LUXATIONS ET PSEUDO-LUXATIONS CONGÉNITALES DU FÉMUR
« J'ai établi dans mon Histoire des difformités du système OSSEUX , adressé au concours de l'Académie pour le grand prix de chirurgie, que le plus grand nombre des difformités articulaires congénitales sont le produit de la rétraction musculaire primitive : j'avais déjà compris dans celte formule générale les luxations congénitales du fémur,
ainsi qu'il résulte du rapport de la commission de l'Académie sur mes travaux. Depuis cette époque, j'ai confirmé et développé cette étiologie des difformités congéniales de la hanche, et j'ai été conduit, par extension analogique, à leur appliquer le traitement chirurgical que j'ai appliqué aux difformités du pied, du genou, du col et de l'épine de môme origine. Voici les conclusions du travail développé que je compte présenter à l'Académie sur cet ordre de difformités :
» 1° Les luxations congénitales du fémur sont, comme le pied-bot, le torticolis et les déviations de l'épine , le produit de la rétraction musculaire primitive, et les variétés de cette luxation, considérées sous le rapport de leur siège, de leur direction et de leur degré, le produit de la rétraction musculaire différemment distribuée et de ses élémens différemment combinés dans les muscles du bassin et de la cuisse.
.. 2» 11 existe un ordre de difformités congénitales de la hanche, qui n'avait été indiqué par aucun auteur, difformités que j'ai appelées pseudo-luxations, parce qu'elles offrent l'apparence trompeuse des luxations sans sortie de la tête du fémur de la cavité cotyloïde ; les variétés de ces pseudo-luxations sont elles-mêmes le résultat de la rétraction musculaire différemment distribuée dans les muscles pelvi-fémoraux.
3« Le traitement essentiel, efficace de ces difformités, indépendamment des moyens déjà connus, et qu'il faut con-
server daus la limite de leur utilité relative, doit consister dans la section des muscles rétractés. J'ai déjà fait cette opération trois fois avec succès : la première fois , le 26 novembre 1838, sur une petite fille qui m'a été confiée par M. le docteur Gautier, de Thoiry (Seine-et-Oise), et dont la difformité avait été constatée par MM. les docteurs J. Cloquet et Mayor, de Lausanne. Les deux autres opérations ont été pratiquées il y a quatre et deux mois. »
« Après cette communication, je serai heureux que M. le secrétaire perpétuel veuille bien ajouter les détails suivans : »
« Les luxations et pseudo-luxations congéniales, autres que celles de la hanche, reconnaissent également pour origine, dans le plus grand nombre des cas, la rétraction musculaire primitive, considérée dans ses trois modes particuliers, raccourcissement, paralysie et arrêt de développement consécutif des muscles rétractés ; et les différentes variétés de ces difformités sont, comme celles du cou, de l'épine et du pied, le produit de la rétraction, différemment distribuée dans les muscles de ces parties. J'ai fait il y a trois semaines, à l'hôpital des Enfans, chez une jeune fille de quatorze ans , la section des muscles biceps, demi -tendineux, demi- membraneux et droit interne, pour deux luxations incomplètes du genou, produites par la rétraction primitive de ces muscles; il y avait des deux côtés sub-luxation des tibias en arrière sur lescondyles du fémur, rotation de la jambe d'un quart de cercle
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en dehors, ei inclinaison en deiiors de celle dernière sur le fémur, de 60 degrés environ. La rotalion en dehors, l'inclinaison latérale, et le glissement en arrière des tibias, ont pu, dès le lendemain de l'opération, être ramenés à la simple flexion normale de la jambe sur la cuisse, et, depuis cette époque, il ne reste des deux difformités qu'un certain degré de flexion permanente de l'articulation. J'ai en ce moment à l'hôpital un nouvel exemple de luxation congénitale double des fémurs, que je me propose de traiter par la section des muscles rétractés : j'aurai l'honneur de communiquer à l'Académie le résultat de cette nouvelle tentative. Je crois devoir faire observer, en terminant, que la section des muscles dans cette difformité n'a pas pour objet de faire disparaître des obstacles accidentels à la réduction, comme cela peut avoir lieu dans les luxations traumatiques, mais de s'adresser à la cause mécanique de ces lésions, et d'établir pour leur traitement une règle nouvelle, pareille à celle que je crois avoir concouru à établir pour le pied- bot, le torticolis, et plus récemment pour les déviations de l'épine. »
«Pour rassurer immédiatement les personnes qui ne seraient pas convaincues de l'innocuité des opérations pratiquées sous la peau, hors du contact de l'air, j'ajouterai que j'ai fait le même jour, et sans désemparer, chez la jeune fille de quatorze ans dont il a été question dans cette lettre, la section sous-cutanée de treize muscles ou tendons, pour remédier à diverses difformités dont elle était atteinte ; dès
le lendemain, la malade n'éprouvait aucune espèce de douleur, ni de malaise, ni symptôme d'inflammation quelconque dans le siège des muscles divisés. Ces faits ont été constatés publiquement à la clinique des difformités de l'hôpital des Enfans. *