BAILLARGER, II
J'ai rapporté, clans le travail qui précède, plusieurs exemples de grandes liémorrhagies dans la cavité de l'arachnoïde. Ces vastes épanchements enkystés n'ont point été considérés comme les résultats d'une méningite ; on les a purement et simplement classés parmi les liémorrhagies.
On comprend, d'ailleurs, que la quantité du liquide ne doit en rien modifier l'opinion dont je viens de parler. Une hémorrhagie de deux grammes n'est pas plus un produit phlegmasique que celle qui est cinq ou six fois plus forte.
Les grandes hémorrhagies arachnoïdiennes se trouvent assez souvent chez les aliénés paralytiques, où elles semblent être liées à des congestions cérébrales. Or, chez ces mêmes malades et sous l'influence de la même cause, on observe aussi de petits épanchements, et on ne peut évidemment chercher ici deux explications difl"érentes pour le même fait.
On a vu plus haut qu'il se forme dans les hémorrhagies arachnoïdiennes des feuillets pseudo-séreux qui enveloppent l'épanchement. Nous savons aussi que ces fausses membranes s'épaississent peu à peu par la superposition successive de nouveaux feuillets; enfin qu'elles se décolorent par la résorption graduelle de la matière colorante du sang, et finissent par ressembler à de véritables membranes fibreuses.
C'est avec ces données qu'il faut examiner les productions pseudo-membraneuses regardées comme de simples produits phlegmasiques, et dont M. Bayle a rapporté douze observations.
Je me bornerai, pour tous ces faits, à citer les descriptions de l'altération principale.
Pi'emiére observation. — « On voyait sur rarachnoïde, à la partie supérieure et antérieure de l'hémisphère gauche, une plaque rougeâtre de sang caillé, du diamètre d'une
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pièce de six francs, peu adhérente à la membrane séreuse dont on la séparait en essuyant cette dernière avec précaution. Yis-à-vis do cette plaque, le feuillet araclinoïdieu de la dure- mère était recouvert d'une fausse membrane assez épaisse, qui, dans cet endroit, avait une couleur noire et paraissait formée par du sang. Elle se séparait assez facilement du feuillet séreux; mais à quelques pouces de distance de la plaque noire, son épaisseur diminuait, et on ne pouvait plus la détacher du feuillet arachnoïdien de la dure-mère. »
Il est évident qu'il ne s'agit, dans cette observation, que d'une hémorrhagie intra-arachnoïdienne. Outre l'existence isolée d'un caillot sanguin, la fausse membrane ellemême était formée par du sang ; il n'y a donc pas de doute possible.
Dans la troisième observation, l'hémorrhagie n'est pas moins facile à reconnaître ; il existait, en effet, des caillots de sang noirâtres sous forme de plaques, et en même temps une fause membrane molle, couenneuse, transparente.
Chez le quatrième malade, la pseu,do-membrane avait « une couleur rougeâtre, et elle offrait çà et là une teinte jaunâtre et (\\xe\(iVies 'plaques noirâtres. Son tissu n'est point uniforme ; les parties les plus épaisses sontformées de lames superposées, entre lesquelles on voit des petits caillots de sang ». C'était donc encore une hémorrhagie avec un commencement de résorption de la matière colorante.
L^évidence est encore plus grande, s'il est possible, dans la cinquième observation, <( la face interne de la dure-mère, dit M. Bayle, était tapissée, dans la fosse occipitale supérieure gauche, d'une fausse membrane d'un brun rougeâtre, ayant l'aspect d'un caillot de sang aminci et aplati. »
L'hémorrhagie était beaucoup plus considérable dans le sixième cas. Outre que la fausse membrane était d'un brun
7'oiigeâtre, el offrait dos plaques noires, elle formait, dans l'étendue de trois pouces de long environ sur un de large, un canal sinueux irrégulier et sans issue, rempli par un sang noir et fluide; la surface de cette cavité était recouverte de plusieurs caillots de fibrine.
Les observations VII, X, XI, sont encore des exemples d'hémorrhagies intra-arachnoïdiennes. Dans le douzième fait, la fausse membrane paraissait très ancienne ; elle était décolorée en dehors, mais encore un peu rouge en dedans; son origine liémorrliagique était d'ailleurs attestée par de petites plaques rougeâtres à la base du crâne.
Quant aux trois faits qui restent, il n'y avait point de caillots de sang; mais les pseudo-membranes étaient extrêmement minces, et avaient une couleur rougeâtre. A notre avis, elles étaient, comme les autres, le résultat d'une hémorrhagie, si toutefois on peut donner ce nom à l'exhalation d'une si minime quantité de sang.
M. Bayle a traité, dans deux articles séparés, des épancliements sanguins et des fausses membranes, et distingué ces deux ordres de faits qui sont pour nous identiques ; cependant il n'a pu s'empêcher de reconnaître qu'ils se trouvent le plus souvent réunis. « Les épanchements sanguins sont, dit-il, très rares quand il n'y a pas de fausse membrane à la face interne de la dure-mère. »
Nous pourrions modifier la proposition de M. Bayle de la manière suivante : Les fausses membranes à la face interne de la dure-mère sont très rares, lorsqu'il n'y a pas d' épanchement sanguin dans la cavité de V arachnoïde.
Pour nous, cette coïncidence des épanchements et des fausses membranes s'explique facilement, car nous voyons là un rapport de cause à effet. La fausse membrane n'est d'abord que la partie albumineuse du sang ; plus tard, c'est le sang lui-même décoloré et transformé en couenne. Mais
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le plus souvent on trouve les fausses membranes avant que la décoloration soit complète, ou bien une nouvelle hémorrhagie a eu lieu ; ce qui fait qu'on les rencontre rarement sans qu'il y ait une quantité plus ou moins grande de sang-.
L'analyse des faits qui précèdent ne peut, je crois, laisser aucun doute sur la nature des fausses membranes arachnoïdiennes. Ces productions succèdent évidemment à des épanchements de sang dont la partie albumineuse se sépare et s'organise, de manière à entourer bientôt l'hémorrhagie dans une sorte de pocbe.
L'organisation d'une fausse membrane autour du sangépanché s'observe, d'ailleurs, dans d'autres membranes séreuses. M. E. Boudet a mis ce fait hors de doute pour le péricarde.
M. Foville a indiqué comme le principal caractère anatomique de la méning-ite pariétale l'existence « de taches disséminées, oblongues, irrégulièrement circonscrites, d'un diamètre variable d'une ligne à un pouce. La couleur de ces taches est d'un rouge tirant sur le brun, ou sur le jaune foncé ». Puis il ajoute : «. Il n'est pas rare de trouver du sang extravasé sous quelqu'une de ces taches, et quelquefois en assez grande quantité pour qu'il en résulte du côté du cerveau une saillie qui peut être assez forte pour déterminer la compression du viscère (1). »
Il est clair qu'il s'agit encore ici d'hémorrhagies plus ou moins considérables, et qui ne seraient plus pour nous la preuve d'une méningite pariétale. M. Foville n'est, d'ailleurs, pas bien éloigné d'adopter cette opinion, car il ajoute : « N'oublions pas que c'est de la méningite, c'està-dire de l'inflammation que je dois parler dans cet article,
{i) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. Il, p. 4 05.
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et que l'altération que je décris, quoiqu'elle offre quelquesuns des caractères anatomiques de l'inflammation, n'est pas une inflammation assez bien démontrée pour que je doive m'étendre beaucoup sur toutes les circonstances qui s'y rattachent. »
Le même auteur place le siège des hémorrhag-ies dont je viens de parler entre la dure-mère et l'arachnoïde pariétale décollée, et je pense qu'il a sous ce rapport commis la même erreur que MM. Rostan, Gruveilhier, A.ndral, Menière et Thibert.
En résumé, il me semble ressortir des faits que je viens de citer :
1° Que les fausses membranes arachnoïdiennes sont le plus souvent le résultat d'hémorrahagies plus ou moins abondantes ;
2° Que l'aspect variable sous lequel elles se présentent dépend uniquement de leur ancienneté et du dégré de décoloration qu'elles ont subi, par suite de la résorption graduelle de la matière colorante du sang ;
3° Que ces fausses membranes ne doivent pas être assimilées, comme on l'a fait, à celle de la pleurésie, de la péricardite, et qu'elles ne sauraient être invoquées comme preuve de l'existence d'une méningite (1).
(1) Cette opinion, que j'ai émise en 1837, a été adoptée par M. E. Boudet et surtout par M. Aubanel qui a consacré un long mémoire à l'examen de ce point d'anatomie pathologique.