‹ Recherches sur les maladies de la vigneChapitre 1 sur 8 · SUR · texte numérisé non relu

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S’il est pour notre pnys une question d’un immense intérêt, au point de vue agricole et eommercial, c’est sans contredit celle qui nous occupe. Cette importance ressortira plus claire et plus palpable lorsque embrassant d’un coup d’œil rapide les produits vinicoles des autres contrées, nous les comparerons à ceux que la France fournit, disons mieux, qu’elle pourrait produire.

La vigne, on le sait, aime un climat tempéré pour développer et mûrir ses fruits; c’est dire assez que la zone torride, pas plus que les contrées glaciales du nord ne sont propres à sa culture. Dans les régions tropicales où la végétation n’est jamais interrompue, la vigne, à une époque donnée, offre à la fois des raisins mûrs, d’autres encore verts; des fleurs toutes développées, et d’autres bien éloignées de leur épanouissement. La récolte du raisin ne peut donc y être régulière; aussi aux Antilles, par exemple, dans

les plaines basses du Mexique, ainsi qu’aux États-Unis, cet obstacle insurmontable a fait échouer de nombreuses tentatives. Quant aux contrées froides du globe, l’abaissement trop grand et trop polongé de la température, les brusques variations de ratmosphère, tout s’oppose à ce genre de culture.

Nous nous trouvons ainsi naturellement limités dans un champ assez étroit : la zone dite tempérée est en effet la seule qui offre toutes les conditions nécessaires. Qui n’a quelquefois admiré dans nos forêts cette force de végétation des vignes sauvages que l’on voit se développer à des proportions gigantesques, embrassant d’énormes chênes de leurs jets sarmenteux et les couvrant de leurs plis de la base jusqu’à la cime. Quels beaux résultats ne devonsnous pas attendre de l’action réunie de la nature et de l’intelligence de l’homme ! Sous un autre point de vue, en considérant cette situation de la vigne dans la zone tempérée, entre les pays froids qui peuvent lui donner, en échange de ses vins, leurs bestiaux, leurs grains, leurs bois, leurs fabrications de tout genre, et les régions tropicales qui peuvent lui envoyer les produits de leur soleil, ne semblerait-il pas, comme l’a dit un homine d’un grand mérite, que le vin, liqueur dont les uns et les autres sont déshérités, sôit destiné à servir de lien à leur commerce?

L’Europe, en particulier, a été richement dotée par la nature d’une admirable puissance de production vinicole ; quelques points du globe, le Cap, Madère, les Canaries, en Afrique ; la Perse, la Natolie, Chypre, dans l’Asie, et en Amérique plusieurs plateaux élevés du Mexique et de la Colombie, récoltent des vins d’une assez grande valeur ; mais on ne saurait les comparer avec les produits de l’Europe où des variétés innombrables répondent aux caprices de tous les goûts,

L’Ibérie est le pays le plus fécond en excellents vins après la France ; quelques crûs ont une très grande réputation. Le Malaga, l’Alicante, le Xérès, en Espagne ; le Porto dans le Portugal, sont

l’objet d’un commerce très actif, puisque dans ce dernier royaume le trésor perçoit plus de 3 ,000,000 fr. à la sortie des vins. Nul doute que si l’agriculture y était mieux entendue, ce revenu se triplerait.

Italie et Sicile .—Ces contrées ont perdu la réputation dont elles jouissaient chez les anciens. Nous pourrions citer à peine quelques vins d’une certaine valeur.

La Grèce est presque rayée aujourd’hui du nombre des pays vînicoles ; il semble que la culture de la vigne y ait disparu avec la civilisation; tant il est vrai que constater les progrès d’un peuple dans l’agriculture, c’est dire les pas qu’il fait dahs la civilisation.

Russie. — De magnifiques vignobles couvrent les provinces méridionales de cet empire. Aütrefois Marseille expédiait sur Odessa une immense quantité de vins; mais des lois prohibitives, et entre autres la loi des céréales, sont venues arrêter cet élan. Lorsqu’on iSSa on chercha à renouer les relations commerciales, on trouva que dans l’intervalle la Russie avait trouvé des débouchés à ses grains, et que son littoral s’était couvert de vignes qui pourvoyaient désormais à la consommation du pays. Le temps n’est peut-être pas loin où la France subira de ce Côté une redoutable concurrence : choix des cépâgds. Culture intelligente, sol excellent, température propice, tout fait prévoir pour ces vignobles le plus bel avenir.

Autriche. — La Gallicie donne le Tokai, premier vin de liqueur du monde, dont on exporte annuellement en Russie pour plus de 3,000,000 fr. La Hongrie est d’ailleurs un de ces rares pays où l’on soigne attentivement la fabrication du vin. La Dalmatie et la Carniole nous offrent de nombreux vignobles analogues à ceux d’Italie.

Provinces Rhénanes .— Qui ne connaît les vins du Rhin dont la réputation est si bien méritée. Les vignerons allemands, sans se jeter dans des écarts aussi étrangers à leurs intérêts qu’à leur froide raison, savent substituer à la routine un travail intelligent

France. — La nature s’est montrée prodigue pour notre pays: la culture de la vigne est admirablement appropriée à notre climat : « C’est que, dit M. Payen, il en est des huiles essentielles du raisin comme de celles qui fournissent divers arômes agréables; elles sont plus suaves dans les végétaux qui croissent sous des climats tempérés que dans les mêmes plantes développées dans les contrées plus méridionales. » Nos vignobles s’étendent sur plus de 2,01)0,000 d’hectares de terrains très variés dans leur composition; ils donnent environ 4o»ooo,ooo d’hectolitres de vin, dont 5,000,000 seulement sont livrés à l’exportation ; le revenu est d’un milliard environ. Le reproche qu’on a fait à l’agriculture d’étendre la culture de la vigne aux dépens de celles des céréales n’était nullement fondé, puisqu’il ne reste que' 37,000,000 d’hectolitres de vin pour la consommation intérieure, et que l’exportation est si faible. Voyons d’ailleurs ce qu’il en résulterait si l’on mettait l’orge à la place de la vigne et que l’on remplaçât le vin par la bière. L’expérience nous apprend que deux espaces égaux de terres, dont l’un est planté en vignoble et l’autre en orge, donnent une quantité égale de vin et de bière, et, ce qui est important, la vigne peut venir sur des terrains bien inférieurs à ceux qui produisent l’orge. Cela seul doit suffire pour nous faire souhaiter que l’exportation prenne un plus grand développement; la vigne s’étendrait alors déplus en plus, et, mieux travaillée, elle rendrait le double de ce qu’elle donne; nos vignerons verraient ainsi leur fortune s’accroître rapidement. Malheureusement une foule de causes s’opposent pour le moment à cet accroissement de l’exploitation vinicole: pour n’en citer que deux, les impôts excessifs qui pèsent sur les vins, et surtout d’indignes falsifications auxquelles ne se livrent que trop souvent des négociants de bas étage, hommes à petites vues qui ont fini par compromettre gravement notre commerce de transit. Je regrette que le cadre étroit que je me suis imposé ne me permette pas de m’étendre sur un

sujet si intéressant; la chimie a encore beaucoup à faire sur cette matière, bien que les travaux importants de plusieurs chimistes, MM. Fouré de Bordeaux, Girardin de Rouen, Bouchardat, Chevallier, etc., nous aient déjà mis à même de saisir la plupart des fraudes dont les liqueurs sont l’objet. Tous les procédés d’analyse de ces différents chimistes ont été rassemblés par M. Cottereau dans un opuscule digne à tous égards d’un grand intérêt.

Disons-le sans hésiter : la richesse de la France repose sur son industrie vinicole; aussi qu’on juge de l’effroi général lorsque, à diverses époques, de terribles maladies sont venues fondre sur nos vignes, et détruire l’espérance des cultivateurs. Ce n’était pas assez des gelées tardives du printemps, des grêles de l’été, des pluies intempestives de septembre ; de nouveaux éléments de destruction devaient s’y ajouter. Avant d’entrer en matière, il ne sera pas inutile de passer rapidement en revue les maladies des plantes en général ; cette étude éclaircira d’ailleurs certains points de notre sujet.

Maladies chez les plantes. — Les plantes, comme les animauX; sont sujettes à un grand nombre de maladies, dont les unes reparaissent chaque année, et les autres à des époques plus ou moins éloignées. Ces maladies sont occasionnées, soit par les insectes, soit par des influences météorologiques, mais principalement par des plantes parasites qui vivent et se développent aux dépens de la tige, du fruit ou des feuilles. Unger distingue ; Les causes prochaines des maladies chez les plantes. C’est une prédisposition spécifique dépendant de l’organisation de chaque espèce, de la plénitude de la sève, de la mollesse des tissus, d’un terrain trop fumé, et en général d’une vitalité énergique, mais mal équilibrée dans ses fonctions ; 2“ Les causes occasionnelles: une atmosphère humide, des pluies trop abondantes, l’absence de la 'lumière, des changements subits dans la température, une longue sécheresse, etc.

Animaux nuisibles aux plantes. — Ils varient beaucoup selon l’espèce de végétaux que l’on considère. Pour les céréales: les limaces, les lombrils ou vers de terre, les mans ou larves du hanneton, )o taupin des moissons, et d’autres en grand nombre. Ces animaux coupent les racines, rongent les collets, ou dévorent l’intérieur des tiges et des épis.

Les arbres fruitiers ont aussi d’innombrables ennemis : la taupe, le mulot, la courtilière, les fourmis, les taons, divers pucerons, les oiseaux, etc. Il ne nous appartient pas de dire ici les procédés sans nombre que l’on a mis en usage pour prévenir ou pour arrêter ces divers fléaux, tout le monde les connaît; on pourra les appliquer à la vigne quand l’occasion s’en présentera : quelques-uns seulement sont assez bons, mais tous sont insuffisants.

Influences météoriques. — Ici l’homme est tout à fait en défaut; comment détourner les effets des gelées, de la grêle, des pluies qui surviennent au moment de la floraison, des brouillards qui succèdent aux chaudes journées de l’été. Les céréales ont surtout beaucoup à souffrir de ces influences. Nous ne passerons pas sous silence un moyen bien simple de combattre la gelée, qu’on emploie dans nos provinces méridionales, et qui souvent est couronné de succès. Le matin, une heure avant le leverdu soleil, on étend sur les champs de blé de longues cordes avec lesquelles on les parcourt dans tous les sens ; les gouttes de rosée tombent à la moindre secousse qu’on imprime à chaque pied, et la récolte est ainsi préservée (i). Le même procédé, avec de légères modifications, pourrait, ce nous semble, être appliqué à la vigne.

(1) Ce n’est nullement par le refroidissement qu’elles occasionnent que les gelées du printemps nuisent aux plantes; pour les céréales, par exemple, le grain se trouve imbibé d'humidité à 0 ou à -f- 1°; le soleil paraissant tout à coup clair et ardent élève instantanément la température à 15°, à 45° et plus; l’eau qui a pénétré le grain augmente de volume ; crève l’enveloppé, et la fécule, encore à l’état laiteux, s’écoule par l’ouverture.

Plantes parasites. —• Les céréales sont encore attaquées par plusieurs espèces de champignons microscopiques qui finissent par les faire périr : la rouille, l’ergot, le charbon, la carie sont les maladies qui en résultent. D’après les observations de Knigt et de Candolle, les champignons se développent en grand nombre lorsqu’à un mois de juin sec succède un mois de juillet pluvieux. On les divise en deux classes : la première comprend les champignons intestinaux, c’est à dire qui se développent dans l’intérieur du végétal, (carie, charbon, ergot). La seconde renferme les champignons pariétaux ou externes, ils sont moins nuisible® que les précédents, (la rouille, les sphéries, les puccinies). Ces végétaux sont d’autant plus redoutables que, grâce à l’extrême légèreté de leurs sporules reproducteurs, que le moindre vent transporte à des distances énorme.?, ils se multiplient avec une effroyable rapidité. Quelques-uns même, tels que l’ergot et le charbon, se reproduisent avec les semailles, et l’on n’ignore pas combien ils nuisent à la santé des animaux.

Dansla foule des moyens qu’on a tentés pour détruire les ennemis des plantes, nous n'en citerons qu’un petit nombre. Contre la rouille, le cultivateur n’a aucun remède: on a cependant remarqué que le chlorure de sodium s’opposait à sa production. Nous sommes aussi impuissants contre l’ergot ou sclerotium clavus (D.C.) sphacœlia segetum (Léveillé). L’on combat avec plus de succès le charbon (uredo carbo) et la carie {uredo caries). Parmi les nombreux procédés tant mécaniques que chimiques, qu’on a successivement vantés depuis Tillet (1755) jusqu’à nos jours, ceux qui paraissent réunir le plus d’avantages sont les suivants: Le sulfate de cuivre, le sel marin mêlé avec la chaux, et l’acide arsénieux. Le sulfatage de Mathieu de Dombasle consiste dans un mélange de sulfate, de soude et de chaux.

. Arbres fruitiers. — Le pêcher est souvent envahi par le blanc, espèce de poussière ou de moisissure blanchâtre qui s’étend de

l’extrémité des jeunes pousses jusqu’à la tige, quelquefois même jusqu’aux feuilles et aux fruits. Au printemps, cette maladie exerce Je plus de ravages; on l’attribue à des champignons du genre monilia et oïdium , le même que nous retrouverons sur la vigne. l-.a taille des parties atteintes, seul procédé encore essayé , est au moins inefficace. Le même arbre est aussi attaqué par le rouge, maladie incurable qui le tue rapidement. Le cloque, autre champignon qui crispe ses feuilles, la gomme qui suinte à travers son écorce, sont deux affections morbides moins redoutables que les deux premières et facilement guéries par des incisions ou par d’autres moyens tout aussi simples. Les mousses, les lichens, la fumagine sont enlevés en râclant l’arbre qu’ils recouvrent.

Nous n’avons parlé que dé plantes très connues ; mais on peut appliquer ce que nous en avons dit à presque tous les végétaux. D’après ce court exposé, il est facile de voir que, sauf de rares exceptions, ce sont les mêmes maladies qui atteignent toutes les plantes ; il n’y a de variable que les symptômes et les effets.

Les maladies de la vigne sont absolument de même ordre que celles que nous venons d’examiner; nous aurons donc à signaler des procédés curatifs analogues, sinon identiques, à ceux que nous avons indiqués. Notre sujet se divise en deux parties : r insectes nuisibles à la vigne, et en particulier de \ÿipyrale\ 2“ de la dernière maladie qui vient d’attaquer nos vignobles.

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