HÉMORRHAGIE CÉRÉBRALE AU NIVEAU DE LA SCISSURE DE ROLANDO
(Résumé.)
Le 20 février 1868, on admit dans le service de M. Denonvilliers, une malade, âgée de 60 ans, qui avait une hernie irréductible depuis quatre jours, et qu’on ne put réduire pendant les cinq jours qui suivirent l’entrée de la malade à l’hôpital. Le neuvième jour, malgré l’absence de symptômes graves et immédiatement alarmants, on se demandait s’il n’y avait pas lieu de pratiquer l’opération, quandunincident inattendu vint se jeter à la traverse. « Le matin, au moment de la visite, la malade causait avec nous; tout d’un coup ses idées paraissent moins claires, sa parole devient un peu moins nette et sa bouche se dévie fortement du côté gauche. Je saisis aussitôt son bras droit, je le soulève et sans perdre connaissance : « Monsieur, dit-elle, je ne sais ce que j’éprouve, je sens que mon bras devient bien lourd, voyez, c’est à peine si je peux remuer les doigts. » Cela se passait à huit heures et demie du matin. Plus lard, la paralysie faciale, d’abord limitée seulement à la commissure des lèvres, s’étendit au reste de la moitié droite du visage : la paralysie du bras ne devint complète que le soir vers cinq heures. La sensibilité fut toujours conservée. La langue n’était pas déviée : les paupières s’ouvraient et se fermaient comme d’habitude; les deux pupilles étaient égaies; il n’y avait ni déviation des globes oculaires ni rotation de la tête. Dans la jambe droite aucun trouble ne se manifeste, la motilité et la sensibilité persistent intactes jusqu’au dernier moment. Rien du
(1) Djeulafoy. — Gazette des Hôvitaux, 1868, p. ISO, et Bulletins de la Société anatomique de Paris, 1868, p. I3ü.
côté des sphincters. Le lendemain survint du délire, la malade fort affaissée, refusa toute nourriture, puis, ayant perdu complètement connaissance, elle succomba vers sept heures du soir, trente-six. heures après le début des accidents cérébraux.
Autopsie. — « Les artères de la base du cerveau, la sylvienne gauche, surtout, étaient le siège de dégénérescence athéromateuse. Toutes les parties de l’encéphale furent trouvées saines à l’exception d’un point situé dans l’hémisphère gauche. L’altération de la substance cérébrale, du volume d’une noisette, siégeait à la partie interne de la circonvolution pariétale antérieure, celle qui limite en avant la scissure de Rolando. Le sang extravasé était en petite quantité disséminé plutôt que collecté, et, autour . de ce foyer, il y avait une zone de substance cérébrale ramollie et légèrement coloriée. »
(J’ai reproduit le texte delà description des altérations révélées par l’autopsie d’après l’observation publiée dans la Gazelle des hôpitaux. Le siège de la lésion est mieux précisé dans la note communiquée par M. Dieulafoy, à la Société anatomique. Il y est dit, en effet, que le foyer siégeait dans la substance blanche de la circonvolution pariétale antérieure (frontale ascendante) en arrière de la troisième circonvolution frontale.)