C... (J.-B.), cinquante-six ans, entrée le 26 avril
Comme antécédents, mère adonnée à l'ivrognerie ; son grand-père s'est jeté à l'eau après avoir commis un meurtre. • Quant à elle, excès de boissons et de débauches, fille publique. Elle est entrée une première fois à la Salpêtrière en juillet 1837, atteinte de folie alcoolique.
Dès le mois de février 1861, on constate tous les signes de la paralysie générale : embarras de la parole, inégalité des pupilles, perte des facultés, pas do délire spécial.
Morte dans le coma, le 11 mars 1864.
(1) Cette observation a été recueillie dans mon service par M. Reguard publiée dans son mémoire de 186;j, p. 37.
i76 SUR UNE ALTÉRATION DU CERVEAU
Durée : cinq ans environ.
Autopsie.
Poids de l'hémisphère droit ''*20 gr.
— — gîiiiclie 400
Cervelet, isthme ^"^^
Encéphale 9^0
Sérosité
Membranes légèrement hypérémiées avec suffusions opalines. Circonvolutions agglutinées et comme disparues. Adhérences générales et non interrompues sur toute la surface des hémisphères .
En cherchant à dépouiller les lobes antérieurs, nous avons vu la substance grise s'enlever comiplèlement avec les membranes, de manière à laisser à nu la substance blanche ; les crêtes sont affaissées et manquent par places. La substance grise est d'ailleurs cohérente et montre à sa face profonde les saillies correspondantes aux anfractuosités de la surface, etréciproquement.Apart cette induration superficielle, la substance blanche est ramollie -profondément.
Observation IV
Sommaire : Femme de treute-sept ans. — Embarras de la parole. — Délire des grandeurs. — Démence. — Apres dix-huit mois, hémiplégie droite. — Séparation complète des deux substances à la partie antérieure et supérieure de l'hémisphère gauche. — (Voir tome I, page 666.)
J'ai dit que la séparation complète des deux substances était une lésion rare, je dois cependant rappeler que les quatre observations recueillies dans mon service l'ont été dans les seules années 1853, d856, ISoS et 1839.
Les cas oii la lésion n'a lieu que dans une petite étendue ou n'est encore qu'au premier degré, doivent au contraire, je crois, se rencontrer assez souvent. C'est ce que prouvent les faits cités par M. Rey (1).
(1) Voir robservatiou I du mémoire suivant, page
DE
QUELQUES HÉMIPLÉGIES INCOMPLÈTES
OBSERVÉES CHEZ LES DÉMENTS PARALYTIQUES Mémoire lu à V Académie de médecine (18S8).
K II est bien des cas de paralysie générale des aliénés où la lésion des mouvements est plus profonde à droite qu'à gauche; mais ces cas font exception, ils doivent fixer l'attention. La prédominance de la paralysie générale indique qu'il existe dansi l'hémisphère opposé quelque chose de particulier n'existant pas dans l'autre hémisphère ; il faut faire des efforts pour savoir en quoi consiste ce quelque chose. »
M. Calmeil.
La pathologie du cerveau, malgré les progrès considérables qui ont été réalisés, présente encore bien des faits inexpliqués, et quelquefois, on le sait, des exceptions aux règles en apparence les mieux établies.
C'est dans les fonctions si compliquées et si diverses de l'organe encéphalique qu'il faut chercher la cause des difficultés nombreuses que tous les auteurs ont signalées. — Les faits sur lesquels je viens appeler l'attention, sans avoir assurément une grande importance, me semblent cependant destinés à combler une des lacunes dont je viens de parler.
On observe assez souvent, chez les déments paralytiques, des hémiplégies incomplètes, qui commencent par être passagères, mais finissent par devenir permanentes. C'est
BAILLAROER, H. 12
un fait qui n'avait pas échappé à Esquirol el àGeorget, et qu'on trouve dans les descriptions, très incomplètes d'ailleurs, qu'ils ont données de la paralysie générale. Esquirol a même indiqué de quel côté, suivant lui, s'observent le plus souvent ces hémiplégies ; il prétend que c'est à gauche.
Chez les déments paralytiques, les hémiplégies peuvent dans quelques cas rares être expliquées, après la mort, par les lésions ordinaires, hémorrhagie, ramollissement, etc. Mais dans d'autres, et je crois que c'est le plus grand nombre, on ne trouve aucune altération locale à laquelle on puisse les rattacher. C'est de ces dernières seulement qu'il sera ici question.
Presque tous les auteurs qui ont écrit sur la paralysie générale en ont observé des exemples. On en trouve, entre autres, dans les ouvrages de MM. Bayle, Calmeil, Parchappe ; j'en ai moi-même recueilli un certain nombre de cas.
Il y a un an environ, un fait de ce genre s'étant encore présenté à moi, je crus devoirrechercher si la prédominance de la paralysie dans un côté du corps ne pourrait pas s'expliquer par la prédominance d'atrophie dans l'hémisphère opposé.
On sait, en effet, que l'atrophie congénitale de l'un des hémisphères cérébraux est toujours accompagnée d'hémiplégie; pourquoi n'en serait-il pas de même de l'atrophie partielle survenant accidentellement?
Cette atrophie de l'un des hémisphères pouvant n'être pas assez considérable pour être appréciée par la simple inspection du cerveau, il fallait recourir à la balance. J'ai donc séparé avec soin les deux hémisphères pour les peser séparément.
Le premier fait a confirmé l'idée théorique que je viens
d'émeltrc : l'hémisphère opposé à la paralysie s'est trouvé plus léger d'environ 40 gTammos.
Depuis lors, sept cas semblables ont été recueillis, et toujours l'hémisphère opposé à l'hémiplégie a présenté une différence très notable de poids.
Cette différence a varié entre 20 et 62 grammes ; dans les derniers cas, j'ai pu annoncer à l'avance l'atrophie prédominante de l'un des hémisphères, et ma prévision a été justifiée.
Ainsi, les hémiplégies, qui, chez les déments paralytiques, ne se trouvent pas expliquées à l'autopsie par une lésion locale, le seraient par l'atrophie prédominante de l'hémisphère opposé.
Tel est le fait sur lequel j'ai cru devoir appeler l'attention, et qui n'avait point encore été signalé. Après Tavoir constaté, il reste à en rechercher les causes.
Pourquoi cette atrophie prédominante dans l'un des hémisphères?
Comment se produit-elle?
Telles sont les questions que je vais examiner.
Les observations d'hémiplégie que j'étudie ici peuvent, je crois, donner une explication très plausible de l'atrophie prédominante dans l'un des côtés du cerveau.
Les déments paralytiques, on le sait, sont sujets à de fréquentes congestions, qui précèdent souvent la maladie et se continuent pendant les diverses périodes qu'elle parcourt. Ces congestions n'offrent pas toutes le même caractère. Quelquefois elles amènent la résolution de tous les membres sans prédominance de paralysie d'un côté du corps ; mais, dans beaucoup de cas, il en est autrement ; la paralysie existe seulement à droite ou à gauche.
Ici, je ne m'appuierai pas seulement sur les observations que j'ai moi-môme recueillies, j'invoquerai le témoignage
de deux auteurs justement estimés parmi ceux qui ont écrit surlaparalysiegénérale. Voicicommcnts'exprime M.Bayle, en parlant de la deuxième période de celte maladie : « 11 survient assez souvent, dit-il, pendant son cours, des attaques apoplectiformes, dans lesquelles les malades perdent le sentiment et le mouvement d'une manière plus ou moins complète. Au bout de quelques heures ou d'un jour, la connaissance se rétablit.
« Il reste souvent une hémiplégie incomplète d'un des côtés du corps, qui ne tarde pas elle-même à se dissiper, à l'aide des moyens appropriés. »
On voit que M. Bayle a observé souvent ces congestions accompagnées et suivies d'hémiplégies incomplètes.
Il en est de même de M. Calmeil. Il n'est pas rare, dit-il, au fort de l'accès de congestion, de voir la lésion des mouvements prédominer à droite ou à gauche, suivant que la compression est plus intense vers l'hémisphère gauche ou vers le lobe droit du cerveau.
Cette prédominance de paralysie à droite ou à gauche ne peut en effet s'expliquer, comme le dit M. Calmeil, que par une compression plus forte sur l'un des hémisphères; et cette compression ne lient évidemment elle-même qu'à la prédominance de la congestion dans l'un des côtés du cerveau.
Ou voit donc qu'il y a très souvent, chez les déments paralytiques, des congestions qui prédominent dans l'un des hémisphères. Ce fait est admis par tous les auteurs, et, sans insister davantage sur ce point, il faut désormais distinguer deux ordres d'observations : ou bien les congestions prédominantes, en se renouvelant, portent tantôt sur l'un des hémisphères et tantôt sur l'autre; ou bien, au contraire, on les observe constamment du même côté.
DE QUELQUES nÉMlPLÉGIES INCOMPLÈTES 181
Ce dernier cas se présente moins fréquemmenl que l'autre, mais il est cependant bien loin d'être rare.
On voit souvent des malades qui, après avoir eu une première hémiplégie passagère à gauche, en ont une seconde, puis une troisième toujours du même côté.
Dès lors, on prévoit l'explication do l'atrophie prédominante dans l'un des hémisphères. Elle se présentera chez ces malades qui ont eu antérieurement des congestions unilatérales, congestions qui se sont reproduites constamment sur le même hémisphère.
Au point de vue anatomique, la paralysie générale débute par une congestion et finit par une atrophie.
On comprend donc que, si la congestion prédomine à gauche ou à droite l'atrophie consécutive prédominera aussi du même côté.
Dans les observations dont je viens de parler, la congestion unilatérale nous est attestée par les symptômes d'hémiplég-ie, qui surviennent d^une manière brusque et se renouvellent plus ou moins fréquemment. Mais on admettra qu'il peut y avoir des faits d'une nature différente, dans lesquels la congestion se produit d'une manière plus ou moins lente, et principalement aussi sur l'un des hémisphères.
Les auteurs, en effet, ont admis deux sortes de congestions dans la paralysie générale : les unes lentes et permanentes, les autres brusques et instantanées. Ces deux espèces de congestions peuvent aussi se produire dans l'un des hémisphères seulement. Il suffira donc, dans quelques cas, de voir l'hémiplégie s'établir lentement, graduellement, chez un dément paralytique, pour admettre la congestion permanente de l'hémisphère opposé, et l'autopsie viendra révéler la prédominance d'atrophie comme conséquence de cette congestion.
182 DE LA CAUSE ANATOMIQUE Ijt
Il me reslc mainlenant à examiner si l'alropliie plus grande d'un des hémisphères est hien réellement la cause de l'hémiplégie.
Quand les fonctions d'un organe s'affaiblissent et finissent par s'abolir, cet organe s'atrophie. La lésion des mouvements portant davantage sur l'un des côtés du corps, on concevrait donc l'atrophie prédominante dans l'hémisphère opposé, non comme cause, mais comme effet de la lésion des mouvements.
Je ne crois pas que cette explication puisse être admise ici, et voici les raisons qu'on en peut donner :
On no doit pas rapporter l'atrophie à l'inactivité fonctionnelle, lorsque celle-ci, au lieu d'être primitive et de se manifester dans un organe sain, arrive comme dernière transformation de lésions successives antérieures. C'est une atrophie dé ce genre qu'on observe dans les dernières périodes de la maladie de Bright. Or, il en est de même dans la paralysie générale. Le cerveau n'est point atrophié dans les premiers degrés de cette maladie ; il est plus ou moins fortement congestionné, comme le prouve la dilatation des vaisseaux.
Ces congestions provoquent des lésions de diverse nature, et c'est. à ces lésions que succède, en dernier lieu, l'atrophie, qui peut dès lors s'expliquer ici autrement que par l'inactivité fonctionnelle; ajoutons que cette atrophie, dans la paralysie générale, se produit quelquefois dans un temps assez court.
Les déments paralytiques, comme on le sait, ne cessent de marcher que dans la dernière période, et celle-ci ne se prolonge on général que quelques mois, rarement plus d'une année; cependant on constate souvent, à l'autopsie, une atrophie de 200 à 300 grammes, et une perte de poids
aussi considérable no peut s'expliquer par la seule inaclivilé fonclionnellc.
Je pense donc que les hémiplégies des déments paralytiques peuvent et doivent être rapportées à la prédominance d'atrophie de l'un des hémisphères, non pas à cette atrophie en tant que simple diminution du poids, mais à cette atrophie expression d'une lésion générale, dont elle est le résultat, et dont il est impossible de la distinguer, cette lésion n'étant pas connue dans sa nature.
Les faits que je viens d'exposer me paraissent pouvoir se résumer dans les propositions suivantes :
1° Les congestions qui précèdent la paralysie g-énérale ou qui surviennent dans son cours sont souvent accompag-nées d'hémiplégies passagères;
2° Ces hémiplégies passagères portent assez souvent sur le même côté; ■
3° En se répétant sur un seul hémisphère, ces congestions finissent par amener des hémiplégies persistantes, le plus souvent incomplètes ;
4° Ces hémiplégies dont beaucoup étaient restées inexpHquées, l'hémisphère opposé n'offrant aucune altération locale, ces hémiplégies paraissent devoir être rattachées à une prédominance d'atrophie dans l'hémisphère opposé à la paralysie.
Je crois devoir citer à l'appui des conclusions qui précèdent quelcjues-unes des observations que j'ai recueillies.
Observation I
Excès alcooliques. — Hallucinations. — Guérison. — Trois mois après, signes de paralysie générale. — Agitation. — Tendance au délire ambitieuï. — Hémiplégie gauche. — Amélioration. — Retour des accidents. Mort après trois ans. — L'hémisphère droit pèse 61 grammes de moins que le gauche. — Atrophie générale. — Adhérences. — Substance grise ramollie, substance blanche indurée.
La femme X..., âgée de trente-cinq ans, a toujours
mené une vie fort dissipée. Depuis plusieurs années, à la suite de revers de fortune, elle s'est adonnée à la boisson. D'une bonne santé d'ailleurs, elle n'avait jamais présenté, ni aucune personne de sa famille, le moindre signe d'aliénation mentale.
Au mois de janvier 1854, X... perd subitement le sommeil, accuse en même temps une céphalalgie intense et se plaint de visions qui la poursuivent nuit et jour; elle voit autour d'elle des cercueils, des corbillards, et s'imagine qu'elle va mourir. Pendant quelques jours, elle est très agitée; puis la céphalalgie et les visions disparaissent, et la malade recouvre toute sa raison.
Trois mois après, de nouveaux accidents se produisent. X... néglige toutes ses affaires, passe son temps à des futihtés; elle fait et défait ses robes, etc. Quelquefois elle semble n'avoir plus conscience de ses paroles et de ses actes, et prononce des mots incohérents. Elle est amenée à la Salpêlrière le 16 juin 1854.
La figure est pâle et amaigrie ; il y a de l'hésitation dans la parole, de la faiblesse dans les mains, une certaine vacillation dans la marche. La malade ne sait pas où elle est, se tourmente beaucoup de ses affaires, a une tendance marquée au délire ambitieux. Elle a, dit-elle, chez elle de beaux meubles, de riches toilettes ; elle est très agitée, refuse tout travail.
Cet état persiste pendant quinze ou vingt jours, après lesquels une notable amélioration se manifeste.
La figure devient meilleure, les mains sont plus fortes, la parole plus libre, la démarche moins chancelante; la malade consent à travailler.
Trois mois après, dans le courant du mois de novembre 1854, cette amélioration a fait des progrès sensibles : tout embarras de parole a presque entièrement dis-
DE QUKLQUES HÉMIPLÉGIES INCOMPLÈTES 185
paru; la démarche est assurée; l'intelligence paraît nette. On remarque cependant que cette malade travaille très peu et ne pense guère qu'à manger.
A la fin du même mois, sans aucun symptôme précurseur, X... est subitement atteinte d'une hémiplégie incomplète; elle se tient debout, mais tout son corps penche à gauche, elle ne peut porter le bras de ce côté jusqu'à sa tête; la bouche est déviée à droite, la parole embarrassée. Sous l'influence d'un traitement antiphlogistique, dès le lendemain l'hémiplégie a diminué, le mouvement est revenu dans le bras gauche, la bouche n'est plus déviée ; il reste seulement de la faiblesse dans le côté gauche et un embarras de parole plus marqué qu'avant l'accident.
Dans le courant de décembre, sans disparaître complètement, ces symptômes eux-mêmes diminuent beaucoup, et, à la fin du mois, la malade sort de l'hospice.
Elle passe toute l'année 18SS chez son mari. L'intelligence paraît avoir diminué. On remarque une faiblesse prédominante dans le côté gauche, et par instants du bégayement.
En 18S6, pour la troisième fois, des accidents graves reparaissent. Traitée d'abord à Charenton, elle est ramenée à la Salpêtrière au mois de mai.
Bégayement, démarche chancelante, état de stupeur et de démence ; tous les signes d'une paralysie générale très avancée; et cette fois, loin de diminuer, ils vont, au contraire, en s'aggravant très rapidement. Ainsi, deux mois après son entrée, en juillet, la malade est devenue gâteuse; sa figure a vieilli ; ses traits se sont relâchés, sa prononciation est de plus en plus embarrassée. Cinq mois après, au mois de novembre, elle ne se lève plus du tout; elle est extrêmement maigre; elle ne prend plus que des aliments liquides.
Au mois de janvier 18S7, elle est mourante ; elle rejette toute espèce d'aliments : la langue est noire et sèche, les dents fuligineuses; cependant il n'y a pas d'escliares; le pouls est presque normal; la malade peut encore prononcer quelques mots. La mort arrive le 16 janvier 1837.
Durant cette dernière période, les accidents hémiplégiques ont persisté; ils ont même présenté une aggravation momentanée. La malade s'est un jour réveillée complètement hémiplégique ; le bras gauche immobile et conlracturé, la jambe gauche inerte; la bouche déviée à droite. Des sangsues furent appliquées à l'anus, et dès le lendemain la déviation de la bouche avait disparu ; le bras et la jambe avaient en partie recouvré le mouvement. Jusqu'à la fin de la vie cependant, une faiblesse beaucoup plus marquée persista dans tout le côté gauche.
Autopsie. — Le corps ne présente aucune trace d'escliares. A la face interne du crâne, sur la partie antérieure et médiane de la voûte, au-devant de l'apophyse cristagalli, dont elle est séparée par une échancrure, on remarque une saillie osseuse, mince et tranchante contenue dans l'épaisseur de la faux cérébrale. Cette saillie est triangulaire, elle a près d'un demi-pouce de hauteur; elle se perd insensiblement de bas en haut.
Le cerveau est très petit. A la simple inspection, on reconnaît une disproportion marquée entre le volume de cet organe et celui du cervelet, et aussi une différence entre les deux hémisphères du cerveau.
On trouve pour le poids total de l'encéphale, 95S grammes; pour celui du cerveau, 800 grammes; pour celui du cerveletet delà protubérance, 155 grammes ;rhémisphère gauche pèse 431 grammes ; l'hémisphère droit, 369 grammes.
On a recueilli 150 grammes de sérosité qui était principalement épanchée à la base.
L'arachnoïde viscérale, examinée avec soin dans toute l'étendue du cerveau, n'offre aucune trace d'opacité.
La pie-mère, sauf en un point ou deux , n'est pas infiltrée. Ka quelques endroits seulement, principalement sur les parties latérales des hémisphères, elle offre des traces de suffiision sang-uine. Les deux membranes ne sont pas épaissies d'une manière appréciable. Si l'on essaye de les enlever, on reconnaît que presque partout elles ont contracté des adhérences avec la substance corticale. Elles entraînent la couche externe et laissent à nu une surface inégale, mamelonnée, rouge et saignante. En certains points, elles entraînent même toute l'épaisseur de la substance corticale.
Cette substance est atrophiée et beaucoup plus molle i[u'à l'état normal. La substance blanche est, au contraire, plus ferme et plus élastique.
Si l'on gratte la couche corticale avec le manche d'un scalpel, on enlève très facilement cette substance grise ramollie sans entamer la substance blanche quiestindurée.
Les membranes du cervelet sont injectées, mais point, ! adhérentes. La substance grise est très colorée. La consistance générale de cet organe paraît beaucoup plus faible : que celle du cerveau.
La moelle, examinée avec soin, n'a présenté aucune trace d'altération.
Dans le milieu du poumon gauche, on trouve un lobule pulmonaire hépatisé au troisième degré; rien dans le pou- : mon droit.
Le cœur, les reins, la vessie, l'utérus, la rate, l'estomac, l'intestin grêle sont parfaitement sains.
Il y a dans le gros intestin une grande quantité de matières fécales extrêmement dures, mais nulle trace d'inflam- 1 mation.
Observation II
Paralysie générale avec prédominance de la faiblesse à gauche presque dès le début. — Trois mois avant la mort, délire hypochondriaque spécial. — L'hémisphère d?-oj7 pèse 60 grammes de moins que le gauche.
M. X...^ âg-é de IrenLe-deux ans, d'un caractère assez violent, a fait quelques excès de boisson.
En 18S4 son caractère se modifie, on remarque qu'il est plus disposé à suivre les avis qu'on lui donne; il devient presque débonnaire.
En 18SS sa femme observe par moments un peu d'embarras dans la prononciation. En même temps, M. X... se plaint d'une faiblesse très marquée dans tout le côté gauche. Bientôt il ne fut plus possible de méconnaître un commencement d'affaiblissement des facultés intellectuelles. Au mois de juillet 18S6, le malade fut conduit à Paris: l'hémiplégie gauche incomplète persistait, mais il y avait, en outre, dans tout ce côté des douleurs assez vives qui revenaient par accès et que M, X... appelait ses crises. La sensibilité générale, loin d'être affaiblie, était au contraire plus vive. Il y avait aussi des douleurs le long de la colonne vertébrale, douleurs que le malade comparait à des morsures. L'embarras de la parole était d'ailleurs peu appréciable, la démence encore peu avancée, M. X... n'avait point de délire ambitieux, mais cependant une tendance à se vanter de sa force et de son adresse. On observait parfois des moments d'excitation. Le diagnostic offrait encore quelques incertitudes. Existait-il une affection organique locale de l'hémisphère droit, ou une paralysie générale de forme un peu anormale? Sur ce point les avis étaient partagés. Plusieurs fois dans le courant du mois d'août on put saisir, mais par intervalles seulement, un embarras très marqué dans la
prononcialion. Le 1" oclobrc , M. X... est atteint tout à coup d'une congestion cérébrale, accompagnée de convulsions épilcpliformes. Il reste deux heures sans connaissance.
Depuis cet accident l'état intellectuel du malade s'est aggravé, la démence était plus évidente, mais en outre il sur- •vint peu à peu un délire spécial d'une nature très singulière. M. X... prétend qu'il est muet, qu'il n'a plus de langue, qu'il n'aplusdedentsouqu'iln'en a plus quequatre.Iln'aplusd'urèthre, il n'a plus de prépuce, il a l'anus bouché ; il ne pourra plus aller à la selle; il est paralysé; il est mort. Il prétend encore qu'il a les deux mâchoires contractées et qu'il ne peut plus ouvrir la bouche. A chaque instant, il serre un de ses doigts entre ses dents, puis répète qu'il ne peut plus le retirer, et si on tente de le faire, il serre plus fort et finirait par se blesser. Cependant si on distrait son attention, M. X... retire de lui-même et immédiatement son doigt. Il s'est rougi et déprimé un point de chaque côté du cou à force de le presser en répétant sans cesse qu'il a le gosier bouché. Pendant plus d'un mois, on a la plus grande peine à lui faire manger des potages et du hachis de viande. Il reste quelquefois vingt-quatre et même trente-six heures sans rien prendre. Chose singulière, mais que j'ai observée aussi dans d'autres cas, dès qu'on était parvenu à faire prendre la première cuillerée de potage, il n'y avait plus aucune difficulté pour tout le reste du repas.
On réussit souvent à faire manger M. X... en l'abordant brusquement, en lui parlant très haut et en détournant ainsi son attention. Ce malade est surtout très préoccupé de son prépuce : dès qu'on approche de lui, il se déboutonne et montre sa verge, répétant : « Je n'ai plus de prépuce ; je n'ai plus d'urèthre, » et il lui arrive en même temps d'uriner dans sa chambre. Souvent il répète qu'il a une érection éternelle. Cette manifestation du délire ambi-
lieux n'esL pas la seule qu'on ait observée chez M. X. . . Tout récemment on l'a entendu dire que tout le plafond était doré, que son lit était doré.
La maigreur est peu à peu devenue très grande, les yeux sont rouges, chassieux, le teint d'un rouge violacé, les joues creuses, la démarche chancelante, la parole traînante et un peu embarrassée. Pendant quelque temps, le malade poussait des cris aigus et il lui arrive encore souvent de passer des nuits agitées et tout à fait sans sommeil. Le malade n'était pas encore alité que déjà il avait une large eschare. Il y avait, en outre, des ecchymoses comme scorbutiques sur divers points du corps, des phlyctènes gangreneuses étaient survenues aux mains. Le marasme fit des progrès rapides et M. X... succomba le 19 janvier 1837.
Autopsie. — Une très large eschare noire occupe toute la région du sacrum ; petites eschares sur les jambes. Il y a des ecchymoses sur le prépuce.
L'arachnoïde est opaque sur une grande partie des hémisphères. La pie-mère est sans injection remarquable, légèrement infiltrée de sérosité .
La quantité de sérosité qui s'écoule soit des ventricules, soit de la cavité de l'arachnoïde est évaluée à 50 grammes. Entre les membranes et le cerveau il y a des adhérences assez nombreuses, mais très superficielles, et la substance mise à nu n'est pas colorée. Les adhérences existent surtout sur les lobes moyens. Les circonvolutions sont assez larges, sans atrophie sensible, cependant elles sont plus minces sur l'hémisphère droit; le poids du cerveau est de 11 00 grammes ; Phémisphère droit pèse 60 grammes de moins que le gauche.
Les ventricules sont assez dilatés et contiennent un peu : de sérosité limpide. Les parois sont recouvertes de granulations dans toute leur étendue.
DE QUELQUES nÉMIPLÉGIES INCOMPLÈTES 19 1
La substance grise est généralement plus colorée, plus molle qu'à l'état normal.
Les deux hémisphères, coupés par tranches avec le plus grand soin, ne présentent aucune trace de lésion locale. Le cervelet et la moelle n'offrent aucune altération.
Les poumons sont emphysémateux; le cœur petit, avec plusieurs plaques blanches à sa surface, la muqueuse de l'estomac est brune et offre quelques ecchymoses. Le gros intestin contient des matières très dures, la muqueuse est dans quelques points brune et ecchymosée.
Observation III
Plusieurs attaques de congestion avec hémiplégie droite passagère. La troisième année, l'hémiplégie persiste, accompagnée d'embarras dans la prononciation. — La démence survient. — Paralysie des sphincters. — Grincements de dents; marasme. — Mort. — L'hémisphère gauche pèse 52 grammes de moins que le droit.
La femme M..., âg-ée de trente-neuf ans, ouvrière en dentelles, a été conduite à la Salpêtrière le 6 mai 1856. Le certificat du médecin qui avait dû examiner la malade avant l'entrée portait qu'elle était atteinte « d'une hémiplég-ie droite avec contracture, que l'intelligence était affaiblie et la parole embarrassée ». Voici les renseignements qui nous furent donnés : Il y a trois ans que cette femme a eu une première attaque de congestion, accompagnée, entre autres symptômes, d'embarras de la prononciation et d'une paralysie du bras ' droit. Les symptômes se dissipèrent au bout d'un quart ' d'heure.
Des congestions semblables se sont renouvelées tous les I trois ou quatre mois; elles ont toujours été accompagnées ( d'une paralysie du bras droit qui se dissipait assez prompt tement. Cependant depuis un an les mouvements de ce
côté sont devenus peu à peu très faibles, la parole s'est embarrassée h ce point qu'on a souvent de la peine à comprendre ce que veut dire la malade. Il existe, en outre, des signes très évidents de démence.
Depuis six mois, suppression des règles. La malade, à son entrée, offre tous les symptômes d'une paralysie générale au troisième degré. Le bras droit est un peu tuméfié etcontracturé, la jambe du même côté plus paralysée que l'autre. M... ne peut plus se tenir sur ses jambes, mais peut encore être assise sur un fauteuil. Elle était d'ailleurs gâteuse avant son entrée à l'hospice. Après cinq mois, cette femme dut rester complètement couchée et des eschares ne tardèrent pas à se former au siège. Il y avait des grincements de dents presque continuels. On observait dans les membres, dès qu'on les remuait, le tremblement fibrillaire et convulsif du dernier degré de la démence paralytique. Au commencement du printemps, il survint de la diarrhée, lemarasmefit des progrès et la mort eut lieu le 12 mai 18S7; la malade jusqu'à la fin s'était un peu servie du bras gauche, mais le bras droit était resté paralysé et contracturé.
Autopsie. — Les deux hémisphères pèsent 840 grammes ; le cervelet et la protubérance, dSO grammes; l'hémisphère droit est plus pesant que l'hémisphère gauche, la différence est de 52 grammes; il y avait dans le crâne 170 grammes de sérosité.
L'arachnoïde viscérale offre çà et là des taches blanches et opaques; la pie-mère n'est point infiltrée, excepté dans deux points : un de chaque côté de la grande scissure interhémisphérique. Dans ces points, la sérosité est réunie dans deux petites cavités par la dépression des circonvolutions. Les vaisseaux de la pie-mère sont exsangues, mais dilatés.
Il y a en arrière et près de la scissure de Sylvius des traces de suffusion sanguine, surtout à gauche. Les membranes
adilèi-ent à la substance grise, et rcntraîiicnt avec elle dans un très grand nombre de points. La couche enlevée est parfois si épaisse que la substance blanche est mise à nu. La substance grise est molle, mamelonnée, et sur l'hémisphère gauche elle a sur plusieurs circonvolutions une teinte verdâlre, comme s'il y avait un commencementde putréfaction. Les adhérences sont plus profondes et plus générales sur l'hémisphère gauche. Si on racle la substance grise, on la sépare facilement de la substance blanche, qui est ferme, ratatinée, comme jaunâtre. Les ventricules sont également dilatés des deux côtés et remplis de sérosité. Le cervelet n'offre aucune altération qui mérite d'être notée. Le cerveau, dont les circonvolutions étaient généralement atrophiées, a été coupé par tranches et examiné avec soin, et on n'a trouvé aucune altération locale qui ait rendu compte de l'hémiplégie.
Observation IV
Sommaire. — Démence très prononcée dès le début; la paralysie prédomine à droUe dans les derniers mois. — L'hémisphère gauche pèse 48 grammes de moins que l'hémisphère droit.
La femme H..., âgée de cinquante-deux ans, a été arrêtée à Bourg-la-Reine pour vagabondage et amenée à la Salpêtrière le 14 juillet 1853. Cette femme est grande, pâle et assez maigre; elle a la figure épanouie; elle parle beaucoup, mais ses phrases sont incohérentes ; elle ne fait aucune attention à ce qu'on lui dit, ou fait des réponses étrangères aux questions qu'on lui adresse; la mémoire paraît très affaiblie. H... ne peut donner aucun renseignement sur ses antécédents, ni sur la durée de sa maladie; elle a une tendance marquée au délire ambitieux, la démarche est chancelante, la parole tremblante et embarrassée, les pupilles sont égales; l'agitation qu'offrait la
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malade h son entrée persista quatre ou cinq mois. Celle agitation élait modérée et permettait par intervalles que la femme II... s'occupât un peu au ménage.
Pendant une année presque entière, de novembre 1835 au mois d'octobre 1836, il n'y eut aucun cbangemenl notable; état babituel de calme et tenue assez bonne.
Au mois d'octobre 1836, la malade s'affaiblit tout à coup, devient gâteuse; les signes de démence sont de plus en plus prononcés, la parole très embarrassée; cependant, les fonctions digestives se conservent. Au commencement de janvier, on s'aperçoit qu'il y a une prédominance bien marquée de la paralysie à droite ; la malade traîne la jambe de ce côté et elle peut à peine porter le bras droit à sa tête. Au commencement de février, la station devient impossible et on est obligé de maintenir la malade au lit; le bras droit est toujours plus faible; la malade continue, au contraire, à se servir du bras gauche ; peu à peu, les jambes se rétractent sur les cuisses. Quelques jours avant lamort, contracture du bras gauche ; par intervalles, quelques légers mouvements convulsifs dans les membres ; une escbare profonde s'était formée au siège. La malade meurt le 1" mars 1857.
Autopsie. — Les deux hémisphères réunis pèsent 802 grammes; l'hémisphère gauche pèse 48 grammes de moins que l'hémisphère droit ; le poids du cervelet est de 145 grammes ; celui de la sérosité recueillie est de 253 grammes.
L'arachnoïde viscérale est opaque, épaissie dans un assez grand nombre de points; les vaisseaux de la pie -mère sont dilatés, mais cette membrane n'est point infiltrée; elle a contracté quelques adhérences avec la substance grise, principalement sur les bords de la scissure de Sylvius. Le cerveau est atrophié; il y a un certain nombre de circonvolutions déprimées et qui ne sont plus de niveau
avec les autres. La substance grise est mince, plus molle que clans l'état normal, granuleuse, colorée seulement par places. La substance blanche est indurée dans certains endroits, au contraire plus molle dans d'autres; les ventricules sont extrêmement dilatés et remplis de sérosité limpide. Le cerveau coupé par tranches avec soin, on ne découvre aucune altération locale, la substance blanche ofTre un assez grand nombre de vaisseaux, mais peu de sang; le cervelet et la protubérance ne présentent rien de particulier, les organes thoraciques et abdominaux sont sains. On trouve seulement dans le g"ros intestin une grande quantité de matières fécales très dures.
Les faits semblables aux observations qui précèdent ne sont pas rares, et je pourrais en citer un certain nombre d'autres. Dans tous les cas, on constate la prédominance de la paralysie d'un côté avec une différence de poids de deux hémisphères, laquelle, comme je l'ai dit plus haut, a varié de 20 à 62 grammes.
Chez les quatre malades dont j'ai rapporté les observations, cette différence de poids des hémisphères a varié de 62 à 48 grammes.