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DES CIRCONVOLUTIONS DU CERVEAU DANS LA PARALYSIE GÉNÉRALE

En 1858 j'ai signalé « une induration spéciale de la substance blanche des circonvolutions » comme l'une des lésions principales de la démence paralytique (1).

Le procédé par lequel on peut constater cette lésion est des plus simples.

Lorsque sur un cerveau sain, dépouillé de ses membranes, on racle la couche corticale avec le dos d'un scalpel, on peut, après avoir enlevé successivement toute l'épaisseur de cette couche, enlever de la même manière la substance blanche superficielle des circonvolutions.

Dans le cerveau de beaucoup d'aliénés morts de paralysie générale, il en est tout autrement.

On enlève très facilement la substance grise, mais arrivé à la substance blanche celle-ci résiste et on peut se convaincre qu'elle est plus ou moins indurée.

Cette induration porte surtout sur les prolongements de

(1) Annales médico-psrjcholor/iqucs, 18u8, p. 373 et 1865, tome V, p. 32.

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la substance blanche qui supportent la substance grise. Ces prolongements indurés forment des espèces de crêtes résistantes et élastiques.

Quand l'altération est très prononcé ces crêtes par leur forme et leur consistance rappellent jusqu'à un certain point la forme et la consistance de l'épiglotte.

Il m'est arrivé bien souvent d'enlever la substance grise de tout un groupe de circonvolutions sans entamer la substance blanche qui conserve ses reliefs et ses anfractuosités comme on peut le voir dans la planche ci-jointe :

Chez beaucoup d'aliénés paralytiques en même temps que la substance grise se ramollit il se produit donc un travail d'induration à la lisière de la substance blanche et dans ses couches les plus superficielles.

Je crois devoir faire remarquer que l'induration de la lisière de la substance blanche, facile à constater assez souvent sur tout un lobe, peut être dans d'autres cas, très limitée.

J'ai publié une observation de ce genre où la sclérose n'atteignait encore qu'une seule circonvolution et j'ai rencontré d'autres cas semblables.

Une femme de trente-six ans entre à la Salpêtrière dans un état d'excitation maniaque, avec un délire de grandeurs des mieux caractérisés. Les pupilles étaient inégales mais la parole restait libre. Bientôt cette malade se calme et un délire hypochondriaque très curieux se mêle au délire ambitieux; elle prétend qu'on lui a vidé le corps pour prendre ses diamants; elle a dans le corps des tonneaux remplis d'or.

Cette femme meurt subitement le quarante-quatrième jour.

A l'autopsie on constate que les membranes sont saines, il n'y a ni opacité ni épaississoment, aucune trace d'adhé-

rences à la couche corticale. Cependant on trouve dans le lobe antérieur droit une circonvolution très nettement sclérosée et un commencement de la même altération dans le lobe antérieur gauche.

On comprend que dans les cas de ce genre une lésion aussi limitée, qui n'est accompagnée ni d'altérations des méninges, ni d'adhérences de l'arachnoïde à la substance grise, doive passer très souvent inaperçue.

En 1864, M. Regnard alors interne dans mon service a étudié la lésion que je viens de décrire. Le mémoire qu'il a publié sur ce sujet l'année suivante contient douze observations de femmes mortes de paralysie générale, et dont il a fait l'autopsie. Il a trouvé huit fois la lésion parfaitement nette; trois fois elle était peu marquée; enfin dans l'un des cas elle n'a pu être reconnue.

« Quant à la nature intime de cette lésion, l'examen microscopique, dit-il, a révélé l'existence d'une prolifération des éléments du tissa conjonctif, des corps amyloïdes, un état congestif et athéromateux des capillaires, en un mot des éléments constitutifs de la sclérose. »

Il ajoute plus loin qu'il n'a pu reconnaître cette altération chez des malades qui avaient succombé à des affections diverses autres que la paralysie générale.

M. Regnard a recherché si l'induration de la substance blanche superficielle des circonvolutions avait été signalée par les auteurs qui ont écrit sur la paralysie générale et il a reconnu qu'aucun d'eux n'en avait fait mention. Ce qu'on • a indiqué c'est Finduration plus ou moins générale du cerveau sans spécifier aucun siège en particulier. D'après M. Délaye, cependant, elle porterait surtout sur les pédoncules et la protubérance.

Le mémoire de M. Regnard se termine par les conclusions suivantes :

« 1° Il existe dans la paralysie g-énérale une altération caractérisée par l'induration superficielle de la substance blanche des lobes antérieurs du cerveau;

2° Cette altération existe dès la première période de la maladie ;

8° Elle paraît être d'autant plus marquée que la consistance de la pulpe cérébrale se rapproche davantage de l'état normal. »

En 1884, M. le docteur Tuczek a publié un mémoire consacré à l'anatomie pathologique de la paralysie générale et dont le second chapitre a pour titre : Dégénérescence [sclérose) de la lisière de la substance blanche dans certaines parties de l'écorce cérébrcde dans la démence paralytique.

M. Tuczek a publié six observations et le résultat général de ces six cas consiste, dit-il, en une altération de lobes antérieurs dans lesquels on constate « une espèce de sclérose sous-corticale » .

Il ajoute que le processus n'atteint jamais l'écorce et qu'il est rare de le voir pénétrer plus profondément dans la lisière de la substance blanche ; le plus souvent il est strictement borné à la couche sous-corticale des fibres ^/'anst;er5e5(fi,bres d'association deMeynert, fibres arquées de Gratiolet).

Cependant la couche dégénérée s'élargit à certains endroits en un foyer qui s'étend à la substance blanche. Parfois même, aussi, la sclérose pouvait être suivie dans ses poussées vers la substance blanche jusqu'à un centimètre de profondeur.

Au point de vue histologique, le processus, pour M. Tuczek, était caractérisé par une atrophie notable ou complète des fibres nerveuses, et par une prolifération du tissu interstitiel avec un développement abondant d'énormes cellules araignées. Il rappelle d'ailleurs que « ce sont sur-

SCLÉROSE lot)

tout les couches extérieures de la substance blanche qui subissent la sclérose » et que les cellules araignées sont les plus nombreuses à la limite de l'écorce et de la substance blanche.

Il est inutile de faire remarquer que les recherches microscopiques de M. Tuczeksur la sclérose sous-corticale des circonvolutions du cerveau ont ici un grand intérêt. Elles viennent, en effet, à l'appui du fait que j'ai signalé depuis longtemps et qui est l'objet de ce travail savoir :

Que l'induration de la couche superficielle de la substance blanche des circonvolutions est une lésion très fréquente de la paralysie générale.

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