CHAPITRE III
Topographie et nomenclature des différentes régions
du centre ovale.
Puisque le centre ovale n’est pas un organe fonctionnellement homogène, puisque les faisceaux de libres qui entrent clans sa composition sont en rapport, les uns avec la transmission des incitations volontaires, les autres avec la transmission des impressions sensitives ou d’autres modalités de l’activité des centres nerveux, on comprend qu’il y ait un grand intérêt à déterminer très-exactement le siège précis des altérations qui peuvent l’atteindre. C’est là, ii faut bien en convenir un problème difficile à résoudre. La masse blanche, mollet de coloration uniforme et de consistance homogène qui constitue le centre ovale ne présentant aucune limitation intérieure naturelle qui puisse servir de base à une nomenclature. De plus, les divisions du cerveau en lobes frontal, pariétal, occipital et sphénoïdal, admises par la plupart des auteurs, ne correspondent pas toutes à des territoires anatomiquement et physiologiquement distincts.
« Les anciens, dit Vicq d’Azyr (1), distinguaient trois lobes dans chaque hémisphère cérébral : Haller n’en a admis que deux. Il vaudrait mieux peut-être n’en admettre aucun, mais diviser la surface convexe du cerveau en trois régions : la frontale, la pariétale et l’occipitale. » En cherchant un moyen qui permette de déterminer avec précision la topographie des lésions du centre ovale, je me suis inspiré de ce conseil de Vicq d’Azyr. Nous savons en effet que les régions antérieure et postérieure du cerveau sont inexcitables et que la région
(1) OEuvres de Vicq d’Azyr, édit. Moreau, de la Sarlhe, 6 vol., in-8°, atlas, in-4°, tome Yl, page 27.
moyenne seule sert à l’exercice régulier des mouvements volontaires. 11 convient donc de séparer avant tout par des coupes méthodiques le territoire moteur des territoires inexcitables.
Pour cela les hémisphères cérébraux ayant été séparés l’un de l’autre et dépouillés de la pie-mère, on pratiquera une première coupe verticale, parallèle au sillon de Rolando, et passant à 5 centimètres en avant de ce sillon. Une deuxième coupe, parallèle à la première, sera pratiquée à un centimètre én avant de la scissure perpendiculaire interne. Ces deux coupes diviseront par conséquent l’hémisphère en trois régions, l’une antérieure ou préfrontale, l’autre moyenne ou fronto-pariétale et la troisième postérieure ou occipitale.
La région préfrontale correspond à la portion inexcitable antérieure du cerveau et les lésions du centre ovale limitées à cette région ne doivent donner lieu à aucun phénomène moteur. La région occipitale correspond à la portion inexcitable postérieure du cerveau. Ses lésions ne déterminent non plus aucun phénomène moteur.
La région fronto-pariétale, au contraire, comprend toute la zone motrice corticale, le corps opto-strié, toute la partie motrice de la capsule interne et le carrefour des fibres sensitives dont la lésion détermine l’hémianesthésie. C’est dans son intérieur ou à sa surface que doivent siéger toutes les altérations qui se traduisent pendant la vie par des phénomènes paralytiques ou convulsifs. Aussi cette région méritet-elle une description détaillée.
Pour mettre à découvert les différents faisceaux du centre ovale qui entrent dans sa composition, je propose de lui faire subir quatre coupes successives parallèles au sillon de Rolando et passant : la première au niveau des pieds des circonvolutions frontales (coupe pédiculo frontale), la deuxième sur la circonvolution frontale ascendante (coupe frontale), la troisième sur la circonvolution pariétale ascendante (coupe pariétale) et la quatrième sur le pied des lobules pariétaux (coupe pédiculo-pariétale).
Ces diverses coupes dessinées d’après nature et réduites aux trois cinquièmes de leur grandeur naturelle se trouvent représentées dans la planche I.
Pitres. o
Les fig. 1 el 2 représentent les surfaces de section des coupes préfrontaie et occipitale. Le centre ovale y est entouré de tous côtés par le liseré continu que forme à sa périphérie la substance grise des circonvolutions et comme il n’y a, pour le moment du moins, aucune raison de supposer que les différents faisceaux blancs qui entrent dans la composition de ces régions jouissent de fonctions différentes, on peut les appeler en masse : faisceaux préfrontaux et faisceaux occipitaux.
La figure 3 représente la surface de la coupe pédiculofrontale, c’est-à-dire la coupe passant à deux centimètres en avant du sillon de Rolando et divisant les pieds des circonvolutions frontales antéro-postérieures au voisinage de leur insertion sur la circonvolution frontale ascendante. Elle doit intéresser en particulier la troisième circonvolution frontale au niveau du sommet de la première courbe à convexité supérieure que forme cette circonvolution en se séparant de la frontale ascendante. Au point de vue anatomo-pathologique on peut dire que c’est dans son aire que doivent siéger les lésions qui donnent lieu à l’aphasie.
Sur cette coupe on aperçoit le plan de section des trois circonvolutions frontales (1, 2, 3), de l’extrémité antérieure du lobule de finsula (4) et de l’extrémité postérieure des circonvolutions orbitaires (5). Le corps strié est divisé à son extrémité antérieure, et ses deux noyaux (11 et 13) ayant à ce niveau à peu près le même volume, sont séparés par la capsule interne (12). Le centre blanc de cette région doit être divisé en trois triangles, par deux lignes fictives représentées en rouge sur la figure, partant du fond des scissures frontales supérieure et inférieure et se dirigeant vers la capsule interne. Ces triangles, adossés l’un à l’autre, ont leur base en rapport avec les circonvolutions et leur sommet avec la capsule interne dont ils prolongent les irradiations. Chacun d?eux renferme le faisceau de fibres rayonnantes qui unit le pied de la circonvolution * frontale correspondante aux régions centrales du cerveau et à la moelle. Et comme il est utile, pour la commodité des descriptions de donner un nom spécial à chaque partie anatomiquement distincte, il convient de nommer faisceau pédiculo frontal supérieur (6), le faisceau de libres qui, de la capsule
interne, se porte vers le pied de la première circonvolution frontale, faisceau pédiculo frontal moyen (7) celui qui se rend au pied de la deuxième circonvolution frontale et faisceau pédiculo frontal inférieur , celui qui se met en rapport avec le pied de la troisième circonvolution frontale.
La ligure 4 représente l’image que donne la coupe frontale, c'est-à-dire, la coupe verticale et parallèle au sillon de Rolando qui passe au niveau de la circonvolution frontale ascendante. Sur celte figure on voit le plan de section de la circonvolution frontale ascendante dans toute son étendue (1), du lobule de l’insula (2), et plus bas celui des circonvolutions du lobe sphénoïdal (3).
Le noyau caudé est beaucoup moins volumineux que dans la coupe précédente : le noyau lenticulaire a atteint, au con- Iraire, son plus grand développement et montre distinctement ses trois noyaux superposés (12), enfin la couche optique (10) et l’avant-mur (14) apparaissent.
La portion blanche sous-jacente à la circonvolution frontale ascendante, doit être divisée en trois segments correspondant au tiers supérieur de cette circonvolution, et on peut donner aux trois faisceaux ainsi limités les noms de faisceau frontal supérieur , frontal moyen et frontal inférieur. Au-dessous du corps opto-strié se trouve le faisceau sphénoïdal qui occupe le centre du lobe du même nom.
La coupe pariétale, c’est-à-dire la coupe verticale et parallèle au sillon de Rolando coupant selon son grand axe la circonvolution pariétale ascendante est représentée dans la figure 5. Par son aspect général, elle ressemble beaucoup à la coupe frontale mais le noyau lenticulaire et l’avant-mur y sont moins développés. Le centre ovale y sera divisé d’après les mêmes principes que sur le plan de section formé par la coupe frontale, en faisceau pariétal supérieur (4), faisceau pariétal moyen (5), faisceau pariétal inférieur (6) et faisceau sphénoïdal (7).
La coupe pédiculo pariétale, pratiquée à trois centimètres environ en arrière du sillon de Rolando, au niveau du pied des lobules pariétaux, atteint la couche optique à son extrémité postérieure. Le noyau lenticulaire et l’avant-mur n’y sont plus
représentés. Elle divise la couronne rayonnante dans la région dont les lésions destructives déterminent l’hémianesthésie. A la périphérie de cette coupe (fig. 6), on voit le plan de section des pieds des lobules pariétaux séparés par la scissure interpariétale. En prolongeant la direction de cette scissure on divise le centre ovale au-dessus des noyaux centraux en deux faisceaux que l’on peut, d’après leurs connexions avec les lobules pariétaux, appeler faisceaux pédiculo pariétal supérieur [h.) et pédiculo pariétal inférieur [b). Dans la région inférieure, on aperçoit toujours les circonvolutions du lobe sphénoïdal et le faisceau sphénoïdal.
Bien que cette nomenclature paraisse au premier abord assez compliquée, je ne doute pas qu’elle puisse rendre quelques services, et faciliter la description exacte de la topographie des altérations du centre ovale. Du reste, les difficultés que présente son étude ne sont qu’apparentes : les dénominations qu’-elle consacre sont tirées des rapports anatomiques des segments médullaires avec les parties correspondantes de l’écorce et sont très-faciles à retenir, et il n’est pas plus difficile de pratiquer méthodiquement des coupes parallèles au sillon de Rolando, que de faire au hasard des sections horizontales ou transversales des hémisphères cérébraux.