‹ Recherches sur les maladies mentalesChapitre 17 sur 122 · CERVEAU · texte numérisé non relu

CERVEAU

(1) Annales médico-psychologiques, l^diî,ioïae VII; et 18oo, tome I.

L'altération qui fait l'objet de cette note est très différente et je ne puis mieux la faire connaître qu'en citant de courts extraits des observations que j'ai recueillies.

Voici comment cette altération est décrite dans la première observation.

« A la partie antérieure et supérieure, les membranes enlevèrent dhme seule pièce tout un groupe de cij'convolutions qui s'était séparé nettement de la substance blanche. En examinant cette pièce par sa face interne, j'avais sous les yeux de véritables circonvolutions, mais dont le sommet était formé par le fond des anfractuosités. Ces circonvolutions renversées étaient à leur sommet, lisses et d'un blanc bleuâtre. »

Dans la seconde observation la lésion bornée au lobe postérieur offre les mêmes caractères : « En enlevant les membranes, on entraine avec elles la couche corticale tout ' litière et on met à nu la substance blanche ferme, lisse, d'un ( beau blanc et offrant intacts les prolongements fibreux et les 'infractuosités. On décortique ainsi toute lapartie postérieure 'lu lobe. La couche corticale qui reste adhérente à la memiane est extrêmement mince; cependant elle conserve la forme des circonvolutions et apparaît comme une sorte de c irconvolution renversée. On peut ensuite la réappliquer sur la substance blanche avec laquelle toute adhérence avait cessé. »

Dans le troisième fait, la lésion est simplement signalée : '( Sur l'un des lobes postérieurs, la couche corticale s'enlève tout entière d'une seule pièce laissant à nu la substance blanche très ferme. »

Dans un quatrième cas que je n'ai fait qu'indiquer, l'alléralion n'était encore qu'à son premier degré. On voyait entre la substance grise et la substance blanche une ligne très nette et beaucoup plus marquée que dans l'état nor-

mal. L'enlèvement des membranes n'avait pas produit la décortication. La lésion commençante n'a donc été constatée dans ce cas que par l'examen direct et après l'incision des circonvolutions. Il a suffi alors démettre la pièce sous Feau pour rendre très évident l'isolement des deux substances.

Je dois d'ailleurs ajouter que dans les autres cas l'altération n'existait pas partout au même degré. Quand la séparation est complète et que la couche corticale est très amincie, il y a entre elle et la substance blanche une véritable cavité ; et si on met la pièce dans l'eau, la couche corticale est soulevée. Sur un autre point, la circonvoluparaît saine, et il y a simplement une ligne très marquée de séparation avec isolement des deux substances.

Cette lésion, quand elle est au premier degré, doit facilement passer inaperçue. '

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner qu'elle n'ait pas été mentionnée par les auteurs qui ont décrit les lésions anatomatiques de la paralysie générale.

Je n'en ai trouvé aucun exemple dans le recueil d'obser-' valions de Parchappe, mais il y en a deux dans le traité des maladies inflammatoires du cerveau de M. Galmeil(l). . La description de l'altération est si précise qu'aucun doute n^est possible.

« Lorsqu'on cherche à enlever la pie-mère sur toute la surface supérieure du lobule postérieur droit, dit M. Calmeil, la substance corticale de ce lobule se sépare tout entière des saillies qui lui servent de supports et elle

(1) Ce n'est pas que Parchappe n'ait vu quelquefois les membranes adhérentes enlever la couche corticale dans toute son épaisseur, mais il ne donne aucuns détails. Quand la décortication se fait comme dans les cas indiqués ici, l'aspect de la lésion est si remarquable qu'il me semble difficile d'admettre que Parchappe n'en eût pas été frappé et qu'il ne l'eût pas décrite.

laisse alors à découvert une foule d arêtes séparées par autant cV enfoncements ([m correspoutlent aux circonvolutions et aux anfracluosilés de la substance blanche : cette dernière substance est dure, amincie, difficile à diviser, tandis que l'élément cortical est mou, imprégné de sang, facile à écraser. »

Les passages que j'ai soulignés sont, comme on le voit, très précis et il s'agit bien de la lésion dont j'avais publié un premier exemple en 1853.

Quant à la seconde observation que j'ai trouvée dans l'ouvrage de M. Calmeil, la description de la lésion est moins complète, mais l'auteur emploie une expression qui ne laisse aucun doute.

« La pie-mère , dit-il, se brise sous les dents de la pince qui cherche à la saisir, elle est donc difficile à enlever.

« Elle a contracté des adhérences à gauche sur le côté de la scissure interlobaire et en avant; là, la substance corticale se sépare comme une virole de la substance blanche, de sorte quelle est détachée par V inflammation des parties qu'elle est destinée à recouvrir. »

L'expression de virole, employée par l'auteur, suffit pour ne laisser aucun doute sur l'identité de l'altération dans les deux cas.

Ces extraits suffisent pour bien faire comprendre en quoi consiste la lésion qui fait l'objet de cette note; cette lésion, comme on l'a vu en effet, diffère complètement des adhérences ordinaires qu'on trouve dans la paralysie générale :

1° Au lieu de n'enlever qu'une couche plus ou moins épaisse de substance grise, les membranes entraînent cette couche dans toute son épaisseur.

2" Au lieu d'une espèce d'ulcération à fond inégal et

comme mamelonné , on a sous les yeux, après l'enlèvement dos membranes, la substance blanche, ferme et lisse.

3° Enfin, et c'est là le point le plus important, la décortication s'est faite aussi nettement dans le fond des anfractuosités, là où il ny a pas d'adhérences, que sur le relief des circonvolutions.

Dans les adhérences ordinaires delà paralysie g-énérale, les membranes n^enlèvent qu'une partie de substance grise ; ici, elle entraîne la couche corticale tout entière.

Ce fait ne peut s'expliquer que par l'isolement complet des deux substances qui n'étaient plus que juxtaposées. L'adhérence sur le relief de la circonvolution suffit alors pour entraîner cette circonvolution tout entière. On peut d'ailleurs, même avant l'enlèvement des membranes, sentir que l'écorce cérébrale est détachée de la partie sousjacente; elle glisse en effet sur elle, ce qui prouve son isolement complet. C'est ce que M. Calmeil a très bien indiqué :

« La substance corticale des deux lobes postérieurs a offert, dit-il, cette particularité qu'elle ne tenait jjIus par aucun lien à la charpente de la substance blanche qui lui sert de support. »

Quelle est la nature du travail pathologique qui s'opère ainsi lentement au point d'union des deux substances? Il me paraît difficile de répondre à cette question.

Cependant il importe sous ce rapport de faire ressortir quelques faits.

Sur les cinq observations qui ont servi de base à cette note, il y en a trois qui contiennent des détails précis sur la consistance des deux substances.

Or, dans les trois cas, la substance grise a été trouvée

molle ou très molle. 1

La substance blanche au contraire ferme on très ferme, ou même très indurée.

En même temps que l'une des substances se ramollit et que l'autre s'indurc, toutes les deux s'atrophient.

N'est-il pas évident qu'il y a là des conditions très propres à faciliter l'isolement des deux substances?

On sait que sur le cerveau des aliénés paralytiques on peut très souvent, surtout sur les lobes antérieurs, en grattant ces lobes avec le dos d'un scalpel, enlever toute la substance grise sans entamer la substance blanche plus ou moins indurée. Il y a loin de là sans doute à ^isolement complet des deux substances, tel qu'il s'est présenté dans les observations citées plus haut; mais on comprend néanmoins que ces faits méritent d'être rapprochés.

Il convient encore, pour essayer de faire comprendre l'altération que j'ai signalée, de rappeler quelques particularités se rapportant au mode d'union des deux substances.

Plusieurs anatomistes ont admis que la couche corticale n'était que juxtaposée sur la substance blanche (Reil, Tiedemann).

Ruiscli a même prétendu qu'il avait pu, sur le cerveau d'un enfant, enlever toute la substance grise sans intéresser la substance blanche.

Cependant, s'il est vrai que des fibres blanches pénètrent dans l'épaisseur de la substance grise, il est certain que ce mode d'union n'existe plus au même degré dans le fond des anfractuosités. Il est facile, en effet, de constater que la ligne de démarcation y est beaucoup plus nette.

Sur le cerveau du mouton, on peut même dans le fond des anfracluosités séparer les deux substances sans rupture apparente.

Je crois encore devoir rappeler un fait qui pourra peutêtre aider plus tard à éclairer la question.

B.MI-LAROER, II. H

On admet généralement que la substance corticale est composée desix couches alternativementblanchesctgnses; mais deux anatoraistes, Foville père et Gratiolet, en ont décrit une septième. Cette couche, la plus interne, serait blanche. D'après Foville, elle suivrait en dedans les contours de la substance grise comme la pie-mère les suit en dehors.

Celte septième couche blanche envoie- t-elle des fibres dans la substance grise? Quel est son mode d'union avec la substance blanche? Quelles altérations subit-elle lorsque la séparation des deux substances se produit? Tous ces points ne pourront être éclairés que par de nouvelles recherches.

Dans ma première observation, la substance grise qui s'était séparée nettement de la substance blanche était, en effet, doublée d'une couche très mince de substance blanche. Cette couche était lisse, polie et recevait de la substance grise sous-jacente un reflet bleuâtre. C'était évidemment la septième couche qu'ont admise Foville et Gratiolet et qui, pour eux, compléterait l'appareil de la substance corticale.

Dans les autres observations que j'ai recueillies et dans celles qu'on trouve dans l'ouvrage de Calmeil, on ne paraît pas avoir pensé h constater l'existence de cette couche blanche interne, il n'en est pas fait mention.

Il resterait à examiner si l'altération que j'ai décrite se traduit par quelques symptômes spéciaux, mais l'étude des observations offre sous ce rapport assez peu d'intérêt.

Dans tous les cas, les malades étaient atteints de paralysie générale et la seule particularité qu'il importe de noter, c'est que trois malades avait une prédominance delà pareV lysie du côté opposé à l'altération. Chez un quatrième, cette prédominance de la paralysie d'un côté du corps n'existait

pas, mais l'altération avait été constatée sur les deux lobes postérieurs.

Tous les malades ont été atteints d'attaques épileptitormes, mais on sait combien cotte complication est fréquente dans le cours de la paralysie générale.

Quant au siège de la lésion, on l'a observée trois fois sur les lobes postérieurs.

Dans un quatrième cas, elle occupait la partie antérieure et supérieure de l'hémisphère gauche.

Dans le cinquième, la décortication s'est faite à gauche sur le côté delà scissure interlobaire et en avant.

L'altération signalée dans ce travail a été étudiée depuis par M. Rey, qui a publié sur ce sujet un intéressant mémoire dans les Annales médico-psychologiques de \ 882. Ce mémoire contient six observations dans lesquelles la lésion existait à des degrés différents.

Dans un cas, dit M. Rey, (c des coupes perpendiculaires montrent dans la région profonde de la substance grise, une ligne presque noire où la substance cérébrale est plus ramollie que dans les régions sus et sous-jacentes. »

Le ramollissement signalé ici à la jonction de la substance grise et de la substance blanche explique comment se fait la séparation de ces deux substances.

Dans une autre observation, toute la substance grise paraît s'être enlevée avec les membranes sur la deuxième circonvolution frontale gauche. « La circonvolution et l'anfractuosité correspondante semblent réduites à la substance blanche.

« Les deux surfaces de séparation sont parfaitement lisses; du côté de la circonvolution, la surface est d'une teinte blanc grisâtre, l'autre est plus foncée. Ces deux parties ainsi séparées peuvent être parfaitement juxtaposées.

« Sur plusieurs autres points, un filet d'eau entraîne faci-

lemcnLla substance grise du sommet des circonvolutions et décolle la couche corticale dans les parties déclives et dans le fond des anfractuosités.

« Chacune de ces observations que j'ai recueillies, dit M. Rey, offre un exemple des différents aspects que peut présenter l'altération qui nous occupe et qui ne sont évidemment que les degrés du même fait anatomopathologique. Quand la lésion est complète, il semble que la séparation s'opère entre la substance grise et la substance blanche des circonvolutions; la surface mise à nu est, en effet, parfaitement lisse, consistante et à peu près blanche. Cependant, nous avons voulu nous assurer s'il ne restait plus là trace delà couche corticale. Or, en coupant perpendiculairement des circonvolutions en un point où l'altération présente le plus de netteté, et en examinant les surfaces de section avec une loupe, on distingue encore une zone très mince de substance grise. De plus, M. le professeur Mathias Duval, avec une complaisance dont nous lui sommes reconnaissant, a bien voulu faire quelques préparations microscopiques de ces mêmes pièces. L'examen de ces coupes nous a montré les éléments de substance grise, avec les modifications propres à la paralysie générale. Le bord libre qui, à l'œil nu, paraît lisse et uni, est réellement, très irrégulier, hérissé do vaisseaux qui, sur ce point, se montrent très nombreux. »

L'auteur, à la fin de son travail, ajoute qu'il a examiné quinze cerveaux de paralytiques qui tous à des degrés différents ont présenté la xiiême altération. Il a en outre « eu l'occasion d'examiner comparativement six cerveaux d'individus atteints d'affections mentales autres que la paralysie générale: délire chronique, épilepsie, démence sénilo, démence apoplectique. Ces individus n'avaient présenté aucun symptôme de paralysie générale; ils ont succombé

Sun UNE ALTÉRATION DU CERVEAU 1 63

les uns à clos maladies intercurrentes, les autres à des attaques apoplectiques ».

« Sur aucun de ces cerveaux, ajoute M. Rey, nous n'avons rencontré les lésions habituelles de la paralysie générale et nous n'y avons pas trouvé trace de l'altération spéciale qui nous occupe. »

Il résulte du travail de M. Rey que quand la lésion est complète il semble en effet, comme il le dit, que la séparation s'opère entre la substance blanche et la substance grise des circonvolutions et que la surface mise à nu est parfaitement lisse.

L'examen microscopique démontre, il est vrai, qu'on peut constater encore sur la crête blanche des circonvolutions des éléments de substance grise, mais si peu abondants toutefois qu'on ne les voit point à l'œil nu. Il importe assurément de tenir compte de ce fait ; mais, au fond, la question principale reste la même.

Il est donc démontré qu'il s'opère souvent dans le cerveau des aliénés paralytiques un travail pathologique spécial au point d'union de la substance grise et de la substance blanche. Quand la lésion est très avancée, la couche corticale s'enlève d'une seule pièce, mettant ainsi à nu la substance blanche dont la surface, comme le dit M. Rey, est parfaitement lisse.

Dans le précédent travail, j^ai cité les recherches de M. le ]y Tuczek sur la sclérose de la lisière de la substance blanche des circonvolutions. Ces mêmes recherches lui ont permis de reconnaître aussi la séparation des deux substances et de constater le lien qu'il y a entre ces deux altérations.

La sclérose de la lisière de la substance blanche dos circonvolutions se reconnaît à une ligne plus marquée qui sépare l'écorce de la substance blanche. Or, dans les cas où

166 SUR UNlî ALTÉRATION DU CERVEAU

on observe la séparalion des deux substances au premier degré, c'est par celte ligne distincte qu'on la reconnaît; il suffit alors de mettre la pièce sous l'eau pour la rendre plus apparente.

On comprend donc le rapprochement que M. ïuczck a établi entre les observations qu'il faisait et celles que j'avais consignées dans mon travail de 1882.

« J'avais déjà supposé auparavant, dit-il, que M. Baillarger avait dû constater quelque chose d'analogue dans les cas où la séparation des deux substances n'était encore accusée que par une simple ligne.

« Cette supposition est devenue une certitude dans mes observations Y et YI, où, en effet, l'écorce amincie, à la base du lobe frontal suivait totalement le revêlement de la pie-mère, de sorte qu'il ne restait que la substance blanche. Le tableau donné par M. Baillarger concorde exactement avec mes recherches. »

En résumé, chez un certain nombre d'aliénés paralytiques, il s'opère, dans la partie la plus profonde de la substance grise à son point d'union avec la substance blanche, un travail pathologique spécial qui, quand il est très avancé, paraît produire la séparation complète des deux substances. Dans ce cas, les membranes adhérentes semblent enlever la couche corticale tout entière.

Dans les cas plus nombreux où le travail est moins avancé, on peut constater entre les deux substances une ligne plus nette et les séparer l'une de l'autre dans une certaine étendue par un filet d'eau. Cette séparation des deux substances peut s'expliquer par un double travail de nature différente qui s'opère dans les deux substances .

D'une part, en effet, se produit l'induration de la substance blanche sui^eiiiciclh, sclérose de la lisière de la sub-

stance blanche (Tuczek), et, d'autre part, le ramollissement de la partie la plus profonde de la substance grise.

Observation 1

Paralysie g-énéralc à forme anormale.

Séparation complète des deux substances du cerveau sur le lobe postérieur droit.

SûJiMAinE. — Affaiblissement de la mémoire à la suite de couches. — Désordres des actes. — Amélioration. — Rechute. — Mélancolie avec stupeur pendant une nouvelle grossesse. — Grincements de dents. — Insensibilité pendant l'accouchement. — Attaques épileptiformes quelques jours après. — Paralysie du côté gauche survenant graduellement et persistant jusqu'à la mort. — Autopsie : Séparation des deux substances et atrophie très grande de la substance grise sur le lobe postérieur droit. — Atrophie de tout l'hémisphère du même côté. — Adhérences des membranes à la couche corticale.

La nommée L..., âgée de vingt-neuf ans, a commencé à offrir un peu d'affaiblissement de la mémoire à la fin de l'année 18oo, après son septième accouchement. C'était une femme très peu intelligente, et l'un de ses oncles maternels avait offert des signes d'aliénation. Elle a perdu tous ses enfants avant l'âge de deux mois.

En I806, nouvelle grossesse pendant laquelle les signes d'affaiblissement de la mémoire persistent. De temps en temps, L... errait çà et là sans but; elle mangeait tout ce qui lui tombait sous la main, mâchait du charbon, etc. Elle achète des objels qu'elle ne peut payer, et, entre autres, seize paires de bas à la fois.

Mars 1857. — L... accouche et donne, après son accouchement, des signes plus tranchés de délire.

14 avril. — Elle entre à la Salpêtrière, et l'on constate chez elle beaucoup d'incohérence et une agitation assez vive.

19 avril. — La malade est plus calme, elle travaille et se plaint seulement de ne pas dormir. Elle raconte elle-

môme que sa tête est un pou dérangée par moments depuis plus de dix-huit mois, une fois entre autres, dit-elle, il m'est arrivé do faire un pot-au-feu avec des harengs saurs.

25 mai. — Le mieux a continué, et la femme L... est rendue à son mari. Elle conservait toujours un peu de faiblesse de la mémoire. On n'avait d'ailleurs noté aucune lésion des mouvements ; les pupilles étaient égales et la sensibilité générale intacte.

15 mai 1858. — L... rentre à la Salpêlrière, elle est grosse de six mois. Symptômes de mélancolie avec stupeur, les yeux sont largement ouverts, la physionomie triste, inquiétudes vagues, réponses lentes, courtes; insomnie, constipation.

. 20 juillet 1858. — La malade a continué a ê(re dans la stupeur. Plusieurs fois elle a refusé de manger; immobilité, mutisme. Ce matin, on note un symptôme grave, L... grince des dents et produit le bruit qu'on note assez souvent dans la démence paralytique.

24 août 1858. — L... est accouchée ce matin, à neuf heures du matin. Les fdles de service qui allaient et venaient dans la salie ne se sont aperçues de rien, La malade n'a pas laissé échapper une plainte. L'attention n'a été éveillée que par les cris du nouveau-né. Celui-ci a été trouvé dans le lit, et, quelques instants plus tard, il aurait pu être étouflë. On l'a remis à sa mère, qui, dès ce moment, s'est montrée pleine de tendresse pour lui ; en même temps, elle recouvre la parole. La figure est calme, il reste un peu d'embarras dans les idées.

26 août. — L... est retombée dans la stupeur.

27 août. — On lui enlève son enfant sans qu'elle s'en préoccupe; mutisme complet; elle gâte.

29 août. — L... a eu hier soir plusieurs attaques épileptiformes. Ce matin, il reste seulement quelques légers mouvements convulsifs dans les muscles delà face ; stupeur, mutisme.

8 septembre. — Depuis huit jours, L... s'est agitée, elle crie, on observe des alternatives d'agitation et de stupeur, elle refuse quelquefois de manger ; d'ailleurs, aucun embarras de la parole; par moments, réponses très justes; sommeil excellent.

14 septembre. — L... allait mieux, elle était plus calme, se levait un peu. Aujourd'hui, convulsions du membre supérieur gauche, les doig'ts sont fortement fléchis; mouvements convulsifs des muscles delà face.

21 septembre. — Le bras gauche et la jambe du même côté sont un peu contracturés, légers soubresauts des tendons, aucun embarras de la parole.

29 septembre. — Plusieurs accès hystériformes.

30 septembre. — Légères convulsions dans tout le côté droit; pas d'embarras de parole ; aucune conception délirante ; la malade gâte.

6 octobre. — Les mouvements convulsifs ont cessé; ils avaient continué depuis six jours, mais par intervalles seulement. La malade était calme et répondait aux questions qu'on lui faisait.

L'hiver s'est assez bien passé. L... marchaitun peu, soutenue par une fille de service. Elle traînait la jambe gauche et ne pouvait se servir de son bras gauche. Affaiblissement de l'intelligence, mais toujours peu marqué.

Avril 1859. — La paralysie du côté gauche a diminué.

Juillet. — L... porte son bras gauche à la tête, mais ne peut guère se servir de sa main. Il faut toujours la soutenir pour aller de son fauteuil h son lit.

Novembre. — La malade se sert un peu de la main gauche et s'occupe h faire de la charpie. La parole, libre jusqu'ici, paraît parfois un peu gênée. L'intelligence semble plus nette. L... raconte que, dans son état de stupeur, elle avait d'affreux cauchemars et des idées de suicide.

Novembre 1860. — Depuis un an, aucun changement très notable; la malade porte toujours son bras gauche à sa tête, mais ne peut se servir de sa main; elle traîne la jambe gauche et a besoin d'être soutenue pour marcher. Même état de l'intelligence.

Janvier 1861. — Depuis quelque temps, tendance hypochondriaque et mélancolique. L... se plaint sans cesse de douleurs dans diverses parties du corps ; elle demande des médicaments, des purgatifs. Parfois, elle respire bruyamment, la bouche largement ouverte, comme si l'air lui manquait; ces spasmes cessent quand on détourne l'attention de la malade. Souvent elle refuse de manger. Elle a des idées noires, désire et appelle la mort. Elle prétend parfois avoir devant les yeux comme des tourbillons de petites bêtes noires. Il y a des alternatives de stupeur avec mutisme complet, et d'agitation avec cris, méchanceté, injures. Souvent ces alternatives ont lieu régulièrement de deux jours l'un. La malade s'atîaiblit, sa figure s'altère.

23 février. — Grincements de dents très forts. Souvent regard fixe; immobilité complète. On est obligé de laisser la malade au lit. Toujours des alternatives de stupeur et d'agitation. Un jour, L... reste dans l'immobilité et refuse de manger; le lendemain, elle mange bien et s'agite. Souvent la face est très congestionnée, les yeux injectés. La faiblesse augmente.

Avril. — Le bras gauche est complètement paralysé. L'intelligence semble s'effacer, on n'obtient plus que des mots décousus ; la malade ne paraît pas comprendre les questions.

Juin. — Les symptômes s'aggravent; figure très altérée, maigreur; commencement d'eschares au siège; mots entrecoupés, parole brève, sans tremblement des lèvres ; pleurs fréquents; sensibilité nulle à gaucho, persistante à droite. Mort.

Autopsie.

L'hémisphère droit pèse 90 grammes de moins que le oauche. On recueille 200 grammes de sérosité contenue ' dans la cavité de l'arachnoïde, dans les mailles delà piemère et dans les ventricules.

Hémisphère droit. — La simple inspection suffit pour ftiiro reconnaître que cet hémisphère est moins volumineux

que le gauche.

Le feuillet viscéral de l'arachnoïde n'est point opaque; la pie-mère est infiltrée, et les intervalles des circonvolutions agrandis sont remplis de sérosité. D'ailleurs, peu d'mjeclion, pas de rougeur. L'enlèvement de la pie-mère fait reconnaître quelques adhérences peu étendues, six ou sept sur la convexité de l'hémisphère. A la base, adhérence profonde et large sur la circonvolution de Thippocampe. Les circonvolutions apparaissent petites, atrophiées, surtout en avant et sur le lobe postérieur. Ce lobe est affaissé et mou, et, en le touchant, on soupçonne qu'il doit contenir une large cavité. En enlevant les membranes, on enlève avec elles la couche corticale tout entière, et on met à nu la substance blanche, ferme, lisse, d'un beau blanc, offrant intacts les prolongements fibreux et les anfractuosités. La couche corticale qui reste adhérente à la membrane est extrêmement mince, très molle ; cependant, 'en abandonnant les anfractuosités delà substance blanche, elle conserve la forme dos circonvolutions et apparaît comme une sorte de circonvolution renversée . On décortique ainsi toute la partie postérieure du lobe, et on peut ensuite réappliquer la substance grise sur la substance blanche, avec laquelle toute adhérence avait cessé. Ailleurs, la substance grise est mince, pâle, un peu molle, se séparant par le grattage, de la substance blanche, qui reste intacte, surtout en avant.

Celle subslancG blanche n'est pas injectée, mais d'un beau blanc. Le ventricule est peu dilaté.

Hémisphère gauche. — Les membranes sont plus injectées, mais minces. Adhérences nombreuses, mais légères, superficielles de la pie-mère à la couche corticale, sur le lobe postérieur, sur la circonvolution de l'hippocampe. Substance grise mince, non colorée, plus ferme qu'adroite, se séparant aussi par le graltage de la substance blanche, dont les prolongements restent intacts. Ventricule peu dilaté. La protubérance, le bulbe rachidien elle cervelet n'offrent rien de remarquable. Le cœur est très petit, les poumons sains. Rien à noter dans les viscères de l'abdomen. Vessie dilatée et pleine d'urine.

Le diag-noslic de cette affection était fort obscur. L'embarras de parole, pendant plus de cinq ans qu'a duré la maladie, n'a jamais été tranché. Dans les derniers mois de la vie, on ne l'a pas noté. La parole était brève, mais sans tremblement des lèvres. Quant aux délires spéciaux, on ne trouve que la tendance aux achats manifestée momentanément au début, et, plus tard, des symptômes d'hypochondrie. Pour l'autopsie, il convient ici, je crois, de tenir grand compte des adhérences des membranes.

Cette observation est surtout curieuse par la séparation complèle qui s'était effectuée entre les deux substances sur le lobe postérieur droit. Dans uncas, j'ai vu cette singulière altération préexister à la perte de consistance de la substance grise. Les deux substances étaient alors séparées par une simple ligne. Il a suffi, de l'insufflation pour opérer la séparation complète. C'était le premier degré de l'altération. Dans le cas actuel, cette altération était, au contraire, déjà très avancée. -

On doit aussi faire remarquer, dans ce fait, la différence de poids des hémisphères, qui était de 90 grammes.

Orservation II

Paralysie générale.

Isolement complet des deux substances sur lim des lobes

jjostérieurs.

ïOMMAiRE. — Quarante-deux aus. — Affaiblissement de la mémoire. — Embarras de la parole. — Faiblesse progressive des membres. Pendant les six derniers mois, paralysie complète du bras droit. — Attaque convulsive, longue durée de la dernière période; mort après plus de trois ans. — Sur l'un des lobes postérieurs, séparation complète de la coucbe corticale de la substance blanche.

La nommée Adèle, âgée de quarante- deux ans, arrêtée on état de vagabondage, a été conduite à la Salpêtrière le 12 juillet I806. C'est une femme d'une taille assez élevée l L d'une forte constitution. Son frère donne sur elle les renseignements suivants :

L'apparition des premiers symptômes remonte à un an ; à cette époque, on constata d'abord un affaiblissement graluel de la mémoire. La malade oubliait à chaque instant oi^ielle plaçait les objets à son usage. Bientôt il lui arriva de se perdre dans les rues. Tout récemment, elle a déménagé et, le lendemain^ elle est retournée à son ancien logement, ayant oublié qu'elle en avait pris un nouveau.

Dernièrement, n'ayant plus conscience de ses actes, elle a suivi chez lui un homme qu'elle n'avait jamais vu. Il y a plus de six mois qu'on a remarqué de l'embarras dans la prononciation; point d'agitation ni de conceptions délirantes. Ce qui domine chez cette femme, c'est une sorte d'hébétude.

Les causes de la maladie sont d'ailleurs inconnues; aucun parent n'a été atteint d'aliénation mentale : on croit qu'il n'y a eu jusqu'ici aucun désordre dans la menstruation.

A l'entrée à l'hospice, embarras très prononcé de la

parole, signes évidenls de démence; la physionomie a une: expression de . salisfaclion.

Au bout de trois mois, les symptômes s'étaient déjàbcaucoup aggravés. Tremblement général des membres, démarche chancelante; la malade est gâteuse.

Au mois de novembre 18S7, la station est devenue impossible, la malade est forcée de garder le lit. La physionomie exprime le contentement, intelligence extrêmement affaiblie. Chose remarquable, la troisième période se prolongea presqu'une année, jusqu'au 21 septembre 1838. Celte femme passa par tous les degrés du marasme paralytique : contracture des membres inférieurs ; maigreur croissante; eschares nombreuses précédées de phlyctèncs remplies de sérosité brune. Nous ne trouvons à signaler, dans le cours de celte année dernière, qu'une attaque convulsive qui eut lieu le 20 mai 1858 et qui dura plusieurs heures. Il est important aussi de noter que, depuis le mois de mars 1838, le bras droit était complètement paralysé.

Autopsie.

L'arachnoïde viscérale est épaissie et opaque, la piemère est injectée et ses vaisseaux dilatés; des adhérences existent dans beaucoup de points entre' les membranes et la couche corticale. Sur tun des lobes postérieurs, la couche corticale s'élève tout entière d'une seule pièce, laissant à nu la substance blanche très ferme. Les circonvolutions sont atrophiées; la substance grise amincie, molle et décolorée.

La substance blanche contient beaucoup de vaisseaux, mais peu de sang. Ventricules extrêmement dilatés.

Les deux hémisphères pèsent 800 grammes; le cervelet, la protubérance et le bulbe, 135 grammes; sérosité,' 240 grammes.

Un kyste bilobé existait à la surface du foie.

Eu dehors de la lésion anatomiquo qui faiL l'objet de coUe tiolo, je crois devoir faire remarquer que ceLLe observalion est un exemple de démence parcdytiqiie priinitive et simple, comme on en observe fréquemment, surloutcliezles femmes.

La malade, pendant une année, n'a pas offert d'autres symptômes que des signes de démence et de paralysie. L'absonce de conceptions délirantes^ de toute exaltation, explique comment cette femme a pu rester libre pendant une année.

Il importe aussi de noter que, chez une femme de taille i';Ievéc, le cerveau ne pesait que 800 grammes et qu'il y avait 240 grammes de sérosité, ce qui prouve que l'atrophie était très prononcée.

Ce degré si prononcé d'atrophie s'explique par la lenteur avec laquelle la maladie a parcouru ses périodes ; comme on l'a vu, cette femme a passé par tous les degrés du marasme paralytique.

Observation III Paralysie g-énérale.

Séparation complète des deux substances.

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