‹ Recherches sur les lésions du centre ovale des hémispheres cérébrauxChapitre 12 sur 116 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

FRACTURE DU CRANE. ABCES DU LOBE ANTÉRIEUR DU CERVEAU (d) ( Résumé ).

Thomas P..., âgé de 20 ans, poussait un wagon de chemin de fer quand il fut atteint à la tête par un autre wagon en mouvement. On 1 apporte aussitôt à l’hôpital. Il a toute sa connaissance et raconte les détails de l’accident. Fracture avec enfoncement du frontal droit.

0) *' rcderic-Georges Reed . — Fracture ofthe slmll roilli dépression of part, o f uie frontal bone. Üeatk and post-morlem examination : abscess in the Bram. Bemarks, (The Lancet, 1848, 1. 11, p. 173.;

La dure-mère est lésée et l’on sent les battements du cerveau. Hémorrhagie assez abondante. Fouis 70. Pupilles diiatées. — Le malade se meut librement dans le lit et répond bien aux questions qu’on lui pose.

Le lendemain, 13 novembre. — Pupilles normales, sensibles à la lumière, pas de céphalalgie. Le malade se meut bien dans le lit. — Le 27 novembre, il paraît être en bonne voie de guérison: la plaie suppure normalement , il veut se lever et marcher. — Le 22 décembre, 40 jours après l’accident, surviennent des nausées, de l’anxiété, des frissons répétés. Pas 'de paralysie. — Mort le 1 0 janvier.

Autopsie. — Méninges saines, excepté au niveau de la blessure où se trouve une grande quantité de lymphe agglutinée à la pluie de la dure-mère et aux fragments d’os enfoncés à ce niveau. Le cerveau paraît ne pas avoir été déchiré : il est fluctuant. Dans le lobe antérieur droit existe un abcès nettement circonscrit contenant 3 à 4 onces de pus très-fétide, et entouré par une paroi kystique très-ferme. « Cet abcès occupe tout le lobe antérieur droit du cerveau , il atteint presque le ventricule latéral : sa base est au niveau du corps calleux. » Léger ramollissement du reste du cerveau. — Pas d’épanchement anormal dans les ventricules latéraux.

Il existe cependant, dans la science, un très-grand nombre d’observations de lésions des lobes antérieurs du cerveau, accompagnées de phénomènes paralytiques permanents ou de convulsions épileptiformes. Mais les observations de ce genre doivent être soumises à une critique sévère. Tout d’abord le mot de lobe antérieur ne correspond à aucune limite précise. Les uns entendent parla toute la partie du cerveau située en avant de la scissure pré-centrale d’Ecker, d’autres en placent la limite postérieure au niveau du sillon de Rolando.M. Bouillaud appelle partie antérieure ou frontale du cerveau « le tiers au moins ou la moitié au plus de toute l’étendue des lobes cérébraux (1) »,.

Il est tout naturel qu’en donnant une si grande extension au lobe antérieur, on observe fréquemment des phénomènes paralytiques en rapport avec certaines de ses lésions. Aussi, convient-il, à l’avenir, de rejeter ce mot trop vague de

(1 ) Bouillaud. — Journal de Physiologie de Magendie, 1830, p. 65.

lobe antérieur et de donner à la région frontale antérieure une délimitation précise, celle, par exemple, gui est fixée par la coupe préfrontale.

Une autre cause d’erreur provient des phénomènes de compression que peuvent exercer sur les régions voisines, des lésions, situées elles-mêmes dans les régions préfrontales. Il n’est pas douteux, aujourd’hui, que la compression des circonvolutions puisse produire la suppression des fonctions des circonvolutions comprimées. On a eu, dans maintes circonstances, l’occasion de l’observer. S. Cooper pratique la trépanation sur un blessé de Waterloo qui était paralytique et plongé dans Le coma. Aussitôt que le chirurgien a relevé les esquilles le malade s’assied, parle, se lève et s’habille : il guérit très-bien (1).

Une jeune fille., âgée de 17 ans, et qui a\aît fait une chute plusieurs années auparavant, vint à la Charité pour s'y faire traiter d’une fistule qu’elle portait, depuis sa blessure, au pariétal gauche. Quand cette fistule venait à se fermer, la malade tombait dans le coma et tous les accidents de la compression. Dès que la plaie se rouvrait, au contraire, on voyait les symptômes se dissiper comme par enchantement.

« On apporta un jour à l’hôpital Saint-Louis, un homme qui, pour se suicider, venait de se tirer un coup de pistolet à bout portant sur le front. L’os frontal était complètement enlevé. Les lobes antérieurs du cerveau étaient à nu, mais n’étaient pas entamés. L’intelligence était intacte ainsi que la parole. Ce malheureux survécut pendant plusieurs heures et l’on fit sur lui l’expérience suivante. Pendant qu’on le faisait parler on appliquait sur les lobes antérieurs le plat d’une large spatule: on comprimait légèrement et la parole était tout à coup, suspendue. Le mot commencé était coupé en deux. La parole reparaissait dès qu’on cessait la compression » (2).

(1) Dictionnaire de chirurgie. t. II, p. 510, cité par Velpeau, dans sa these de concours sur le trépan. Paris, 183/j, p. 92. L’observation suivante est rapportée par le meme auteur.

(2) Auburtin. — Considérations mr les localisations eérébrales-el en

particulier sur le siège de la faculté du langage articulé. [Gazette Hebdomadaire , 1863, p. 39Î). '

On comprend très-bien qu’un abcès, une tumeur de la région préfrontale puissent exercer, sur les parties voisines, une compression suffisante pour troubler ou supprimer leurs fonctions. Du reste, dans quelques observations où des lésions des lobes préfrontaux avaient amené, pendant la vie, des phénomènes paralytiques, on a constaté à l’autopsie un aplatissement des circonvolutions de la zone motrice ou un refoulement du sillon de Rolando. En voici deux exemples très-nets :

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