‹ Recherches sur les maladies de la vigneChapitre 2 sur 8 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

De la pyrale.

La pyrale est un insecte lépidoptère du genre des nocturnes; elle forme la dixième section àts tondeuses, animaux ainsi nommés parcequ’ils tordent autour d’eux, pour s.’en faire un abri, les feuilles

sur lesquelles ils vivent. Les travaux de Linné, de Fabricius, son disciple, de Latreille, Duméril, Audouinj ont éclairci cette partie si embrouillée de l’histoire des insectes.

Nous n’avons à nous occuper ici que de la pyrale de la vigne. Bosc ('1780) a le premier écrit sur cet insecte qui désolait alors les vignes d’Argenteuil. Fabricius (1794) en a parlé avec quelques détails. Il y a quelques années, M. Audouin a été chargé par le gouvernement d’étudier cet insecte ; son travail, sans contredit^ est le meilleur de tous ceux qui ont été publiés sur cette matière.

La pjrrale de la vigne subit une métamorphose complète dont nous allons examiner les différentes périodes.

1° Le papillon est jaunâtre, a reflets d’or ; ses palpes labiaux sont allongés ; ses antènes d’un jaune pâle ; les ailes antérieures ont un reflet d’un vert doré, avec une tache à leur base ; chez le mâle on remarque trois bandes transversales qu’on ne retrouve pas chez la femelle : les ailes postérieures sont grisâtres ; les pâtes abdominales sont d’un jaune tirant sur le gris. Des différences bien tranchées séparent les deux sexes ; le corps de la femelle est plus gros, la tache des ailes et les trois bandes transversales disparaissent presque complètement; les antènes sont plus faibles, l’abdomen est plus développé, verdâtre, recouvert d’écailles; elle pond un grand nombre d’œufs que l’on trouve agglutinés en masse sur la face supérieure des feuilles.

Mœurs. — L’éclosion des œufs dure 20 ou 25 jours; elle a lieu ordinairement depuis le 1 5 ou 20 juin jusqu’au 3 o juillet, selon la température. La vie de l’insecte n’est guère que de 12 jours ; il meurt presque toujours peu de temps après l’accouplement. La pyrale préfère les bas-fonds et les versants méridionaux des collines; elle vole peu et très bas ; d’un naturel timide, on ne la voit que le soir, vers le coucher du soleil, jusqu’à la nuit ; sa ponte se présente sous la forme de plaques imbriquées, et constamment placées sur la partie supérieure des feuilles, ou sur d’autres organes très lisses,

mais jamais sur la tige. Des pyrales emprisonnées dans une b(.itc ont pondu de préférence sur les parties les plus douces au toucher.

L’œuf n’a pas plus de 0“, 001 ; il est ovale , d’abord d’un vert pomme, puis grisâtre, brun et noir ; alors on peut apercevoir dans son intérieur la tête et l’abdomen de la chenille qu’enveloppe une matière verdâtre. L’éclosion a lieu le neuvième jour après la ponte, rarement le vingtième, sous l’influence d’une température de i5 à 20 degrés. Chaque plaque contient cent et jusqu’à deux cents œufs ; cela nous explique l’énorme et rapide multiplication do l’insecte.

2® Chenille. —Tête convexe, offrant trois sillons, dont deux en forme de V ; antènes rudimentaires, six yeux ou ocelles de chaque côté, labre où lèvre supérieure saillante recouvrant les mandibules; la lèvre inférieure est très grande.

Le corps proprement dit se compose de douze anneaux ; sa structure interne présente peu de particularités ; le tube digestif n’a pas de circonvolution ; les vaisseaux soyeux se trouvent à la base de la bouche. Dans la pyrale à l’état de larvo le système nerveux ressemble beaucoup à celui du hanneton, si patiemment décrit par Lyonnet ; il est formé de onze ganglions, sans compter le cerveau ou ganglion céphalique.

Mœurs de la Chenille. — Sorties de l’œuf, les chenilles de la pyrale cherchent un refuge pour l’hiver dans les fissures de l’écorce ou du bois, presque jamais dans la terre. Elles passent neuf mois dans cette retraite, plongées dans un sommeil léthargique, et emprisonnées dans les cocons qu’elles ont filés elles-mêmes. Ce n’est qu’au milieu du mois d’avril et principalement dans la première quinzaine de mai qu’on les voit se répandre en foule sur les feuilles et, plus tard, sur les grappes ; chose remarquable, elles ne prennent de nourriture qu’après s’être assuré un refuge en cas de danger.

La chenille est polyphage, il ne faut donc compter pour l'éloigner ni sur telle plante ni sur telle autre : il est probable qu’à une époque où la culture de la vigne n’était pas très étendue, elle vivait sur un grand nombre de végétaux ; mais on ignore quel était celui qu’elle préférait. Ce n’est qu’après cinq phases ou métamorphoses que la çhenille se transforme en papillon.

Historique .-—La pyrale était connue des anciens; tout nous porte à croire que c’est elle que les Grecs désignaient sous le nom de xa/xjivi, et les Latins sous celui d’involvulus (N. P. Cato, de Re rusticâ). Ses ravages ne remontent guère en France au-delà du XVP siècle ; à cette époque les vignobles d’Argenteuil en furent • infestés.

Nos-pères ne trouvèrent d’autre remède à l’invasion du fléau que des prières et des cérémonies publiques. Les Romains avaient fait des dieux des animaux qui détruisaient leurs moissons, ils leur avaient élevé des temples ; les chrétiens demandaient au ciel de retirer le mal qu’il avait envoyé. Tant il est vrai que, dans tous les temps, l’homme, par une sorte d’instinct, cherche un refuge ou une consolation dans un être supérieur, toutes les fois que son ignorance ou sa faiblesse lui refuse des armes pour se défendre lui-même ; mais lorsqu’après bien des années de travaux et de souffrances, l’expérience est venue l’éclairer, ce n’est qu’à lui seul qu’il en appelle. On allait, à l’époque dont nous parlons, jusqu’à frapper les animaux des peines de la loi. Sous ce rapport les chroniques du temps sont des plus intéressantes : on y trouve la condamnation à la peine de mort ou à l’exil de plusieurs insectes qui ravageaient les campagnes. Nous rions aujourd’hui de cette naïveté primitive ; peut-être qu’un philosophe y trouverait matière à de graves méditations et à de grands enseignements.

Cinquante ans plus tard, quelques communes d’Argenteuil, un siècle après les vignobles d’Aï, en Champagne, eurent beaucoup à souffrir.

Le Mâconnais et le Bourbonnais furent attaqués vers i'j 46 ; l’année 1785 fut désastreuse pour le Mâconnais; en 1807, mêmes ravages. Enfin en 1810 parut une ordonnance du préfet de Saôneet-Loire, relative à l’échenillage. Dans ces dernières années le département du Rhône a éprouvé à son tour des pertes énormes. La Côte-d’Or n’a été atteinte qu’en 1887; Charente-Inférieure avait déjà eu à souffrir dès 1750 ; le fléau y reparaissait en 1801 ; l’Hérault, la Haute-Garonne, les Pyrénées-Orientales ont aussi été fortement atteints.

Rien de plus incertain que la marche de l’insecte ; il se porte de tous côtés, sans route déterminée, attaquant tels ou tels vignobles, et respectant tel ou tel autre enclavé dans les premiers. On a cherché cependant à étudier sous quelle influence le fléau se propage.

La nature du terrain n’indique absolument rien ; la pyrale s’est montrée aussi bien sur le terrain calcaire de la Champagne que s.ur les terres calco-argileuses de la Bourgogne, et que sur le sol granitique de la vallée du Rhône. Remarquons néanmoins qu’elle a le plus souvent respecté les vignobles du Bordelais, plantés sur un fonds constitué en grande partie par du sable et du gravier.

Il n’en est pas de même pour la situation topographique ; on a toujours observé que l’insecte choisissait les lieux les plus bas ; il se jette volontiers sur les plaines, sans toucher aux coteaux, et si on l’étudie sur une colline qu’il a envahie, on verra constamment que les parties supérieures ont été respectées. En général c’est la partie centrale qui souffre le plus : l’exposition du midi paraît le mieux lui convenir.

Influences météorologiques. — Elles ne sont pas très considérables; cependant les gelées du printemps, une neige abondante et persistante en hiver, peut-être aussi des pluies froides et longtemps prolongées, produiraient un bon effet contre le mal. Quant aux froids violents mais de peu de durée, ils ne nuisent en rien à la pyrale.

On ne saurait nier que la qualité de la vigne et que le système de taille'n'influent jusqu’à un certain point sur la présence de l’insecte : aussi bien la nature et la quantité des engrais pourraient y être pour quelque chose, mais on ne sait rien de positif à cet égard.

Moyens de destruction. — Quelques animaux nous aident à nous débarrasser de la pyrale ; ils appartiennent en majeure partie à la classe des insectes et aux deux ordres orthoptères et des coléoptères ; quelques oiseaux insectivores aiment à s’en nourrir; les poules même leur font la chasse. Malheureusement ces moyens de destruction étaient tout à fait insuffisants; il a donc fallu en trouver d’autres, et certes on en a proposé un bien grand nombre; nous les divisons en deux <?lasses :

1° Moyens préservatifs; 2* Moyens à employer après l’invasion, au curatifs.

1° Moyens préservatifs. —L’enfouissement des souches a donné d’asseîS bons résultats dans la Charente-Inférieure, où l’expérience s’est faite; les difficultés de l’opération ont néanmoins forcé les cultivateurs à la délaisser complètement. Le recépage et la taille de la vigne sont de quelque utilité, parcequ’ils facilitent l’enlèvement des chenilles; il en est de même de l’écorçage et du brossage des ceps, car les chenilles de la pyrale se logent dans les fentes du bois et sous l’écorce. On a badigeonné les ceps avec divers produits chimiques, tels que des acides étendus, des solutions alcalineSj etc. Ces moyens ont sans doute une certaine importance, s,i on les emploie sagement, mais ils peuvent, si on n’y prend garde, devenir nuisibles à la plante même, de plus ils sont toujours insuffisants.

Plusieurs agriculteurs ont proposé d’assainir les échalas ; pour cela on les chauffait dans un four à une température élevée ; plus tard on substitua à cette méthode les fumigations d’acide sulfureux,d’ammoniaque, et même d’hydrogène sulfuré.Touscesmoyens sont trop nuisibles à la vigne pour être adoptés.

2° Moyens curatifs. — Ne pouvant atteindre la chenille lorsqu’elle est encore cachée dans sa retraite hibernale, on l’a attaquée au moment où elle se répand sur le ceps pour gagner les branches. Dans ce but, on a assayé de l’ébourgeonnement et de l’écimage; diverses préparations chimiques ont été versées sur les bourgeons et sur les feuilles : le chlorure de chaux, l’huile de pétrole, une solution alcoolique de sublimé corrosif, de sulfate de cuivre, un lait de chaux ou d’acétate de plomb, etc. On a aussi saupoudré les vignes avec de la chaux vive ou éteinte et du plâtre. Tous ces procédés sont loin de donner des résultats satisfaisants.

Détruire la chrysalide est également trop difficile. On est plus heureux pour le papillon : on allume des feux dans les vignes un peu après le coucher du soleil, ou bien on enflamme des torches et l’on parcourt les vignobles en battant les ceps : l’insecte vient voltiger autour de la flamme et finit par s’y brûler, (i)

Un seul moyen donne d’excellents résultats ; nous le devons à M. Desvignes, qui l’a expérimenté le premier; c’est dommage que son exécution entraîne à d’assez fortes dépenses. Il consiste à détruire les œufs; l’opération doit s’effectuer le plus rapidement possible aussitôt après la ponte, car l’éclosion ne se fait pas longtemps attendre. Il suffit de râcler les taches blanches qui couvrent les feuilles et les autres organes, et de recevoir les œufs dans des vases, ou de les détruire sur le lieu même. Depuis que ce. système de destruction a été mis en usage, la pyrale est devenue de plus en plus rare et a fini par disparaître de certaines contrées qu’elle infestait auparavant.

La pyrale est incontestablement l’animal qui nuit le plus à la vigne; nous ne ferons que citer quelques autres insectes dont les ravages, bien que moins considérables, ne manquent pas d’être assez préjudiciables. Dans l’ordre des lépidoptères, nous trouvons

(1) C’est de là que vient le nom de itu/s (feu).

encore le cochylis vitiana ou tordeux hépatique; Vilythium vinetella, quelques variétés du genre teigne. Dans les ptérophores, hnoctuelle épaisse, Yobélisque, Yaigle, la mandiantCj le procris mange-vigne. Chez les coléoptères, divers hannetons, l’euchlore de la vigne. Les hémiptères nous offrent les cochenilles de la vigne {coccus vitis).

Nous pourrions citer encore ces nuées d’oiseaux qui trop souvent viennent s’abattre sur les vignes et qui détruisent rapidement les récoltes, surtout quand le raisin est arrivé à sa maturité; les grives et les merles, etc. ,sont ceux que l’on trouve ordinairement dans les vignobles.

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