UI
• Ouigour.
ikendï.
f«™ > outchêuntck.
f^9 bichintth.
j" U n L '' attintch,
f*** yidintch.
fi^WH saksintth.
p n V " n V3 - tohcun/c/i.
P n i n ' ouncuntcli.
Turk.
^1 ïkindji.
outckindji.
^> J3 > dourdindji.
^fi-* bcckindji.
afttndji.
^0-» yidendji.
^ jC» ukijind'ji.
^JijL dokouyndji.
eitaindji.
Les ordinaux du manuscrit de Samarkand sont encore plus complètement semblables à ceux des Ottomans , parce qu'on n'y a point retranché fi final. On y lit v>G^ ikindji, \>±^*- outchoundji , u ^inu dourtoundji , &c.
Ll 1
Jusqu'à présent nous avons observé plus d'analogie que de différences entre les deux dialectes que nous examinons, ou, pour mieux dire, les mêmes formes leur étant communes, l'emploi plus ou moins fréquent qu'on en peut faire est la seule chose où ils s'écartent réellement l'un de l'autre. On ne s'attendroit pas à voir cesser cet accord dans la partie de la grammaire qui touche de plus près au fond d'une langue, et où par conséquent les dialectes d'un même idiome devroient naturellement se rapprocher davantage. C'est pourtant ce qu'on remarque dans la conjugaison des verbes Ouigours , qui est aussi simple et aussi facile que celle des verbes des Ottomans est compliquée et embarrassante. 11 y a bien encore ici des similitudes frappantes dans les terminaisons des temps et des personnes ; mais le fond du système est autrement combine, comme on s'en convaincra en lisant ce qui suit.
En turk, le nombre des terminaisons qui représentent des temps différens, seroit assez borné, si l'on n'avoit pas la faculté d'y joindre des temps composés, formes du participe du verbe principal, et des temps du verbe substantif, qui servent d'auxiliaires. Cela ne s'observe pas en ouigour ; on n'y trouve point de verbes auxiliaires. Le verbe substantif s'emploie toujours seul, rarement avec un participe présent, jamais avec un autre participe, et, de même qu'en chinois, il est souvent sous-entendu. Sa conjugaison n'est pas moins irrégulière que dans beaucoup d'autres langues; et dans les radicaux variés qui y sont compris, il n'y en a qu'un qui offre une véritable analogie avec ceux dont se forme le vçrbe être en turk : c'est le participe dour (en turk dur) pour la première personne, et pour les autres dourour , sans distinction de nombre, ni même, si je ne me trompe, de temps. Voici quelques exemples : ( \^ Djabrtni dur man [je suis Gabriel] ; 1 ■ ' " o £r* 2u -' ® V$***4& bou Ads.m bmkluimbar dourour [c'est le prophète Adam]; Vjjaju^. & j^^9 f 1 '^ ol-ol ferischta-lar khadinda
dourour [chacun des anges qui étoient à côte]. On trouve dans le vocabulaire et dans les suppliques erour (au lieu de
SUR LES LANGUES TARTARES. 269 dourour) rendu en chinois par -S- chi [être] ; y » *aa j-*^
U^h, man erour yirak sari [Je suis d'un pays fort éloigné]. C'est à ce radical qu'appartient le prétérit \^ erdi [jl fut], qu'on Jit à chaque instant dans le livre du MiradJ,; vj^-- ^jV a 0 ^ oidourmisch erdi [il étoit assis]; \3* ' V^^tr* khilur ardilar [ils faisoient, mot à mot, ils éloient frisant] ; Va 1 V»a3^ j^hMa. tesbih aidur erdilar [ils prioient, mot à mot , //j étoient disant le chapelet]. Ce ne sont point là de véritables temps composes, et le verbe être n'y es{ point, à proprement parler, auxiliaire, ainsi que j'aurai l'occasion de le faire voir plus bas (1). .
Il y a quelque chose de remarquable dans le radical bar \war, werde, en allemand], awir ou y avoir, qui, par unirait de ressemblance singulier avec le chinois ^jj yeou, signifie quelquefois
aussi être; exemples : — tt^W* j ft^n^ '^\t^ maning bila Mohammed Rasou l- oulUi bar l mon compagnon est Mahomet , le prophète de Dieu ] ; et ailleurs V^s
Mohammed bar tab , ou \3 n * n u bar dourour [ c'est Mahomet], On sait que ce mot s'est conservé dans le turk ottoman , où il se joint pareillement avec les autres temps du verbe être: wardur, il y a; iS^Jj *ar-idi , il y avoit, &c, Àu reste, la coniu-
(1) On seroit tenté de prendre pour une des formes du verbe substaBtif le
mot tab, qui sert ordinairement
pour interroger , mais qui s-'emploie aussi au sens positif , avec ou sans le verbe
dourour; a -Ma. j-H/ him son tab *
[qui es-tu îj fjV
dourour tab! [qui est-il !] M$ '■»,■ ■ | ■ » ' u \>\S j n 1 j 1 > i n >y — — < iruuiing bila Afohumftied bar tab [ mon compagnon est Mohammed], &c. ; et cé qui nie conjirrneToit dans l'opibioo -que ce ropt seroit effectivement un temps du ytrbc être, c'est ce qu'on trouve ailleurs; » " ^ ' a> r<w, iqui semble- en être utfe forme diflerente , cm me dans cette phrase : 0 fc*
conju-
\W9 r^tthâ y^o. ft^o
'■ '"^ ' U J fh$ V>** Oi fmsckto-ke yakh'm bïr ferichta hourdoum dort baschlik, bir baschi Adam basch-i tag, bir baschi èrslafi batehil iap yana bir basch-i Oumaî koujçh basch-i tpg, iir basch-i, Oui basch-i tag [Près de cet ange,' j'en vis un antre à qaati* ttte»t one de se* rêres
L'( -;/ est un pniMn fàbuh i\ chaa les Persans. Voy. la Biblioth. orient, an titre Homat. ' 1
1JO ' RECHEHCH ES "i 1
gaison du verbe substantif n'a plus rien de remarquable en ouigour, dès que ce verbe n'y joue pas le rôle d'auxiliaire, qui fui donne un caractère important dans Ja grammaire des Ottomans.
L'impératif est !e thème des verbes Ouigours. Nous avons déjà eu bien souvent occasion de lui reconnoître cette propriété dans les langues de la Tartarie ; et si nous voulions faire usage d'une classification ingénieusement imaginée dans ces derniers temps , rien ne sauroît nous empêcher de comprendre parmi tes idiomes impératifs, toutes ces langues où la forme assignée à ce mode joue un rôle si important , que toutes les autres en sont dérivées. On dit t^" khil [fais], bil [sache], &c. Les particules ou terminaisons qu'on ajoute à ce thème pour former les diâerentes personnes du présent et du prétérit (les seuls temps que l'on a remarqués en ouigour) paroissent être les mêmes que celles du turk ottoman , comme on en peut juger par l'exemple suivant. Je choisis le prétérit; parce què, dans un livre historique, c'est le temps dont il est le plus Facile de réunir toutes les personnes pour un seul et même verbe:
Ouigour. TurL
|- "Jt '* kilmafr» (faire), ^Js kilmok.
ft^t^T khlldim , je fis- , ; ^ khildum.
* ^^0 "* khilding, tu fis, jjm kkilding.
khifdi, , il fit, khiUi.
. M n^ t ^ kiildouk, nous fîmes, JoJj' khiiduL
vous fîtes , khildoungu^
^' L'V * kkildilar, ils firent, khildilar.
À ce temps presque complet, on peut Joindre les terminaisons qu'on observera, dans les exemples suivans, et qui, prises dans des verbes différent reviennent toutes à . la conjugaison du turk vulgaire jf tt» i^^* v? *" " "> M" » — i""^ vk\>**%
— ' ^ ' n t i^ ' L""y VA>*^a. -r- /tr*f — jAj »
* n t u \3 n * n i> . u-v^-s Tangri takhala sani souyourgadi , baschataâ boulsoun sariggé him boa kedja ar.nama , Tangri takhala-din dila-
SUR LES LANGUES TA RTARES. 2ji
sang, sangge barpuji durur tab [Dieu très -haut t'a comblé de bienfaits , en accomplissant ce que tu lui as demandé , que toutes les choses dont. tu t'es informé près de lui, te fussent confirmées cette nuit ] ; kerdim [ j'entrai ] ; ( adi ,
\^\ L \^^-> aïdi-lar, ou bien vj ^V^ i* a'idouni , U 1 ^" ai" douni-lar [il dit, ils dirent]. L'infinitif est en mak, comme dans le dialecte Ottoman : — x , - j - tV & bilmak {savoir] ; '-- ^j^fc v kourmak [voir], &c. Il prend parfois l'affixe eï, qui semble n'être que le signe Persan de construction ou de rapport , mais dont l'addition rapproche pourtant l'infinitif Ouigour des temps déclinables des autres langues Tartares. Ce. qu'il y a de remarquable dans les autres terminaisons, c'est qu'elles varient suivant les personnes, chose contraire à ce que nous avons observé dans le mandchou, le mongol et le kalmouk, Cette particularité, jointe à l'existence du pronom conjonctif, me paraît offrir le seul caractère essentiel par où le turk s'éloigne réellement, sous le rapport grammatical, des autres idiomes Tartares que nous avons étudiés, il est toutefois très-remarquable que, dans le dialecte Ouigour, et même, jusqu'à un certain point, dans celui des Ottomans, on néglige ta ressource que la multiplicité des terrrrhlaisons personnelles offre pour la clarté comme pour la variété du discours, et qu'on introduit par-jà dans la langue une monotonie, et, ce qui est pis, une obscurité qui ne tient pas, comme en mongol et en mandchou, à la nature intime de la langue.
Le nombre des participes, ou, pour parler plus justement, des formes verbales impersonnelles, ne paroft pas moins considérable en ouigour qu'en turk. Celui qui finit en té, en ib on en oub , est très -usité : \W ^ti> ; " ' VJ 1 " pj-^ >^ j ' V^u Touroufan yanga youmschah kelib ilhhi [f ambassadeur *nvoy/ r 6u pays de Tourfan étant venu] ; - UU»^ ^ <-sj*^* ^yj^^ j n . v . v . Inayat Osatoungi tchiri«lchkeb dilab soyourgab |;<nous espérons que sa majesté aura pitié de nous \ et nous somriies en attendant (cupientes) ses bienfaits] ; ■ g ^h ^ bardib [s,en allant] ; » ftaaaù^ tardib [payant le tribut]; * nV > \ " aildin aihib \m' avançant
plus loin (ex eo hco progrediens)].
Le participe dont la figurative est r, n'est pas moins commun dans les deux ouvrages Ouigours que nous avons sous les yeux. En voici quelques exemples : \m l 'V^ yarlijdt bilur [ordre de l'empereur, instruit] (1); erur, et dans le manuscrit du Miradj, dttrur [étant] ; \*^eii khilur [faisant] ; aidur
[disant]; \*^-t» boular [trouvant, s'informant] , &c. On trouve quelquefois cette forme suivie du verbe substantif, comme je l'ai déjà dit en parlant de ce dernier. On verra bientôt que ce fait ne contredit nullement ce que j'ai avancé plus haut sur le défaut de verbes auxiliaire* chez les Ouigours.
Je n'ai trouvé que dans les suppliques une forme qui paroît dérivée de la précédente, et qui en diffère seulement par la terminaison esch qui y est ajoutée; en voici un exemple sur lequel j'avertis qu'il me reste quelques doutes : r** ^t* . "|J n youmschar iîtchi baresch kelesch [les envoyés allant H venant]. Ce peut n'être là qu'une altération de la forme suivante, qui est beaucoup plus usitée.
Le participe en misch paroît commun à tous les dialectes Turks , et il se trouve presque à chaque ligne dans l'ouigour ; exemples : ^ i ^ nrl \y H S ' ' 'O-^ u^m> - a ^f u U - 1 ^-' * amdi ischid tapdi yir sari amrildurmesch [ à présent , j'ai entendu dire que cette partie du monde jouit de la tranquillité la plus parfaite] ; pjxi. 0 tf±£*r^ r ' L" * ^ 0 i*^± x e> ^ /a^> fl\J khilmisch kim edja gaz gourmisch-i ypk , edja khoulag âschidmisch-i yok [qui a fait ce que nul ceil n'a jamais vu, ce que nulle oreille n'a jamais entendu ]. On l'emploie aussi avec le verbe substantif, comme dans les exemples suivans : 0 ^ ^ 0 VjàXM ( ^j^Sujua. ^ yarim-i oddin yarimi kardin yaradûmisch ardi [une moitié étoit faite de feu et l'autre mpitié de neige].
(!) C'est la formule que l'empereur
de la Chine met sur les placets quand il les a examinés. Elle s'exprime en chi-
nois par les mots
qui veulent dire : je suis instruit, je suis au fait. Toutes les suppliques Ouigoures finissent par ces mots , qui indiquent qu'elles ont passe sous les yeux de \\ pereur.
Ces
SUR LES LANGUES TARTARES. 273 Ces exemples, qui sont rares, ne sont pas de véritables temps composés, et le verbe être n'y est pas auxiliaire comme il le seroît en turk, puisque, si l'on veut y faire attention, il s'agit d'un état, d'une manière d'être 'attribuée au moment auquel le récit s'applique. // est assis t il est formé (1) : toutes ces façons de parier, en françois même, s'éloignent de la nature des temps composés. J'aurai bientôt occasion de revenir sur ce sujet.
Il se peut faire enfin qu'il y ait encore d'autres formes de participes en in, en at , &c. On trouve dans le vocabulaire Ja>*^ barkin [allant] ; }*>tV kelkin [venant], qCI étant , en turk : mais ces formes paraissant très-peu usitées , il me semble tout-à-fait inutile de m'y arrêter. Je ne parle pas non plus du participe en tchi, commun aux autres idiomes Tartares, parce que c'est moins un temps dérivé qu'un adjectif, qui sert exclusivement en turk , de nom d'agent, de métier ou de profession.
Le passif se marque, comme en turk, par le crément il; mais ce qu'il y a de remarquable , c'est que ce crément se place, non pas entre le thème du verbe et la terminaison , mais à la fin , de cette manière : ^"j^"" àidmak [ dire ] ; l}" i"j^ >> didmakil [être dit]; ^ khil [fais]; khilal [soit fait]. Sec. 11 n'en
est pas de même du crément négatif ma, qui s'interpose entre le' radical et la terminaison , comme dans le turk ottoman ; exemples: \&t" aldi [j'ai pris]; O^'JL" almadi [je n'ai point pris]. Cette forme m'a paru peu usitée, et je n'ai irouvé aucun vestige de verbes transitifs , coopératifs , réciproques , inchoatifs impossibles, ni de toutes ces* complications bizarres dont le turk ottoman est rempli.
Après avoir indiqué tant de traits de ressemblance entre l'oui-
(1) Je me crois obligé d'ajouter un exemple où le participe en inisch semble entrer dans la formation d'un véritable temps composé : NJ-1 p2u^ .... J&UfrAq
V^ ^ - to - ft v J v , n°s ^ .j K'uabindt bou hadiz-ni kddurmich duntr [ on a consigné cette tradition dans le livre (l'Alcoran)].
Je dois avouer que cette phrase cemhle faire exception aux règles que j'ai posées; mais elle est la seule de ce genre
Îue j'aie observée dans tous les textes )uigours que j'ai parcourus , et elle se lit dans un ouvrage écrit sous l'influence des Turks occidentaux.
2j4 RECHERCFÎES
gour et le turk , il est temps d'en venir à des considérations qui puissent justifier ce que j'ai dit précédemment , que l'accord observé sur plusieurs points entre les deux dialectes, cessoit presque entièrement dans la partie de la grammaire qui touche à la conjugaison des verbes. Sous ce rapport, on ne remarque guère qu'une différence ; mais elle me paroît de nature à balancer bien des analogies. La conjugaison en turk s'exécute, en grande partie, à l'aide du verbe substantif qui sert à former des temps composés, à marquer, dans l'action du verbe principal , des modifications de temps que ne sauroient exprimer les formes simples: l'ouigour, au contraire, n'emploie que ces derniers. Arrêtonsnous un moment pour déterminer le degré d'importance que nous devons attacher à ce trait caractéristique.
En examinant le rôle que jouent , dans la conjugaison de certaines langues, les verbes que l'on nomme auxiliaires, on est conduit à supposer que leur emploi tient, le plus souvent , au besoin d'exprimer des nuances dè temps plus délicates ou des rapports d'antériorité plus composés que ceux auxquels les formes simples peuvent s'appliquer. On y voit principalement u%moyen de multiplier les combinaisons, en attachant à un verbe abstrait, conjointement avec les marques des modes et des personnes, celles des temps qui surchargeraient trop la terminaison; mais il fautpourcela que le participe du verbe principal conserve le caractère du futur ou du prétérit; il ne sauroit être au présent : sans cette condition essentielle, il n'y a pas de nouveau rapport marqué; il ne sauroit exister de verbe auxiliaire proprement dit. Dans nos langues modernes, le participe est presque toujours au passé; dans le latin et dans le grec, il étoit quelquefois au futur : le verbe être est auxiliaire dans ces phrases , je suis venu , je serai aile' ; vettturus su m , amaturus fui ; etevcv/Mfot tïfiî, <pi*riqw *iv, parce qu'il y a entre le participé et le verbe une relation de temps : il ne le seroit pas dans celles-ci , je suis venant, je serai allant, parce qu'elles ne diroientrien de plus que le temps simple ,je viens , j'irai. Quand l'usage les autoriseroit , on n'y pourroit trouver qu'une analyse du verbe complexe décomposé en ses deux élémens, qui sont le
verbe par excellence et un attribut ou une manière d'exprimer pins positivement le temps de l'action. Les temps simples, dans toutes les langues , sont soumis à cette analyse , qui ne fait quelquefois que séparer les parties dont ils sont réellement composés.
Sans sortir du sujet qjue nous étudions, nous pouvons trouver à fajre une application immédiate des principes qui viennent d'être rappelés, et aucune langue n'est plus propre que le turk à justifier les distinctions que je hasarde. Si ion examine les temps qui y sont réputés simples, on verra qu'ils sont en effet composés de ceux du verbe être et du participe présent. kkilrum [je iais]„ est réellement formé du participe présent khilur [faisant], et de im [je suis]. Il en est de même des autres personnes, khilersin, khilerii, khilersii, où l'on reconnoît sans difficulté le participe khilur, et les personnes du verbe être , sin, i^, «5, Cela est plus sensible encore dans l'imparfait, et l'on n'a pas souvent occasion d'analyser avec autant de facilité les formes grammaticales. Ce temps, qui renferme l'idée d'un présent relatif à un temps passé, est formé d'un participe présent et du prétérit du verbe être: khileridum [je faisois], de khilur [faisant] , et idum [je fus]; et pour les autres personnes , khileridun , khileridi , khileriduk, khileri- Ju/juz. khilerleridi , de khilur et de idun , id't, iduk, idunui, idildr{\). Dans le prétérit absolu , ce n'est plus le participe du verbe, mais le thème seulement qui s'ajoute au parfait du verbe substantif : khildoum, khildoun, khi Lu , khilduk , khildunui. khildiler , de khil [fais] , avec idum , idun , &c. Sans pousser plus loin cette analyse, nous voyons des temps simples en apparence résulter au fond de l'union ou de la crase d'un participe avec les temps du verbe être , sans que ceux-ci puissent mériter le nom d'auxiliaires. Nous avons vu que l'un de ces temps se retrouvoit, avec la même com-
(1) Les auteurs des grammaires Tu rkcs les plus estimées forment ce temps de la troisième personne du présent de l'indi- • catif ; mais ils n'expliquent point par-là la formation de cette dernière , ni du reste du même temps. La conjugaison Ouigoure, qui ne leur étoit pas connue,
fournit les moyens d'analyser les forme»
du turk. ottoman d'une manière plus générale, plus régulière er%tenx approfondie. Voyez cependant la Grammaire deMeninski,où celte formation est inr diquée.
position, dans le dialecte Ouigour. Nous avons trouvé même une sorte d'imparfait, formé avec le participe présent d'un verbe et le prétérit du verbe être. Dans ce dernier cas, le verbe substantif étoit employé d'une manière qui le rapprochoit de nos auxiliaires , sans pourtant lui en donner le caractère essentiel.
Mais dans le dialecte Ottoman , on ne s'en tient pas à ce premier degré de composition qui est commune à toutes les langues du monde ; on fait usage de cette composition de temps proprement dite, où un participe exprimant, sans désignation de personne, une action passée ou à venir, est uni sans crase à un temps personnel, soit futur, soit prétérit, et représenter d'une manière complexe, un futur ou un passé relatif. Cela ne peut se faire qu'à l'aide d'un verbe auxiliaire , et les Turks ont adopté à cet effet olmak et ses annexes, qu'ils ajoutent au participe passé en misck y ou au participe futur en d)ek. II résulte de cette combinaison, des plusquepariaits, des futurs, des parfaits composés, toutes choses inconnues en ouigour; car on ne saurok en rapprocher ni le composé khilur erdilar [ils faisoient] , ni même les mots oJdurmisch erdi [il étoit assis]. Dans ces deux exemples , le verbe est réellement substantif ; le participe est un véritable adjectif qui marque un état et non une action. Cela est évident pour le second exemple même, puisqu'on ne pourroit pas en faire un plusqueparfait , ni le traduire par # s étoit assis.
Cette différence entre deux dialectes d'une même langue , n'est peut-être pas sans exemple (1) ; mais ce qui la rend plus remarquable , c'est l'analogie même qu'on observe pour les
(1) Les langues du midi de l'Europe, comme l'italien, le françois, l'espagnol, qu'on peut, jusqu'à un certain point, considérer comme des dialectes dérivés du latin , paraissent avoir imité leurs auxiliaires de ceux qui ont de tout temps été en usage dans les langues gothiques.
On voit quelque idée des verbes auxiliaires dans les phrases Latines qu'on
peut combiner de différentes manières; amaturus fui , vtnturus eram , &c.
M. Raynouard donne une autre origine aux auxiliaires François ; il aime mieux les rapprocher de quelques expressions Latines où le verbe habert esc joint -à un participe. Voyt^ Élémens de la Grammaire Romane, p. 84.
temps simples. Comment se fait- il qu'en ouigour le prétérit khildum, khildun , &c. contienne le parfait d'un verbe substantif qui n'existe que dans un dialecte différent ? Pourquoi n'y retrouve-t-on pas plutôt le radical Ouigour erdi , ou dour , ou doutout! Quelle cause peut avoir introduit un élément étranger dans la conjugaison des verbes, dans la partie la plus intime de la grammaire! Ce fait peu commun, si j'avois réussi à en bien exposer toutes les circonstances, offriroit, ce me semble, un problème philologique assez curieux à résoudre. Ce n'est pas une chose qu'on ait souvent occasion d'observer, que deux dialectes d'un même idiome, différant l'un de l'autre sur des points qui sont regardés assez généralement comme tenant à la nature même du langage. Mais cette première différence radicale en produit bien d'autres dans la phraséologie, la construction, la manière d'arranger les membres dune période. Le turk ottoman et l'ouigour se composent, pour la plus grande partie, de mots absolument identiques, et les phrases qu'on en compose dans chaque dialecte ont à peine un léger rapport entre elles. Considérés dans un vocabulaire, on seroit tenté de les prendre pour un seul et même idiome ; mais en lisant les livres, on est surpris de n'y pas trouver, principalement sous le rapport de la conjugaison, plus d'analogie qu'il n'en existe entre les idiomes d'origine tout à-fait distincte; car les. temps mêmes qui sont semblables n'y sont pas également usités. Comment, à quelle époque,' de quel peuple les Turks occidentaux ont -ils emprunté cette importante addition qu'ils ont faite à leur système grammatical! Ou , si le verbe auxiliaire existoit dans le dialecte primitif, pourquoi les Ouigours ont-ils renonce' à cet avantage, et comment ont-ils pu faire pour s'en priver £ Dans la première supposition, l'adoption n'auroit pu être faite que par les gens instruits , et n'auroit dû passer qu'avec peine dans la langue parlée. Dans la seconde, on conçoit difficilement comment on auroit pu décomposer la langue, en quelque soijte, analyser les mots pour en conserver le radical et en changer la forme. Dansles deux cas, on voit que le mode de comparaison des langues.
dont les plus habiles philologues commencent à sentir Timportance, et qui repose sur le rapprochement des diverses parties du système grammatical, que ce mode, désigné chez un auteur Anglois par d'expression hardie, mais juste, de physiologie du langage, ne doit pourtant pas toujours obtenir une confiance exclusive, mais qu'il faut encore y joindre l'étude des mots et de l'étymolôgie, étude qu*e te thème auteur appelle anatonùe. Ce n'est qu'en réunissant cette dernière méthode, à laquelle on s'est peut-être trop borné jusqu'à présent, parce qu'elle ne demande que des connoissances superficielles, avec la première qui exige un examen plus approfondi , qu'on peut parvenir, en philologie, à des résultats rigoureux et à des conséquences certaines, d'une 'égale importance pour d'histoire de la filiation des peuplés et pour celle de l'entendement humain.
Comme, dans une langue peu riche en terminaisons, le défaut de temps composés diminue beaucoup les ressources de l'écrivain, qui ne peut,sans*ce secours, varier la coupe de ses phrases, rattacher à l'endroit qui convient les accessoires qui pourroient éclaircir, étendre ou fortifier son idée principale, on doit s'attendre à retrouver dans l'ouigour une partie de cette monotonie qui nous a frappés dans le mandchou , et dont nous avons reconnu des traces dari s lé mongol. Faute de temps personnels , on est réduit à l'usage des participés, et, air lieu de périodes nombreuses, on ne peut'faire qu'une série de petites propositions isolées, toutes coulées au même moule, et toujours arrangées, i'u ne par rapport à l'autre, dans un ordre qui doit être rigoureusement conforme à celui des actions particulières qu'elles énoncent, pour qli'il n'y art pas de confusion ou d'interversion dans les idées. On sent quelle contrainte résulte de cette nécessité, et le rriorceau rapporté dans le second volumeen fera mieux juger encore, te qu'A y a de remarquable , c'est que les dialectes Turks f Hb l'on £6urrt>it user de constructions plus variées, participent, jusou'â uncertain point, à la même gêne, comme si l'on n'y eût pas 'pu secouer tout-à-fait un joug imposé dès l'origine, ni s'habîtuër âVïiberté dont on y pou'rroit jouir. L'usage
des temps simples et impersonnels vient souvent y obscurcir les idées que les temps composés evprimeroient avec netteté et précision. Du moins, les Ouigours, ont évité les principaux inconvéniens de ce système, en suivant une marche simple et naturelle qui empêche d'éHre élégant, mais permet d'être clair : on en jugera par les textes rapportés dans l'Appendice. Les autres Turks qui , sans renoncer à l'emploi fréquent des participes , ont voulu porter dans leurs compositions un style plus orné, et construire leurs phrases d'après un plan plus compliqué, n'ont réussi qu'à rendre la construction embarrassée , sans introduire dans leurs écrits des beautés qui pourraient pourtant ne pas, être exclues par la nature de leur idiome. Chez eux tirie longue période, imparfaitement soutenue par le retpur fréquent des gérondifs et des participes, conduit souvent le lecteur au bout d'une page, sans lui offrir le verbe d'où dépend le sens de la phrase entière. C'est, de l'aveu des plus hal>ile$,en ce genre de littérature, ce qui fait que la lecture des ouvrages Turks est toujours difficile et fatigante (1). -, .
, Mais un trait commun à tous les dialectes Turks, sans en excepter le turk oriental, c'est l'inversion perpétuelle, si contraire à nos habitudes, il semble même qu'on peut dire, si contraire à la nature. Ici, comme en mandchou et en mongol, le mot qui régit se place toujours après celui qui est régi, et le verbe principal, auquel viennent ressortir directement ou indirec-, ment tous les mou d'une phrase, doit toujours être mis à la fin. Les mots composés, les noms en rapport, les particules, le$ phrases incidentes, tout est soumis à la même règle; et si, dans les textes Ouigours, on trouve des cas où elle semble négligée, on s'aperçoit aisément que ces exceptions sont l'effet immédiat et palpable d'une influence étrangère, soit qu'on ait voulu rendre, sans les altérer, des phrases Chinoises consacrées, soit qu'on ait conservé à des expressions Arabes ou Persanes , l'ordre de construction qui leur est propre. , ,1 ,
(1) Clod. Grammat. Turck. p. 84.
28o RECHERCHES
La conjugaison des verbes est quelque chose de trop essentiel et de trop intimement lié avec la constitution môme d une langue, pour qu'il ait été possible de séparer les considérations qu'elle nous présente en ouigour, de celles que la phraséologie de ce dialecte rendoit nécessaires. Je n'ai d'ailleurs rien d'impor* tant à dire sur les particules : on en trouvera quelques - unes dans le vocabulaire, et il sera aisé d'en rapprocher plusieurs de celles qui leur correspondent dans le dialecte ottoman. La terminaison qui sert à former beaucoup d'adverbes se retrouve pareillement dans ce dernier ; c'est ainsi que l'on compose les expressions y*\v > \® > ^ taboukinda [devant]; ^Y** araschinda [entre]; y=^f9 baschinda [en tête], &c.
Dans tout ce que nous venons de voir de la grammaire Ouigoure, nous n'avons trouvé aucun signe de cette haute antiquité qu'on voudroit attribuer à la langue de ce peuple tant célébré de nos jours. Véritablement, les philologues ne sont pas bien d'accord sur les marques auxquelles on peut reconnoître un dialecte antique et primitif; mais il semble , d'un côté, qu'une grammaire extrêmement simple , telle qu'est celle du chinois , tienne de plus près aux premiers âges du monde , et, de l'autre, qu'un système savamment construit, comme celui du samskrit, indique d'une manière différente une aussi grande ancienneté, en attestant les efforts successifs et prolongés d'un grand nombre d'écrivains, et leurs travaux tournés pendant des siècles vers le perfectionnement d'un même idiome. Entre ces deux extrêmes, qui caractérisent également l'antiquité , en conservant , l'un , la trace de cette simplicité native qu'on est disposé à prêter aux premières sociétés; l'autre, cette tendance aux idées abstraites et métaphysiques qui dirige , pendant une certaine période , les écrivains et les philosophes chez les peuples raisonneurs ; entre ces deux types , vient s'arranger la foule des idiomes secondaires , combinaisons variées , ouvrages du hasard et de l'inconstance, altérés par l'ignorance ou réformés par le savoir. Cette marche souvent inaperçue, qu'on nomme usage par rapport à son état actuel, fait faire aux idiomes trop simples les additions
que
que réclame le besoin de s'exprimer clairement, et retranche de ceux qui sont trop compliques les règles minutieuses ou délicates dont l'observation est trop difficile ou trop embarrassante. De la première manière s'est formé, par exemple , le dialecte J Chinois qu'on nomme kouan-hoa, ou langue parlée ; et Je. l'autrei sont venues, si je ne me trompe, les différentes (.ingues de l'Inde ou des contrées voisines , dont le samskrit fait la base.
Si ces considérations ne sont pas entièrement dénuées de. fondement, il nous sera faqile, en faisant usage ; des données grammaticales que nous avons recueillies, de classer le dialecte- Ouigour, et par conséquent les autres dialectes Turks, suc lesquels l'esprit de système a moins compté, parce qu'ils étoient plus connus. Une langue qui possède des marques de nombres et de cas pour les substantifs, de temps et de personnes pour les verbes, ne sauroit être. celle de ce peuple créateur qui, ne devant rien aux autres, a su toi|t imaginer, et a laissé en héritage aux Hindous, aux Assyriens et môme aux: Égyptiens, son alphabet et les élémens des sciences et des arts. Ou si , comme rien n'empêche de le supposer, ce peuple privilégié ayoit porté dans sa littérature le même esprit d'observation et d'analyse auquel il devoit ses progrès dans l'astronomie et la géométrie , et dont on croit retrouver les traces dans les antiquités de l'Asie,; quand on ne ies dfnnoit pas, l'ouigour n'a point une grammaire assez perfectionnée , des formes assez multipliées , un système assez bien combiné, pour que nous y puissions voir la langue mère, le type des idiomes savais de l'ancien continent ; en un mot, ce dialecte est trop simple ou trop grammatical, trop poli ou trop grossier, pour être le dialecte primitif. L<e fond en estTartare et la forme en semblé étrangère. C'est évidemrnent la langue d'oin peuple jadis nomade, qui sîest fixé dans des villes , y a reçu quelques connpissances de ses voisins, a composé quelques livres, et voilà' tout.
Il entre trop d'incertitude dans un raisonnement fondé sur des notions aussi compliquées, pour que nous voulussions ety adopter le résultat, s'il n'étpit entièrement conforme à ce. que l'histoire nous apprend. Toute imparfaite qu'est la notice .quç
Nn" * 1
nous aVôns donnée sur les travaux -exécutés par les Mongols, il serait à souhaiter que nous pussions nous en procurer une aussi étendue pour l'histoire littéraire des Ouigours : mais cette nation , toujours foible et soumise , n'a que rarement attiré >ur eiie l'attention des Chinois, qui n'ont jamais vu en eHe un peuple savant, ni anciennement civilisé, ni capable d'exercer sur se» voisins aucune în'ftu'ence religieuse, politique ou littéraire; mais simplement une tribu un peu moins barbare que les autres Tartares du nord, puisqu'elle habitoit dans les villes, reconnoissoit la supériorité du gouvernement Chinois, s'attachoit à en imiter les institutions, honoroit Corifucius , étudioit ses livres, et jolgnoit à l'usage des caractères', celui de certaines lettres qui lui avoient été communiquées par les étrangers.
Au commencement du premier siècle avant notreère^ les Chinois avoient appris par de longues guerres et par de nombreuses expéditions, à connoître les différerts peuplés qui habitoient la Tartarîe. Ils avoient des notions précises sur les états situés entre l'empire et les frontières de la Perse ; et les négociations qu'ils, avoient, conformément aux règles d'une sage politique, entreprises avec les Ou-sun , les Youéi-chi , les Bactriens, tous voisins à l'ouest des Hioung-nou , leur avoient donné une juste idée de l'état de l'Asie, qu'ils décrivent assez exactement , quokjoe d'une manrère succincte. A cette époque pourtant, lOTiomdes Ouigours feur croît entièrement inconnu. Il est parlé pour la première fois 5e ce peuple à l'an pp avant J. C. , et non pas sous le nom d'Ouigours, mais sous celui de Tchhe-sse r qui, s'il n'est pas la transcritiWon d'un nom Tartare , peut se rendre en chinois par condûttààs de chitrs , <*/x<t|o£i<w. Ce n'est pas que les Tthhe-sse n'habitassent dans dès vHles; mais on peut juger <ie leur puissance par ce qu'én dit l'histoire des Han. Le roi de la tribu antérieure, Thsïan Tchhe-sse, avoit sept cents famifles, six mille cinquante' 1 su jets, et dix-huit cent soixante -cinq soldats. Celui de la trrou postérieure avoît cinq cent quatre-vingt-quinte familles, quatre mille sept cent soixante-quatorze Sujets , et dix-huit cent quàtre-vingt-dix soldats. Tous-deux étoient également vassaux
des Hioung-nou. Où donc a-t-on pu voir que la civilisation de ce peuple remontoit à deux ou trois siècles avant l'ère chrétienne (i)î Qu'y a-t-il dans cette première et unique mention de l'état des Ouigours cent ans avant J. Ç,, cjui .apprise à dire que cette nation originaire des bords du Selinga (a), ait fpndé , plusieurs siècles avant l'ère chrétienne , au, milieu de la Tar tarie, un royaume séparé de. la . Chipe et du Tibet par le désert de Hamy, et enyojé de nombreuses colonies dans différentes contrées, de F Asie (3) * Qui no lis apprend enfin que la religion et les caractères Ofghours remontent à une très- haute antiquité {^) \ Les écrivains Chinois ne disent ni ne font entendre rien^de semblable, et ils ,sont les seuls qu'on puisse consulter sur cette matière.
Bien plus : six siècles au moins s'éaqujèrentj pendant, lesquels ies Ouigours, soumis tantôt aux Chinois,- et tantôt aux nations
. errantes qui dominoient dans, la Tarjtarie, n'offiir^ejnt^aux . premiers le sujet d'aucune remarque ret n'je^eiiçècent kur des autres aucune espèce (J'influence. Des voyageas instruis, qui parcoururent la ,Xartarie au iv. e siècle pour y examiner les progrès tju culte de flouddha (5) , rapport que quand jls Jurent arrivés -au pays de Çjian-chan , aux environs du, lac de^L'op, ils furent frappés de ia ressemblance que' Jes habitans avoient avec les Chinois, squs le rapport des moeurs et des habillemens. Leur roi ayoit embrassé Je cuite de Bouddha, et il pouyoit y avoir dans ses états quatre mille religieux, tous de l'ordre inférieur. Pans ies pays situés à l'occident, ies Cfià-men avoient aussi
. répandu la religion Indienne. .Tous ces peuples avoient ensemble beaucoup d'analogie; mais, suivant la remarque des voyageurs,
chacun, d'eux avo\t sa langue et . n'entendoit , pas celle de, ses voisins-:) r^ajimçins » tQH* jles religieux , s>donjiqie,nt égalemen t
(1) Alphabet Mantchou, j.« édition, P S'
(2) Noos verrons ailleurs que ies traditions qui lui donnent cette -origine sont modernes, et d'une autorite foible, par rapport au témoignage des écrivains Chinois contemporains.
(3) K apport sur tés travaux de la
Classe d'histoire et de littérature an cienne, 181 1 ; p. 40.
(4) Recherches Asjartfiues , jtrad. Fr.
t. II, p. 62.
(f) Oh a un extrait de le or relation, dans le Pian-l-tian, k: 5^ p.j, [')
Nn a
l84 RECHERCHES
à l'étude des livres Indiens et de la langue Indienne (i). Dans toute ieur relation, qui est fort étendue; il n'est pas même parié des Ouigours.
Vers l'an 478 > le roi des Tchhe-ssk , qui se nommoit Kîa > acquit une assez grande puissance. Les peuples de Yerkiyang ayant été battus par les Ye-tha , lui demandèrent un roi, et Kia leur donna soa second fils pour les gouverner. Cette circonstance accrut sort influence, et il songea à l'étendre en réglant son gouvernement sur le modèle de celui de la Chine. II eut un grand nombre de mandarins; et il établit pour les mariages, les funérailles, et les redevances des peup^s, des coutumes qui avoient la plus grande analogie avec celles de l'empire. C'est à l'époque de ce prince que les historiens partent pour la première fois de la littérature des Ouigours. Km avoit fait peindre dans la salle de son conseil l'entretien du roi de Lou avec Confucius, an sujet de l'art de gouverner. 11 avoit établi des historiens publics chargés de tenir note des événemens de son règne. Les caractères dont ses sujets faisbient usage étoient les mêmes que ceux de la Chine; niais ils se servoient aussi des lettres des Barbares. Ils avoient le Chi-king de Mao-chi , le Un-iu , le livre de l'obéissance filiale, et quelques chroniques. Les enfàns des mandarins, étoient rassemblés dans des collèges , où .on feirr enseignoit le sens de ces livres. Hs étoient aussi adonnés à la poésie (2). Le goût des Ouigours pour la littérature Chinoise ne fit qu'augmenter; et sous le règne de Hnrô-ming [ 51 5-528 J, les Ouigours envoyèrent une ambassade pour demander les cinq king et différens livres historiques (3). Ils prioient l'empereur de permettre à un docteur du Collège impérial, nommé Lifeu-sie, de venir dans leur pays pour leur enseigner les éfémens des lettres; cette demande leuj fut accordée. C'est à ce peu de faits que se réduit ce qu'oit sait de la littérature des Ouigours , jusqu'à l'établisse-:
(1) Tchou kia }in, kial si* TTiian-tcftou chou , Thian-tchou tu. (i) Wta thiun t/ioung khaç, k. 336, p. j+ (3) Ibid. p. , S .
ment des Hoëi-hou dans le pays de Kao - tchhtmg ; et le silence des historiens sur cet article est d'autant plus concluant , qu'ils entrent dans d'assez grands détails sur les mœurs, les révolutions politiques, les expéditions militaires, &c.
Un voyageur Chinois qui visita le pays des Ouigours vers l'an 081 , y trouva les anciens habîtans, ou les Ouigours proprement dits, sous la domination des Hoëi-hou, que Visdelou, Gaubil et quelques autres confondent avec les premiers. Ces peuples, qui étoient comme les Ouigours de race Turke, durent changer peu de chose à la langue du pays, qui continua, en effet, d'être désignée par le nom de langue Wëi-'ou-eul [Ouigoure] (1). Les Hoëi-hou , de leur côté, donnèrent leur nom à la contrée où ils étoient en grand nombre, et qu'on nomma indifféremment , pour cette raison, pays des Hoëi-hou ou des Ouigours (2). On verra, dans le tableau des nations Tartares, que la ressemblance de ces noms a fait confondre à plusieurs auteurs les Ouigours avec les Hoëi-hou. Quoique ces deux nations fussent de même race et parlassent également la langue Ouigoure, ou, pour mieux dire, la langue Turke, le lieu et l'époque de leur origine sont fort éloignés , et les auteurs qui les ont pris les uns pour les autres, ont commis une erreur assez grave; néanmoins, l'opinion qui les rapprochoit a pu se soutenir en un certain sens, ainsi que je me propose de le faire voir.
Quoi qu'il en soit, Wung-yan-te , le voyageur dont nous avons parlé, étant arrivé à Si-uheou, capitale des Hoëi-hou, et située dans le pays ou a été depuis Bisch-batik , trouva dans cette ville plus de cinquante temples de Fa, la plupart élevés par l'ordre des empereurs Chinois. Dans le milieu de chacun de ces temples , on voyoit le livre de la loi ; on y trouvoit aussi des livres Chinois , comme le dictionnaire tonique de la dynastie des Thang, le vocabulaire Iu-ph'um, des commentaires sur les Kiug ■ &c. On voyoit, dans d'autres parties de la ville, plusieurs biblio-
(1) Pian-i-tian , k. 51 , />. jy.
(2) Wtn hian thoung khao , k. 336, p. 17,
thèques publiques, où se trouvoient les ordonnances de l'empereur Thaï - tsoung , fondateur de la dynastie des Thang. Il y avoit enfin des temples de la religion de Mo-ni ou Manès , des prêtres de Pho-sse, ou des sectateurs de Zoroastre, et d'autres i gardant chacun leur ioi , et désignés dans les livres de Bouddha par le nom de Waï-tao , doctrines extérieures. • Ainsi , nous voyons au x.« siècle les Ouigoùrs soumis, comme nous pouvions le supposer, à la triple influence des Chinois, des Indiens et des peuples de l'occident. C'étoit, comme on sait, au milieu du pays des Ouigours que les empereurs de la dynastie des H an avoient établi ce gouvernement général auquel ressortissoient tous les royaumes de la Tartarie, et qui a contribué à entretenir les liaisons de la Chine avec les contrées occidentales. Les Chinois ne cessèrent jamais de se mêler activement de la politique des princes Tartares dans cette partie de l'Asie , et le fondateur de la dynastie des Thang finit même par la réduire en province de l'empire. L'appât du commerce et diverses autres circonstances avoient conduit , à différentes époques, beaucoup de Chinois chez les Ouigours, et même beaucoup plus loin; les géographes placent, par exemple, dans les montagnes qui sont au N. E. de Fergana(i),une colonie de trois cents familles Chinoises, que les Thou-khuét y avoient transportées, et qui, quoiqu'elles eussent adopté en partie la manière de se vêtir des Turks , au milieu desquels elles se trouvoient placées , avoient conservé dans leur langue et dans leurs lois les marques de leur origine (i). Les historiens Chinois nous font connoître beaucoup de faits de ce genre. Combien d'autres n'ont - ils pas dédaigné de recueillir , et qui , si nous en avions u»e histoire exacte , donneroient à nos rapprochemens étymologiques une étendue et une solidité qu'il nous est rarement possible d'atteindre.
(i) Le Texte dit : A IO li au midi de Sou-ye , et à 200 // au N. E. de Pe-choui ou de XEau blanche. La ville de Sou-ye n'est pas sur nos cartes; mais il n'y a guère de doute que Pe-choul ne foit la
ville d'Esfid/ai, dont le nom un peu altéré signifie en persan Eau blanche.
(2) Thang-chou t Description des pays occidentaux , k. 22 1 , p. 1$.
SUR LES LANGUES TÀRTÀRES. 287 L'existence des sectes occidentales dans fa Tartane na pas besoin de nous être confirmée par le témoignage des écrivains Chinois. Kircher, Assemani, Mosheim, Lequien, et beaucoup d'autres, ont pris soin de rassembler toutes les preuves qui constatent que, dès les premiers siècies de notre ère, les patriarches Syriens avoient établi des métropolitains dans différentes parties de l'Asie orientale, à Samarcande, et jusqu'en Chine. Nous avons supposé ce fait démontré, en parlant de l'origine Syrienne de l'alphabet Ouigour, et il nous paroîtroit bien superflu de nous y arrêter en ce moment: il est également inutile de rappeler les persécutions que Manès et ses sectateurs eurent à essuyer en» Perse, au temps de Sapor et de Bahram, et qui firent émigrer beaucoup de manichéens dans les parties éloignées de la Tartarie. Pour les Guèbres ou Parsis, la conquête de la Perse par Jes Arabes dut en conduire beaucoup dans les contrées orientales , où l'on sait que les derniers Sassanides espérèrent trouver du secours; et d'ailleurs les Chinois nous apprennent qu'avant cette époque , tous les Turks des pays occidentaux , c est-à-dire , de la Boukharie, avoient reçu la religion de Po-sse [Perse], religion qui consistoit dans l'adoration du ciel, de la terre, du soleil, de la lune, de l'eau et du feu (1). On sait avec certitude que la religion de Zoroastre avoit pénétré jusqu'en Chine (2), et qu'elle y avoit été apportée à travers fa Tartarie.
Quant aux Hindous , il y a quelque chose de singulier à remarquer, c'est que ce sont ies Tartares qui les ont fait connoître aux Chinois. Lorsque ceux-ci, étendant leurs vues du côté de l'occident, cherchèrent, dans le premier siècle avant notre ère, à contracter des alliances avec les rois de la Bactriane et de la
(r) Thseu thian , ti,)i,youâ, ehoui, ho ; thseu si i che jeou sou tse eul , y an , ■pi , evl. Si-iu tchou Hou cheou khi fa, Thang chou , k. 221 , part. z',p. 10,
La phrase Chinoise dit de plus que les sectateurs de cette religion ont coutume, chaque soir, de se frotter avec du musc ,
et de se laver la barbe , le visage , le nea et les oreilles.
(2) Voy. l'édit de fempereur Woutsoung, dans la collection de du Halde, /. II, p. tftj in-jf.' f Hist. de la dynastie Tang, dans les Mémoires concernant les Chinois , t, XVt, p- 2ij tt su'ty-
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SUR LES LANGUES TARTARES. 289 objet présent. Nous y voyons conservé le souvenir des missions Bouddhiques dans la Tartarie, lepoque et le lieu des premières prédications indiqués d'une manière générale. Nous ne serons plus étonnés de trouver l'écriture Indienne, les doctrines Indiennes, en vigueur chez les Tartares; et nous reconnoissnns, ce qui est bien important pour nous , la route qu'elles ont suivie, et Tord ré' dans lequel les habitans de la haute Asie en ont eu connoissance. La race Gothique d'une part, et la race Turke de l'autre ont précédé de> plusieurs siècles, dans leur conversion au bouddhisme , les Mongols et les Tongous, situés trop loin, à l'orient, de la contrée où la communication est possible entre la Tartarie et l'Inde. Laissons à d'autres le soin d'examiner les effets de cette communication par rapport aux nations Gothiques; il nous suffit d'avoir trouvé un moyen conforme aux règles de la critique et fondé sur des traditions respectables, pour expliquer, sans avoir recours à de vaines hypothèses , l'extension de l'influence des Hindous du côté du nord , jusque dans la Sibirie.
Khotan semble avoir été de tout temps la métropole du bouddhisme en Tartarie. Les voyageurs dont nous avons parlé plus haut, trouvèrent que les habitans de cette ville avoient tous embrassé la loi ; on y comptoit des milliers de seng [ bonzes ], et leurs habitations étoient ornées d'un grand nombre de ces tours que les bouddhistes ont élevées par-tout où ils ont porté leur religion. On évaluoit à quatorze le nombre des monastères considérables; quant aux petits, on ne pouvoit les compter. Fa-hïan, l'auteur de cette relation qui est fort curieuse, ne parle pas des livres qui dévoient infailliblement se trouver dans ces monastères (1). Au temps des Liang, c'est-à-dire, dans la première moitié du VI.* siècle, les habitans de Khotan se sè'rvoient , pour écrire, de morceaux de bois au lieu de pinceaux (2). Ils avoient donc dès -lors une écriture ; mais l'histoire ne nous
(l) Relation des Missionnaire Bond- I [397-40* )j Pian-i-ûan t k. 55,/». j. dhiques, dans les années Loung-'.m \ (2 ) \\>\à,p. 7 .
Oo
apprend pas en quoi elle consistoit. Selon les historiens des 'We'î, aux iv. c et v. e siècles, la religion de Fo étoit fort répandue dans cette contrée. Les temples, les tours, les monastères, y étoient nombreux et peuples d'une foule de religieux des deux sexes. Au midi de Khotan , à 50 /*, étoit le temple de Tsan-mo, où le célèbre Rahan et mendiant Lott-tthcn (1) , ayant converti le roi du pays , avoit autrefois établi le premier temple de Feourt/iou qu'on eût vu dans ces contrées (a). L'histoire des Thang, qui parle plus au long de Khotan, sous les noms de K'm-sa-tantia (3), complète les détails que les autres historiens ne font qu'indiquer, et nous apprend positivement ce qu'à la vérité nous, aurions pu supposer. Les hahitans de ce pays ont des livres his* toriques et des lois écrites. Pour les lettres, ils ont pris modèle sur celles des Hindous, en en altérant un peu la forme. L'historien des Thang raconte ensuite, avec des détails trop étendus pour n'avoir pas été puisés dans quelques chroniques du pays, rétablissement des premières colonies Indiennes dans ce royaume ; et les traditions mêlées de fables qu'il rapporte, conduiseutitoujours à ce résultat, que le, bouddhisme a été la source de la civilisation de ce pays. On voit pourquoi, à. défaut d'histoire littéraire, je recueille rapidement ici quelques traits de l'histoire religieuse des Tartares. Chez certaines nations, la théologie est toute la littérature; et l'introduction d'un culte nouveau. entraîne avec elle tant dë conséquences, qu'on auroit un tableau complet de l'esprit d'un, peuple, si l'on pouvoit se procurer une histoire détaillée de sa croyance. , ... .
La ville iïYerkiyang, comme la plus voisine de Khotan, dut de bonne heure participer à la même influence. Les historiens
(1) D'Eure» If , nomment Pi-Uutchen.
(2) lbioVr). S. '
(3) Dâfls l£ langue du pays-, ce nom signifie tait ou mammtlU de ta terre.
Les autres noms sont une altération de celui- In. Hoan^na est le ' nom qu'on donne à la ville dans la langue vulgaire.
Les Hioung-nov la nommaient Iu-tun j les Tartares l'appellent Hou- tan ; les Hindous, Khiou-tan , noms dont l'ancienne dénomination Chinoise de /«thian est une corruption. Thang- chou , Description des pays orientaux , k. 221 , //' part. p. i6>
Chinois ne donnent aucun renseignement sur l'écriture de ses habitons, pour les trois premiers siècles de notre, çre ; mais au quatrième, ils nous apprennent qije les habitans de [Yerkiymg]- font, usage.de caractères semblables à ceux des f>o+ lo-men ou brahmanes. Ils semblent ensuite indiquer l'existence de deux sectes, en disant que ces peuples adorent l'esprit du ciel, et en même temps suivent le culte de Fo (i).iLa remarque relative à l'écriture est répétée dans l'histoire des Sont, pour la lin du vi. e siècle (2}; et .celle des Thang, trai^antce s^jet, un peu plus au long, ajoute que Jes caractères usités à Yerkiyapg >sont ceux /des Hindous , auxquels on a fait des additions et' de légères altérations (3). Ces peuples, continue la même histoire, n'ont pas de mémoires historiques ni de chronologie ; il y a seufemçrit dans les monastères, des religieux qui, enseignent à ieius disciple^ ia théologie, bouddhique : ces religieux WH leur&, {ivres - sacrés-, et des codes, de morale-er de législatif » qui sont entièremenft semblàhies à ceux des htindou* ; ceux qui des veulent apprendre , les copient pour se Les graver dans ja mémoire, ; ,j Le royaume.de Sou -le, ,que de Gujgnes, croit être, celui de Khasiçar (4)., étbit aussi, dè$ ie V siècle, converti au bouddhisme, tui mtains ien grande partie;. Un prince, de jçe,, rpyaume;, alors .très -.puissant ($) dans, la ,Bpukharie„ envoya à l'empereur JCœp-tsoung, de la dynastie; des ' Wéi, s coin me, mie (( relique J précieuse, le manteau de ÇhabSa-mouni Fo (6). Plus tard, on, cemarque que les lettres de ces peuples sont celles qu'ils ont reçues
1 évKïêrhwent fa transcription Chinoise cïe jCequ'Hyade radical dans Kaschgar.yoy.
Thung-c hou , k. îxt , //'part. p. ij.
(5) Au temps des trois royaumes ^ le rot de Sou-lp comptoit 'partiii ses tributaire» les Etats su i vans : Tcfùng-tchcuiw, So-tchhe, Ko-chi, Khiu-cha, Si-ye, 7 -tien, Afan-li, I-)o, Ju-fing, 1 l Srun À tou,' f/irousiun et K'w. La plupart de ces pays sont situés dans la Boukharie.
(6) Pian-i'tian, k. $6, v. 7.
Oo 2
• (1) Pian-i-tian , k. 51 , p. 7.
(2) lbid. p. (f.
(3) lbid. p. to.
(4) Les géographes modernes s'abstiennent de prononcer sur l'identité de Sou-U et de Khasigar. J'aurai , dans un autre ouvrage , occasion d'examiner cette
Suestion. Il suffit de remarquer en faveur e l'opinion de de Guignes, que l'histoire des Thang donne pour synonyme du nom de Sou-U celui de Khiu-cha, qui est
des Hindous, et que, malgré les altérations qu'ils leur ont fait subir, ils en ont conservé le fond. Leur langue est, à beaucoup d'égards, assez éloignée de celle des autres pays voisins. Ils sont fort adonnés au culte de Fo, et y ont consacré un grand nombre de monastères : les religieux qui y habitent se livrent à l'étude de la théologie; ils ont des livres sacrés, mais dont ils n'entendent pas le sens, se bornant, le plus souvent, à en réciter les paroles de mémoire , selon ce que l'usage leur a appris ( 1 ).
En remontant vers le nord, on trouve chez les géographes Chinois le pays de Kouëi-tseu ou Khieou-tseu , qu'on croit être celui de Bisch^balik et de la rivière ///, et qui, effectivement, ne sauroit en avoir été fort éloigné. Au temps des Tsin (au rv. e siècle), les Kouëi-tseu ayant porté leurs armes jusqu'à Ytrkiyang, y prirent la connoissance de la religion de Fo, Sous les Dang , -un de leurs rois portoit le surnom dô Ckin-tou [Hindou]. Souk les Thtjng, on leur attribue l'usage d'un alphabet qu 'iis^oirt' pris aux Hindous, en lui faisant subir quelques altérations. Les religieux qui habitent dan* les monastères sont dépeints corn me se livrant aux -mômes occupations que ceux des autres royaumes voisins, et se conformant, pour leur règle et leurs institutions , <à ce que 1 leur ont enseigné les Hindous (2). Les cérémonies que «es peuples font en l'honneur de Fo , principalement à l'équi- Tioxe d'automné, et les assemblées qui ont lieu dans les temples et devant les images de cette divinité, sont racontées au long •dans l'histoire ; mais mieux encore, à ce qu'il paroît, dans un livre que je ne connois que par des citations et de simples extraits , i Histoire de l'occident, par les religieux Bouddhistes. Cet ouvrage doit être infiniment curieux, et il contient sans doute les renseignerhens lès plus précis sur tous les pays où le bouddhisme a été porté par les Hindous. Sous le règne de J'w-tsoung [1022-1062], les Kouc'i-tseu ayant envoyé plusieurs ambassades en Chine , reçurent pour récompense un des livres de
(1) Pian- 'i-tiatt, k. $6 , p. fi.
(2) lbid. k. 5 1 , p. 18.
Fo, Fo king i tsang (1). On ne fait point connoître le titre de cet ouvrage ni la langue dans laquelle il étoit écrit. Enfin sous la dernière dynastie, les habitans de Bisch-balik, renouvelés, pour ainsi dire, par l'effet des invasions successives des Hoëihou, des Mongols et des peuples d'occident, avoient imité les Musulmans dans leur manière de se vêtir; mais leur langue, suivant la remarque de la géographie des Ming (2), continuoit d'avoir les plus grands rapports aVec celle des 'Wëi-ou-eul , ou des Ouigours.
A l'occident des Kouëi-tseu , les Chinois placent les Kou-me ou Pa-'lou-kia , dont le pays répond à un espace blanc de la carte de d'Anviile, au sud-est du lac de Balgach. Il en est parié dès le temps des H an; mais ce n'est que sous les Thang qu'on trouve des indications relatives à leur littérature. Ces peuples avoient des lettres qui ressembloient à celles des Kouëi-tseu, et 6'arrangeoient suivant la même méthode. Leur langue ofTroit aussi peu de différence (3), c'est-à-dire que leur idiome Turk ou Ouigour, comme celui de Bisch-balik, s'écrivoit avec un alphabet d'origine Indienne. Selon d'autres, l'alphabet des Pa-lou-kia étoit formé de trente mots, ou même d'un plus grand nombre, qui , en se combinant ensemble, setoient multipliés pour former l'écriture (4). Cette manière de s'exprimer est celle que doit naturellement employer un Chinois , en parlant des lettres Indiennes i dont chacune emporte avec elle une prononciation syliabique. On ajoute que les Pa-lou-kia écrivoient perpendiculai- Tement, ce qui pouvoit être, comme nous l'avons observé pour l'ouigour, l'effet de l'influence des habitudes Chinoises. Us avoient des livres et des chroniques, ainsi qu'un grand nombre d'écrits dont le sens se conservoit par une suite de traditions auxquelles on avoit soin de ne jamais rien changer (5). Le pays deKo-cAouang-
(1) Pian-i-tian , k. 5 1 , p. 27. Youan-tsang , citée dam le Tseu ht*
(2) 1-thoung. rcfii , k. 24. ***** L 2 > P- 4S-
(3) Pian-i-nan , k. Ç2, p. f. (î) Tuu hio ùan , ubi suprà.
(4) Description dt l'Occident, par
na , situe à l'occident de Kou-me , environ à 45 lieues à l'est de Taras, ofFroit aussi une écriture dérivée de vingt -cinq (i), ou, selon d'autres, de trente (2) caractères primitifs. On la traçoit en travers et de gauche a droite (3), circonstance qui ne permet guère de méconnoître l'écriture Indienne, ou d'attribuer aux habitans de Koc-houang-na l'usage de l'alphabet Ouigour ou de celui des Arabes. Cette écriture (ou les livres qu'on avoit écrite en s'en servant, car le terme Chinois wen est ambigu) .s'étoit répandue au loin , et étoit employée par tous les peuples voisins, qu'on désignoit ensemble par le nom de Sou-li , et cette dénomination s'appliquoit aussi à leur langue et à leur manière d'écrire (4). , Voilà les principaux états de la petite Boukharie parcourus; et tout ce que les écrivains Chinois nous y ont fait voir, c'est le culte de Bouddha et l'écriture Indienne portés de l'Hindoustan en Tartarie, quelque temps avant notre ère, et répandus, au nord, jusqu'aux lieux où sont à présent les frontières Russes; à l'orient, jusqu'au lac de Lop : mais rien ne nous indique que les Ouigours eussent adopté ni l'un ni l'autre, ou, pour mieux dire, le peu d'indications que les Chinois ont conservées sur cette nation fort peu importante à leurs yeux, nous conduisent au contraire à supposer qu'ils n'embrassèrent point la croyance Indienne, et qu'ils firent usage d : une écriture dérivée d'une autre source que les alphabets usités dans le reste de la Tartarie. Le premier point est presque démontré par le silence des écrivains Chinois, et principalement par celui des Missionnaires bouddhistes du iv. e siècle. Le second présente m,oins de sujets de doute encore : les Chinois savent très-bien distinguer les lettres Indiennes, Th'um-tchou cfiou(j), de celles des Barbares, Hou
(1) 7V*-!/ hio tian , uhi supra.
(2) Pian-i-iian , k. <>2,p.+ï. (}) Tstii hio tian,
(4) llùd. k. 2, p. 4$. — Pian-i-tian,
(5) 11$ disent de ces lettres, que l'invention en est attribuée à Brahma ;
qu'on les trace sur des feuilles de pei-to; qu'elles sont très-propres au calcul des temps et à l'étude des sciences, et qu'elles ont servi à la composition du JVi-pan fting ou livre du Nirn'ana, en quarantedeux chapitres. Kou*kin thou chou, Tstu hio tian, k. 1 «1 z.
SUR LES LANGUES TARTARES. 295 chou (1). Les premières, composées de trente signes au moins, étoient en usage dans toute la Boukharie ; les autres, au nombre de quatorze seulement (2), n'avoient cours que chez les Ouigours, et peut-être chez quelques peuples du nord.
Le tableau que je viens de tracer, en m'attachant scrupuleusement aux auteurs Chinois, représente les peuples de la Boukharie, c'est-à-dire, la partie de la nation Turke qui vivoit dans des villes, d'une manière peu conforme aux idées reçues. On doit être surpris de voir les Ouigours n'en occuper qu'une très- petite partie, et leur littérature, si ancienne et si étendue selon l'opinion de quelques auteurs, obtenir à peine une légère mention, et se réduire presque à rien , à l'examen. C'est qu'en efTet cette tribu peu considérable, perdue au milieu de nations beaucoup plus puissantes, n'avoit encore, au vm. e et au ix. e siècle, joui d'aucun genre de célébrité , ni obtenu aucune espèce de prépondérance; ceux qui la soumettoient alternativement, ne prenoient presque point la peine de la compter parmi leurs tributaires. Le renom qu'elle a acquis dans des temps postérieurs, vient uniquement de ce que la puissante nation des Hoe'i-Jioua été confondue avec elle ; de ce que cette nation , après avoir , comme toutes les autres, subjugué les Ouigours, adopta leur alphabet' Syro-tartare, et le répandit ensuite, avec l'islamisme qu'elle avoir embrassé, dans toute la Tartarie; et enfin, de ce qu'au xin.* siècle, Tchinggis - khokan et ses successeurs s'attachèrent, comme secrétaires , des écrivains Ouigours (3), les seuls qui , dans ces contrées, poUvoient offrir aux Mongols une écriture plus simple ou plus facile que les caractères Chinois, ou les alphabets
(1) II y a sain doute quelque confusion dans le 'King- tsiei tchi ou Essai d'histoire littéraire, quand l'auteur y donne aux lettres des Barbares le nom de Pù'lo-men chou , lettres des Brahmanes.
Je ne sais de quel alphabet occidental entend parler 'Wéi-sou , quand il place au nombre des cinquante- six écritures qui lui sont connues, celle qui est usitée dans Us pays des Barbares éloignes, qui
a été laissée au* hnmmes par un certain Ho- ma , roi des Génies , et qui est semblable' aux ( caractères chinois nommés) Siao-tchhouan, Tseu hio lion, k. 2, P-4J-
(2) Si-iu Hou chou i cki-sse tscu louan i thsi in i yqen sing, i -kouang. lbid. j>. /2.
(3) Aboul ■ ghtqi , Hist. géiu'alogiq.
p- pS.
dérives du dévanagari. Il est donc nécessaire de jeter un coupd'œilsur l'état littéraire de l'autre division de la nation Turke, qui de tout temps est demeurée attachée à la vie nomade, contente de dominer sur les villes et d'en rançonner les habitans. On pense bien que cette partie de nos recherches Jie nous offrira pas des faits bien nombreux. En effet, nous aurions fini en peu de mots, si, aux considérations purement littéraires, nous n'étions obligés d'en joindre quelques autres, prises de la croyance de ces nations errantes. Ce ne sera pas là sortir de notre sujet; car le but de cet ouvrage étant, en dernière analyse , de faire arriver à la connoissance exacte des nations Tartares, par l'examen de leurs langues et de leur littérature, c'est parvenir au but par le chemin le plus court que de découvrir directement les sources où elles ont puisé, avec leurs idées religieuses, l'espèce de demi-civilisation qui en a été le résultat.
Les Hioung-nou , les Cha-tho , les Thou-kiouéi , et générâ"lement toutes ces grandes nations nomades auxquelles les Chinois attribuent l'usage des bois crénelés, khe-mou (1) , au lieu d'écriture, ne nous fourniroient le sujet d'aucune remarque , si nous voulions nous borner à ce qui est l'objet spécial de nos recherches. Ces peuples n'avoient point de lettres : telle est l'assertion constante des écrivains Chinois; par conséquent, ils n'avoient pas plus de livres théologiques que de monumens littéraires proprement dits. Ils avoient donc échappé à l'influence Indienne, aux prédications des Bouddhistes de l'Inde et de la Boukharie. Effectivement, tous les renseignemens qui nous sont parvenus par des sources différentes sur la religion des Turks et des autres Tartares de la haute Asie, tendent à les faire considérer comme soumis à un culte simple et grossier tout à-la-fois, où l'idée d'un Dieu suprême étoit obscurcie par la croyance des esprits.
C'étoit cette même religion des anciens Chinois, où le Créateur n'est point distingué du plus magnifique de ses ouvrages, où Dieu n'a point d'autre nom que celui de Ciel ; religion qu'on a très-
(1) Voyez ci-dessu» , p. €y
improprement
SUR LES LANGUES T A RT ARES. 197 improprement désignée par le nom de Cluunamsmt et qui n'a certainement rien de commun avec les Samanéens, ni pour l'origine, ni pour ie dogme. Qu'elle ait été apportée- dans la Tartane par ceux ifes descendais de Noé qui marchèrent sur les pas des fondateurs de l'empire Chinois, ou que les Tartares l'aient reçue*, comme tant d'autres institutions, des Chinois leurs voisins et leurs dominateurs, auxquels ils sont redevables de presque tout ce qui les distingue des sauvages ; c'est une question qu'il n'est pas de mon su/et d'examiner. Je rappellerai seulement que le mot de tangrï, forme peut-être de la racine Mongole ttigera [élevéji ei>t ambigu en turk, comme thiaii en chinois, et signifie également le ciel matériel et le ciel spirituel, auteur de toutes choses. Les empereurs Hioung-nou portaient ie titre fastueux de Tangri-fautQu[fA& du ciel], comme les empereurs Chinois ( 1 ), et ce titre a même passé depuis aux Mongols, Les Thou-houéi ou Turks proprement dits faisaient tous les ans, à la 5/ lune du 10 au 20, un grand sacrifice à l 'esprit du Ciel (i). A 500 M à l'ouest du campement de leurs khans, ces peuples alloient honorer un esprit qu'ils nommoient Po-tengri ; et dans leur langue, ce mot signifioit Dieu de la terre (3). Les Turks, que les écrivains Byzantins nous font connoître au vi. c siècle, honoroient le feu, lair et l'eau ; ils adressoient des louanges à la terre; mais ils nadoroient réellement et ne reconnoissoient comme Dieu, que celui qui a créé toutes ces choses : ils lui sacrifioient des chevaux, des beeufs et des brebis (4). Avant leur conversion au musulmanisme, les Turks seldjoucides adoroient un seul Dieu, qu'ils nommoient Kauk Tmgri , c'est-à-dire, le Dieu bleu (5). Il seroit aisé de multiplier à l'infini les passages des écrivains, tant
(1) Wen hian thoung khao , k. 341, F: 7'
(i) Ibid. k. 343 , p. 4 .
(4) Theophylacte , p. 174.
($ ) En arménien , Kabouiet Asdouevaa\. trad. Arménienne de l'Histoire de Mkhel Syrien, ms. de la Bibl. ëu Roi ,
n.° 90, fol. 13. Note communiquée par M. Saint-Martin.
II faut remarquer qu'en mongol hôhe veut dire bleu, et que fari en turk signifie c'nl. Y auroit-tl entre ces deux ' mots quelque rapport d'origine, et n'aitroit-on fait nue passer de l'une de ces acceptions à l autre î
Chinois qu'occidentaux, qui tous établissent le même fait. II n'est aucun de nos écrivains du moyen âge qui n'attribue la même croyance aux Tartares, en comprenant sous cette dénomination les nations Turkes qui n'avoient point encore embrassé l'islamisme (i). Il demeure constant, par tant de témoignages divers, que les Turks du nord, particulièrement ceux qui raenoient une vie errante et que leurs expéditions ont mis en rapport avec les peuples d'occident, n'étoient point Bouddhistes , mais reconnoissoient un Dieu suprême auquel des esprits tutéiaires ou nuisibles étoient subordonnés.
Il est certain que ceux de tous les Turks qui durent être les premiers convertis à l'isiamisme, furent ceux qui s'étoient établis dans le Mawarennahar , et qui vivoient dans le voisinage de la Perse et des autres pays musulmans. Dès le ix. e siècle , ces armées d'esclaves Turks, si impolitiquement introduites en Perse par les Arabes et par les Samanides, avoient facilement embrassé une religion qui leur ouvroit un accès au trône. L'élévation de plusieurs de ces esclaves au rang suprême contribua peut-être à attirer leurs compatriotes dans l'occident, ou du moins à répandre la religion de Mahomet chez les Turks. Les Hoei-hou , la dernière nation Turke qui ait fondé une véritable puissance dans laTartarie, pratiquant, comme les autres peuples de la même race, une religion simple et presque sans dogmes, se convertit, sans doute, plus complètement qu'aucune autre, et avec plus de facilité que n'auroient pu faire les Boukhariens attachés au culte de Bouddha. C'est du moins par cette nation que l'islamisme a été rapporté dans la Tartarie , et c'est d'elle que les Chinois ont pris le nom de Hoeï-hoeï{i) t qu'ils donnent à tous les Musulmans. Cette révolution dut avoir lieu progressivement depuis le x. e
(i) Voy. Petr. archiepisc. Russ. apud Matth. Paris, pag. 875. — Alar. Sanut.
Iiot. du Roi, fol. 2j6, verso. — Rubru-