‹ Recherches sur les langues tartares ou memoires sur differens points de la grammaire et de la litterature des Mandschous, des Mongols, des Ouigours et des Tibetains. Paris, Impr. royale 1820Chapitre 20 sur 20 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Essayons maintenant, de convertir en observations générales, les faits particuliers rassembles dans les Recherches qu'on vient de lire, et rappelons des résultats cjue le lecteur pourvoit; a.voj{ perdus de vue, afin de fortifier les conclusions que nous çroyqn& c,tre en droit de tirer, en finissant ce volume. Nous osons présenter comme certains les points suivans, qui avoient été jusqu'4 présent avancés sans examen , et quelquefois révoques en doute sans motifs suifisans.

Dans l'état actuel, les langues de la Tartane sont au nombre de quatre principales, avec quelques dialectes. Les mots de ces quatre Tangues , particulièrement ceux qui désignent des objets de première nécessité , et qui constituent Je fond 'des idiomes, sont radicalement différens, et ne se rapprochent non plus d'aucune autre langue connue.

Les ressemblances qu'on observe entre ces quatre idiomes, portent, presque en entier, sur des mots destinés à exprimer des objets d'arts, ou des titres de dignités , ou des idées philosophiques et théologiques; elles attestent les effets d'un mélange produit par le commerce, la guerre, l'influence politique et religieuse. Il en est absolument de même des mots étrangers qui se sont introduits dans les langues de la Tartarie.

Les différentes écritures qui ont servi à peindre ces langues, ont toutes été apportées du dehors, par l'effet de circonstances dont l'histoire a conservé le souvenir. L'adoption la plus ancienne ne remonte pas au-delà de l'ère Chrétienne.

SUR LES LANGUES TARTARES. 39J Les formes grammaticales sont en petit nombre et peu compliquées. Les rapports des noms s'y marquent par des particules affixes ou postpositions , sans crase. Les verbes n'ont point en général de conjugaisons. Les temps les plus usités sont impersonnels. La construction est rigoureusement inverse.

La littérature de tous les peuples Tartares se compose en entier d'emprunts faits, assez récemment, aux nations voisines» aux Chinois, aux Hindous, aux occidentaux. Leurs livres sont des traductions , ou tout au plus des imitations de ceux des peuples policés et agricoles qui habitent les contrées méridionales. Ce que nous disons ici de la littérature, doit s'appliquer à toutes les branches des connoissances humaines , mais en particulier aux idées philosophiques et religieuses.

Les conclusions à tirer de ces faits, qui reposent maintenant sur une base inébranlable , seront pour la plupart négatives : dans ces sortes de matières , il est plus ordinaire d'avoir d'anciennes erreurs à combattre, que des vérités nouvelles à établir.

Aucun ouvrage historique, aucun monument, aucune tradition, chez les Tartares ou chez les nations qui les ont le mieux connus , ne permettent de faire remonter l'état de demicivilisation où nous les voyons parvenus, à une époque plus ancienne que le n. e siècle avant notre ère.

A cette époque, les missionnaires Hindous, établis dans la partie méridionale de la Tartarie, à Khasigar, à Khotan, à Yerkiyang, commençoient à y répandre les premières notions des sciences et des arts , l'écriture Indienne , la religion de Bouddhah. Les Tibétains, les nomades du nord, n'ont connu tous ces objets que beaucoup plus tard.

L'opinion qui placeroit en Tartarie le berceau du genre humain avec le peuple primitif, ou ses descendans immédiats, ou la patrie des inventeurs des sciences, de l'astronomie, des alphabets de l'Asie, ou même l'origine des doctrines de l'Hin

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doustan, de Bouddhah, ou des Hindous eux-mêmes, ou des Chinois ; cette opinion , non-seuiement ne repose sur aucun fait positif « mais elle se trouve, à la bien examiner, entièrement inconciliable avec les observations philologiques et les traditions historiques de toutes les nations de l'Asie , à commencer par les Tartares eux-mêmes.

Le chamanisme n'a pris naissance ni dans la Tartarie, ni, selon mon opinion ,' dans la Bactriane. Les Samanéens ont pénétré assez tard dans la première de ces contrées ; ils y ont toujours été étrangers ; ils n'en ont jamais converti complètement les habitans. Beaucoup de ceux-ci sont restés attachés à leur culte primitif, qui est le plus simple de tous les cultes, l'adoration du Ciel visible et des Esprits , avec différentes pratiques superstitieuses.

Enfin (et ceci ne tenant qu'indirectement à ['objet de ces Recherches, mériteroit d'être examiné dans un ouvrage à part), les religions qui ont eu cours dans la Tartarie, n'avoient pas, non plus que l'art d'écrire , pris naissance dans les contrées du nord. Le samanéisme ou bouddhisme primitif, la philosophie de Confucius, le magisme, le manichéisme, le nestorianisme, le musulmanisme , le lamisme enfin , ou le bouddhisme réformé, y ont été successivement introduits, à-peu-près dans l'ordre où je viens de les nommer, et cet ordre est quelque chose de bien important à constater; car, si c'est pour nous une question historique de pure curiosité, que de savoir si Bouddhah est né dans l'Hindoustan ou dans le Tibet, ou si l'alphabet Devanagari a été inventé sur les bords du Gange ou dans les montagnes d'Altaï, c'en est une de conséquence que de déterminer à qui appartient la priorité, dans les traits de ressemblance incontestable qui s'observent entre la discipline et la hiérarchie des Lamas et celles de l'Église Romaine. Cette question , au reste , ne sauroit embarrasser une personne qui nous aura suivis dans nos Recherches , ou qui saura remonter aux sources où nous avons puisé.

Ainsi tout ce qui, chez les Tanares, est au-dessus de ces premières notions qui distinguent l'homme de la brute, leur est venu , à des époques connues , de leur communication avec d'autres nations plus instruites. Quatre ou cinq familles se sont répandues et multipliées sur d'immenses espaces. Les hommes qui en sont sortis ont fait quelques efforts pour s'éclairer ; ils ont cultivé quelques, sciences , mais ils n'en ont inventé aucune. Ils n'ont été ni tout-à-fait aussi grossiers que le supposoit Voltaire , ni , à beaucoup près , aussi savans que l'imaginoient Buffon et Bailly. Nous sommes donc obligés d'en revenir , au sujet de ces nations , à l'idée que nous en ont donnée les premiers auteurs qui en ont parlé, les voyageurs du moyen âge, les écrivains orientaux, les Missionnaires en Chine , Bergeron, Deguignes ( Deshauteraies , Mosheim , Lequien , les deux Muller , Bayer , et tant d'autres. Ces conclusions sont loin d'être aussi brillantes que les hypothèses par lesquelles on a cherché à suppléer à la connoissance précise des faits , tant qu'on a cru impossible de l'acquérir ; mais il n'est pas inutile de les reproduire, puisqu'elles ont été plusieurs fois contestées par des écrivains systématiques. On avoit trop compté sur le défaut de monumens , sur le vague et l'obscurité des traditions. L'antiquité de la haute Asie étoit en quelque sorte la région des hypothèses. On en connoîtra la futilité , et l'on s'instruira suffisamment sur l'histoire de la Tartarie, quand on voudra la chercher dans les écrivains Chinois, qui nous l'ont conservée. Quelque peu détaillés que soient les renseignemens qu'ils nous fournissent, c'est toujours apprendre quelque chose, que de déterminer précisément jusqu'où l'on peut apprendre, et même de s'assurer qu'on n'a rien à apprendre du tout ; mais cette ignorance ne s'acquiert qu'avec peine , et la fausse science coûte beaucoup moins. Rien n'est plus facile que de jeter au hasard des suppositions sur le papier, et d'annoncer avec mystère qu'on pourra les soutenir un jour. Il faut ensuite des volumes pour réfuter une seule parole de ce genre; c'est donc

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rendre quelque service aux sciiences historiques que deidissiper les ténèbres qui couvrent certaines parties de leur domaine, et ou l'imagination se joue en liberté. Resserrer le champ de l'erreur, c'est, en quelque sorte, agrandir celui de la vérité.

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FIN DU I. r VOLUME.

ADDITIONS et CORRECTIONS.

Pag. i. xn. e siéck , lisez xin. c siècle.

P. 4« Quoique le second caractère du nom Chinois des Tartares se lise à présent tc/ie dans ce nom , rien n'empêche de croire qu'il ait été lu primitivement ta, ce qui donncroit pour le mot entier Tha-ta. Ce ne seroit pas le seul nom dont les Chinois auroient altéré ia prononciation originelle ; et c'est ainsi qu'ils disent à présent A/iu-tchin , au lieu de Jou-tchi; Thou-fan, au lieu de Thoupo , &c.

P. 10. N'iu-tch'in ou Niu-tchi. En cet endroit, et dans tous les autres, où on lit le nom de ce peuple, il faut prononcer Jou-tchin ou Jou-tchi, conformément à l'étymologie.

P. i j. « Les Mongols . . . n'avoient ru aucun vhef de quelque renom avant l'apuparition de Tchinggis-khan. « — Comparez ce qui est dit des Mo-ho, p. 241.

P. 54. ium , lisrz fiiun.

P. 55 , note (2). Le mot de J) a^nuk ^a/juii u ç peut s'entendre de la position isolée des lettres qui ne se suivent pas comme dans l'écriture ordinaire, mnis qui sont placées séparément l'une sous l'autre.

P. 69. Le pays des 'An-si , dont il est parlé en cet endroit, est le pays des Asi ou de Bokhara. Au reste on trouvera, dans le second volume, des additions considérables à ce qui est dit ici des alphabets de certains peuples Tartares , et sur-tout de ceux des Khitan et des Jou-tchi , ainsi que le décret relatif à l'écriture de Pa-sse-pa , cité p. 75 , et plusieurs monumens et inscriptions recueillis en Sibirie.

P. 154. Ce qui est dit en cet endroit du nom à'Ouigour donné par Pallas à l'écriture Tangutaine , a besoin d'être modifié. La confusion ne devroit | as être attribuée au savant naturaliste, à s'en rapporter à un passage Mongol cité par M. Schmidt (Mines Je l'Orient, t. VI, p. 337^ , et qui sera discuté dans le second volume. — Dans la noie 2 , le nom d'année Ntiiral-toub seroit plus correctement écrit Nairaltou-toub. La phrase de l'allas cité** dans la note 3 , est tronquée; la voici rétablie en son entier : Der Lama banvhete sic* aber umsonst mit dieser Schrîfl das anbtjchlne leisten , weil démats die tungutische Schrijt die man UlGUR nannie , in vol/igern Gebrauch war. Et dans la note, Pallas assure plus positivement que je ne l'ai indiqué, que Ouigvur étoit alors

le nom cfe la langue Tartare : Oigttr SOLL dayimahl , u. $. v. , POuigour êtoit alors, &c.

P. 221 , not<r(3). J'avois été induit en erreur par le passage où M.KIaproth s'exprime de ia manière suivante : Utbersetiung der ^wei ersten Htftt des Mongolisch- Mandshu'ischen Wttrtersp'xegels. Irktttçk , 1806. J'apprends de ce savant luimême que la traduction dont il s'agit est restée manuscrite en sa possession.

P. 266. Oul-dourmisch; lisez ouldourmisch.

P. 312. Usbeks, Kirgis, &c. ; listi les Usbeks, les Kirgw, âcc.

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