ouigour accommodé à la langue Mongole. Il est au moins certain qu'on ne tarda guère à s'en servir, au lieu de celle que Pa-sse-pa avoit empruntée aux Tibétains : peut - être aussi ie nom d'htJiifi , qui paroît aussi étranger au mongol qu'au chinois, trouveroit - il sa racine dans quelque idiome plus occidental , et s'appiiquoit - il à l'écriture Arabe, que les Musulmans, alors chargés de la rédaction du calendrier de la Chine, pouvoient avoir besoin d'introduire dans leurs calculs astronomiques , ou dans les opérations astrologiques qui s'y rattachent (2). La chose paroîtra plus vraisemblable , si l'on fait attention au nom du docteur chargé d'enseigner les caractères l-sse-thi-féi. H n'est pas non plus inutile de remarquer que, cette même année, à la 5. e lune, le jour ki-fiaï, on établit k'Tnï-tou (3) un collège impérial pour les Hoéi-hou (4), c'est-àdire , dans le langage des historiens de cette époque, pour ceux des Turks occidentaux qui avoient embrassé l'islamisme. Une institution de ce genre, si contraire aux principes Chinois qui

(1) On sait que Afa-tourn-!in composa sr n ttvsi h'un toung hhao dans le teiips eue Ils Mongols «it aquoient ia dynastie d» s Soung , ei que pour cette raison A finit son p r ci<ux recueil aux années À ia -iing, < Yit-r.-dire en 1207.

Lui - même morrwt en 13^2. Les recherche;! savoirs qu'il avoit faite» snr tous les poin:s de I histoire , tant de la Chine que des autres cor.tnes voisines, ne s'étendent donc pas* aux Mongols ; mais on a fait depuis, sous le titre ùe.fow Wen hiun theung khao , un supplément nui vient jusqu'au temps de ia dynastie des Ming, et qui, autant qu'on en peut juger par les citations des auteurs de nos

jours, contient des notions fort curieuses sur l'état de l'Asie depuis le XI II.' siècle.

(2) M. de Sacy, à qui j'ai soumis cette conjecture, la fortifie en m'apprenant que le mot ystifi , par sa forme même , semble indiquer une origine Arabe, et n'est pas sans analogie avec celui de ist'ijal, qui signifie tirer au sert, ou plutôt prendre des augures, en cherchant au hasard un mot ou une phrase dans l'Alcoran ou les poésies de Hafez.

(}) Gaubil, Hist. de la dynastie des Mongoux , p. 2/0.

(4) Sou Houng kian-lou, k. 3 , p. 26.

commençoient à prévaloir chez les Mongofs, est la meilleure preuve qu'on, puisse souhaiter, pour montrer l'influence que les occidentaux Musulmans avoient prise à la cour de Khoubilaï. Celle des lamas Tibétains ne se manifesta pas moins clairement l'année suivante (1), par l'achèvement d'une entreprise à laquelle ils dévoient attacher beaucoup d'importance. Je veux parler de Ja rédaction des livres sacrés de la religion de Bouddhah qu'on finit d'écrire en lettres d'or, et pour lesquels on employa plus de trois mille deux cents onces d'or ( 2). Cette dépense assez considérable (3) ne paroîtra pas exorbitante, si l'on pense à la prodigieuse quantité de livres qui sont réputés sacrés par les Bouddhistes (4). Nous ne pouvons guère nous faire une idée de cette littérature des peuples de la haute Asie, qui nous est encore entièrement inconnue ; son immensité surpasse tout ce qu'on peut imaginer. J'essaierai d'en donner un aperçu dans les notes qui serviront d'éclaircissemens au fragment Mandchou rapporté dans l'Appendice.

Sous le règne de Khoubilaï , un grand nombre d'étrangers -vinrent en Chine, attirés par différens motifs. Les Tibétains et les Indiens y apportèrent une grande quantité de ces livres religieux que les Mongols firent traduire dans leur langue. Le premier de ces ouvrages 'fut un résumé de la morale Bouddhique, en cinq cents chapitres, qui fut traduit par le grand lama Pn-sse-pu lui-même, et répandu dans tout l'empire (5). Un Ouigour nommé K'm-lou-na-tn-sse , habile dans les doctrines de i'Hindoustan , et sachant plusieurs langues, fut ensuite employé pour rédiger en mongol des traductions des livres Indiens et Tibétains (6). L'empereur employoit dans le même temps un peintre de Nipol, nommé A-ni-ko, homme fort versé dans le

(1) 37/ ann^e Tchi-youan , à la 6.* lune, le jour ping-tstu.

(2) Sou Hvung kian-lou , k. 3 , p. 29.

(3) Elle revienr à prés de 400,000 fr.

de notre monnoie , en évaluant l'once d'argent, ou liang, à H fr. 30 c, et la

1>roportion du prix de l'or à celui de 'argent, comme 15 a!.

(4) Voyez San tsang fa sou , k. 36, p. tj.

(6) lfeid. p.jj. ' • ' ••

sens mystérieux des livres de Bouddhah(i), ainsi qu'un étranger, nommé 'Aï-sie, né dans les pays les plus reculés de l'occident, dans le royaume de Fou-lin (2) , homme habile, non-seulement en astronomie et en médecine, mais dans les langues de l'Asie, et en particulier dans la littérature du Tibet (3). Une fouie de Musulmans, de Tibétains, de Tartares, d'Hindous, occupoient des places, même littéraires, dans l'empire, et jusque dans le collège des Han-lin. Cet usage continua sous les successeurs de Khoubilaï , et ne contribua pas peu à enrichir la littérature des Mongols. Quant aux Chinois, dédaignant ces productions étrangères, ils ont pris le plus grand soin pour les exclure de leurs livres; par ces derniers, on s'aperçoit, en effet, que les étrangers n'ont exercé qu'une influence bien légère sur les connoissances des lettrés , et presque nulle sur leur manière de raisonner. La raison en est facile h concevoir, si l'on fait une remarque qui a, je crois, échappé à Gaubil et à de Guignes : c'est que les livres d'occident ne furent presque jamais traduits en chinois, mais mis immédiatement en mongol pour l'usage de ceux qui les faisoient venir, et l'instruction d'hommes grossiers et ignorans, à la vérité, mais exempts de ces préventions et de cet orgueil qui sont souvent plus nuisibles aux progrès des sciences que l'ignorance et la grossièreté.

Les livres Chinois avoient pourtant mérité l'estime de Khoubilaï, avant même qu'il montât sur le trône. II s'étoit attaché un lettré de la ville de Hocii-jin , nommé Tchao-pi , et l'avoit établi dans son palais avec dix jeunes Mongols , auxquels il avoit enjoint de recevoir les leçons du lettré sur les livres Chinois. Tchdo-pi apprenoit en même temps la langue de ses élèves, et le fruit de ces leçons réciproques fut la traduction du Tai-h'io et de son commentaire (4), et, selon d'autres, celle du Lun-iu ,

(2) Fou-lin est le même pays qu'on appelle ailleurs Ta-thsin. On ne peut douter que les Chinois n'aient connu l'empire Romain sous ces deux déno-

minations ; mais il ne s'agit peut-être ici que de la Perse ou de l'Arménie.

(3) Sou Houng kian lou, k. 4 1 > }'-J z >

(4) k. n,p, tt.

du Tchoung-young, du Meng-tseu , et de quelques autres ouvrages (i). Khoubiiaï avoit aussi chargé le célèbre Hiu-heng de traduire en mongol plusieurs ouvrages de sa composition (2). L'éducation de celui de ses fils qu'il destinoit à l'empire étoit toute Chinoise , et ce prince même engageoit ses officiers à lire les King en chinois , et à laisser là les livres Mongols , qui, disoit-il, étoient peu propres à les instruire (3). Khoubiiaï savoit donc apprécier les philosophes Chinois ; mais il trouvoit peut-être leur doctrine trop pure et trop dégagée de superstitions pour ses peuples de Tartarie, puisqu'il fit tous ses efforts pour soumettre ceux-ci à cette secte naissante du bouddhisme , que nous appelons lamisme , parce qu'elle est fondée sur l'idée de l'incarnation durable de Bouddha dans la personne du grand Lama.

La protection que Khoubiiaï avoit en conséquence accordée aux étrangers, et en particulier aux Bonzes Indiens, l'attention qu'il donnoit à la doctrine de ces derniers, ont été l'objet des déclamations des lettrés , qui , soumis une fois à un prince barbare, auroient voulu qu'il adoptât pleinement et sans restriction leurs principes de philosophie et leur religion politique. Son successeur Temour fut au contraire à leurs yeux un prince accompli, parce qu'il n'imita pas son aïeul dans son amour pour les lamas, et qu'il fit rendre, dans toutes les parties de l'empire, les honneurs qui sont dus à Confucius. Un historien Chinois, nommé Ning-h'mn-wang , va jusqu'à dire que si Khoubiiaï avoit fait brûler les livres des Tao-sse de la Chine, c'étoit uniquement par un effet de la confiance qu'il avoit dans les folies des Sang-men ou chamans ; il ajoute qu'il enveloppa dans le même mépris les deux sectes des Ttw-sse et des lettrés , et que, regardant la doctrine des sang-men comme véritable, il abaissoit Confucius au rang des

(t) lu tsi tao you in ch'i i , cité làmême.

(2) Vie de Hiu-heng, k.$i,p.ij,

Histoire générale de la Chine,

(?) Histoire /. IX j p. -fîj.

200 RECHERCHES sages du second ordre (»)., L'auteur du Sou Houng-kian^loa {z) rectifie ce que cette assertion .peut, avoir; d'outré'» remarque qu'en fifîsa^it brûler les livre» <Jes TW'W* K^o*ifailai' aie .donna aucune marque de ce, prétendu mépris -pour Conrtitii(si )H n'en loue pas moins Temour, pour avoir, 4 songent; ment au trône, ordonne îe rendre à Confucius des<,ho«imageâ,univeriels. Sous ce règne, lés traits caractéristiques 4es.M0ugois commencèrent

des expressions Chinoises. On peut, A partir de cette époque, étudier dans la partie biographique de l'histoire des Mongols un autre effet de cette iévojurion, i( f>roipre à en augmenter encore l'influence. On y voit les. familles Çbijjoises rentrer successivement dans tous les emplois,, e^y remplacer les Tartares, dont les noms étrangers, sous les règnes de», premiers successears de Tchin^gis, rendoient en quelque sorte sensible ie' joug qtfih avoieht impôsé àJajChina. jounirècl^ *3iv»l ***b *»uJ ..La i i * année ^it-te > jvemièce arince,du. règne de Wou-tsouug\r Pnouxw ih'téi T mou-eul ou PJ\Qulo-^«»tfi*ttt vice-président et ministre de la droite , mit la dernière main à «ne traduction Mongole du* livre de l'obéissance filiale,, et la fit imprimer sous l'autorité im- P d r$e. ( £lle|fut offerte à l 'empereur à la S. e lune, le jour sin-hdr, ;Wu**4WH» ifcipuMcatioo , portoit que cet ouvr ^ ^l^ffifVè^ 1 ^- ^oeptes .admirables de Khoung-tseu s devo,£seçyir n $^^^ depuis les rÔÎS

et . ,e ? ( B ri .W viW u ' au *- depafrqs: classes -du peuple (3). Oh fit graver la nouvelle traduction avec les préfaces et les sceaux qui servoient à, en -atteste^ la 'fidélité, et on en distribua les.ejenv plaires aux princes, airtsi qu'à tous les officiers de l'empire.

oung- kïati bo -fuît, ' cif4 par

(1) TTtoung- *J<rrt j>è - /j//r, ' Iif4 j>âr Çhao-kid-

(3) Ce n'est point dans ce décret , mais dans un autre ordre publié qucl-

3ues mois auparavant, oné 'IFbu-tiotJng 1 onna à Confucius le* «wge& dont parle ' Gaubil dans son H ni wn des /Wongouj,

L'année

SUR LES LANGUES TÀRTARES. 201 L'année suivante, le collège des Han-lm eut ordre de travailler à la composition de l'histoire des Mongols, et il rédigea en conséquence les annales du règne de Chun-tsoung et de Tchhingtsoung(t). On composa aussi, en neuf mille articles, un code où se trouvoient rassemblés tous les réglemens et dispositions, non -seulement des dynasties précédentes, mais des empereurs Mongols, depuis Tchinggis-khakan (2).

Le règne de Jin-tsoung fut encore plus favorable aux lettrés que ne lavoient été ceux de Temour et de Kkahang (3), ou Wou-tsoung. Peu après son avènement, le nouvel empereur fit revoir le code de lois qui avoit été publié sous la dynastie des 7 dans les années Tching-kouan , de 616 k 64*; et, d'après le conseil d'un grand de sa cour, il résolut de le faire traduire en mongol (4), pour que ses sujets pussent le lire et en avoir une parlaite connoissance. II augmenta ensuite de trois cents le nombre des élèves du collège impérial, y joignit une section supplémentaire de vingt élèves, et voulut que ceux qui sauroient expliquer l'un des livres classiques, fussent employés, suivant leurs talens, à des fonctions d'assistans ou de surnuméraires. Il régla aussi les rangs que devaient occuper les mandarins Mongols et Chinois ( 5 ). On lui dut le rétablissement du collège impérial dans son ancienne forme (d); et , ce qui est plus important, celui du système des examens pour l'admission aux charges, système qui devoit être plus favorable aux Chinois qu'aux Mongols, et que, pour cette raison , un empereur Tartare n'eût peutêtre pas dû remettre en vigueur. 11 fit transporter dans le collège a Dours de pierre de 1 empereur Siottan - wang (7), donna

(4) SouHoungkianlou, k. 6, p. S.

(j) Jbid.

(6) Theung-khao , cité là-mcme.

(7) A la 2* lune de ia première année Hoang - khing [1311/, ling- mao , du Cycle; Sou Houng-khing lou , k. 6 ,

(1) Sou floung kian lou, k. } , p, S.

(2) Ibid. p. t+.

(3) Khatsang, ou, suivant la transcription Chinoise , Hal - chaa , est le nom du successeur de Temour. \\ peut s'écrire en lettres Arabes ciL-*k , et c'est en transposant les points et épelant mal ce mot que les Occidentaux eo ont fait tÀ*+* djentstk.

Ce

des ordres,. pour ia composition d'une histoire, de sa dynastie (i); et voulut qu'on fit choix, pour cet objet, des dQCtenrSrles plus renomme'* pour, leurs talens et leurs vertus. Ji tu, en outre, traduire en mpogol le Ttu-hio, it Huiii-king ^t ïhhtoke des femmes célèbres (2)1 et quand on avoit i in prime ces sortes d'ouvrages , il jes Jaisoit distribuer aux officiers de sa cour. Il s'occupoit sans cesse des examens et des autres affaires littéraires qui sont regaxdées^paj les Çhinois comme U partie essentielle du gouvernement JI, fit aussi rétablir le collège des HoeUou (3); et à cette occasion , l'histoire remarque que Jes lettres de ces peuples sont particulièrement propres aux opérions d'arithmétique, et rappelle que ia première institution d'une école musulmane eut lieu soiis Khoubiiaï, la 26S année Tdù-yoaan, et qu'on y enseigna les lettres 1 -sse-thi- frU)- l'empereur lui-même s'occupa à prendre dans le Tkoung • kiati ce qui pouvoit éclairer sur les causes de l'élévation et de la chute des dynasties qui avoient précédé la sienne, sur le bon et le mauvais gouvernement et M fit de ces extraits un recueil o.ui fut traduit et transmit pour lui être préfMf&jnwai* *n nslq *»1 ^iii^nnov 9*ttEV Au nombre des savans qui travailloient sous les ordres de Jithtsoang, étoit un homme d'un rare mérite ,"né dans la ville de Pa k^khe [Balkh], et connu $e»s lé nom de Tthagan (5) , qui signifie en mongol blanc , parce que la nuit où il étoit né avoit été remarquable pà* ttn crarr <|e lime aussi brillant que le jour (6). Doué wi'ufk «spEit ; vaste «t pénétrant, il possédoit à fond les langue* de'ttrtis'-tes péuplesf'tonmte îles Chinois. U avoit commencéâ ^e^r^oyé JanUe^mées dé Khoubilaï , et s'étoit

avancé par degrés sous le règne de ses successeurs. La première ^Hoàum4X^i U ; W Prit le surnom Chinois de Pc-yun

(1) A la seconde année Hoan^-Wmg, ^jt?,àla4.*lunt,lejPW : *«»-t^.

(2) Ibid. p. 2.

>.»!«■» o'*id s>\ »'>til; î>n ■ tj,v, ,%t 'r .'if. :i. .* ' r,- >fn , '>

(5) Le F, Gaubil {p. *49, note) parie de cet auteur so«i \t nom di Tcha-han/ il a «îrvi e» cela la U«qicription Chinoue. n j.'mq

(6) Stu Hwng hian hu, k t±,f> H».

(3) lbid. p. tr t

(4) Voy. plua haut, p. 196,

[nuage blanc], du nom d'une montagne où il s'ctoit fixé, et pour (aire en même temps allusion à son nom Mongol de Tchagan. Ce fut alors qu'il se fit connohre à la cour, et que sa réputation littéraire devint plus étendue. Quand il eut offert à l'empereur le commencement de sa traduction Mongole du code de la dynastie des Thang(\) t Jin-tsoung, qui en fut trèscontent, lui ordonna de l'achever, et la fit imprimer et distribuer à tous les grands. H le chargea ensuite de traduire un ouvrage historique qui contenoit les belles actions des empereurs et les affaires des dynasties depuis {'ouverture du Ciel , c'est-à-dire, depuis la création du monde et l'cpoque de Plnm-kou , jusqu'à la soumission de la dynastie des Kin , par Tchinggis-khakan. Le livre que composa Tchagan , eut, en chinois, le titre de Ti wang ki niûn , ou plus au long, Li-ttiï Ti watig ki nian tsouun -yao , c'est -À- dire , Abrégé chronologique de l'histoire des empereurs. Chao-youtm-phing , à qui j'ai emprunté ces détails, y joint un fragment de la préface qui fut mise à la tête du livre de Tchngan. Je le rapporte en noie, traduit sur le chinois, pour mieux faire connoître le plan de ce savant étranger (2). A en juger de * • y > toi m)' jfi'jioLiËVfnJ UjL> iflAtJM É91) diufiion :iA .

en citant tel paroi» de» tmcieruuVy

faire les altérations qui lui ont pam nécessaires ; et de là vient qu'il» ne l'accordent point ensemble. On n'a tu , dan» ces derniers ^remps, ft <me Je jeul Kfiang-tsiei [de là famille de 7 chao), qui ait réussi, dans ton King-chi -chou , à tracer clairement la chronologie de* premiers temps. On peut donc avoir toute confiance au viernnrd de Pt-yun, qui a tu , à force d'étude» et d'attention, recueillir dans les diifercns ouvrages ce

3u'rl y avoit de bon et frrfebe on corp»

e chronologie bien ordonné. Prenant pour modèle le Livrr des génénuitus de Kluing-tuti , il a donné a ton histoire le litre d'Ahrétë chronologique des rois et des empereurs. Il remonte jusqu'à l'ou-hi et à Gkm-noung, mais en se bornant à arranger le» lait» d'une manière méthodique. Celui qui ajoute foi aux wciu

(1) Tching'kouan Tching y où.

(2) « Quand on publia l'Histoire chronologique des empereurs et des rois , Tchhing-kiwfou y mit une préface où il di»oit : L'histoire e»t inférieure en authenticité au Chou-k'ntg ; le Tchhunthsieou est moins étendu que le Sse-hi de Sse-ma-t/isian. in ceux qui, dans des temps postérieur» , se sont livrés aux recherches d'antiquités, s'en tenoient à ces ouvrages , qu'en résulteroit-il 5 Confucius a parlé de l'histoire depuis Yao et Cliun , et son témoignage surfit pour nou* contenter pleinement. Sse-ma est remonté plus haut, jusqn'a Houng-ù.

En examinant ce qui appartient aux génération» qui ont du précéder ce prince, les anciens lettrés eux-mêmes st'ont rvoavé qu« dit sujets de doute.

Chaque lettré, en composant de» chroniques et des livres d'histoire, a su , tout

204 RECHERCHES i

cette manière, le livre de Tchagan doit avoir de grands rapports avec le Turikk Kluui que nous avons en, persan » sous le nom iXAbd-aliah Beidam. Cet ouvrage , dont Muller ai public le texte Persan , accompagné d'une version Lutine (i), commence comme le livre de Tchagan à Phau-kou, et finit pareillement à la conquête du pays des Kin par Tchinggisnkhakan. A te rapprochement, on peut joindre dlautres (Considérations qui le fortifient. 11 paroît que les savans sont d'accord pour ne point attribuer le Tarikh Khïtdi au célèbre interprète de l'Alcoran , Abd allah Beidhawi , sous le nom duquel Muller l'a publié (2). Mais quelque opinion qu'on embrasse au sujet de l'auteur de cette chronique évidemment traduite sur un original Chinois, on sera toujours embarrassé pour expliquer la connaissance du chinois qu'elle suppose. Ce seroit, à mon avis» hasarder beaucoup, que d'attribuer à un écrivain né et élfcvé hors de la Chine au xw.. e siècle, l'intelligence d une écriture comme celle des Chinois : on n'avoit encore, pour l'étudier, le secours d!au<rin -dictionnaire analytique; on ne pouvoit l'apprendre, pour cette raison, que d'après la méthode des naturefevicest-à-diie • en consacrant plur sieurs années de sa jeunesse à graver dans sa mémoire un certain nombre d'ouvrages choisis; et j'ai peine a croire que tout autre qu'un Chinois se soit jamais soumis à un aussi fastidieux apprentissage- Tout s'expliquerait, en supposant que l'ouvrage de Tchagan, rédige par lui en mongol, d'après un original Chi-

de 1677, Berlin; la seconde de 16%, Jcna; et la troisième dans les Opuscula tttnnulla orientalia d'André Muller , Francfort-sur-l'Odcr , 1 695.

(2) M. Etienne Quatremère, en particulier, dans un mémoire qu'il a lu à l'Académie de» inscriptions et belleslettres , a prouvé que le Tarikh Khttai ne pouvoit être de cet auteur. Son opinion est que cette chronique a du être traduite du chinois immédiatement, et qu'elle a pu être extraite, en tout ou en partie , du grand ouvrage de l'illustre vizir Fadl-allah Raschid-rddin.

de Khoung-tseu , ne peut riçn préférer au livre de Khang-tstei ; et de même, celui qui s'en rapporte à Khiing-tsitl , doit suivre l'ouvrage de Peyun. Ainsi, c'est dans Fouvrarge que nous pnhlions qae sera à l'avenir fondée la confiance de ceux qui sauront apprécier le témoignage de Pe-yun. » Sou Houng kianlou , k 14^/'- *z>

{ij L'ouvrage de Mullçrportc trois dates différentes, mais qui ne sont peut-être que celles des frontispices ; car il ne paroît pas qne le livre même ait été imprimé plus d'une fois. La première est

SUR LES LANGUES TARTARES. loy nois , aurok été, peu de temps aprèv sa; composition » porté dans l'occident ; e* traduit en persan^ &a lawgue Mongole étoir en-* core, à- cette' é^o^e,>tm-r < pan due a la cour de Perse, «4 Si n'étoit pas drflr»ci<e dfyjtWHrver des interprètes capables d'en teadré ee de traduire XAbféiQé'tihtotiQlogiqu*. Les noms dei deux savaris Li~todjï et Mtksoêdi d'après lesquels on dit que Raschid-eddin composa son histoire Chinoi9e{r<)i ne sont pas connus des Chinois; et en songeant à la manière inexacte dont la plupart des noms étrangers sont rendus panier Orientaux, je neserois pas éloigné d'y voir, au lieu du nom de deux, philosophes Khitayens , le titre même du livre de TchaganJ, Li~taï-ki Nian-tsouan. Enfin , le dernier rapprochement que je vais indiquer n'est peut-être qu'un effet du hasard ; mais i me semble pourtant ne pas devoir être passé sous silence. Le nom de la ville où l'opinion commune iait naître l'auteur du Tmikh Khitài, et dont ontfrè le surnom 'qui lui est aflèciéy ae» 1 arabe ia même signification* que les noms Mongol- et< Chinois èèTc/ingan et de Pi-yVn *i » désigne la couleur blanche» Le 1 xécit de Ckao-youm^phi^ i qui attribue l'origine de ce surnom à ^ clair de lune r iemUkfondé sur un mai-entendu î Ce surnom auroit4i été traduit de i'aïab* ou du persan en mongol, comme il l'a été depuis dumcntgolnélU chinois! , >*tufi

Malgré tous ces travaux, qiii sembku'ent indiquer dans 1 Kem> perenr régnant un goût décidé 1 pour 1* littérature* Chinoise ; ce prince n'en fit pas moins continuer ayec ardeur la traduction des livres Indiens quiavoit été commencée sous KhoubiJajkXlt principal auteur qu'il chargea d'y travailler fut ufl'Tbrtare,M «natif duvpays*de Kan-mou-lou \z\, dans la provfii^ j^ie^f^ d'abord Tchirla-wa^mi-ti-tin il pritaeTis*ne"le' , {rrom'«fcy^P^Ajfl''/xiT*» chi-H. $)èis sa plus tendre jeuneisè^icé >av^r^t J ^ô's$ëcf6i^ à' fb&^| les livres Ouigours et ceux de l'Inde ; il étoit initie aux plus secret» mystères du bouddhisme , et entendait toutes les langues

m < t; ' .*OJ f > ■ • • •. j .• . * • I* »i. < . o.-r; •.: r »v »" >• i

(2) Apparemment Kamoul. .turf. «<j ..i ,tio) *«ju !ï *u]<i m mi

de l'Asie orientale. La oV année Tai-te [Yjbf)' ilavoit été attaché au grand lama (qui ayoit alors le titre de Ti-ss* ou Maître de l'empereur) , et employé dans le palais Kouang-han. Sous le .règne suivant * il embrassa la vie monastique, et ce fut alors qu'U se fit appeler d'un nom qui paroît d'origine Indienne, Pi-lan-na-chi-li, Dans les années Hoatig* khing , il eut ordre de traduire tous les livres Iudiens relaté à la religion ou à la morale 1 On lui donna, pour prix de, çp travail, des appointemens considérables , un titre honorable et un sceau d'argent. A cette époque, un grand nombre d'ambassadeurs étrangers vinrent payer le tribut à l'empereur ; mais il ne se trouvoit personne qui fût capable d'interpréter les lettres dont ils étoient chargés. Tous prirent le parti de s'adresser à Pi-lan-na-chi-li , <Jui traduisit leurs lettres de créance, et les rriften état d'être présentées a 1 empereur. On cite de lui plusieurs autres traits oui tous

miug, Kouang-tchao , Houng-pian ', Sarr-tsang koue-sse , -maître de l'empire pour les trois sciences mystériéuses , doué d'un savoir universel, de lumières parfaites, d'une intelligence immense, d'un discernement sans bornes. Les livres dont on doit la traduction Mongole à ce savant Tartare , sont , 1 -° OP^ \^Aoy * 1 ,1 W l . Laitgka --Jour adjirtiksan soudeur [le Livre révélé a Lanka rCeylanJ, ou plutôt le livre de celui qui a paru à Lanka], Cet ouvrage , . Intitulé en samskrit Lankavatâramra , avoit déjà été traduit en chinois sous le titre de Leng-kia Kittg [\) , et ce fut sur cette traduction <fae Pi-lan^éa-chi-U fit la sienne (a), i.* Lç 7Wi-d^#A^nftyan phao - tou Kèng '[çp* l'Histoire du personnage majestueux et ftfcuverainemem précieux], 3 péan-Jc kmg. dont tfe titré formé 4e mots SamsMtti ccrronW,

* n ■.«•.'y! - . -o lu-oj

(1) Alan, Han , Si-fan tsi-yao. r*r*?* , f t* »*» «'/ni

(2) Sou Houng kian hu, % 41 , /». 9 .

offre les deux syllabes phanjo . par lesquelles les Bouddhistes Chinois ont accoutumé de rendre pradjna, intelligence (1). 4. 0 Tdi ni-phan kwg[\e Livre du grand Nirvana, 011 de l'anéantissement extatique] (2). 5-° Tchhingtsan Tat-ching koung te krng[o\\ le Livre des louanges et des actions méritoires]. Ces quatre ouvrages n'avoient apparemment pas entore été traduits en chinois, puisqu'on remarque que Pi-ian-tia-clït-h les traduisit de la langue Indienne , si-ùan tseu. 6.° Le Pou-sse-i tchen kouan khg [ le Livre de l'imitation extatique et incompréhensible]. Ce dernier livre étoit écrit en tibétain, si-fan tscu (3).

La 4/ année Yan-yeou [1 3 1 6], à la 3 . e lune, pur i-icheok^ , un docteur du collège des Han-tin , nommé Licou- keng , offrit À l'empereur une traduction du Tai-hio et du grand commentaire intitulé Yan-i. En le recevant, l'empereur dit que ce livre étoit un répertoire d'excellens conseils pour ceux qui gouvernent, et ordonna qu'on le distribuât aux officiers de sa cour (4). Jintsoung , dit à ce sujet Chao - youaii - p/iing , possédoit à fond fa littérature de l'école de Confucîus , et pourtant il ne laissent pas de prêter son attention à la doctrine des Bouddhistes. Ce prince répétoit souvent que la parfaite connoissance de notre entendement et des opérations de la nature, étoit ce qu'il y avoit de plus profond dans la secte de Bouddha, et que la philosophie morale et politique étoit la base de celle des lettres ; M'wg sin , kian sing , Fo ki.w 'wei c/iin ; siccu chin , uhi houe , Jou tao 'wr/ thsiéi. On voit par-là que Jin-tsoung cherchoit à faire la part de chacune des sectes qu'il affectionnoit ; mais les lettrés pouvoient facilement s'apercevoir que le prince inclmoit intérieurement pour le bouddhisme. L'année suivante [1317]» à la 3. e lune, le jour ou tchin, il ordonna la publication d'une nou-

(!) Pradjna Paramita hridaya ; voy '. gol ^J*\poi fJ. N .i ^ ^Mt Uha-

la traduction Chinoise de ce Hvre , à la salûng-etcha tiôketsiksûn [ cattincttoil de

fin de ce volume. toute douleur].

(2) Cet anéantissement, qui fait, (3) Sou Houng kian lo* ,\. \\,p. 20.

comme on sait , l'objet de» vœu* de ^ j bid k> 6 i( tous les Bouddhistes, s appelle en mon-

velle édition des livres sacrés de Bouddha, en lettres d'or, édition pour laquelle on employa (i) trois mille neuf cents onces de ce métal (2). On ne dit pas en quelle langue ces livres furent écrits; mais l'histoire fait entendre ailleurs (3) qu'ils étoient en caractères fan, c'est-à-dire, Samskrits.

Sous le règne de hg-tsoung, iils et successeur de Jin-tsoung , la faveur du prince resta encore partagée entre les lettrés et les Bouddhistes; aussi nous voyons publier en mongol, et sous i autorité impériale , les ouvrages de ces deux sectes en nombre à- peu-près égal. On composa la vie de Ckiramoun , de ce prince qui avoit disputé le trône h Mangou (4); et, d'après un ordre de l'empereur , on s'occupa de rédiger l'histoire du règne de Jintsoung , en y comprenant , suivant l'usage , celle des reines et des impératrices, et des mandarins distingués (5). On acheva dans le collège des Han-lin la traduction du Tài-h'io et de son commentaire , que l'empereur reçut, en donnant de grands éloges à la doctrine de ce livre, et qu'il fit imprimer pour en fairé présent à tous les mandarins (6) ; mais en même temps il combioit de ses largesses les sectateurs de Fo. Il envoya aux Bonzes du pays de Sa-sse-kia (7) plusieurs milliers d'onces d'or et d'argent» et vingt mille hia-cha, sorte de manteaux qui font l'habillement ordinaire des lamas. Il fit partir en même temps un prêtre nommé Tordji , q u j avo it le titre de maître des prières (8) , et le chargea de recueillir dans les pays qu'il alloit parcourir tous les livres BoudT dhiques qu'il pourront se procurer. \\ fit ensuite placer, dans un

(0 Le chinois dit mi [perdre, gaspiller]. U se sert de la même expression en parlant d'une publication du même genre, faite sous le régne de Khoubilaj.

(a) Ouvrage cité, k. 6, p. 17,

(î) Ibid. k. 7 .;,. 7 .

(4) Voy. THlst. des Mongous, p. /07.

«-» t>eg. histoire des Huns, tom. 111 , p. 1X2, <5cc.

(î) Septième année Yan*yeou [1 J r 5], à la u.' lune, le jour ha-chin. fou fjoung tiian lou , k. 7 , p. 6.

(6) Même année, 12/ lune, jour i-mao. Ouvrage cité , p. y.

(7) Pays du Tibet, où étoit né le célèbre Pa * sft -V4 . fondateur de la puissance temporelle des lamas. Ce nom paroit avoir quelque analogie avec celui

de N^N^NT Savp-rgyas, qué

les Tibétains donnent à Bouddhah, et qui n'estqu'une transcription de ChnMa,

(8) Tcheou srç.

temple

temple qu'il venoit d'élever à Fo , une grande quantité de chapelets, de kia-cha , et le livre de Bouddha intitulé Pho-jo , en langue du Tibet et eh caractères d'or. Le livre Pho-jo ne m est point connu ; cest vraisemblablement le titre Tibétain de quelqu'un des livres à qui 'les Bouddhistes attribuent j une prigme divine, i . ^ 0 , -,, h

La 2.« année r^ç^i,^ \£ 1 ,}, à la i,t. c lune ,1e j^r ffàfl le tribunal des historiens.dorjfiaune nouvelie cditioa^e l'histoire des Mongols, et en partjkuljer de celle du règne de Khoubijaf. A la 6\ e lune , l'empereur a voit ordonné la rédaction d'un grand corps d'ouvrage sur le gouvernement de la dynastie des Youan. Il fut fait sous ie, titçe de Tai youan ching tclùng tiarif la - i ii tt science du gouvernement, sous la grande dynastie Youan. Cet ouvrage -.Pfix (Soixante kiouan ou livres. A la même époque, on publia le gf^d /ouvrage de Ma-lottan-Jin de Phoyang, sous le titre ou Recherche *x(tctf <^ "<onur»tru !j!SJç V p<:r. lc-s sayjns (1) , en trois cent quarante.

'W'.ftWvL-f, Wvfti* II eh ntj%te! ' r ;.n;l 20? al*

La 3/ arméfe %eh*r\cht yHtparokre le traité des itetitu&w* de la dynastie f ro^ >. 71tf M v w# , en deux mille cinq cent trente-neuf articles,, compris sot^ trois chefs. U premtëw partie contenoit lés sentences et afr&s; la seconde, les JfeMt

U.'j V>th< ;.Ycq <• «1 «lîJ;b ïitfittJWI

! ihhut floa tsoU, Kou-ye. fapel& UftUiVl je m'appliquerais à vous en faire profiter. »» La ynjpp .Man^ho^e. de^ce passage est ^s rApp^mec : oVy yerra les roots W<n lii<ip< ïRudus ^y-K^\' Jes MvtetAet 1rs ratant. Ici donc /luit >i r ;ni!':c sM>am ou sjge. Voilà pourquoi wen-tsoung donna, en I3)0, a sa mère le titre de B^a /u't/p fAtfo rt\ng hoang THou , c'est-à-dire , iïlmpérdtrtce' savante /habile , éclairée, sainte.

Plusieurs lettrés, sous différentes dynasties , ont aussi reçu le titre d'honneur de Wen-hiatt. Voy. ouvr. cité, k 9, /». C et alib'u . • •

(1) C'est à tort que Fourmorit rend ce titre par : Examen générale litteratis oNatuin, Il ne s'agit-là ni de lettrés, ni à'offïanJe. Wen hian est une expression prise du Lun-iu (section III. r , teftang 9 <), où Cohfucru» dit : « Nous pouvons discourir sur les rites de la dynas-

' tic Hia : mais ce quf en rené dans te royaume d&JChi ne suffit pas pour nous les faire connoîtrd î^btri pbifcrap» jftrler des ritci 'de là' dvfiastie Yen] rhati le

• royaui*ej fatfauitg ne flou» «o présente que des dcbrjs U»«ufiî sans. Il ne nous reste pas asse£ de monument ni de gens instruits pour nous Us faire connottrt / Wen

.Ja t;- •

Dd

réglemens , et la troisième , les décrets et ordonnances ( i ). Quelques mois après, on publia le rituel impérial ou le recueil de toutes les cérémonies en usage sous la dynastie des Youan{z). L'empereur voulut aussi qu'il y eût dans tout l'empire des bonzes chargés de réciter les cent mille classes de prières usitées dans leur culte (3).

On remarque , comme une chose contraire à l'usage , que Yesoun-Temour , à son avènement, publia dans tout l'empire un manifeste en langue Mongole. Le règne de ce prince nous fournira peu de faits relatifs à l'histoire littéraire. La 1 . n année Thai-ting [1324]» il & traduire en mongol le recueil des institutions et des instructions des anciens, Lie'i ching Tchi chao , ainsi que celui des institutions de sa dynastie. Nous avons vu que ce dernier ouvrage avoit été composé sous le règne de son prédécesseur. Ces ouvrages furent, comme k l'ordinaire, imprimés et distribués aux mandarins. On ouvrit aussi devant l'empereur une de ces conférences littéraires que les Chinois nomment King-yan , et où les hommes les plus instruits sont admis à discuter les endroits difficiles des livres classiques. Le prince donna l'exemple des explications, et l'on prit pour cet objet différens passages du Tseu tchi Thoung kian , du Tài-hio et de son commentaire intitulé Yan-i, du code de la dynastie des Thang, &c. Tous ces ouvrages avoient, comme on sait, été traduits en mongol, et cette circonstance pourroit donner lieu de penser que la conférence eut lieu dans cette langue ; mais l'histoire ne nous dit rien à cet égard. Une assemblée pareille eut lieu l'année suivante, et l'on y présenta l'explication que le monarque avoit faite, et qui, par sa permission expresse, avoit été recueillie et imprimée sous ce titre : Hoang thou Ta'i hïun, c'est-à-dire, Instruction sublime de l'auguste Maître. Dans celle de la 3.* année Thai-ting , on mit la dernière main à un ouvrage intitulé Ching hiun, saintes instructions; on y trouvoit le recueil

(1) Sou Houng kian lou, k. f t p. rf. 1 (3) Ibid. p. 14.

[2) lbid. p. tj.

des paroles mémorables et des belles actions de Khoubilaï. A la 6* lune de la quatrième année, le collège des Han-lin offrit à l'empereur une traduction Mongole du Tseu tchi Thoung kïan ; et à la 10/ , Taï-tchhang fut charge de la rédaction du Rituel

L'empereur Wen-tsoung rendit son règne recommandable aux yeux des lettrés, en instituant, aussitôt après son avènement, un nouveau tribunal sous le titre de Kouèi-tchang ko, dans les attributions du collège des Han-lin. Les lettrés qui y étoient admis avoient pour fonctions d'expliquer les king et les livres historiques, et d'examiner les ouvrages soumis à leur approbation. L'édifice qu'on assigna à ce tribunal étoit composé de trois corps de logis : un au midi, pour les livres, les peintures et les objets d'antiquité qu'on y devoit réunir ; un au milieu , pour les mandarins; et le dernier au nord, où se trouvoit le trône impérial, et où le prince pouvoit se placer pour y donner les leçons que les Chinois regardent comme l'exercice d'une des prérogatives du pouvoir suprême. L'histoire des Mongols a consacré un long article à la description de cet établissement littéraire , d'après le Tchoue keng /ou , le Toung chan wen tsi , le Chi pe tsa tchi , et autres ouvrages. Un des premiers travaux dont Wen-tsoung chargea cette académie naissante, fut la rédaction d'un ouvrage sur les Mongols , d'après le modèle de ceux qu'on avoit déjà pour les dynasties des Thjng et des Soung. Ce livre fut intitulé King chi taï tian , et l'on y fit entrer l'histoire des Mongols, déjà composée dans la langue de ces peuples, et que pour cet objet le tribunal eut ordre de faire passer en chinois (1). On ne laissoit pas, en même temps, de continuer les travaux dont les livres sacrés des Bouddhistes étoient l'objet. On mit au jour vingt -sept volumes de théologie (2), et l'on fit passer dans la ville de Hang - tcheou deux mille onces d'or pour y être employées à écrire les livres de Fo (3).

(1) Spu Hounghian lou , k. 9, p. // I (a) Ibid. p. n. * '3' i (3) Ibid. p. rj.

Dd x

La première année Tchi-chun [ i 33 1 ], à la 4« e lune, fe jour ting-mao , on acheva ia composition des annales du règne de l'empereur Ing - tsoung (1). La seconde année, à ia 3.' lune, le jour ou-tchin, les savans du Kouëi-tchang ko, toujours occupés de la composition du King chi Ta'i tian , demandèrent qu'on leur communiquât, du collège des Han-lin et du tribunal des historiens , les mémoires secrets recueillis pour servir de matériaux aux annales de la dynastie présente. L'un des principaux docteurs et historiens, nommé Ya-bouga, s'y opposa, en déclarant que ces mémoires dévoient rester secrets , et qu'il étoit impossible de les mêler avec les ouvrages historiques des auteurs étrangers au tribunal ( 2 ). A la même époque , un décret de l'empereur ordonna qu'on écriroit en lettres d'or et en caractères Ouigours un livre Bouddhique en mille sections, sur la longévité de Bouddha , Wou liang cheou Fo , ainsi qu'un autre ouvrage de théologie intitulé la Grande Histoire (3). A la 5.* lune, le jour i-wéi , la collection King chi Ta'i tian fut achevée (4). La troisième année Tchi-chun, à la 4-* lune, le jour ou- 'ou, on traduisit en mongol le code de la dynastie des Thang, et l'édition fut distribuée aux mandarins (5). II en avoit déjà été fait une traduction sous le règne de Jin-tsoung (6). On ne dit point ici s'il s'agit d'une simple réimpression : on remarque seulement que ce fut le Kouéi-tchang ko qui en fut chargé.

A la 5.* lune, le jour ki-sse , les savans Mongols donnèrent suite aux prétentions qu'ils avoient annoncées l'année précédente , et ils obtinrent que les historiens de leur nation seroient chargés, sous le titre de Mengkou 7 ho-pou-tchhi-yan [historiens Mongols], de rédiger, de leur côté, des mémoires historiques. Cette nouvelle attribution fut encore donnée au Koue'i-tchang ko.

(1) Sou Houngkian lov ,V. y ,p. 14. (5) Tseu Hio tian, k. i,p-JJ. Seu

(2) Ibid. p. 18. Houng hian lou , k. 9, p. 20.

(3) lbid. (6) Voy. pluj haut, p. 20J.

(4) Ibid.

Le règne du dernier empereur Mongol fut troublé par trop de révoltes, et l'attention du gouvernement distraite par trop de soins étrangers aux lettres, pour que nous puissions espérer de recueillir dans les annales de cette époque beaucoup de faits de la nature de ceux qui attirent en ce moment notre attention. Cependant Chun-ti, la première année Tchi-youûn [1335]» chargea le collège des 'Han-lin de composer, une histoire des Mongols et des autres dynasties, en y joignant les vies des reines et des impératrices, celles des hommes célèbres, et tout ce qu'on pourroit réunir de l'histoire des peuples étrangers (1). A la fin de la même année , on acheva la reconstruction du collège impérial Mongol (2). La sixième année Tchi-youan [1340], à la 8. c lune, le tribunal Kouèi-tchang eut ordre de s'occuper de la rédaction d'un code général de la dynastie des Mongols. Cet ouvrage devoit porter le titre qu'on avoît résolu de donner, l'année suivante, au règne de Chun-ti , et s'appeler 7 chi - tching thiao-ke{i). A la 12/ lune, le Kouéi tchang-ko prit le nom de I-wen ko ou tribunal littéraire.

La troisième année Tchi -tching [1343]» à la 3.* lune, l'em* pereur donna des ordres pour l'achèvement de l'histoire des trois dynasties Soung, Uûo et Kin. Le ministre Tho-tho eut la surintendance générale de ce travail (4). Cette même année, on tint un King-yan , qui eut trois séances dans le courant de la 6*. e lune.

La cinquième année Tchi- tching [1345] > l'histoire des trois dynasties fut achevée, et l'empereur, en la recevant, adressa aux mandarins un discours sur les avantages que les princes et les sujets peuvent se procurer chacun de leur côté, en étudiant les actions des hommes et les annales des temps passés (5). On termina aussi le code des Mongols (6). L'année suivante, i'em-

(1) Ouvrage cité, p. y l'ouvrage dont il s'agit ici, dam l'His-

(2) lbid. p. 7. to^e àcs Mongous , p. 27p.

(3) lbid. p. 14. (J) lbid. p. i 9 .

(4) lbid. p. 77. — Gaubil parle de (6) lbid.

2l4 RECHERCHES

jtereur enjoignit à tous les grands de sa cour , aux magistrats et ôfficiers de toute espèce, de s'appliquer à faire chaque jour une explication tirée ds king ou des livres historiques. La septième année [1347] » <> n fit P ar ordre de Chun-ti une collection de jurisprudence intitulée Lou thiao tching lou'i , ou collection sur l'administration, d'après les six codes (1). La dixième année ['350], le» arrêts de la cour suprême nommée Li-pou , s'étant beaucoup multipliés , on fit un choix de ceux qui dévoient avoir force de loi , et on les publia avec des commentaires destinés à en faire saisir l'esprit (2). Chun-ti, comme on Voit, avoit donné aux travaux de son règne une direction différente de celle que ses prédécesseurs avoient imprimée à la littérature. Mais les événemens se pressant ne laissèrent plus à ce prince le temps de songer aux lettres , ou du moins n'ont pas permis aux historiens de nous conserver le souvenir de ce qu'il put entreprendre pour les faire fleurir. Une révolution dont tout le monde connoît les circonstances, chassa de la Chine les descendans de Tchinggis, et anéantit tous ceux de leurs livres qui n'avoient point été portés d'avance dans les déserts où ils furent forcés de se réfugier.

On a beaucoup vanté les soins que les empereurs Mandchous te sont donnés, depuis qu'ils sont maîtres de la Chine , pour enrichir la littérature Tartare de traductions faites sur les meilleurs livres Chinois. On apprend , par le précis rapide que je viens d'esquisser, qu'ils n'ont encore fait en cela que suivre l'exemple des Mongols. On voit que ceux-ci avoient exécuté un fort grand nombre de travaux littéraires , et des ouvrages aussi variés qu'étendus. II faut observer que je n'ai compris dans l'énumé-' ration qu'on vient de lire , que les livres composés ou publiés sous les auspices des empereurs, et que les travaux particuliers qui n'y ont point trouvé place, formeroient sans doute une masse considérabie. Il est certain qu'on publia sous les Mongols un I*tkoung- tcfti ou corps de géographie, et il est

(l) K, IO, J). 21. (2) fidg. 2f.

probable que tant de traductions ne purent être faites sans un ouvrage préparatoire de première importance, sans un dictionnaire Chinois- mongol. L'ouvrage géographique, quand même il n'auroit pas été traduit en tartare, sçroit bien important pour nous, si, comme on a lieu de le penser, on pouvoit y trouver des notions exactes sur les vastes contrées de l'Asie alors soumises aux Mongols. J'ai ^ieu de croire aussi qu'au nombre des ouvrages Bouddhiques indiqués dans l'histoire d'une manière générale comme ayant été traduits en mongol , se trouvoietit ies livres tiuivans, qui sont placés au premier rang par les Bouddhistes : i.° '-w-it - p ' j'* '-' ift 1 v^g> Bodisatou-yin A'imak saba [Mystères des divinités du second ordre]. L'original Samskrit a pour titre , Boddhhatouapitakar\ira , et la version Chinoise, Phou-sa tsang. z.° ^t 1 ^ ) "" f> " Youajagan

youkiyai-tou soudour [ les Livres des épaisses forêts] ; en samskrit , Chanavyoûha; en chinois, Mi -lin king. 3. 0 y^> s

., u Onan-ou kôuhoun-yar masi tarouksan soudour [le Livre de celui qui l'emporte en tout par la force de la vérité]; en samskrit , Soublukrantavikramî , et en . chinois , Ta li phou ching wen king. 4-° e^^-O \ «*f-v Salou noukoukha

kemakou soudour [le Livre dit la paille, du rii] ; en samskrit, Châliptasoumbhakamra , et en chinois , Fo choue tao-kan king. 5. 0 ft** P v» lAt* Erdani-yin djoula (1); en samskrit, Radnolkei, et en chinois, Ta pao tsi king [ le Livre du grand amas précieux]. 6.° V^Suu, ^ "1^"^ u^Aj^-O^- Masi taker-

maktaktchi bôkouda koriyaksan soudour [le Livre universel et généralement lu] , apparemment quelque rituel ou quelque recueil de litanies ; en samskrit , Sarvaveedaliâsamgraha , et en chinois , Fo choue péi-tha in youan king. 7.* j- 6 ^ Khon soudour [le

(1) Ce titre est rendu en mandchou par /-t** J /-"-tH-fsr \>*9*& Poopaï dengchan-i dchola ; dchola n'est point un mot Mandchou , et j'ignore sa signification. Poopaï dengdchan est la précieuse lampe ou la lampe du sceau, Le

mot de sceau , synonyme en chinois et en tartare de celui de précieux , entre dans un grand nombre de phrases usitées dans la religion de Bouddha. On le rend en mongol par Erdani.

ii6 RECHERCHES

livre double]; en samskrit, Sanghâtasoûtrtim , et en chinois, Fo choue seng-kia-to king. 8." L s^xx Abhi dharma; en sams-

krit, Abhidharmâh ; en chinois, Fo choue a-pi-tha-ma king, titres transcrits sur les mots Indiens, et qui sont rendus en mandchou par /^r°^ ^-t^ lletou nomoun [le Livre manifesté ou rendu public]. p.° VH*û P hindi ; en samskrit, Pinayah, et en chinois, Fo choue pi-ndi-ye king, titres Indiens, dont l'explication se trouve dans le mandchou ,a*±°^ ^^t^ Wemboure nomoun [le Livre instructif], io.* V^-^v p-vj "^" 1 *"" Nardiiouksan chastir ; en samskrit, PradJHapti, et en chinois, r^ow^ /w/>/# A/w A/'/7g [le célèbre Discours]. 1 1.° V^^y^v Chastir [ou l'instruction] ; en samskrit, Châstramra , et en chinois, lSok [ou le sup-

plément aux mystères]. 1 1.° )" ' L"" >>r J* ) "P " ' ^ Makhaboutoun tsigoulgan ; en samskrit , Dhdtoukayah , et en chinois , J7tf/jg tsoung pa yao. Le titre Mongol signifie amas d'élémens ou de principes, et le Chinois, les huit préceptes essentiels de l'honorable visible [Bouddha]. 13. 0 VW» L L ^ Bakha sakha djina'i [les Lois du second ordre ou les petites Lois] ; en samskrit, Vinayakchoudrakamra , et en chinois, Siao pou liu. 14.*

Taketou kool ; en samskrit, Outtaragrantha ; en chinois, Ta pou liu [les grandes Lois ou les Lois suprêmes]. 15.* O^tm, Chastir; en samskrit, Archah [les Traditions]. 16. • ^ L""^*" 1 ' Oudourigoulson (1); en samskrit, Agama ; en chinois, A-han{z).

Enfin, on peut croire qu'une partie des livres dont je viens de rapporter les titres, doit se trouver comprise dans le grand ouvrage appelé en tibétain Gandjour ou la Colonne merveilleuse. On le regarde comme le plus considérable de tous ceux qui

(1) J'ignore le sens de ce mot Mon»

go! , qui n'est rendu en chinois que par des caractères qui expriment le son du mot Samskrit. Les Mandchous donnent à ce livre le titre de ya^u^yi^Q Pi- Wanggirit, mot qui n'est ni tartare, ni tibétain , ni chinois, et d«nt l'origine m'est inconnue.

(2) J'ai pris tous ces titres, tant Tartarçs, qu'indiens « Chinois, dans le

sont

Alan , han , si-fan tsi-yao , au chapitre intitulé en mongol jj. f^jÀ ,t, v ljJuu^

■S^*- Sa'm yarlikh~oun nara inou [Noms des bons livres ou des livres qui contiennent une bonne doctrine].

On a pu remarquer que quelques titres Chinois commencent par les mots fo choue. Cela signifie que les livres dont il s'agit sont attribués à Bouddha luimême.

SUR LES LANGUES T ART ARES. X\J sont sortis de la bouche de Chakia-mouni , ou Bouddha, et qui ont été recueillis par ses disciples, et c'est ce que nos Missionnaires ont appelé la Bible des Tibétains (i). Il a été traduit en entier en mongol , et cette traduction consiste , comme l'original , en cent huit énormes volumes, auxquels on a joint, sous le titre de Yœm , une mythologie en douze volumes, et un commentaire nommé Dandjour , ce qui fait en tout deux cent quarante volumes. Aucun ouvrage théologique ne jouit chez les Mongols d'une aussi grande estime. Personne ne peut, sans une permission expresse du Daldi-lama ou de l'empereur de la Chine, posséder ce divin ouvrage; et indépendamment des peines auxquelles on s'exposeroit , les frais énormes qu'il faudroit faire suffiroient pour empêcher qu'il ne fût très-répandu. Les Mongols soumis à la Russie se plaignent amèrement de sa rareté , et il n'y a que peu d'années que les Bourets , qui habitent au midi du Baikal, ont pu se le procurer, en le faisant venir de la Chine. L'ouvrage entier est écrit en mongol, et imprimé de deux manières différentes , dans un format analogue à celui des livres Chinois, et à la manière Indienne, sous la figure de bandes qui ont près de huit décimètres de long sur plus de deux décimètres de largeur, et qui , par leur réunion , forment des volumes oblongs d'environ deux décimètres d'épaisseur. On n'a pas souvent occasion de lire cet ouvrage, et les gens riches seuls peuvent , une fois par an , se procurer cette satisfaction , parce qu'il faut pour cela beaucoup de cérémonies, le concours d'un grand nombre de lamas, et la permission de leur supérieur (2).

II n'y avoit pas quinze ans que le fondateur de la dynastie des Ming étoit possesseur de l'empire, quand on commença à revenir sur les mesures de rigueur que le premier instant d'exal-

( 1 ) Quel libro [ il Lahorim J i al maggior segno oscuro, sublime, e difficilissimo ad intendersi . mentre contiene in succinto tutto il loro Kangiur, o sia loro biblia, che consiste in 108 grossi s si mi yolvmi ..... 1 entre ( ms. ) di Felice de

Montecchio al P. Desideri de Pistoja.

Lhassa, 1729.

(2) Reise in den Kaukasus und nach Géorgien , von J. von Klaproth , t, l é p. sjfi.

Ee

%l % RECHERCHES

tatîon avoit dictées contre tout ce qui avoit rapport aux Mongols. Comme il entroit dans la politique des empereurs Chinois de prendre part à tout ce qui se passoit dans la Tartarie entre les différens princes descendus de Tchinggis-khakan, on voulut avoir des agens qui pussent par eux-mêmes, et sans le secours des interprètes, s'instruire à fond de l'état des affaires, et des dispositions des Tartares. On chargea donc un membre du collège des Han-lin, nommé Ho-youan-kiei , de composer un dictionnaire de la langue Chinoise et de celle des Barbares (i). Ce dictionnaire fut fait dans les caractères de Ktio-tchhung, que les Mongols avoient adoptés. On joignit par tout aux mots Mongols leur interprétation en chinois, et on les rangea en classesf suivant leur signification. On distingua la classe du ciel, celle de la terre, les actions des hommes et les choses qui sont à leur usage, les habiilemens et les coiffures, les ustensiles, &c. On y joignit tout ce qu'on put tirer des livres historiques et autres, qui avoient été publiés sous la dynastie précédente, et on s'at* tacha particulièrement à bien rendre le son et la prononciation des mots Tartares. Ce livre ayant été imprimé et publié , les envoyés et les commandans qui parcouroient la Tartarie , furent en état de remplir plus exactement les missions qu'on leur conçoit (2). Une autre institution qui fut faite dans le même temps > rendit plus facile encore la communication qu'on vouloit ayoir avec les étrangers. Je veux parler de la nomination d'un certain nombre d'interprètes qui fuient établis dans la capitale, et dans les endroits où résidoient les gouverneurs généraux. Ces interprètes furent pris, autant que cela fut possible, parmi les naturels qui venoient se soumettre , et on les chargeoit de traduire les pièces qu'apportoient les ambassadeurs ( 3 ). La cinquième année Young-lo [ 1407 ] , on forma quatre bureaux pour les étrangers, et les élèves du collège impérial y furent admis pour s'y exercer à la traduction. On y enseignoit huit langues, au

(i) Pian-i-tian , k. 3, p. /;».

4 (2) Thou chou p<an, cité dans le J'ian-l -ri, m ubi SU prit. (3) Ming hoâ tian , cité là-même.

SUR LES LANGUES TART ARES. 2I> nombre desquelles le mongol,, sous le nom de Tha-tche t tenoit le premier rang (i). La première année Siouan-te [1426] , les docteurs du Hun -lin examinèrent les élèves qui s'adonnoient à l'étude des langues étrangères (2). Cet examen lut souvent répété depuis; et les élèves qui. s'y distinguèrent, reçurent des récompenses , et obtinrent la préférence pour les* places d'interprètes, d'envoyés, et autres où la connoissance des langues étrangères pouvoit être utile ou nécessaire. Le nombre des interprètes fut depuis fixé pour chacun des pays qui étoient en relation avec l'empire (3) : il y en eut sept pour les Tha-tha ou Mongols ; et dix ans après, on en nomma un huitième. On en établit sept, puis huit pour les Turks musulmans, sept, et ensuite neuf pour les Niu-tc/ii, deux pour les Ouigours; cinq, puis six pour les Tibétains, un pour les Mongols du Kôke-noor, et ainsi pour les autres pays, à proportion (4). Je ne trouve nulle part l'indication des. ouvrages élémentaires qui durent être composés pour l'instruction des élèves interprètes; mais il est bien probable que pendant le règne de la dynastie des Aîing, la littérature Mon-r gole à la Chine ne fut envisagée que sous le point de vue d'utilité qu'elle pouvoit avoir pour la politique.

Les Mandchous, en s'em parant de ia Chine, eurent .l'adresse d'intéresser à leurs succès Jes Mongols, qui n'avoient jamais été. qu'à regret soumis aux empereurs de la dynastie des Àfiug. II s'établit une sorte de fraternité entre les anciens et les nouveaux conquérans, et par-tout les Mongols eurent le pas sur les Chinois. Aussi, long-temps avant de faire, des caractères Chinois, l'objet d'une étude littéraire , les Mandchous avoient fait du mongol une étude diplomatique. On avoit élevé des jeones gen*A intelligens pour leur faire apprendre les langues étrangères (5),

cité dans le Pian-i-tian, k. 3 , p. J2, (2) lbid, p. jj.

( 3 ) La J;' année 1 Tchhing - hoa ,

(4) Pian-i-tian , k. 4 > p- ;• (J) lbid. k. 6, p. 2.

Ee 2

(1) Les sept aijtre» langues qu'on y enseignait étoient le niu-tcfii ou tartane oriental > le tibetain , lé samskrit, le persan , ou plutôt le boukharien [hou-hoei] , la langue de Pe-i , l'ouigour, la langue de Miàn-tian ou de Pegou, et le siamois. Ming-hoâ-tian ,

et dès la première année Chun-tchi [1644]» on rétablit le Sse i kouan ou tribunal pour les traductions, en y formant dix sections , dont la première étoit toujours destinée à l'enseignement du mongol (1). On y mit pour président un Han-lin, qui avoit sous lui cinquante -six professeurs ou mandarins. L'année suivante, on y joignit une section nouvelle (2), et l'on nomma trente interprètes (3) pour les langues des peuples tributaires.

La quinzième année Chun-tchi , on supprima dans le tribunal des traductions les deux sections qui s'occupoient des langues Mongole et Niu-tchi , ainsi que les places d'interprètes qui en dépendoient (4). Mais cette suppression ne vint apparemment que de ce que les deux idiomes étoient trop répandus pour qu'on eût encore besoin d'interprètes, quand il se présentoit des pièces à lire, ou des naturels avec lesquels on desiroit traiter. Les Mongols étoient par-tout mêlés aux Mandchous ; et quant aux Tartares orientaux, leur langue sans doute offroit la plus grande analogie avec celle des conquérans. Ce fait doit être ajouté à ceux qui prouvent la communauté d'origine et de langage qui réunit les Mandchous aux Nit-tchi. On y voit aussi la raison pour laquelle l'intéressante collection de vocabulaires et de suppliques, rédigée en iéod par Kiang-fan, président du tribunal des traductions , et envoyée en Europe par Amiot ( 5 ) , ne nous offre de secours que pour les huit langues dont I ensei-

(1) Ibîd. p. j. — Les neuf autres bureaux avoient pour sujets d'études , le niu-tchi ou l'ancien tartare oriental , le hoéi-hoeï ou boukharien , le miantian ou pegouan, le pt-i, le tibétain, routgour,ïe samskrit,le pa-pe, et le siamois.

(2) Ibid. p. p.

{3) Ibid. p. 10.

(4) Ibid. p. 2j.

(5) Voy. Mém. Chinois, t. XIV,p. j.

— Le P. Amiot y décrit la collection dont il s'agit, et qui se trouve à la bibliothèque du Roi. Ce n'est point un

exemplaire imprimé , mais , comme le dit le Missionnaire, un des originauxmanuscrits déposés au tribunal des Rites.

Les huit langues dont on y trouve de* échantillons , sont , à l'exception du niu-tchi, celles qui sont énumérées dans la note 1 , à la page précédente.

Tout ce que ait Amiot du Sse i kouan ou tribunal des traductions , n'est pas également exact. On pourroit même , d après son récit, attribuer cette institution aux empereurs Mandchous. Oa vient de voir qu'elle remonte à l'un des premiers princes de la dynastie des Ming.

gnement a été conservé, et ne contient rien de relatif au mongol et au niu-tchi, deux idiomes pour lesquels il avoît été jugé superflu.

Mais, au lieu de ces matériaux imparfaits , dont on ne peut se contenter que quand on veut se borner à prendre d'une langue une idée générale et superficielle , les Mandchous ont des livres qui doivent suffire pour étudier à fond le mongol oriental. Leur dictionnaire intitulé Miroir a été traduit en mongol, et publié par les ordres de Khang-hi , à Peking, en 1717:1! forme vingt cahiers épais, d'un format plus grand que nos in-octavo (1). On possède ce dictionnaire à la bibliothèque

de Pétersbourg (2), et il est aussi entre les mains de quelques, particuliers (3) et des interprètes Russes. On conçoit facilement combien la privation d'un secours si précieux m'a été sensible , et combien un tel ouvrage eût pu m'épargner de peines et d'erreurs dans la composition dé ces Recherches , en ouvrant un ; champ plus vaste aux considérations historiques ou philolbgiques dont je me suis occupé. A l'avenir, les savans qui se livreront à l'étude des antiquités, des religions ou de la géographie de la Tartarie, pourront marcher d'un pas plus assuré, et obtenir des résultats plus importans , puique le miroir de la langue Mongole se trouve au nombre des ouvrages dont on peut espérer la prochaine publication.

On possède à la bibliothèque du Roi un autre livre moins considérable, mais peut-être encore plus précieux que le précédent, et dont on est pareillement redevable au besoin que les Mandchous ont eu d'établir des communications entre les dif-

(1) Abhandlung ueber die Sprache und Schrift der Uiguren. Etnleitung ,

(2) Essai sur la bibliothèque et le cabinet de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, par Bacmeister , '776; P- '35-

(3) Abhandlung, cVc vbi suprà. Les deux premiers cahier» de cet ouvrage

ont été publiés avec une traduction, à Irkoutsk, en 1806.

Le titre Mongol de ce livre est

Lxb$ \yu^o- $ Khaga n - ou bidjiksan Mongol oueen-ou touli bidjik [ le Livre ou Miroir de la langue Mongole , écrit par l'empereur]. Archiv jùr Asiatische Litteratur , p. jjfS.

fe'rens peuples soumis, à ; leur domination. Ce livre , dont un djctionpatfe SamsJurjtj ay&f fejt & base, est un recuçH

de phrases et de mots relatifs , pour la plupart , au cuite de ^ouddha, et pris dans les çiijq principaux idipmes de l'Asie Orientale, c'est-à-dire, dans le sanskrit, le. tibétain, le mandchou, le mongol et le chinois. La synonymie qui en resuite pour les noms des divinitqs et les autres mots qui expriment des idées ; înpraJes. mythologiques et philosophiques, est parfajterpejU autjpea tique, et peut dispenser des conjectures qu'on seroit, sans, ce secours, obligé de hasarder quand on voudroit concilier, e^itfe elles les .notions contenues dans les livres des Hindous, dans ceux des Çhjnois et des Tartares.. Le besoin d'une table où cette, concordance soit établie , se fait vivement sentir, quand on^veut étudier 4, fond des systèmes, aussi compliqués , et cela paro|t être enfré pour quelque chose dans les vues de lempere,ur Khjan-ioung, quand il fit composer le vocabulaire dont il s'agit. On irruprimoit alors une grande collection en cent quatre-vingt njijle volumes, où, parmi les chefs-d'œuvre de la littérature Chinoise, quelques ouvrages Bouddhiques avoient trouvé place. L'empereur voulut être en état de juger par lui-même ces derniers, et Je dictionnaire polyglotte lui fut,pour cela dWgrande utilité. Khian-lpung le fit ensuite publier en faveur de ceux de ses sujets qui, par état ou par emplqi, étoient obligés à de* correspondances dans le Tibet (i). Nous pouvons, avoir toute confiance, dans un. ouvrage qui a dû servir à l'empereur delà. Chine, et qui, suivant ce que nous apprend Amiot, a.ét^ composé dans lé palais même, sous les yeux de sa,. majesté, paç les plus habiles d'entre les Mandchous et les Mongols, aidés par des Hiin-lhf Chinois et, (Jes docteurs Tibétains envoyas, exprès par le Dalaï lama. J'ai . traduit , en entier le vpcabulaire., en prenant pour base de mon trayait , le chinois et le mandchou, qui m'ont servi ensuite à analyser les. parles Tipçtaine . et Mon-, gole(a).i J'insérerois dans .l'Appendice le vocabulaire entier , si

(ij Mérqoirçs Chinois, t. Xi ;p. 616. I taillée sur ce. livre intéressant , ainsi (a) On trouvera une notice .plus dé- | qu'une ara tweripuaa* et unc traduftkm

SUR LES LANGUES TAU TA R E S. 22^ son importance ne me le faisoit juger digne d'être publié séparément, avec -un commentaire où les dogmes principaux du bouddhisme pourrorit' se trouver expliqués. . •>

Outre ces dictionnaires , tés Mandchous ont encore foil composer et imprimer à la Chine plusieurs ouvrages destinés "à i'usage des Mongols qui sont établie le long de la grande muraille, ou incorporés dans les àrmées. 'Le ^aiéndrîer impérial est chaque année imprimé en mongol , et il est ! fdrt répandu chez ces peuples (i). On a aussi traduit, par ordre de l'empereur Khang-hi , différons ouvragés scientifiques , du chinois ou du mandchou, et notamment un traité complet d'astronomie Européenne, dont un exemplaire se trouve à la bibliothèque du Roi. C'est -là un des effets de l'admiration que les Jésuites étoient parvenus à inspirer à Khang-hi pour les sciences de l'Occident: Mais j'aurois peine à ranger des ouvrages de ce genre .parnii ceux qui ont pu contribuer à enrichir la littérature Mongole. Il y a trop loin de nos connoissances à celles des Tartares, de notre manière de raisonner à celle à laquelle ils sont accoutumés, pour qu'ils puissent accueillir une branche quelconque de nos sciences, qui se présente à leur esprit isolée, sans préparation, et par un effet passager de la volonté d'un seul homme. Ce n'est pas ainsi que les doctrines peuvent êrre communiquées d'un peuple à un autre ; il faut, pour cela, des soins, des précautions, je dirois presque, des ménagemèns, que les Européens n'ont pas toujours eus, quand ils ont voulu propager leurs lumières chez des nations encore peu avancées dans la civilisation.

Les Chinois eux-mêmes, placés dans des circonstances favorables , n'ont pu , malgré tous leurs efforts , faire prévaloir chez les Mongols le système de philosophie auquel ils sont invariablement attachés depuis tant de siècles. La plus grande difficulté venoit sans doute de la nature même de cette philosophie,

françoise des premières poètes, dans lé j méc dans la Bibliothèque Britannique, f. /K des Mines de l'Orient , p. ,S } et (,) Duhaide, r. IV, p. Jj. smv. Cette notice a ete depuis rtimpn- |

toute rationnelle et dénuée de dogmes, qui n'offre à l'imagination aucun dédommagement pour les sacrifices qu'elle impose ; mais un obstacle non moins insurmontable se rencontra dans la concurrence des lamas et des bonzes de l'Inde, qui vinrent en foule au milieu des camps des Mongols , travailler , avec l'ardeur du prosélytisme, à la conversion des Tartares. La partie de la nation qui habitoit en Chine, quoique retenue par des considérations politiques, embrassa presque en entier le culte de Bouddha, qui avoit le double avantage de présenter des fables au vulgaire, et des abstractions aux esprits méditatifs. Mais les Mongols de Tartarie, libres de tous liens religieux , saisirent les doctrines Indiennes avec une telle avidité, qu'il eût été impossible, au bout de quelques années , de distinguer les catéchistes des néophytes. Jamais révolution ne fut aussi prompte et aussi complète ( i ) ; le caractère même de la nation en fut changé. Aux farouches capitaines de Tchinggis-khakan, succédèrent presque subitement de contemplatifs lamas , et l'ambition des conquêtes fut remplacée par celle d'atteindre à la perfection par l'anéantissement extatique [Nirwajia], et d'arriver au rivage oppose', c'est-à-dire, de rentrer dans le sein de l'aine universelle. II n'est pas de mon sujet d'examiner les effets de cette conversion , en ce qui regarde l'état de la civilisation qui en résulta chez les Mongols ; mais je dois faire remarquer fin* fîuence qu'elle eut sur la littérature çle la Tartarie. Nous avons vu beaucoup d'ouvrages de théologie traduits en mongol, et publiés à la Chine. Ces livres furent certainement apportés dans les monastères que les Mongols s'empressèrent d'élever de toute part , et ils y servirent de modèles à de nouvelles traductions , dont les livres Enetkek ou Samskrits, et ceux du 1 ibet, fournis*soient ordinairement la matière. La métaphysique transcendante,

(1) Si l'on s'en rapporte à Pallas, la conversion des Olets au bouddhisme n'auroit été complète que long -temps après, sous le règne de Bo'ibegous , vers ja fin du xvi.« siècle; « ces peuples

auraient retenu jusque - là l'ancienne croyance Tartare , que beaucoup d'auteurs Allemands appellent tn-s - improprement chamamsmt. Voyez Sammlun-> gen historicher Nachrichten , t. I,p. 20.

la

la morale mystique et la fantastique mythologie de l'Hindoustan , furent alors transportées, et, pour ainsi dire, naturalisées dans ia Mongolie. Une foule prodigieuse d'expressions techniques qui composent la langue philosophique des Hindous, et dont la réunion formeroit un vaste dictionnaire, exigèrent alors des équivalens en mongol , et on leur en procura , soit en traduisant les racines dont ils étoient composés, soit en se bornant à les transcrire du dévanagari en tibétain ou en ouigour. Et comme , depuis cette conversion qui remonte au temps de Khoubilaï, les lamas ont été les seuls littérateurs de ia Tartarie , que ce sont eux qui ont presque exclusivement pratiqué l'art d'écrire et celui d'imprimer, exercé l'enseignement , demandé, formé , conservé des bibliothèques , on ne peut douter que la plus grande partie de leurs travaux n'aient eu pour objet les doctrines ascétiques auxquelles ces hommes pacifiques sont voués par goût et par profession. La plus grande partie de la littérature Mongole doit donc se composer, et se compose en effet, d'ouvrages traduits du tibétain ou de l'indien , de livres où sont exposés les dogmes divers de cette religion de Bouddhah répandue en Asie entre le io. e et le 55.** degré de latitude, religion que les Brahmanes, les lettrés de la Chine, et les Missionnaires Chrétiens ont également méconnue et défigurée , et dont quelques modernes se sont formé une idée encore plus fausse, quand ils y ont voulu voir la croyance du prétendu peuple primitif, et la source des diffcrens cultes des deux continens.

Nous pouvons juger, sur quelques échantillons, de l'importance des matières qu'on doit espérer d'approfondir en étudiant les livres Mongols. B. Bergmann a rassemblé chez les Kalmouks occidentaux (c'est-à-dire, chez ceux de tous les Mongols qui sont les plus ignora n s et qui ont le moins de livres); il a rassemblé, dis-je, et publié dans ses Promenades nomades , plusieurs petits ouvrages Mongols qui forment la partie la plus intéressante de son recueil : 1 .° le Yertuntchin tooli [ou Miroir du monde], sorte de cosmographie abrégée, où les idées des Hin-

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2l6 RECHERCHES

dous sur la constitution de l'univers sont reproduites fidèlement, et, autant que j'en puis juger, sans qu'il s'y soit rien mêlé de mongol (i). 2. 0 Le Bokdo gœsarkhan , ouvrage moral, en deux sections, qui prend son titre du personnage fabuleux qui y joue Je principal rôle, et qui, suivant les Mongols, naquit pour extirper la racine des dix sortes de pèches (2). 3. 0 Quxhandar - khan , autre petit ouvrage mythologique, assez court (3), .dont le héros est un prince nommé Ouchandar-khan. 4. 0 Goh-tchikitu , roman mythologique en quatre livres, le plus considérable des ouvrages traduits par Bergmann (4). 5. 0 Le commencement d'une histoire héroïque , dont le théâtre n'est pas , comme pour les précédentes, dans l'Hindoustan ou dans les espaces imaginaires des Hindous, mais en Tartarie, dans les monts Altaï, et sur les bords d'un fleuve nommé Ertsich , que Bergmann croit être rie lac Baïkal , mais que je serois plus porté à prendre pour l'irtich (5), fleuve qui n'a pas d'autre nom dans toute la Tartarie.

A ces ouvrages publiés par Bergmann , il faut joindre ceux dont Pallas a fait usage dans ses collections sur les Mongols , ou dans ses voyages, et dont il devoit la traduction, soit à l'interprète Jaeh/ig , soit à André Tchoubofskoï, protopope des Kalmouks chrétiens de Stavropol (6). Par ces differens livres , on doit déjà prendreune idée avantageuse de la littérature Mongole, puisqu'on voit qu'on y peut trouver un fort grand nombre d'ouvrages traduits du samskrit, et dont les originaux sont peutêtre destinés à nous rester inconnus. Mais comme ils ont presque tous rapport à des sujets théologiques ou mythologiques , on seroit peut-être tenté de penser qu'il n'en existe que de ce genre. Ce seroit déjà beaucoup, assurément, que de pouvoir y puiser des notions exactes sur les opinions de cette secte célèbre dont l'histoire se rattache à celle de presque tous les systèmes

(1) Nomadische Streifcreien , t. III, dans FAppendice un extrait de cet oup. tof — 20$. vrage.

(2) Ibid. p. 231—284. (5) Ibid. p. 183—214.

(3) Ibid. p. 287—302. (6) Voyages de Pallas, f. I, p. JJ+

(4) 4: th. p. 17—180. On trouvera

SUR LES LANGUES TARTARES. 227 de fa philosophie orientale. Mais les Mongols ont aussi des poëmes(i), des romans (2), un grand nombre de livres historiques (3), un code complet, qui a été rédigé sous les auspices du célèbre Gaidan , par quarante -quatre princes Mongols et Ouirats , en présence de trois Khoutouktou ou grands Lamas (4). Us possèdent des dictionnaires et des grammaires Mongols, Tibétains, Hindous, et très-probablement des ouvrages en langue Ouigoure, Turke, Tchakhatéenne, Nipolienne, en un mot des livres de toutes ces nations qui nous sont à peine connues de nom , et qui , se trouvant comprises entre la Tartarie et l'Hindoustan,sont jusqu'à présent placées hors de la portée des savans Russes et des Anglois. C'est dans leurs chroniques qu'on peut espérer de trouver les antiquités de la Tartarie et l'histoire de toutes les races Mongoles, dépouillées de toutes les traditions Turkes, ou plutôt Tchakhatéennes , que les Occidentaux y ont mêlées fort mal à propos. Le peu que Pallas en a donné dans son premier volume (5), est très -propre à nous faire désirer d'avoir des ouvrages plus étendus; et nous ne dirons pas , comme ce savant naturaliste, qu'on peut se passer des livres Mongols avec le secours des historiens Chinois, parce qu'il ne nous paroît pas que les annales d'un peuple puissent suppléer à celles d'un autre (6). Les histoires imprimées en Chine disent peu de chose des antiquités Mongoles, presque rien sur les expéditions des Tartares dans l'Occident , rien du tout sur les successeurs immédiats de Tchinggis, ni sur les monarchies qui se formèrent en Sibirie , dans le Tibet , dans la Boukharie , le Kiptchak ; rien non plus sur les Olet, les Khoït, les Toumet, les Bourets , &c. Ce qu'elles rapportent sur l'établissement de la puis-

(1) Nomaduche Streifereicn , /. /, p. 18.

(a) Bergmann en a publié un à la fin du tome I." de ses Promenades.

(3) Sammlung. histor. Nachrichten , u. 1. w. t. I, p. JJ,

(4) Voyages de Pallas, ^J, p. p8.

— Sammlung. u. s. w. 1. 1, p. 194.

($) Sammlungen , u. s. w. ubi supra.

(6) Bey den Mongolen fehlt es an

Geschichtbûchern nicht Man kann

selbige auch, mit Hiilfe der aus den Chinesischen Jahrbuchern genomvnenen Nachrichten, welche der Welt genugsam bekannt sind, fuglich entbehren. Jbid.

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sance temporelle des Lamas, est loin d'être suffisamment étendu, aussi bien que ce qu'elles contiennent sur l'état géographique et politique de la haute Asie, depuis le xm. c siècle jusqu'à nos jours. Tout cela se trouveroit infailliblement dans les livres Mongols. On voit s'il est permis de mépriser cette littérature, et si ceux qui prennent quelque intérêt aux progrès des connoissances historiques ne doivent pas souhaiter qu'on ouvre , par le moyen des interprètes Russes, des communications littéraires avec les Kalmouks, et sur-tout avec les Mongols qui font le commerce sur les frontières Chinoises.

C'est dans les Kied ou monastères construits par les Lamas en différens endroits de la Tartarie et du Tibet , et sur - tout dans ceux où des Khoutouktou [vicaires] font leur résidence, que se trouvent les grandes bibliothèques Mongoles, et qu'un Européen instruit, si l'accès lui en étoit ouvert, pourroit faire une ample récolte historique et littéraire. Au temps de la puissance des Olets , ces monastères étoient plus nombreux qu'ils ne le sont à présent. Sur les bords du lac Saïsan, il y en avoit un célèbre et connu sous le nom de Bochîoukhan-kied (i). On en voyoit deux autres sur les bords de 1*1 li , à l'embouchure des rivières de Goho et de Khainouk (2) , et leur étendue égaloit celle de deux villes considérables. A peu de distance du même fleuve, se trouvoit le Otchirtou Tsetsen khan Kied (3), ou le couvent du roi créateur et éloquent. Les guerres qui ont ravagé la Tartarie et amené la chute du Khoun-tàidji , ont causé l'entière destruction de ces monastères, où tant de richesses littéraires étoient entassées. Un seul avoit échappé aux fureurs des Tartares. Une immense bibliothèque, amassée par un prince Mongol nommé Ablaï , faisoit le plus bel ornement de ce couvent, connu, à cause de son fondateur, sous le nom de Ablài-yin kied, et situé à peu de distance des frontières Russes (4). Les paisibles habitans de ce monastère avoient été dispersés; et, par un effet du hasard le

(1) Sammlung. u. s. w. t. II, p. ip. I (3) Ibid. t. II, p. tp.

(2) Ibid. t. I, p. u. \ (4) Communément Ablai-kit.

SUR LES LANGUES TARTARES. 229 plus singulier, les constructions et le trésor qu'elles renfermoient étoient restés intacts. La frivole curiosité et la coupable incurie des savans Européens ont fait ce que n'avoit point fait la barbarie des Kirgis. Le trésor a été dilapidé sans profit pour la science. Un officier et quelques soldats furent les premiers envoyés pour reconnoître les édifices où l'on espéroit découvrir de l'or. Ces émissaires ne trouvant que des livres, n'en tinrent aucun compte, et choqués de leur forme, qui paroissoit bizarre, s'attachèrent à les détruire plutôt qu'à les enlever. Muller, beaucoup moins excusable sans doute, alla jusqu'à Oustkamenogorsk, à trois lieues d'Ablaï-yin kied , et retenu dans cette forteresse par la crainte de quelques voleurs Khaïsak, il se contenta d'envoyer au monastère un écrivain avec trente soldats. Gmelin, qu'une curiosité semblable conduisit dans les environs à'AUiiïi-yin kied, fut pareillement retenu par je ne sais quels obstacles ; et ce fut encore un détachement de cosaques qu'il chargea d'aller faire des recherches scientifiques à sa place. Enfin , comme si une sorte de fatalité se fût plue à dérober à l'examen des savans un trésor dont leur négligence les rendoit indignes, Pallas ne vit point non plus Abltii-yin kied; il y envoya un jeune naturaliste, nommé M. Sokolof, qui trouva un escadron de cavalerie Russe campant dans le monastère, et achevant de ruiner ce qui en restoit encore. On n'y voyoit déjà plus, de tous les livres qu'il avoit contenus, que quelques fragmens éparsdans les décombres. Les premiers voyageurs s'étoient bornés, après en avoir arraché quelques lambeaux, à faire tomber les volumes des tablettes où ils avoient été rangés, sur le pavé, où l'humidité étoit venue bientôt compléter leur dissolution. Quelques feuilles détachées , les unes en mongol, les autres en tibétain, ou môme en samskrit, imprimées ou écrites à la main, soit en lettres d'or sur du papier bleu foncé, soit en noir sur du papier blanc fort épais, sont tout ce qu'on a tiré de cette découverte, annoncée dans le temps avec tant d'emphase (1); et ces fragmens, conservés dans les cabinets de

(1) Voyez Muller, Commentatio dt scripth Tangutkis in Sibiria repertis. —

quelques curieux, semblent destinés à prolonger nos regrets, en accusant l'impéritie des voyageurs. Quand Omar brûla la bibliothèque d'Alexandrie, il ne vantoit pas du moins son zèle pour les progrès des sciences, et son âge n'était point le siècle des lumières. 11 y a , ce me semble , quelque chose de moins révoltant dans le fanatisme du général Arabe, que dans la froide indifférence avec laquelle des nations civilisées , des corps littéraires et des académiciens, ont vu se consommer la ruine entière d'un dépôt dont on connoissoit, et dont, peut-être, on pouvoit s'exagérer l'importance , parce qu'on avoit alors quelque raison de penser qu'il étoit le seul de ce genre qui existât dans la Tartarie.

Une perte aussi considérable ne sera pas réparée de longtemps. On a laissé échapper Une occasion difficile à retrouver , et qui eût ouvert aux savàns de nouvelles sources de lumières sur l'histoire de l'Asie. Le peu de faits relatifs à la littérature que j'ai recueillis dans lés écrivains Chinois, et què je viens dë rapporter, sont plus propres à exciter qu'à satisfaire notre curiosité; mais tels qu'ils sont, ils suffisent au moins pour nous faire cohnoître en général l'étendue des travaux des Mongols et l'origine variée de leurs différentes connoissances : il est évident que leur langue doit se ressentir du mélange des éléméns hétérogènes dont s'est formée leur littérature. Cette langue est primitivement un idiome particulier, radicalement différent de celui dés autres Tartares : c'est un fait que le vocabulaire â démontré, et sur lequel je crois superflu de revenir encore; mais si l'on y trouvoit quelques mots d'origine Chinoise, il ne faudroit pas s'en étonner. L'habitatioii des Mongols au milieu des Chinois pendant près d'un siècle, et leur attention à traduire les livres de Confucius, ont pu introduire beaucoup d'expressions qui manquoient à leur langue maternelle. L'existence des mots Tibétains , Samskrits , oit dérivés des autres idiomes de l'Inde, seroit moins surprenante encore, puisqu'il n'est pas douteux que la religion Indienne

c1ÔJr d ALtl\' - Mém - d<? ,,Acad ' d " B -- L - <• XXX * F- 777 -

Otorgi, Alphab et um Tibetanum , passhn , &c. &c, *

ne leur en ait apporté un très-grand nombre. La puissance Mongole s étant formée au milieu de nations Turkes , et les princes Tchinggiskhaniues ayant toujours eu à leur cour et dans leurs armées une foule de généraux, d'officiers de toute espèce, appartenant à ces nations, l'art même de l'écriture leur ayant été communiqué par les QujgQyrs, qui remplirent presque toujours auprès d'eux les fonctions d'écrivains et d'intecprètes , on doit s'attendre à voir dans le mongol les racines Tuijkes faire une partie considérable de (a langue. Enfin , il n'y.aipas jusqu'à des mots Persans , Arabes, ou même Européens, dont,on pourroit expliquer J'introduçtion par des moyens qu'avoueroit la critique historique la plus sévère, et sans avpjr recours à des hypothèses sans fondement, ou à des systèmes qui ne sauroient satisfaire que l'imagination-

Mais aussi le degré de liberté dont nous pouvons faire usage dans nos considérations sur le mongol, se trouve fixé avec assez de précision , pour exclure certains rapprochemens qu'on avoit proposés dans Je temps où cet idiome étoit encore fort peu connu. Ainsi , l'analogie qu'on avoit supposée entre le mongol et le malais s'est évanouie à d'examen , et l'on rougiroit aujourd'hui de consacrer la moindre peine ou le plus petit espace de temps à discuterdopinion de dePaw, qui, pour faire des Chinois une colonie venue des luiuteurs de la Tartane, étoit réduit à voir dans la langue Chinoise un dialecte Tartare ou Mongol. Quand , au lieu de rechercher, d'examiner, d'étudier, on se borne, comme cet écrivain, à juger, à prononcer, à décider, sans connoître ni l'histoire ni les langues, sans recourir aux sources, sans même se douter de leur existence , on peut en imposer pendant quelque temps à des lecteurs prévenus ou peu instruits; mais le mépris qui ne manque guère de succéder à cet engouement, fait bientôt justice de ces assertions hasardées, et elles retombent dans l'oubli d'autant plus promptement , qu'elles ont été posées avec plus de confiance ou de témérité.

Je ne voudrois pas envelopper dans la même censure les idées

énoncées par Steller ( i ) et Krascheninnikow (2) sur l'analogie de la langue des Kamtchadales avec celle des Mongols ; non que je croie ce rapprochement mieux fondé que les précédens, mais parce que ces deux auteurs n'ont pas été guidés par le motif secret qui dirigeoit le philosophe Hollandois. S'ils se sont trompés, leur erreur ne part point d'un mauvais principe, et ne peut d'ailleurs avoir de grandes conséquences. Il ne seroit pas plus étonnant de trouver des Mongols au Kamtchatka , qu'il ne l'est de voir des Turks établis au-delà du cercle polaire, aux embouchures de la Lena. J'avoue que je n'ai point été frappé , comme les deux auteurs que je viens de citer, de la conformité des expressions qui sont, suivant eux, communes aux deux nations ; et même, en parcourant leurs vocabulaires, je n'ai pas remarqué un seul exemple de cette prétendue conformité. A la vérité, je n'ai pu consulter pour le Kamtchadale que des listes de mots bien imparfaites; mais les historiens du Kamtchatka n'ont pas eu de meilleurs renseignemens pour le mongol, et leur plus grand argument est pris dans le retour fréquent des terminaisons oung, ing, oang, chin , cha , ching, ksi, ksoung (3). On conçoit, sans qu'il soit besoin de la faire remarquer, la foibiesse d'une pareille observation, et l'on voit qu'il faudroit des rapprochemens moins équivoques pour être autorisé à penser, comme les deux écrivains qui l'ont faite, que les Kamtchadales sont une tribu issue de la nation Mongole.

Non -seulement aucune raison solide n'autorise à supposer que la langue Mongole ait été portée au fond du Nord , dans des contrées où. le nom même des Mongols est inconnu, et 'où peut-être le bruit des conquêtes de Tchinggis-khakan ne s'est point fait entendre ; mais il y a encore beaucoup à rabattre de l'idée qu'on pourroit se former de son extension vers l'occident, si l'on en jugeoit uniquement par les mentions qu'en font

( 1 ) Beschreibung von Kamtchatka,

(2) Hist. du Kamtchatka , traduction Françoise, t. II, p. 9+.

les

les écrivains occidentaux. Comme le nom de Tartares a été appliqué à des peuples de race Turke , bien difTérens des véritables Tatars , de même le nom de Mongol a souvent été pris pour désigner des dialectes Turks, comme ie tchakhataï , et l'on a donné pour écrits en mongol des livres dont les auteurs ne connoissoient probablement pas d'autre langue que le turk. Il est plus que douteux, par exemple , que jamais le Tfijpuk de Timour, traduit du persan en anglois par Davy , et en françois par M. Langlès, ait été rédigé en mongol. Les mots originaux que les différens traducteurs ont conservés dans leurs versions, à l'exception d'un très-petit nombre de noms de dignités, sont tous Turks, et non Mongols; d'ailleurs, le dialecte prétendu Mongol dans lequel ce livre a été primitivement écrit, est appelé turki dans l'Inde, suivant W. Jones, qui dit avoir été redressé par un savant du pays, quand il employoit une autre expression (1). Nous ne pouvons douter, comme je l'ai dit en commençant ces mémoires, que Timour et ses sujets naturels n'aient été Turks. Depuis bien des siècles, la Transoxane esc peuplée de tribus qui appartiennent à cette race ; et si des familles Mongoles y ont suivi les princes de la race de Tchinggis, elles avoient eu , pendant près de deux cents ans , le temps de se fondre avec la population du pays. On ne hasarderoit donc rien , si l'on avançoit qu'il ne devoit se trouver aucun Mongol dans l'armée qui , sous la conduite de Babour, fit, au xvi. e siècle, la conquête de i'Hindoustan , et donna naissance à la dynastie qu'on a si improprement nommée dynastie des grands Mogoîs.

Ce n'est pas qu'on ne trouve à présent, dans la langue vulgaire de I'Hindoustan, un certain nombre de mots d'origine Mongole, tels que La *- tâ darouga [chef], ^ "j ' u tamga [marque distinctive, monnoie], f^*t khagan ou khakan [empereur], et quelques autres. Ces expressions Mongoles ne sont pas venues dans l'Inde, comme on pourroit l'imaginer, par le chemin le plus court, c'est-à-dire, en traversant la Chine ou le Tibet;

(1) Rcch. Asiat. trad. Franç. t. Il, p. y.

mais elles ont suivi l'orJre des expéditions des Tartares, et ont fait avec eux le tour de l'Asie. Originaires des bords du Baïkai, les mots dont nous parions se sont d'abord introduits chez les Turks, ont ensuite été portés par ceux-ci, dans leurs émigrations vers l'occident , au nord des déserts ; et après avoir séjourné dans la Boukharie et dans les provinces Persanes du nordest, avec les descendans de Tchakhatai , ils y ont été repris plus récemment, et sont enfin arrivés dans l'Hindoustan avec les Babourides. C'est par suite de cette espèce de voyage , qu'un Chinois instruit peut retrouver, non sans quelque surprise, dans des contrées presque limitrophes du Yun-nan et du Sse-tchhottan , des titres, de dignité qu'il sait, à n'en point douter, avoir pris naissance chez les tribus qui sont voisines du Clum-si ou du Tcki-li septentrional.

II est aisé de concevoir comment les Mongols, après avoir fondé des principautés dans toutes les parties de l'Asie , n'ont laissé, pour ainsi dire, de traces de leur langue que dans les lieux où des tribus de leur race habitoient déjà avant le temps de Tchinggis. Les Mongols formoient une nation peu nombreuse, en comparaison des peuples Turks , dont ils étoient entourés. Ils ne manquèrent pas, après avoir soumis les Turks, de se servir d'eux pour subjuguer les contrées plus éloignées ; de sorte qu'augmentant leurs forces par leurs conquêtes, se recrutant de tous les peuples qu'ils avoient vaincus, leurs armées qui, pour me servir de l'expression d'un écrivain du temps, grossissoient en avançait, a la manière d'une pelote Je neige , durent, en atteignant le terme de leurs invasions , se trouver composées de beaucoup d'étrangers et d'un fort petit nombre de Mongols. Si les noms des généraux et des officiers que l'histoire nous fait connoitre , les détails qu'elle nous a conserves sur leurs alliances, et la manière même dont ces prétendus Mongols ont altéré et défiguré les antiquités de leur nation , en la rattachant aux traditions Turkes , nous permettoient de douter que les choses se fussent passées ainsi, nous en demeurerions convaincus, en examinant la langue dont on fait usage à Kasan , à Astrakhan , en

Crimée, dans le Tchakhataï; en un met, par-tout où des dynasties Mongoles se sont élevées par le démembrement de l'empire de Tchinggis-khakan.

En effet, si nous cherchons à déterminer, comme nous l'avons fait pour le mandchou , les lieux où la langue Mongole est actuellement en usage , nous verrons qu'on ne peut faire aucune comparaison entre leur étendue et celle des contrées qui formèrent la succession de Tchinggis. Les tribus dont la réunion constitue ce que les Chinois appellent les quarante - neuf bannières (1), et qui sont la nation Mongole proprement dite, c'està-dire, les Dôrbat ou Dourbct, les Gorïos , les Dchalaït , les Na'iman , &c. occupent, au nord de la grande muraille, à l'ouest du pays des Mandchous , au midi du désert, la contrée qui s'étend du 1 i6. e au iio. e degré de longitude orientale du méridien de Paris. Plus au nord , en remontant vers l'Onon , et dans le pays même où naquit Tchinggis, on trouve les Mongols Khalkha ou Kalkas, dont les habitations vont proprement jusqu'à l'Altaï, et n'ont d'autre borne au nord que la frontière Russe. Quelques-uns de ces Kalkas l'ont dépassée, et sont venus s'établir sous la domination des Russes, dans le gouvernement d'irkoutsk, dans la partie méridionale du territoire de Selinginsk, sur la Selinga elle-même et sur les rivières Temnik , Djida et Tchikoï (2). Non loin de ceux-ci vivent les Bourets ou Bourats , dont les différentes subdivisions forment la plus grande partie de la population dans le gouvernement d'irkoutsk, près de la ville de ce nom , au nord du Baïkal et dans l'île d'Oikhon , dans le territoire d'ilim et dans les districts d'Oudinsk et de Selinginsk.

A l'occident des monts Altaï, vers les sources de l'Irtich et jusqu'au lac de Balgach, dans la contrée que termine au midi la ligne des villes de la Boukharie et le pays des Ouigours , habitent les restes des Dc/wun-gar, nation jadis puissante et

(1) En mongol f-«-M^ psaâ dltshtyUûU» djasakh.

(2) Sammlung. u. s. w. 1. 1, p. S. v

capable de causer de l'inquiétude aux empereurs Mandchous ; à présent dispersée , et presque entièrement soumise à la Chine. Beaucoup de tribus séparées de cette nation se sont réfugiées, les unes en Russie, les autres dans les villes Turkes de la Boukharie ; d'autres encore sont venues se joindre aux tribus de la môme race qui habitoient déjà le pays de Kôke-khotan , ou celui de la mer Bleue, ou celui des Ordos. Enfin il y a dans le Tibet un assez grand nombre de Mongols qui paroissent s'y être établis du temps de Tchinggis; les Chinois les nomment Si Tsang Thang-kou-te Afeng-kou, et les Mandchous /"^ o^-h» \K *H>^ Wargi Tsang- nt Tangôt Mongo , c'est-à-dire, Mongols- Tangutains du Tsang occidental. Les subdivisions de ces différentes tribus seront énumérées en détail dans le tableau des nations Tartares ; il suffit, pour le moment, de les avoir indiquées sommairement.

Les Kalmouks du Don , du Wolga et du Jaïk, qui parlent le dialecte Olet, que nous avons nommé mongol occidental, tirent leur origine des Olets du Koke - noor et de l'Altaï , nommés Tourgots et Dourbets, mêlés à des Dchoun-gar , à des Khochots et à d'autres tribus de même race. On connoît assez exactement leur filiation , et l'époque de leur émigration vers l'occident. L'arrivée des premières colonies ne remonte pas au-delà du commencement du xvn. e siècle. Le nombre en fut augmenté d'abord par l'effet de la tyrannie qu'exerçoient en Tartarie les Khountaïdjis des Dchoun-gar , puis par la destruction de la puissance que ces derniers avoient fondée dans le centre de l'Asie, et les expéditions des empereurs Mandchous. On voit qu'en ne tenant pas compte de ces tribus émigrées et de celles qui campent dans ' le Tibet, on pourroit enfermer toutes les nations de race Mongole par une ligne qui, de l'extrémité septentrionale du Baïkal, viendroit passer au nord du lac de Balgach, de là se dirigeroit vers le Hoang-ho , qu'elle traverseroit près des monts Aîachan , suivroit ensuite la grande muraille dans presque toute son étendue*, et, se relevant vers le nord, viendroit joindre la rivière de Non, au point où elle se jette dans la Soungari , pour retourner

SUR LES LANGUES T ART ARES. 237 enfin directement au point du départ. L'espace ainsi circonscrit présenterait une partie considérable du Gobi ou désert de sable, entouré de toute part <XAïmak et d'Oulous Mongols, dont les membres parlent tous le même langage , se reconnoissent tous issus de la même race, et justifient leur fraternité par des généalogies assez exactes, jusque vers le temps de Tchinggis-khakan.

Malgré ce secours et celui qu'on peut trouver dans les écrivains Chinois,. il n'est pas aussi facile de remonter aux antiquités de la nation Mongole, qu'il nous l'a été de fixer d'une manière générale la descendance des tribus Tongouses. Ce n'est pas, ainsi qu'on l'a vu plus haut, que les histoires écrites par les Mongols ne soient en grand nombre et fort circonstanciées ; mais nous n'en possédons que quelques extraits insumsans, donnés par Pallas (1). Les Chinois ont aussi des livres où ces matières sont approfondies; mais ces livres n'existent pas dans nos bibliothèques. Dans leurs ouvrages généraux, les historiens Chinois ont négligé de remarquer ces différences de langage, et par conséquent cette diversité d'origine, qui séparent d'une manière si tranchée les Turks des Mongols ; de sorte qu'au - delà du xm. e siècle, il est presque impossible de démêler ces derniers dans la foule des peuples du nord et du nord -ouest dont ils nous font connoître en gros les principales révolutions. Pour comble d'embarras, les écrivains Musulmans, qui travailloient sur des mémoires excellens , ont été guidés, en écrivant, par les préjugés de leur secte et de leur nation : ils se sont efforcés de rattacher l'origine des Tartares aux généalogies des patriarches, les traditions des Mongols à celles des Turks, et parlà ils ont confondu ensemble des nations qui n avoient rien de commun. C'est un reproche qu'on peut adresser au sultan de Kharisme, Aboul-ghazi , et, suivant toute apparence, à Rach'nledd'm , que le premier semble avoir scrupuleusement pris pour modèle. De la fusion que ces écrivains ont voulu faire, il est résulté une obscurité plus grande ; et au lieu de rechercher de*

(1) Sammlung. u. s. w. 1. 1.

documens épars et en petit nombre, on est obligé de 'lire les documens nombreux qu'Us ont ainsi altérés , avec ia défiance qu'inspirent à chaque page des rapprochemens erronés , des faits controuvés, des anachronismes palpables, et des généalogies évidemment fabriquées à plaisir.

LesTorgôt dont nous retrouvons encore les descendans parmi les Kalmouks du Wolga et dans le pays de Kan-tcheou , sont sortis, suivant les chroniques Olet, d'un certain Ki-wang, qui se sépara, avec sa tribu, de son prince, nommé Wang-khan. Les descendans de Ki-wang ont toujours porté le titre de Keret (1). Ces deux circonstances ne permettent guère de douter que nous n'ayons dans les modernes Torgôt une race issue des anciens Keraït, et, par une conséquence nécessaire, que ceux-ci n'aient parlé la langue Olet, ou , ce qui revient au même, n'aient appartenu à la race Mongole. Nous avons la même assurance par rapport aux Naiman, dont les foibles restes forment encore aujourd'hui une des quarante -neuf bannières Mongoles, et qui furent célèbres, du temps de Tcliinggis, par la résistance qu'ils opposèrent aux armes de ce conquérant. Les Olet ou Kalmouks; que les historiens Chinois ne commencent à indiquer qu'après l'expulsion des Tchinggiskhanides , sous le nom de Wa - la , donnent encore à présent eux-mêmes à l'ensemble des nations de leur race le nom de Dourban-Ouirat [les quatre confédérés]. Nous trouvons d'ailleurs , parmi les quarante - neuf bannières Mongoles , trois bannières formées par une tribu qui a conservé cet ancien nom presque sans altération (2). Les Mongols proprement dits sont presque toujours appelés par les écrivains de la dynastie des Ming, du nom de Tha-tche (3) , qui a pu se lire originairement Tha-ta > et qui d'ailleurs désigne incontestable-

(r) Sammlung. historischer Nachrithten, 1. 1, p. j6.

(2) Les Mandchou» récrivent C \ purat, et le. Chinois, ou-la-the. Thshigwen hian, classe des hommes.— Piun-itun, k. 7, p. ij.

(3) En mandchou fç. ta-dche.

Je remarqua cette transcription , parce qu'elle justifie celle que j'ai adoptée pour les deux caractères Chinois, et prouve qu'au moins les historiens modernes n'ont pas entendu écrire iha-ia.

ment fa célèbre nation des Tartares, nommée Tha-tha eul , ou simplement Tha-îha par les historiens des Mongols ( 1 ). Le peuple auquel commandoit Tchinggîs est appelé, par un auteur contemporain {Meng-koung , qui avoit vécu chez les Mongols, et combattu dans leurs armées), Tha-tha noirs (2), par opposition aux blancs, qui sont les Oungout d'Aboui-ghazi (3). La langue Mongole est d'ailleurs toujours désignée par l'expression de tangué Tha-tû ou Tha-tche. Les Tongous, que les voyageurs du moyen âge ont connus sous le nom de Sou Mongol ou Mongols aquatiques, sont appelés par les Chinois Chou'i Tha-tha ou Tatars d'eau. Partout enfin la dénomination de Tha-tha ou Tatar est employée comme synonyme de celle de Mongol. Tout cela nous conduit à conclure, contre l'opinion reçue, que les Tatars qui habitoienr, suivant Aboul-ghazi, les bords du lac de Bouïr{.\), c'est-à-dire, le pays des Mongols proprement dits, étoient Mongols, et non pas Turks, comme l'ont supposé la plupart des auteurs qui ont examiné ces matières. Du reste, on ne trouve plus de Tatars dans la Tartarie ; on n'y trouve pas non plus de tribu appelée Mongole, parce que les Mongols et les Tartares sont par-tout. Les moindres individus de ces deux races privilégiées sont de r venus souverains dans les autres; de sorte que les noms qu'ils ont illustrés se sont étendus à toutes les tribus de la même famille, et même à beaucoup d'autres qui n'y appartenoient pas.

Ce rapprochement inattendu nous fournit les moyens de remonter plus haut, et de retrouver dans des temps plus anciens les peuples Mongols sous des dénominations variées. Nous venons de voir, par quelques exemples, comment on peut séparer les nations Mongoles de celles qu' Aboul-ghazi appelle indifféremment Mongoles ou Turkes. Cet auteur ne pouvoir nous servir de guide, lui dont l'ouvrage entier porte sur celte supposition évidemment erronée , que les Mongols sont sortis de la même

(1) Sou houng fia» lotij fi. iSpass'im. .(3) Voyez Hist. gém'alog. p. 19$ t et — Pian-i-nan , L 13 j et suiv. Hist. de la dynastie des Mongous,;». 10. L

(2) Tching-tseu thoung, au mot Tha, (4) Le Bhirnavtr du traducteur Fran« cl. 178, tr. 13. ceb; Hist. géncal. p. 10+.

souche que les Turks , et qui pose en conséquence autant d'erreurs qu'il fait de rapprochemens ; plaçant, par exemple, les Ouigours au nombre des descendans de Mongol-khan , fondateur fabuleux de la nation Mongole; mettant les Telengouts, dont le langage est un dialecte Turk (i), parmi les branches de la tribu des Ouirats; séparant les Tatars, les Naïmans, les Keraïts, les Oungouts, de la nation Mongole proprement dite , à laquelle on ne peut douter qu'ils n'appartinssent, pour les rapprocher des Kirgis, des Ouigours, des Ouriangkit (2), avec lesquels ils n'avoient aucun rapport. Nous avons d'autant plus de raisons de croire nos rapprochemens mieux fondes , qu'ils nous ont montré les nations de race Mongole, à -peu -près dans les contrées où elles existent encore aujourd'hui. Les Keraïts habitoient le pays de Kara-koroum, le long des rivières Toula et Orgon ; les Naïmans, à l'occident du pays des Mongols, sur la Selinga; les Tatars s etendoient depuis le fleuve Noir jusqu'au lac de Bouïr : en un mot, la Mongolie avoit, au xm. e siècle, les mêmes limites dans lesquelles nous la voyons renfermée de nos jours.

Les Tatars, que les Chinois ont connus dans les années Hian-thoung [860-873], sous ' e nom ^ e Tha-tche , habitoient cfès-lors au nord-est du pays des Khi-tan (3), ou , suivant d'autres, au nord-ouest de ce même pays (4). Les uns les font descendre des Cha-tho (5); d'autres, en beaucoup plus grand nombre, les croient issus des Mo-ko ou Mo-ho (6), dont une branche, disentils, habitoit primitivement au nord -est du pays des Hi et des

(1) M. Adelung place le dialecte des Telengouts parmilei idiomes mixtes formes de mots Mongols et Turks : Sie sind , dit cet auteur, sehr mit Afongo- Itn vermischt , daher auch ihre S proche andern Tatarn unvcrsta>ndlich isc. (Mithridate, t. 1 , p. 492). Cependant les mots Telengouts que Palias a réunis sous le n.° 101 dans son Vocabulaire , sont presque tous Turks , sans mélange de mongol.

(2) Ourmanhatts, dans la traduction

Françoise. Cette différence vient d'une légôre altération dans l'orthographe; on a lu au lieu de o-àClj^f

(3) Ou tai sse, Tha-tche tchouan.

(4) Mémoires de Aleng-houng.

(5) Tha-tche chi khi ti tchhou Khi-tan tchi si-pe j tsou tchhou Cha-tho piei tchoung. lbtd.

(6) Tha-tche Mo-ho tchi i tchoung.

Ou toi sse; ubi suprà.

Khi -tan,

Khi-tan , fut battue et dispersée par ces derniers , et se divisa en plusieurs parties, dont l'une fut soumise aux Khi-tan , une autre aux Phou-hài , et la dernière, sous le nom de Tha-tche, se fixa dans la chaîne de montagnes qui est au nord du EJao-toung et du Pc-tchi-li (i). Il est impossible de n'être pas frappé de l'analogie qui existe entre le nom de Mongol que dévoient porter ces Tatars, et celui de Mo -ho qui distinguoit ia nation qui leur avoit donné naissance. Difficilement pourroit-on mieux exprimer en chinois le son de ce mot ; et les Japonois se servent encore de syllabes presque semblables pour désigner les Mongols de Tchinggis-khakan (2). On peut faire contre ce rapprochement une objection très-forte ; c'est que les Niu-tchi , qui appartenoient bien certainement à la race Tongouse, sont indiqués comme sortis de la nation Mo -ho, et que celle-ci, par conséquent, ne sauroit être rapportée à ia race Mongole. 11 y auroit peut-être moyen de concilier, par une supposition bien simple, ces deux résultats qui semblent contradictoires. Les méfanges de races ne sont pas rares en Tartarie, puisqu'à présent même, et plus encore il y a deux cents ans , les Mongols se sont si bien mêlés dans l'occident avec les Turks, que la différence radicale qui les sépare est demeurée inconnue à beaucoup d'auteurs Orientaux, et même à de Guignes, dans l'ouvrage duquel les deux nations sont perpétuellement confondues, prises l'une pour l'autre, et présentées comme issues des mêmes ancêtres et parlant un même langage. Les noms de Turks, de Mongols, de Tatars, se sont appliqués à des nations formées ainsi par la réunion de races hétérogènes. Pourquoi le nom de Mo-ho ou de Mongol n'auroit-il pas été donné à une nation composée de la réunion de tribus Mongoles et Tongouses , qui , en se séparant ensuite, auroient formé, les unes la nation des Tatars, les autres celle des Niu-tchi! Cette réunion n'est-elle pas indiquée suffisamment par les Chinois, quand ils distinguent les Mo-ho des

(1) Pian-i-tian, k. 135,/». /. I Mouhouli ou Tatan. H'wn meng thou

(2) Jls les nomment Mo-ko, et aussi | l° ul » • t -'4'

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RECHERCHES bords cfe l'Amour, de ceux qui habitoient vers les frontières de i 7r G : et sur - toui q»«nd ils ajoutent que les diverses tribus des yV/o^o parlent des idiomes absolument différens (i)? Dans les cartes Chinoises, le pays des Mandchous est appelé Choui

„„r.."ki )f P rovince des Tata " aquatiques, dénomination S" SCmbIe ra PPeler une sorte de liaison entre les Tatars et les i ongous.

céZlL ; , S géologiques des khans Mongols qui se sucmai se Penda,U trois et dont les Chinois n'ont jaet mêm/ GnnOISSanCeî Sa,1S re P ar,er d « l« ^ble d^r^-vWm, nouvel cm 3 " 5 r îl T10nter à ou Btrtitsena . fondateur du fubuleus p,re , Mon 8°*> don * l'existence n'est peut-être point jours h7ùiTJ° n pe ? Sert l l,e fanation Mongole, si elle a tou-

sous un nom '* V ° y ° nS ' 3 dÛ étre Connue des aii » ois

soit nar ,1 < * ue, . con< î 11 *. «oit par ses guerres avec ses voisins,

de princTnV7" Ptl ° nS dansl ^pire, soit enfin par la fondation

mai. sanTd ? ? T*"* d ° puissans ro y aumes en Tartarie: les Toim<rh„ \ hlstoriens l'auront confondue, tantôt avec

gols aient i Fait' * aVeC ,eS Turks ' H faut bien 1 ue ,es Mo »d e sujets d S ° UV / nt partie ' au moins a titre de va *saux ou nord de l'a CW** tormidab,es agrégations qui se formoient au Hoeï-ke, de 77 ne 'z et menaçoient ,,Asie entière, sous le nom de haut de W- lou ~ Alo "*ï* de Jouan-joium , et, en remontant plus

»W de fc'^i^'f' Mais «y-»* ces barbares aincrences de langues qui divisoient tous

moment q„l? Sef( V t une chose tro P ,on g ue » et déplacée en ce

tiques cmi\ rechercher les faits isolés et les traits caractérisai 'es qui pourm-nt i > ai ., ^

^elques j * Ur ? Ient suppléer à leur silence. On trouve parfoi:

f audroit rassemîT nS T d<? Ce genre ^ 3rSeS da " S ,eS iivres ' et V" tu me de r* mt>,er - ^a tribu de h-wen Mou-young, qu'on d »ger parmi les Sian-pi , et par conséquent <

a coudans la

SUR LES LANGUES TARTARES. z4^ cîasse des nations Tongouses, parloit, dit Ma-touan-lin , un langage tout différent de celui des autres Sian-pi (i); peut-être ce langage étoit-il Mongol, et non Tongous. Les Jouan-jouan , qui ont un moment possédé l'empire de la Tartarie , se nom* moient aussi Ta -tan ou Ta-ta , du nom d'un de leurs princes. Si l'on rapprochoit ce mot de celui des Tatars , on pourroit s'appuyer du nom du fondateur de ce peuple, Aîou-kou-iiu , qui n'est pas éloigné de celui de Mongol. Peut-tire les H'wung-nou , en se partageant en deux empires, l'un au midi, et l'autre au nord, ne firent- ils que suivre la division établie par la nature entre les deux nations de langue différente qui avoient été réunies jusque-là, entre les Turks et les Mongols. Les Thou-kouhoen , que, d'après Ma-touan-lin , nous avons rangés parmi les Toung-hou , étoient partis d'une contrée où habitent actuellement les Mongols, pour aller s'établir dans les environs du Kôke-noor , où vivent les Olet , et où ils ont toujours vécu, suivant quelques auteurs. Comme cette indication n'est soutenue d'aucune preuve tirée du langage que parloient les Thou-kouhoen , nous n'avons pas dû en tirer de conséquence positive. La division que Than-chi-hodi , roi des Sian-pi^ fit de tous ses états en trois grandes provinces ou tribus , qui s'étendoient depuis la Corée jusqu'au pays habité par les Ou-sun , semble répondre à la division naturelle de la Tartarie en trois races. La tribu orientale qui occupoit l'espace compris entre Fou-iu [la Corée] et le Petchi-li, sous vingt districts, représente la nation Tongouse; celle du milieu, qui avoit dix districts, de Yeou-pe-phing à Chang-kou, habitoit le pays des Mongols ; et la tribu de l'ouest, qui alloit jusqu'à Thun-hoang, étoit partagée en vingt départemens, et se trouvoit, au nord, voisine des Ou -sun , désigne peutêtre la contrée qu'habitoient les Turks. Enfin il est possible que les traditions Tartanes , rapportées par Aboul - ghazi , aient quelque fondement dans l'histoire de ces anciens empires que les Chinois ne nous font qu'imparfaitement connoître, et c'est

(i) Khi in iu sian-pi pho t. Wcn hiaa thoung khao, k. 342, p. /o. .

Hh 2

ce que les historiens Mongols pourraient nous aiJer à déterminer. Je ne me jetterai point dans la discussion de ces problèmes étrangers à mon objet présent ; il m'a paru suffisant de conserver, dans la classification des nations Tartares, toutes les notes relatives aux différences et aux analogies de langage et d'origine, que les écrivains Chinois ont pu me fournir.

Venons maintenant à cette partie de la nation Mongole qui paroît de tout temps avoir habité plus à l'occident, et qu'on est accoutumé à nommer Olet, pour la distinguer des Mongols proprement dits. Si les Chinois n'ont pu nous aider à reconnoître la race Mongole dans celles des nations Tartares qui habitent sur leurs frontières, on peut croire que, pour des nations encore plus éloignées, leur secours ne nous sera pas non plus fort utile. Ces Jouatt-jouan , ces Hoëi-he , ces Hioung-nou , parmi lesquels nous avons toute raison de croire que les Mongols étoient confondus , se sont portés dans l'occident à des époques que les historiens ont marquées. Mais quelle est celle de ces émigrations qui y a conduit les Olet? c'est une question à laquelle on ne pourvoit répondre que par des conjectures. Aboul-ghazi place la tribu des Ouirats et ses différentes branches sur les bords de l'Éniseï. Rien ne s'oppose à ce qu'on regarde cette contrée comme la patrie originaire des Olet. La géographie de l'historien Turk paroît mériter en général beaucoup plus de confiance que ses généalogies. Il met les Toumet dans le pays de Bargoutchin^ tougoum , qui n'est autre que le pays des Bargou-Bourats ou Bourets, aux environs du lac Baïkai; et quoique nous trouvions à présent les Toumet près de la ville de K6h-khoum , ce déplacement peut être, comme beaucoup d'autres, l'effet des mouvemens qui agitèrent les Mongols de Tartarie, soit pendant la durée du règne de» Tchinggis khanides de la Chine, soit après leur expulsion. Si les traditions que rapporte Pallas , d'après les chroniques des Katmouks, avoient beaucoup d'authenticité, on devroit placer auprès du Kôke-Noor la première patrie des Olet(i); mais comme l'époque à laquelle remontent ces tradi-

(i) Ja vîellcicht ist unter der..... J a Jschafï Irgana-htm. . . . nichtJ anders,

tions n'est point fixée, et qu'on ne dit point même sous quel nom le Kôke-Noor est désigne dans l'antiquité par les Mongols , j'avoue que l'assertion de Pallas me paroît laisser beaucoup à désirer, sur-tout quand je réfléchis à l'autorité que peuvent avoir des traditions aussi vagues chez un peuple qui n'a connu l'art d'écrire que dans des siècles assez rapprochés de nous.

Le même.auteur rapporte un autre fait qui peut avoir quelque fondement dans les chroniques Olet où il dit l'avoir puisé, mais qu'il a certainement altéré pour l'accommoder à ses idées. <« Il y a des siècles, dit-il, et long-temps avant Tchinggis-khan , que, suivant une ancienne tradition de ce peuple, la plus grande et la plus puissante partie des GEIoet fit unf expédition militaire vers l'ouest, s'avança jusque dans l'Asie mineure, et se perJit dans cette contrée et dans le Caucase. Le reste des GEIcet, qui demeura dans la grande Tartarie , reçut alors de ses voisins le surnom de Khalimak [séparé ou resté en arrière] (i). » On trouve ce fait, et l'étymologie qui s'y joint, racontés ailleurs de la même manière (2) ; mais avant de les adopter, ii me paroîtroit nécessaire de rechercher comment l'Asie mineure et le Caucase sont désignés dans les livres Mongols, qui n'ont pu être écrits au plutôt que sous Tchinggis, bien des siècles après l'expédition dont il s'agit. Que les peuples de race Mongole aient tenté, dans des temps éloignés, des expéditions dans les pays occidentaux, c'est une chose aiséé â croire , et conforme à ce que nous leur voyons faire à des époques plus voisines de notre temps; mais

•Is die landschaft um den Kokoncor zu verstehn , auf welche die angefuhrte kennzeichen nicht nurpassen, sondern wohin auch die Kalmiïckische sowoh!

aïs Mongolische traditionen ihr àltesres vaterland zu setzjcn pflegen. Samml. u.

( 1 ) V«r jahrhunderten , und lange vor Tschingis -chan soll , nach alten sagen dièses volks, der grdste und mâchtigste theil der Œlœt gegen westen bis in Kleinasien einen heerzug gethan ,

und sich dort und um den Kaukasus

verlohren haben Der ueberrest der

cet, welclier in der grossen Tartarcy setzen geblieben , damais von seinen Tatarischen nachbarn den nahmen Chalimak [ abtriinnige oder zuriick gebliebne], erbalten habe, u. s. w. Ibid.

(2) Hcise in den Kaukasus und nach Géorgien, r, 1, 162. — Bergmann, t. I, p. 123.

24é RECHERCHES - que les chroniques Olet nous informent avec tant d'exactitude de ce que sont devenus ces Mongols et du nom des contrées qù ils se sont arrêtés, c'est ce qui paroîtra difficile à croire. Pailas veut voir dans ces Mongols les Huns de Procope et d'Ammien-Marcellin; et Bergmann, saisissant avec empressement cette idée, cherche à la fortifier, en comparant quatre ou cinq noms ou titres de princes Huns, avecdes expressionsKalmouk.es, ou des noms encore usités chez les Mongols ( i ). mais c'est là une question qui ne sauroit se décider avec de si petits moyens, et qu'on ne pourroit tenter de résoudre qu'après sctre éclairé par la lecture de tous les renseignëmens qu'on pourroit recueillir sur les Huns, dans les, écrivains Asiatiques et Européens.

Quant à l'étymologie du nom de Khaîïnuik ou Kalmouk , elle ne vaut-gucre mieux que la plupart de celles qu'on trouve dans Aboul-ghazi; et il ne faudroit peut-être, pour la renverser, que faire voir qu'elle porte à faux, puisque ce ne sont pas les Àlongols demeures en. , arrière , mais, au contraire, ceux qui se sont avancés vers l'ouest, qui sont nommés Khalimak par leurs voisins. Au reste, si les chroniques Olet ont, comme je ne voudrois pas le révoquer en doute, conservé le souvenir de quelque ancienne expédition des Mongpls, et de leur séparation en deux parties, dont l'une seroit restée dans son ancien pay$, pendant que l'autre alloit s'établir dans le$ contrées occidentales, un tel •fait se rapporte trop bien à ce que nous apprennent les Chinois, ,au sujet d'un autre peuple de l'Asie, pour que je néglige d'en faire le rapprochement.

Suivait Ma-touan-tin , « un de ces peuples errans qui passent ieur vie à suivre leurs troupeaux de pâturages en pâturages, et qui avoit par conséquent les memes mœurs que les Hiomig-iwu , habitoit, dans le m.* siècle avant notre ère, aux environs de Thun-hoattg [Chu-tcheou] et du mont Khi-ïnin. Le roi des Hioungnou Mao-tun battit ce peuple, qui $e nommoit Youei-chi ou YoueVtclù. Son successeur Liio-cluing, ayantpris ie roi des Youei-

(i) Streitercien , u. s. w. t. I , p. tJto^ . .

SUR LÇS LANGUES TJBRTÀRES. 247 chi , fit faire de son crâne un vase à boire. Les^owr/V/i vaincus s'éloignèrent, et, traversant ia Tartarie, allèreht*s'*étabAir dan* la Transoxane , au nord du fleuve Wêi ou Oxusi(i). Ceux qui ne purent suivre leurs frères clans cette émigration , demeurèrent dans leur ancien pays, ou même s'avancèrent) au midk Vers k Tibet, et reçurent le nom de petits Youeï-chi (a). Ils se maiiir tinrent ainsi dans le pays qui s'étend entre Kamoul et ié Tibet > comme le prouvent quelques mentions qu'on en! trouve de temps en temps dans l'histoire ( 3) , «t. furent sow mis ; avec les autres peuples des mêmes contrées, aux rois du Tangouti(4). On les retrouve dans le même pays après l'expulsion desTohinggisr khanides, sous le nom de Tchhi-kin Meng+kou -ou Mongols! de Tchhi-kin , sous un chef de la tribu des Kvu-chou-tsty -, c'est -àf dire, des Kochofs j nomtoé Thci-li-tii ($); et depuis- cette époque, la tribu Mongole de Tchhi-kin entretint des' liaisons non intefr rompues avec la Chine". C'est -là sans- doute «rie assez, fente raisôn de penser 1 que ie& Youeï-chi r nommés: Mongols dans; les temps modernes, étoient de Ja mémejraoe quelles! Ql e t <Kho«chots, qu'on sait originaires de ce même pays mais «ctte coup jecture est confirmée pdr une remarque*- qw 'font r lesnGhinoisU en parlant du pays de lu-thian, qui formoit, du côté de l'occident, la limite du pays des petits Vqueï^hi. « A partir du atome

des Ouigours, dit Aîa-touan- lin , tous" les

de Kao-tchhang ou

(1) Le texte dit, chez les Ta-hia; et la description qu'on fait de ce pays et des contrées voisines, ne permet pas de méconnoître la Bactriane.

Dans un mémoire rempli de recherches sur l'origine de la famille royale des Arsaci des , M. Saint - Martin , faisant usage concurremment des documens que lui fournissoient les écrivains Grecs, Persans, Arméniens, Sic, et de ceux qu'on peut tirer des livres Chinois, a tâché de prouver que ces renseignemens, puisés à des sources si éloignées, s'expliquoient parfaitement bien les uns par les autres. 11 croit en particulier que les noms de Ta-hia et de

Tiao - tchi , sous lesquels les Chinois ont connu la Bactrnne et la Perse, sont venus de la célèbre nation des Dahi ou Zû/JÏ/i. Ce que les historiens Chinois nous apprennent de ces contrées occidentales peut contribuer à fortifier cette idée.

(2) Wen-hian-thoung-khao , k. 338 , p. 2.

(3) Voyez l'histoire à l'année Thianfou ( 946 ) ; le Wen - hian - thoung- khao,

k. 338, p.j. — Ibid. k. 337, P . 4. — Pian-i-iian , k. 52, p. 4 et j.

(4) Ai'mg i thoung tchi, k. 24 , p- 4> (j) P'un-i-tian, k. ^2,p.^.

habitans des contrées occidentales ont les yeux enfoncés et le nez proéminent. Il n'y a que le pays de lu-thian où les hommes n'ont pas ces traits extraordinaires, et où ils ressemblent aux Chinois (i). » C'est dire que, du côté Je l'occident, la race Mongole, distinguée par des traits caractéristiques qui la rapprochent des Chinois, s'étend jusqu'à Khotan ; et cette détermination s'accordé on ne peut mieux avec ce que nous avons été conduits à établir par des considérations différentes. C'est encore là , à peu de variations près , l'état actuel des choses. Nouvelle application de ces résultats auxquels on arrive en étudiant en grand l'histoire des hommes, que les grandes masses sont peu sujettes aux changemens ; qu'on doit en général chercher la patrie primitive des nations dans les contrées où on les retrouve de nos jours, et qu'à l'exception d'un petit nombre de tiéplacemens et de mélanges évidemment causés par la violence, et survenus bien plus rarement qu'on ne l'imagine, les peuples qui sortent de races différentes, les langues qui les tiennent séparés, les iodalités auxquelles ils sont attachés, résistent aux plus grandes révolutions, et subsistent de nos jours à-peu-près dans les mêmes rapports que l'antiquité nous fait connoître.

Il) Tseu Kao-tchhang i si, tchou koue iin teng chin mou, kaopi; wâtstu i koue tnao pou chin hou, pho foui Hoa-hia. Wen hian thoung khao, L 337» P- *

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