OBSERVATION XXV
RAMOLLISSEMENT PEU ETENDU DANS l’hÉMISPHÈRE GAUCHE DU CERVEAU;
PARALYSIE DU COTE DROIT DE LA FACE ET DU BRAS DROIT, SANS PA- RALYSIE DU MEMBRE INFERIEUR CORRESPONDANT J PLUS TARD HEMI- PLEGIE COMPLÈTE (1).
La nommée Beauvalet, Manette, 56 ans, non réglée depuis l’âge de 49 ans, était debout se livrant à une occupation domestique, lorsque tout-à-coup elle porte la main à sa tête et chancelle. Son mari, avec qui elle causait, la reçoit dans ses bras et la fait asseoir. Elle avait perdu la parole, et toute motilité avait presque cessé dans le bras droit. Cet accident arrive à 7 heures du soir, elle venait de mangeril y avait un quart d’heure. Dans la nuit elle eut quelques nausées, on lui fit prendre de l’eau de Mélisse. Le lendemain, 25 août 1828, elle vint à l’hôpital de la Charité, car elle se servait encore de sa jambe : on la plaça salle Sainte-Marthe, n° 13.
Examinée à l’instant même de son arrivée, elle présente les symptômes suivants : paralysie du bras droit, sans que la sensibilité y soit abolie ; la commissure des lèvres est fortement tirée
(1) E. Littré. — Journal hebdomadaire de Médecine , T. 1, 1828, page
à gauche, la langue se dévie à droite. La jambe n’a éprouvé aucun affaiblissement. La malade se tient debout et se met ellemême dans son lit, mais elle ne peut répondre aux questions que par des signes, car elle a tout-à-fait perdu la parole, elle ne fait entendre que des sons inintelligibles et s’impatiente de ce qu’on ne la comprend pas. C’est son mari qui donne les renseignements sur sa maladie.
26 août. Malgré la saignée, à la paralysie du bras droit s’est jointe la paralysie du membre inférieur, du même côté. La sensibilité y persiste. — 28. Céphalalgie générale.
29. Des douleurs vives se font sentir dans les membres paralysés, mais sans convulsions ni aucune espèce de raideur. Mort le 16 septembre.
Autopsie pratiquée 10 heures après la mort. — Cerveau. Légère injection de l’arachnoïde ; un peu de sérosité sous cette membrane. Sérosité assez abondante à la base du crâne. Cerveau légèrement piqueté, ramollissement blanc de la substance blanche dans l’hémisphère gauche, au-dessus du ventricule, large comme une pièce de 30 sous, sans qu’il y ait de rougeur autour. Cette lésion était assez légère, pour que la plupart des personnes qui assistaient à l’autopsie, n’aient pas trouvé de rapports entre les lésions et les symptômes observés durant la vie. Les ventricules ne contiennent point de sérosité et ils ne sont pas distendus. Le reste du cerveau est sain.
Ces observations démontrent que les lésions limitées du centre ovale peuvent donner lieu à des monoplégies, et par conséquent que les faisceaux défibrés médullaires sous-jacents aux centres moteurs corticaux conservent une certaine indépendance dans leur trajet intra-cérébral. On doit comprendre dès lors la nécessité de déterminer très-exactement dans les autopsies le siège des altérations limitées du centre ovale.
Si l’on possédait en effet un nombre suffisant d’observations de lésions isolées des faisceaux médullaires, on pourrait, en comparant ces lésions aux symptômes qu’elles ont déterminés pendant la vie, en tirer des enseignements précieux pour l’étude de la physiologie cérébrale.
Bien que les observations remplissant ces conditions soient encore assez rares, elles suffisent néanmoins pour nous montrer l’importance de ce genre de recherches et pour nous apprendre que l’on peut poursuivre dans les faisceaux médul-
laircs du centre ovale, les dissociations fonctionnelles qui existent dans la zone motrice corticale.
Chaque centre moteur cortical paraît, en effet, donner naissance à un faisceau de fibres qui traverse le centre ovale, en y conservant son indépendance physiologique, ses fonctions propres et ses réactions pathologiques spéciales.
Il convient donc d’étudier isolément les effets de la destruction de chacun des faisceaux fronto-pariétaux du centre ovale, autant du moins que le permet pour le moment la pénurie des observations.
I. Lésions du faisceau pédiculo-frontal inférieur. — Les lésions du faisceau pédiculo-frontal inférieur du côté gauche , déterminent de l’aphasie tout aussi sûrement que la destruction de l’écorce de la partie postérieure de la troisième circonvolution frontale gauche. Si la lésion est trèsexactement limitée à ce faisceau, l’aphasie est le seul symptôme appréciable. Mais le plus souvent la lésion s’étend dans les faisceaux voisins et l’aphasie est accompagnée d'hémiplégie droite.