CHAPITRE VI
Huiles et graisses de Diptères et d'Hyménoptères
Presque tous les Diptères étudiés fournissent des huiles à indices d'iode moyens, toujours inférieurs à 100; Jeur teneur en Corps gras est en général peu élevée. Dans le cas particulier des Chironomus, NORMANN à trouvé une graisse consistante d’un type spécial.
Je n'ai étudié qu'un petit nombre d'huiles d'Hyménoptères; aucune ne posséde un fort indice d’iode. Quelques Hyménopières fournissent des graisses solides (nymphes d’Apis dor-
sata F.),
HUILE DE CALLIPHORA ERYTHROCEPHALA MEIG.
Famille : Muscidac
APERÇU BIOLOGIQUE. — C'est une de nos « mouches à viande > les plus communes; elle est plus fréquente que Calliphora vomitoria L. avec laquelle elle a été souvent confondue. L'évolution de ce Diptère est rapide et de nombreuses générations se succédent en toute saison. J'ai noté au début de l’éclosion une prédominance numérique des femelles sur les mâles; dans Ja suite, cette différence qui était trés nette (statistique portant sur des centaines d'individus) s’est atténuée et a disparu. Je pense donc que les mouches ? sont non pas plus nombreuses, mais d’'éclosion plus précoce que les 4, Le poids moyen de chaque individu est voisin de 0 gr. 0527.
On sait que les larves de Calliphora possédent de puissantes diastases protéolytiques. Les intéressantes recherches de WEINLAND (1906) 4e sont efforcées d'établir que ces Diptères peuvent synthétiser des graisses aux dépens d’une alimentation exclusivement protidique. WEINLAND élevait des larves de Calliphora sur
de la peptone de Witte ou bien sur de la viande hachée dégrais-
sée; il constatait une néoformation de graisses; il eut l’idée de réaliser la même expérience en opérant non plus à l’aide de larves entières et vivantes, mais au moyen du produit de broyage de ces larves; il reconnut alors que la lipogenèse continuait et qu’elle était même plus intense dans ce dernier cas, les diastases
n'ayant pas été altérées et étant sans doute mieux libérées.
DoNNÉES ANALYTIQUES. — Les représentants de Calliphora erythrocephala Meig. que j'ai étudiés provenaient dé larves ayant vécu dans la tête d’un Dauphin (Tursiops sp.). Cette particularité est intéressante à noter, car on verra combien grandes sont les différences entre les huiles de Calliphora et de Tursiops.
J'ai traité séparément un grand nombre de mouches 4 et ©, pensant qu’il pourrait y avoir une différence quantitative liée au sexe :
533 © pesant 28 gr. 09 ont fourni par épuisement à l’éther 0 gr. 9292 d'huile jaune, limpide. Le rendement atteint donc 3,3 p. 100 et 0 gr. 00174 par individu.
458 4 pesant 24 gr. 13 ont fourni 0 gr. 8306 d'huile, semblable à la précédente, soit 3,4 p. 100 et 0,00181 par individu. On voit que dans ce cas aucune différence sensible n'existe entre les deux sexes au point de vue de la teneur en corps gras : les pourcentages sont presque indentiques.
Ces huiles de Calliphora sont très fluides, ne déposent pas et sont douées d’une odeur nauséeuse repoussante, caractéristique. J’ai déterminé comparativement les indices d’iode et j'ai obtenu les chiffres suivants :
Huile de Calliphora S 80,7 Huile de Calliphora % 79,1
À ce point de vue encore on ne peut saisir aucun écart notable entre les deux sexes.
Enfin j'ai déterminé les caractéristiques suivantes : Indice de réfraction (9) 14665 à 20°5 (observé) 1,4667 à 20° (calculé)
Point de fusion des acides gras insolubles, 29° 7
L'attention doit être attirée sur le fait que l’indice de saponification présente une valeur très ordinaire, bien inférieure à
celle des indices de saponification des diverses huiles de Tête de Dauphin, d’où la conclusion que l'huile de Calliphora n’est pas du tout un produit résultant de l’assimilation directe des glycérides alimentaires, mais plutôt un produit de synthèse. Cette opinion confirme pleinement les résultats que WEINLAND a tirés de ses expériences,
C. S. ENGEL a proposé pendant la guerre d'utiliser la larve de Calliphora vomitoria L. comme agent producteur de graisses dont l’Allemagne manquait gravement. Cet auteur exposait des déchets de têtes de poissons au soleil, les soumettant ainsi à la ponte des Calliphora. En peu de temps ces résidus inutilisables étaient couverts d’une multitude d'œufs qui éclosaient et se développaient très rapidement. Au bout de quelques jours les larves étaient tuées à l’eau bouillante : elles s’accumulaient ainsi à la surface où elles étaient facilement recueillies. ENGEL obtenait par ce procédé un rendement de 4,5 p. 100, chiffre faible si on le compare à celui que m'ont fourni beaucoup de larves xylophages ou amylophages.