ABCÈS DU LOBE ANTERIEUR DU CERVEAU. ABSENCE DE PARALYSIE
[Résumé).
Un homme de 28 ans, maçon, reçoit dans une rixe, le 3 février 1843, un coup porté par un instrument acéré, sur la région frontale. L’instrument doit avoir pénétré de 4 centimètres environ dans la cavité du crâne.
Le blessé ne perd pas connaissance, et malgré un écoulement de sang assez considérable, il peut aller lui-même chez le commissaire de police faire sa déclaration. Revenu chez lui il garde le lit pendant deux jours, par prudence, car il n’éprouvait aucun ■symptôme alarmant, et reprend ses travaux pendant une semaine. Au bout de ce temps il s’évanouit subitement et alors commença une série de symptômes qui se termina par la mort: céphalalgie, frissons, fièvre, délire par intervalle, etc.
Le malade entre à l’hôpital, le 2b février. A son entrée, on cons-
(1) Ilirlz.— Bulletins de la Société anatomique de Paris , 1874, p. 248.
(2) Chapotin de Saint-Laurent, — Bulletins de la Société anatomique de Paris , 1843, p. 157.
tate un léger strabisme convergent de l’œil droit, pupilles dilatées. Absence de paralysie du mouvement et de la sensibilité dans les membres. Pas de contracture. Le malade ne répond pas aux questions qu’on lui adresse et ne peut même pas tirer la langue de la bouche. — Les jours suivants l'intelligence revient un peu; réponses précises mais à voix basse. Pas de paralysie des membres.
Autopsie. — Sur le frontal, à cinq centimètres de la ligne d’insertion antérieure du muscle temporal et à deux centimètres de sa réunion avec le pariétal gauche, on voit un trou par lequel a pénétré l’instrument. A ce niveau, la dure-mère et l’arachnoïde ont été perforées. « Enfin, on pénètre dans le lobe antérieur gauche du cerveau, par un orifice situé sur sa face externe et à près de trois centimètres en avant de la scissure de Sylvius. Cet orifice conduit à une cavité produite aux dépens de la substance même, dans un abcès en un mot, dont le plus grand diamètre, dirigé d’avant en arrière, peut avoir cinq centimètres au plus et dont les parois sont formées de l’intérieur à l’extérieur par une couche de pus assez épaisse et très-visqueuse, par une membrane résistante, visible à l’œil nu et que l’on peut soulever sans la rompre, enfin en dehors, par la substance cérébrale dont l’épaisseur, diminuant à mesure qu’on se rapproche de l’orifice de communication antérieur, atteint définitivement en ce point 0,00i. La substance cérébrale attenant immédiatement aux limites de l’abcès n’oft’re, en fait d’altération, qu’une teinte légèrement rosée avec une diminution très-médiocre de consistance dans la portion qui touche à la membrane pyogénique. Le fond de l’abcès est séparé de l’extrémité antérieure du ventricule latéral gauche par une épaisseur de deux centimètres environ de substance cérébrale. Les méninges, ainsi que la pulpe cérébrale elle-même, n’offrent dans le reste du lobe gauche comme dans le droit rien de particulier. Les autres organes n’offraient aucune altération. »