SUR LA GUÉRISON DE LA FOLIE PARALYTIQUE
embarras de la parole, tremblements dans les muscles de la face; malpropreté ; l'intelligence s'affaiblit; la paralysie générale semble se confirmer. Au bout de quatre mois, l'agitation disparaît; la tenue est meilleure.
Dans le courant du mois de novembre, congestion cérébrale très grave ; il y eut quelques convulsions au début, suivies d'un état comateux qui s'est prolongé pendant deux jours. Une saignée fut pratiquée et devint le point de départ d'un phlegmon diffus de l'avant-bras. On dut faire plusieurs incisions, et la guérison n'eut lieu qu'après trois semaines d'une suppuration assez abondante.
On pouvait s'attendre, après cette congestion cérébrale si intense, à voir les symptômes s'aggraver; mais c'est le contraire qui a eu lieu, car, de ce moment, on observe une rémission très marquée. M. Julien s'occupe, lit son journal ; ses idées sont plus nettes, mais il se préoccupe de sa santé; il se plaint d'avoir la bouche mauvaise, de ne pas aller à la selle et de ne point dormir suffisamment. Parfois, il manifeste la crainte d'être reconduit dans la section des agités, où il avait d'abord dù être placé.
Cette rémission dura jusqu'au 2 février 1837. Ce jour-là, dans l'après-midi, M. Julien parait menacé d'une nouvelle congestion cérébrale : tête lourde, engourdissement général (lavements purgatifs et sinapismes). Les symptômes se dissipent en quelques heures, mais l'intelligence reste très troublée. Pendant la nuit, le malade voulait se lever, disant qu'il faisait grand jour, que quelqu'un l'attendait dehors; il avouait lui-même que sa tête était en fermentation, qu'une foule d'idées se pressaient dans son cerveau.
Assez souvent il lui arrive de salir son pantalon plusieurs fois dans la même journée. Les hallucinations de la vue persistent. Le délire hypochondriaque s'ajoute aux autres
442 INFLUENCE DES SUPPURATIONS
symptômes. M. Julien accuse un surveillant de lui avoi mis un couvercle de pot dans l'anus; il refuse parfois de manger, sous prétexte que ce pot ne lui a pas encore été retiré.
Il parle très bas, faisant comprendre qu'il ne peut plus ouvrir la bouche. On parvient difficilement à lui faire accepter de la nourriture : il porte fréquemment la main au cartilage thyroïde, comme s'il sentait là réellement un corps étranger.
Ce refus d'aliments et ce mutisme durèrent jusqu'au mois d'avril. A partir du mois suivant, le malade redevint malpropre. Vers la fin de cette année et au commencement de l'année 18S8, l'agitation reparut par intervalles; M. Julien est irascible, menaçant et commet même quelques actes de violence.
Depuis neuf ans, le malade est tombé peu à peu dans un état profond de démence; il est très calme, très doux, parle rarement et à voix basse .
Les sentiments affectifs semblent éteints. J'ai pu souvent m'assurer qu'au milieu de cet état de démence M. Julien conservait encore quelques rares idées de grandeur.
Du reste, nul signe de paralysie.
Comme on le voit, chez ce malade, le délire ambitieux et, plus tard, le délire hypochondriaque, l'embarras passager de la parole, des signes de démence suffisaient pour faire admettre l'existence de la paralysie générale ; mais celle-ci, dont une grave congestion cérébrale semblait devoir accélérer la marche, s'arrête, au contraire, et, au lieu de se terminer par une démence paralytique qui eût plus ou moins rapidement entraîné la mort, s'est terminée par une démence simple sans aucun symptôme paralytique. Peut-être pourrait-on objecter que la maladie est, ici, d'origine alcoolique ; mais s'il est vrai que, dans les cas de ce