‹ Recherches sur les maladies de la vigneChapitre 3 sur 8 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

La Pyrale avait à peine disparu lorsqu’une nouvelle maladie est venue à sa place dévaster nos vignobles. Le cri d’alarme parti de l’Angleterre fut bientôt répété en Belgique, en France et en Italie; peu de nos plus beaux vignobles ont été épargnés. Quelle est la cause de ce nouveau fléau ? Cette question est encore indécise ; en attendant que de nouvelles observations viennent en donner la solution, nous passerons en revue les diverses théories qu’on a émises jusqu’à ce jour.

Toutes les opinions sur la nouvelle maladie de la vigne peuvent se ramener à deux espèces.

La première regarde comme cause du mal un insecte du genre acarus : l’œil le plus exercé le distingue à peine, mais on le reconnaît aisément avec une loupe. Ce n’est d’abord qu’un petit corps globuleux, rougeâtre ou jaune orangé, presque toujours immobile durant le jour. Armé d’un suçoir, il perfore les jeunes écorces et l’épiderme des feuilles, pour en retirer le liquide nécessaire à sa subsistance. C’est principalement au mois d’août ou en septembre que ces animaux attaquent sans répit les tiges, les feuilles et les

racines; chacune de leur piqûre vicie la sève de la plante, qui ne tarde pas à subir les effets d’un véritable empoisonnement. L’acarus de la vigne se plaît de préférence aux points de jonction des nervures sur les feuilles ; on le trouve aussi sur la tige à la naissance de pétiole; il y vit en société et y accomplit sans relâche son œuvre de destruction : les parties déjà noircies n’en présentent bientôt plus aucun ; l’animal monte sans cesse, délaissant un lieu altéré pour un autre plus favorable à sa nourriture. Il n’est point rare de trouver à la rencontre de deux nervures une foule de corpuscules blanchâtres que le microscope nous montre pour être les dépouilles des mues de notre acarus.

Linné a le premier observé avec soin cet insecte ; il en a signalé la présence sur plusieurs plantes exotiques : « Il est, dit le célèbre naturaliste, très petit, à peine visible , ressemblant à une piqûre d’épingle ; quelquefois en nombre prodigieux. Il est rouge, transparent, avec une tache brune de chaque côté de l’abdomen.«Cette description a le double mérite de la vérité et de la précision. L’acarus de la vigne abonde en effet sur les feuilles de bananier, où il se loge principalement sur les nervures transversales de tous les organes foliacées. Les larges feuilles du colocasia odora en offrent plusieurs campements ou sociétés isolées et distinctes.

Les œufs de cette mite sont ronds et diaphanes. L’animal au sortir de la coquille est blanc verdâtre ; après plusieurs mois il passe au blanc jaunâtre, puis rougeâtre, et enfin au rouge. Dans son jeune âge il est en troupes plus ou moins nombreuses, sur la tige et sur les feuilles où il laisse ses diverses robes qui affectent l’apparence d’une poussière floconneuse et blanche. Au soleil et avec la loupe on distingue ses innombrables légions ; ce sont des corpuscules globuleux à six pâtes; peu à peu ces petits corps grossis.sent, s’al longent et complètent le nombre de leurs pâtes ( 8 ). Leur abdomen est alors coloré en rouge. A cette époque leur nombre a considérablement diminué, parceque les larves des myodaires et celle

d’une Ichummonide, qui en sont très avides, en ont détruit une grande partie.

C’est à la suite de la piqûre de cet acarien que naît YOidium Tuckeri, champignon de l’ordre des Macédinées qui constitue la maladie proprement dite.

Cette théorie a été soutenue par plusieurs hommes d’un mérite incontestable; nous citerons plus particulièrement MM. Robouan et Robineau-Desvoidi. Le premier attribuait d’abord à la même cause la maladie que l’on a observée sur la vigne, sur la pomme de terre, le rosier et d’autres végétaux; cette cause c’était un misoxile qu’il nommait Cocus radicutn. Dans un second travail le savant agronome arrive aux mêmes conclusions, tout en admettant quelques modifications : «Ces altérations morbifiques, dit-il, sont généralement produites par une soustraction et une viciation des sucs nourriciers,opérées par les insectes qui amènent constamment l’apparition de phénomènes morbides qu’on peut rattacher, ainsique l’inflammation, par exemple, à un même ordre nosologique, et s’accompagnant presque toujours de divers cryptogames. Ces insectes sont : les Aphidicus, les Acariens et les Coccus.iM. Rabouan a observé des lésions : i" dans le canal médullaire, 2°dans l’épiderme des feuilles, 3“ dans les racines.

«Les plus récents observateurs, dit M. Robineau-Desvoidy, n’ont étudié que la production cryptogamique, et lui font jouer la totalité du rôle ; ils l’ont étudiée comme étant la maladie elle-même, prenant ainsi le résultat pour la cause , erreur assez commune dans ce genre de recherches. La maladie est due à un acarus. Près de cette espèce se placeTflCarus catdiorum ou mites desserres; on ne l’a encore observée que sur les végétaux exotiques: cette ennemie semble donc avoir été importée du nouveau mondei... Plus loin, étudiant la terrible maladie des pommes de terre, M. Robineau est conduit à l’attribuer à une autre espèce demjte, l’acarus solanorum. Enfin : « J’ai reconnu l’existence des mites, dit-il en termi-

nant, sur une cinquantaine de plantes appartenant pour la plupart à des familles différentes; je crois pouvoir affirmer que les espèces de mites varient avec les espèces botaniques.

Un grand nombre d’observateurs, surtout dans ces derniers temps, ont fortement combattu l’opinion que nous venons d’exposer. D’après eux, VOîdium Tuckeri est la seule cause de la maladie, et c’esl, non plus à la piqûre d’un insecte, mais aux inte^mpéries de la dernière saison que ce champignon doit son origine.

M. Bonjean a soutenu un des premiers cette théorie : selon le pharmacien de Chambéry, l’oïdium qui se reneontre à la surface des grains deraisin malàdes, l’enveloppant comme un réseau serré, obstrue les stomates, empêche ainsi l’arrivée de l’air, et le fruit meurt asphyxié. Il y aurait d’après lui identité ou une grande analogie entre cette asphyxie et celle que l’on peut déterminer momentanément chez certains oiseaux à l’aide d’enduits imperméables qu’on leur applique sur la peau. Des changements brusques dans l’atmosphère ont exercé sur les plantes une influence telle que les excrétions se sont altérées et ont produit sur le fruit cette poussière blanchâtre cryptogamique qui l’étouffe.

Déjà en septembre i 85 o M. Guérin-Méneville présentait à l’Académie des sciences une note où il signalait l’existence de cet Oïdium sur les sainfoins du midi de la France, et en Italie sur des Verbascum des Renonculus acris, et sur une foule d’autres plantes sauvages. En revenant de ce voyage il le retrouvait à Gap sur les feuilles du saule, qui en étaient toutes blanchies.

M. Letellier adopte entièrement les idées de M. Bonjean ; voici sur quelles considérations il se fonde : i“ Comment se fait-il que des êtres connus depuis plus d’un siècle n’aient jamais produit cette maladie jusqu’à l’année dernière. 2® Comment des individus microscopiques peuvent-ils produire de si grands ravages, lorsque d’autres bien plus forts qu’eux, les pucerons, par exemple, ne nuisent presque pas aux plantes qu’ils recouvrent, et lorsque d'autres

insectes dévorent la partie supérieure, la chlorophylbe du charme, sans autre lésion, etc. 3 ° Il est difficile d’admettre que la même espèce occasionne deux maladies aussi différentes que l’endurcissement, la déhiscence et l’arrêt du développement du raisin, et le ramollissement putride sans suspension de développement de la pomme de terre, dont la tige peut être très malade sans que le tubercule s’en ressente. 4 “ Pourquoi l’épuisement do la tige n’agit-il que sur tel ou tel grain dans la même grappe, et n’exerce-t-il pas ses effets sur les feuilles, que l’insecte attaque de préférence?

Les objections qu’invoque M. Letellier ne nous paraissent pas concluantes ; sans avoir nullement la prétention de préjuger la solution de la question qui nous occupe, qu’on nous permette de hasarder quelques observations.

1° On pourrait peut-être répondre à la première objection par des considérations empruntées au règne animal. Il est un fait que personne ne controverse, c’est que la même cause détermine sur le même sujet des effets tout différents ; ainsi durant l’épidémie du choléra la cause la moins propre en apparence à troubler les fonctions digestives causait la diarrhée et quelquefois le choléra d’emblée.. C’est cette disposition qu’on désigne sans l’expliquer sous le nom de Constitution épidémique. Ne pourrait-on pas interpréter d’une manière semblable des faits de même espèce observés dans les végétaux. Qu’est-ce qui empêche d’admettre que, sous l’action délétère de Vacarus, la vigne subit à une époque donnée une maladie qui ne l’aurait pas atteinte à une autre époque? Remarquons aussi que, d’après certains observateurs, cet acarus s’est montré l’année dernière en plus grand nombre qu’on ne l’avait jamais vu ; or, ce que ne peut pas un petit nombre d’animaux microscopiques un grand nombre pourrait peut-être le faire.

2° Nous n’avons qu’un mot à dire : certains insectes développent par leurs piqûres des inflammations que bien d’autres no déterminent point. Ceci est du domaine de la plus vulgaire observation.

s* 4° Letellier s’étonne de trou-ver sur le même pied des grappes fortement atteintes et d’autres à peine malades ou tout à fait intactes; mais ne voit-on pas chaque jour la même maladie affecter certains individus et en respecter d’autres placés dans les mêmes conditions hygiéniques; ne peut on pas, en d’autres termes, admettre pour les plantes Vidiosyncrasie que l’on a admise chez l'homme? Mille circonstances peuvent d’ailleurs modifier le phénomène et le forcer à se produire sous des aspects en apparence contradictoires, tels que, d’une part, la putréfaction de la partie malade sans arrêt de développement, et d’autre part la déhiscence et le dessèchement du raisin? En effet, si la déhiscence s’est faite par un temps sec, nul doute que le raisin ne se raccornisse et ne se dessèche; au contraire, il y aura putréfaction si les conditions atmosphériques sont différentes : on conçoit, en outre, sans peine, que le dessèchement d’un organe arrête son développement et qu’une putréfaction incomplète n’entraîne pas ce résultat. Ajoutons à cela l’influence de la végétation, de cette force occulte dont l’essence nous échappe et qui joue un rôle si important dans la vie végétale, et nous ne serons plus surpris que la même influence détermine sur le même sujet, sur le même fruit, et à fortiori sur des plantes différentes des phénomènes morbides si dissemblables.

M. Ormancey a examiné les circonstances que les acarus recherchent pour se multiplier. Les uns aiment les vieux bois, les écorces humides en voie de décomposition, les mousses, etc. ; les autres se plaisent sur les vieux fromages, sur les fruits secs qui ont fermenté, sur les coléoptères vivants, ou sur ceux qui sont morts dans des lieux humides. Ils sont en général parasites et recherchent l’humidité, ce qui se conçoit facilement, leur corps étant recouvert d’une carapace peu résistante, une forte chaleur les ferait infailliblement périr. La nourriture qu’ils puisent à l’aide du suçoir dont leur bouche est armée varie extrêmement : les sucs

qd’ils préfèrent sont alcalins, ou sucrés, ou extractifs; ceux qui attaquent les vieux bois attendent qu’il s’y soit manifesté un commencement de putréfaction acide.

On pourrait penser d’après ce qui précède que l’acarus vit aux dépens de la moisissure plutôt qu’aux dépens de la vigne, car il trouve dans ces productions cryptogamiques l’humidité nécessaire à sa vie, et la nourriture en rapport avec la conformation de son, appareil buccal. La vigne a une contexture trop forte pour être attaquée par le suçoir de l’insecte, tandis que les filaments du champignon sont très tendres, très déliés et d’une extrême délicatesse.

D’un autre côté comment se fait-il que presque tous les observateurs qui ont écrit sur cette maladie n’aient pas vu un acarus dont la grosseur est trente fois plus forte que celle des sporules de VOidium, et quatre-vingt-dix fois plus que les filaments, et que l’on voit à la loupe marcher, changer de peau et pondre.

Sans chercher à nous prononcer pour l’une ou pour l’autre de ces opinions, voyons quels sont les effets de la maladie sur tout le végétal, et principalement sur le raisin.

Symptômes et effets de la maladie. — Au début de la maladie la tige prend insensiblement une teinte obscure qui brunit plus ou moins jusqu’à ce que sa totalité soit atteinte et comme frappée de mortification; si ce sont les feuilles qui ont été attaquées, elles se crispent, leur couleur change ; alors seulement on s’aperçoit de leur état maladif.

Sur deux grappes de raisin cueillies par M. Payen sur le même rameau, l’une, située le plus bas, était arrivée à une maturité complète ; l’autre, placée plus haut, s’est trouvée recouverte de VOidium Tuckeri. L’épiderme de tous les grains s’est entr’ouvert, et bientôt le développement du fruit s’est arrêté.

Ce faitde la co-existence de grappes saines et de grappes atteintes sur le même pied et sur un même rameau paraît assez général.

Plusieurs jardiniers ont encore remarqué beaucoup d’exemples d’un autre fait, l’état prospère de grappes placées assez bas pour être en contact avec le sol, tandis que presque toutes les grappes situées au dessus avaient été frappées par la maladie. Il nous semble que ce dernier phénomène s’explique jusqu’à un certain point; les grappes placées le plus près du sol sont bien plus chauffées par la réverbération du soleil, et par suite plus promptement desséchées que celles qui étant plus élevées se trouvent dans des conditions morbides toutes différentes.

Le raisin malade s’ouvre et meurt, tantôt par dessiccation, tantôt par putréfaction. La dessiccation a lieu lorsque le raisin est jeune, et par l’effet du parasitisme ; la putréfaction se produit lorsque le grain est beaucoup plus avancé. On peut, d’après M. Ormancey, distinguer trois périodes dans la maladie du raisin ; la première où le fruit offre un aspect blanc, la seconde où il devient noirâtre, et la troisième où il se fend et pourrit. Ces périodes ne seraient que des phases de végétation de VOidium. Le fruit n’est jamais attaqué qu’après la feuille.

Lorsque la maladie ne survient qu’à une époque très avancée, le raisin achève de mûrir. Disons d’abord combien étaient insensées les craintes de plusieurs cultivateurs ; on est allé jusqu’à prétendre que le raisin attaqué de VOidium était un poison violent ; mille fables extravagantes ont été publiées à ce sujet. Des expériences faites avec le plus grand soin par des hommes dont la .compétence ne sera mise en doute par personne, MM. Seringes, Guillermont et Bohjean, ont prouvé jusqu’à l’évidence que l’on peut manger du raisin malade sans le moindre inconvénient ; on peut même en faire du vin dont la qualité n’est pas inférieure à celle d’un vin d’une année ordinaire, (i)

(1) M. Chatin a toutefois fait la remarque que lorsqu’on a mangé une assez grande quantité de raisin attaqué par XOidium, on ressent aux lèvres une légère sensation d'âcreté.

La feuille malade est comme le raisin, le parasite la recouvre en dessus et en dessous, et lorsqu’il a pris tout son développement, elle se crispe;les points d’attache brunissent, on voit apparaître de petites plaques brunes qui se dessèchent, et la feuille périt. On pourrait comparer cette mortification de la feuille à une gangrène sèche, et celle du raisin à une gangrène humide.

Cette même macédinée attaque, comme nous l’avons dit, plusieurs autres espèces de végétaux ; mais avec quelques différences sensibles ; ainsi dans la feuille du rosier les points d’attache sont rouges, circonscrits d’une ligne brune ; elle se crispe moins que celle de la vigne, parcequ’elle contient bien moins d’eau de végétation; son tissu étant plus serré, l’altération y est moins large et moins rapide.

Quelques observateurs ont cru remarquer que plusieurs plantes doivent d’être attaquées au voisinage de la vigne ; tous les effets disparaissent à mesure que les vignobles s’éloignent. Ce fait n’est pas d’une grande valeur, car en voici un qui le contredit. M. Guérin-Méneville a vu des champs de sainfoin complètement envahis, et des vignes qui les environnaient absolument intactes. Faudrait-il augurer de là que VOidium, préfère telle ou telle plante, et que certains végétaux pourraient en garantir la vigne ?

L’épiderme déhiscent du vieux bois de la vigne est rarement attaqué ; quand U est atteint le mal n’y prend pas de grands développements. Le jeune bois ou le sarment est teinté de plusieurs couleurs ; le mal n’y dépasse jamais l’épiderme : l’écorce, l’aubier et la moelle restent intacts; le tissu vasculaire limite l’altération. Assurément si le végétal se trouvait empreint d’un virus dans sa circulation, on aurait pu en constater la présence; or M. Bonjean ( c plusieurs autres n’ont jamais pu l’y reconnaître. Cependant quelques observateurs ont cru voir que toutes les parties de la vigne étaient quelquefois atteintes, et que la maladie se propageait jus-

que dans les racines : il y a donc ici contradiction complète entre les deux hypothèses.

Nous ne passerons pas sous silence les observations et les expériences faites par M. Bouchardat dans la pépinière du Luxembourg.

Il est des groupes de cépages dont toutes les variétés ont été fortement atteintes; il en est d’autres au contraire qui ont été respectées; ce qui est remarquable, c’est que les groupes naturels de cépages fondés sur des caractères importants, tels que ceux des muscats, chasselas, teinturiers, ont été atteints par la maladie d’une manière uniforme, tandis que les groupes moins naturels, tels que ceux des gamais, des sauvignons, etc., présentent de grandes anomalies. Le tableau suivant donne un aperçu de ces différences. Muscats.

Chasselas,

Malvoisies.

Teinturiers (Nord).

Foiles-Bianches (Gh. Inf.).

Clairettes.

Picpoullles.

Melons.

Gamais.

Finaux (Bourgogne).

Cépages des Pyrénées.

( Assez fortement atteints.

Espagne. l

Hongrie, '

Cépages de la Gironde. \

— du Rhin. [ Us n’ont presque pas souffert.

— d’Amérique. . )

Parmi les cépages français, les cots et les sauvignons ont été moins attaqués : ce sont les plants venus d’Amérique qui ont eu le moins à souffrir.

De ses différentes observations, M. Bouchardat tire les conclusions suivantes :

l a maladie de la vigne n’est point déterminée par un Acarus.

L’hypothèse d’après laquelle on attribue l’origine de ce mal nouveau à VOdium Tuckeri est celle qui rend mieux compte de tout les faits.

Le rajeunissement des vignes, tel qu’il se pratique dans plusieurs vignobles ,de la Marne, est le procédé de culture le plus pro pre à s’opposer à l’envahissement de la maladie. Le provignage vanté par M. Frangé donne incontestablement de bons résultats.

Moyens curatifs. — On a à peu près tout essayé pour guérir les vignes malades, mais aucun des moyens employés jusqu’à ce jour n’a complètement réussi. Les ablutions d’eau tiède ou d’une solution alcaline, le chlorure de chaux, la chaux vive, les fumigations d’acide sulfureux, rien n’a donné des résultats satisfaisants.

Nous l’avons déjà dit, la maladie s’est d’abord déclarée, dans les serres de l’Angleterre et de la Belgique ; en France, elle s’est montrée pour la première fois dans les serres de M. de Rothschild. On comprend, en effet, que des plantes forcées, pour ainsi dire, dans leur végétation, trop gorgées de sucs, et par cela même très délicates soient les premières à être attaquées par une maladie. Quelques agriculteurs se basant sur ce fait ont demandé la destruction de serres dans les pays vinicole.s, seul moyen , selon eux, d’empêcher le mal de se produire. Deux faits surtout nous montrent combien leur erreur est grossière : d’abord une multitude d’observations nous portent à penser que la maladie n’est pas contagieuse; et puis, dans certaines parties de la Bourgogne, qui ont été le plus cruellement frappées, il n’exi.ste pas de serre à une très grande distance ; nul doute que ce mode de culture ne soit en rien dans la maladie, et qu’on ne doive bien plutôt l’attribuer qu’à des influences météoriques. C’est assez dire qu’il nous est impossible de la guérir. Cependant quelques procédés ont paru donner quelques bons effets ; ainsi on a pu garantir certains ceps d’une perte certaine en enfouissant dans le sol toute la partie atteinte ; il serait

peut-être prudent de sacrifier les pieds sur lesquels VOidium se montre d’abord.

Enfin, s’il est vrai que le mal doive être attribué à l’humidité, on pourrait dans les lieux les moins secs suivre le conseil que donnait l’abbé Rozier, il y a bien longtemps, de paver le sol de manière à empêcher l’eau de séjourner, et à rendre plus active l’action du soleil. Chacun s’est aperçu, comme nous, que le fléau n’a pas présenté la même gravité dans les vignobles où, pour hâter la maturité du raisin, on dispose des pierres de distance en distance. Or cette pratique si simple n’est qu’une ébauche de l’opération de du Rozier. Ce savant avait encore pour but d’éviter aux vignerons les travaux si longs et si dispendieux du labourage ; par son procédé les terres étaient consolidées sur le versant des collines, et moins sujettes a être entraînées par les eaux pluviales. Nous ne dirons pas de radop';er entièrement, car nous n’ignorons pas combien, dans le midi surtout, on utilise l’espace de terrain qui sépare les sillons de vigne; mais pour les terres froides et humides on ne saurait trop le mettre en pratique. La nature ne semble-t-elle pas avoir fait en partie pour le Bordelais ce que nous conseillons ici ? Ce gravier qui forme une partie du sol n’agit-il pas comme le font ces pierres éparses, ou comme le ferait un pavage régulier?

Comme on le voit, la question que nous avons essayé d’exposer est loin d’être résolue : elle laisse carrière aux expériences et aux travaux des observateurs. Le temps ne nous a pas permis de faire des essais pour arriver sur ce sujet à une solution satisfaisante; nous nous proposons de les entreprendre cette année, heureux si dans notre humble sphère nous pouvons être utile à notre pays.

Persuadé que des expériences de ce genre n’ont de valeur qu’autant qu’elles ont été répétées un grand nombre de fois, et dans diverses circonstances de temps et de lieux, nous voulons les multiplier et les varier le plus possible; voici celles auxquelles nous

nous attacherons d’abord, et que nous publierons dans un second travail.

1 ° Nous avons constaté plusieurs fois l’altération de la tige et des rameaux, principalement de ces derniers lorsqu’ils sont très jeunes. Nous conseillons de tailler la vigne de bonne heure, vers le a5 février, par exemple, pour le climat de Paris, et pour les vignes basses d’enterrer les tiges pour que vers le i" mars chaque pied se trouve à découvert ;

2 ® La vigne taillée court sera lavée avec de l’eau chauffée à 8 o“ environ ; la même expérience sera exécutée sur la vigne taillée d’après le procédé habituel ;

3“ Les expériences de MM. Grouby, Bouchardat, etc., ont appris que les végétaux inférieurs ainsi que les insectes occupant le bas de l’échelle animale, sont tués par le plus grand nombre de solutions salines : nous conseillerons de laver les pieds de vigne avec les solutions aqueuses faites au millième et renfermant les corps suivants :

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