Recherches sur les maladies mentales
La paralysie généi-alc esL uno des maladies cérébrales les plus fréquentes et les plus graves. Elle frappe l'homme dans toute la force de l'âge, et le conduit à la mort en (e faisant passer par la plus triste dégradation.
Tous les médecins sont d'ailleurs d'accord pour considérer cette affection comme très insidieuse à son début.
Elle met souvonl, en effet, un temps très long- à se développer, n'offrant d'abord que des symptômes en apparence légers.
(1) Ce inùiiioir.^ ;i élé lu à rAcudumie des sciciic-s dans hi si-ai.ce dit IT septembre I8G0.
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i DU DÉLIRE lIYPOCIIONDHIAQUli
Il arrive dans beaucoup de cas que ces symptômes légers passent inaperçus, et quand la maladie est reconnue, il est 'déjà trop tard pour arrêter sa marche. 11 importe donc à un très haut degré de saisir les premières manifestations
cette affection.
• C'est en me plaçant à ce point de vue que j'ai cru utile de signaler la relation étroite qui me paraît exister entre la mélancolie hypochondriaque et la paralysie générale.
Cette relation une fois démontrée, le délire dont je viens de parler devient, en effet, un symptôme nouveau, qui peut, dans beaucoup de cas, servir au diagnostic de la maladie à son début. Ce symptôme aurait d'autant plus d'importance que la paralysie généiale accompagnée de •.mélancolie est souvent, pendant sa première période, difficile à distinguer de la mélancolie simple.
Les conceptions délirantes des hypochondriaques paralytiques sont des plus variées ; cependant il en est qui se présentent si souvent, qu'on pourrait, jusqu'à un certain degré, les regarder comme ayant ici quelque chose de spécial.
Les malades croient que leurs organes sont changés, détruits ou complètement obstrués. Ils prétendent, par •exemple, qu'ils n'ont plus de bouche, qu'ils n'ont plus de ventre, qu'ils n'ont plus de sang; ou bien que leur pharynx est bouché, leur estomac complètement plein, que leur ■ventre est barré.
Il semble h quelques-uns que les aliments qu'ils prentnent sortent des voies ordinaires, qu'ils passent sous la ;.peau ou même dans leurs vêtements.
Quatre malades prétendaient que leur corps tombait en sputréfaction. Plusieurs d'entre ces derniers paraissaient -avoir des hallucinations do l'odorat.
11 en est qui soutiennent qu'ils ne peuvent plus ouvrir
DU DliUlŒ IIYPOCUONDHIAOUI': 3
les yeux et qa'ils sont devenus aveugles ; d'autres cessent de parler et assurent plus tard qu'il leur était impossible d'ouvrir la bouche ; ils affirment encore ne plus pouvoir avaler, ni aller à la selle, ni uriner.
Ils trouvent que leurs membres sont changés, qu'ils sont plus gros ou plus petits ; ils disent même qu'ils ne les ont plus.
Enfin, il en est qui vont jusqu'à se croire morts. Ils res^ tent immobiles, les yeux fermés, et quand on soulève leurs membres, ils les laissent retomber comme s'ils étaient complètement paralysés. Ces diverses conceptions délirantes entraînent souvent de fâcheuses conséquences. Beaucoup de malades refusent avec plus ou moins d'énergie de prendre des aliments, et quelquefois il faut recourir à l'emploi de la sonde œsophagienne.
Ces derniers, pour peu que le délire se prolonge, ne lardent pas à tomber dans le marasme. J^ai vu succomber, après huit jours seulement de maladie, un aliéné qui opposa la plus grande résistance à l'emploi de la sonde, d'après cette idée que son estomac était déjà complètement plein et son pharynx obstrué. Un hypochondriaque, au début de la paralysie générale, prétendait qu'il ne pouvait plus uriner, et en même temps il faisait des efforts pour retenir son urine. Sa vessie se distendit énormément et il se donna une véritable rétention. Il fallut avoir recours au cathétérisme, qui offrit de grandes difficultés. Au bout de quelques jours le chirurgien pratiqua une fausse route; le malade succomba rapidement, étant encore à la première période.
La disposition à la gangrène, qui est un des caractères (le la paralysie générale au dernier degré, existe ici plus prononcée et avant l'époque ordinaire.
Quatre malades avaient de larges eschares au siège avant