‹ Recherches sur les lésions du centre ovale des hémispheres cérébrauxChapitre 1 sur 116 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’étude vraiment scientifique des localisations cérébrales est de date toute récente. Dans la première moitié de notre siècle, plusieurs cliniciens avaient admis, il est vrai, le principe de la diversité fonctionnelle des différentes parties du cerveau et cherché à déterminer le rôle de chacune d’elles dans la production des symptômes variés des maladies de l’encéphale (Foville et Pinel-Grandchamp, Bouiliaud, Serres, etc.) . Mais leur tâche était, à cette époque, hérissée de difficultés presque insurmontables. La physiologie proclamait hautement, en se basant sur des expériences en apparence très-rigoureuses, que les hémisphères cérébraux étaient inexcitables et fonctionnellement homogènes (Flourens), de telle sorte que l’observation clinique se trouvait être en désaccord avec les résultats de l’expérimentation

Pitres . I

physiologique. D’une part, en effet, les médecins rencontraient chaque jour des paralysies permanentes dépendant de lésions limitées du cerveau, tandis que d’autre part, les. physiologistes enseignaient qu’un animal privé de son cerveau, conserve toute la liberté de ses mouvements. Ces deux faits, également positifs, ne pouvant être réfutés l’un par l’autre, il était difficile d’échapper aux doutes que soulevait leur apparente contradiction.

De plus, pour étudier avec quelques chances de succès les fonctions des différentes parties du cerveau, il est indispensable de pouvoir déterminer avec une exactitude rigoureuse ie siège des altérations pathologiques ou des lésions expérimentales qui atteignent cet organe. Or, à l’époque dont nous parlons, on manquait de documents anatomiques suffisants pour décrire avec précision la topographie d’une lésion du cerveau.

Nous nous trouvons aujourd’hui dans des conditions bien plus favorables pour l’étude des localisations cérébrales. Gràceaux travaux' de Burdach (1), de MM. Henle (2), Luys (3), Meynert (4), les différentes régions des masses centrales ont reçu des noms spéciaux et leurs connexions avec les autres parties de l’encéphale sont à peu près connues ; MM. Duret (5) et Heubner (6), nous ont enseigné

(,l) Burdach .— VomBaue nndXebend.es Geint ns. Leipzig, 1810-1826,

■vol. in-4°.

(2) J. Henle. — Handbuch der Nerventehre. Braunsohweig, 1877.

(3) J. Luys. — Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal. Paris* 1863.

(4) Les travaux de M. Meynert ont été publiés dans des mémoires isolés, contenus dans différents rccuoils périodiques. Mais les idées du professeur de Vienne ont été réunies par un de ses élèves M. Iluguenin, qui en a fait un exposé didactique très-clair dans l’ouvrage suivant :

Gustave Huguenih. — Allgemeine Pathologie der Kranhlieiten des Nervensystems.\re partie.. Anatomisclie Rinlèitung . Zurich. 1873.

(3) Iï. ’Duret. — Recherches anatomiques sur la circulation de l’encéphale. In Arch. de physiol. norm. et pathol., 1874.

(6) Heubner. — Centralblatt, 1872.

les détails de la circulation artérielle du cerveau, et les belles recherches de Gratiolet (1), et de MM. Ecker (2), .Bischolï (3), Huxley (4), Turner (3), Broca (6), Gronder (7), Charcot (8), Pozzi (9), ont établi que derrière l’apparente irrégularité des circonvolutions) se cachait une disposition invariable, dont les divers éléments pouvaient être l’objet d’une nomenclature. Enfin MM. Fritsch et llitzig (10), Ferrier (11) et après eux plusieurs autres expérimentateurs ont montré que la physiologie devait revenir sur ses anciennes affirmations relativement aux fonctions du cerveau, et que l’excitation électrique de certaines circonvolutions déterminait des mouvements limités dans divers groupes musculaires du côté opposé du corps.

(1) Gratiolet. — Mémoire sur les plis cérébraux de l’homme et des primates. Paris, 1834.

(2) Ecker. — Zur Entmichlungsgeschichte der Furchen und Win dungen des Grosshirnhémisphàren im Fbtus des Menschen. in Arch. f. Anthropologie 1868 Bd EL S. 203 et Die Bitnrvindungen des Menschen nach eigenen üntersuchungen insbesondere über die Entmicklung derselben beim Fôiv,s, etc. Brunswich, 1869.

(3) Bischoff. — Die Grosshirmvindungen des Menschen mit Berüch siclitigung ihrer Entmicklung bei dem FOttis, und ihrer Anordnung bei den Affen. — Abliand. der Kais. Akad. der Wissensch, Cl. Il Bd X. Abth. il. mit 7 Tafeln. München 1868.

(4) Huxley. — Note on the resemblances and différences in the structure and the Development of the Brain in Man and Apes in « The Descent o f Man », par Darwin. London, 1874, p. 199.

(o) Turner. — The convolutions of the Muman Brain topographically considered. Edinburg, 1866.

The convolutions of the FLurnan Brain considered in relation to the intelligence. — West Riding Asyl. med. Reports. 1873, T. ni.

(6) Broca. — Bulletins de la Société d’anthropologie , passim.

(7) Gromier. — Etude sur les circonvolutions cérébrales chez l'homme et chez les singes. Th. doct. Paris 1-874.

(8) Charcot. — Leçons sur les localisations dans les maladies ducerveo,u, recueillies par Bourncville ; 1876.

(9) Pozzi. Art. Circonvolutions cérébrales du Dict, encycl. des sciences médicales. T. XVII.

(10) Fritsch und llitzig. — Reichert und Du Bois-Reymond’ s Archiv.

(11) Ferrier. — Divers mémoires dont les conclusions sont réunies in The fvmctions o flhe Brain, in-8°, London, 1876.

Ces découvertes n’ont pas tardé à avoir leur retentissement dans le domaine de la pathologie.

Le siège des lésions qui déterminent l’aphasie, vaguement indiqué par MM. Bouilland et Dax, a été précisé dès 1861, par M. Broca(l); l’hémianesthésie (Türck, Charcot, Yeyssière) et l’hémichorée post-hémiplégiques (Mitchell, Charcot, Raymond) ont été reconnues et rattachées aux conditions matérielles qui leur donnent naissance; la topographie des altérations du cerveau qui donnent lieu à des paralysies permanentes a été soigneusement étudiée (Charcot, Yulpian). Enfin, tout récemment, les paralysies et les convulsions d’origine corticale ont été l’objet d’importantes recherches.

Mais pendant que tous les efforts étaient dirigés vers l’étude des noyaux centraux ou de la substance grise corticale, on a un peu négligé la substance médullaire des hémisphères cérébraux : ses réactions pathologiques ont à peine attiré l’attention des observateurs, et sa topographie est encore si mal déterminée qu’il serait aussi difficile de décrire aujourd’hui le siège exact d’une lésion placée dans le centre ovale du cerveau que cela l’eût été du temps de Vieussens ou de Yicq d’Azyr.

Je me suis efforcé dans ce travail de combler en partie cette lacune. J’ai cherché à décrire un procédé de nomenclature qui permît de déterminer très-exactement le siège des lésions de la substance blanche des hémisphères du cerveau, et j’ai essayé de montrer que les altérations limitées du centre ovale donnent lieu à des symptômes dont la nature varie selon le siège qu’occupent ces altérations.

(1) P. Broca. — Sur le siège de la faculté du langage articulé— Bull.

Je n’aurais sans doute pas osé aborder un sujet aussi difficile, si je n’avais eu la bonne fortune de profiter, pendant le cours de mon internat, des conseils et de l’expérience de M. le professeur Charcot. C’est sous la direction de ce maître éminent que j’ai recueilli les principales observations sur lesquelles sont basées les conclusions de ces recherches. C’est grâce à sa bienveillance, à la libéralité avec laquelle il a mis à ma disposition les richesses de sa bibliothèque, que j’ai pu les conduire à bonne fin. Je saisis avec empressement l’occasion de lui témoigner ma vive reconnaissance.

J’ai divisé ce travail en trois parties. Dans la première j’ai résumé brièvement les notions, encore bien incomplètes, que nous possédons sur l’anatomie et la physiologie du centre ovale. La deuxième est consacrée à l’étude des lésions isolées de la substance blanche intra-hémisphérique et des symptômes qu’elles déterminent. Enfin, dans la troisième, j’ai réuni un certain nombre d’observations empruntées à divers auteurs, et propres à donner à mes conclusions un appui d’autant plus précieux que ces observations ont été recueillies par des personnes tout-à-fait indifférentes à la question des localisations cérébrales.

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