‹ Recherches sur les matières grasses des insectesChapitre 52 sur 55 · RO · texte numérisé non relu

RO

11 semble bien qu'il soit impossible de trouver une différence

nette entre les graisses des deux sexes chez Calliphora erythroce-

on

phala Meig.

De tout ceci il résulte que les particularités liées au sexe dans le métabolisme des corps gras sont certainement dissemblables selon les insectes que l’on examine; je viens de montrer que trois cas différents sont réalisés chez la fourmi rouge, le ver à soie et la mouche bleue de la viande: je pense cependant que le type réalisé par la fourmi rouge est le plus fréquent, mais cette opinion demanderait à être assise sur des données plus nombreuses,

portant sur des types variés choisis dans les différents groupes.

Corps gras et Systématique

Les travaux de TERROINE et de son école ont montré que les acides gras auxquels il donne le nom d° « Elément constant » possèdent des caractéristiques physico-chimiques d’une remarquable fixité chez une espèce et un organe donnés. MAYER et SCHÆFFER en introduisant leurs coefficients lipocytiques ont fait voir que les graisses protoplasmiques constituent des constantes cellulaires toujours semblables à elles-mêmes; je voudrais insister ici sur un point de vue tout différent : Il est évident que les Lipoïdes protoplasmiques ainsi envisagés représentent des caractéristiques spécifiques; mais ce sont uniquement les graisses de réserve que j'ai en vue dans ce qui suit : je voudrais montrer que leur constitution est dans une certaine mesure liée à l’anatomie et à la physiologie du tube digestif et par suite indirectement à la Systématique.

J'ai constaté que les corps gras mis en réserve chez les insectes présentent des caractéristiques physiques et chimiques très diverses; les variations fondamentales portent non seulement sur l’état solide ou liquide des produits (graisses, beurres et huiles), mais encore sur les proportions relatives des acides saturés et nonsaturés, sur la présence ou l’absence d'acides éthyléniques à une, deux ou trois doubles liaisons; j'ai constaté que la longueur de la chaîne carbonée des acides gras est très variable et que particulièrement dans le groupe des Aphidiens les acides à chaîne courte occupent une place prépondérante; j'ai vu encore que les proportions et la nature des substances insaponifiables étaient soumises à de grandes variations.

En présence de cette diversité, il est intéressant de se demander s’il existe quelque corrélation entre la composition des graisses de réserve et la position systématique des insectes qui les ont fournies. Il n’est pas déraisonnable de poser le problème : on sait, pour prendre un exemple souvent cité que les Sélaciens

s’'écartent remarquablement des autres poissons par la présence

dans leurs huiles de carbures à haute insaturation, le squalène et le spinacène, qui constituent parfois les huit dixièmes de l'huile du foie. On a parlé pour souligner ces particularités de classifications physiologiques (VAN GAYER).

La question ainsi présentée comporte en ce qui concerne les insectes une double réponse, à la fois négative et positive.

Il est en effet manifestement impossible d'établir des distinctions tranchées entre les huiles fournies par des représentants des différents ordres : aucun criterium ne peut permettre de distinguer a priori une huile de Coléoptère d'une huile de Lépidoptère : dans les deux ordres on trouve des huiles à indices d'iode élevés et d’autres à indices d'iode faibles: le fait qu'un insecte appartient à un ordre donné ne peut avoir aucune influence sur la constitution des graisses de réserve.

Mais si au lieu de nous adresser à des groupement naturels aussi généraux que les ordres nous essayons de comparer des familles, assemblages d'espèces beaucoup plus limités, plus homogènes et à biologie assez uniforme, les résultats deviennent très suggestifs et presque schématiques.

Dans la plupart des cas, les insectes appartenant à une même famille ont une alimentation à peu près identique : les Cérambycides et les Buprestides sont mangeurs de bois, les Chrysomélides mangeurs de feuilles vertes, les Carabides et les Æschnides prédateurs, les Aphidiens et les Coccides suçeurs de sève, les Tachinides entomophages, les Lasiocampides, Saturniides, Thaumetopæides et un grand nombre d'autres mangeurs de feuilles vertes, ete. La composition des graisses étant dans une large mesure fonction de l'alimentation, il est facile de concevoir que les insectes appartenant à une même famille emmagasinent en général des graisses très voisines, tandis qu'il y aura de grands écarts entre deux familles à régimes très différents,

C'est ainsi que les Chrysomélides mettent en réserve des substances grasses à indices d'iode élevés, riches en insaponifiable et donnant des bromures insolubles dans l'Ether, tandis que les Cerambyeides et les Buprestides accumulent des huiles à indices d'iode plus faibles, contenant peu d’insaponifiable et ne fournissant pas d'hexabromures, Les Aphidiens synthétisent des graisses

d'un type spécial, sortes de beurres riches en acides volatils. à in-

dices de saponification très élevés et indices d’iode très faibles.

Je pense donc que le problème posé plus haut peut recevoir la réponse suivante :

La position systématique d’un insecte dans tel groupe plutôt que dans tel autre ne peut avoir en elle-même aucune signification au point de vue de la composition de ses graisses de réserve. Par contre, si l’on envisage des groupements limités tels que les familles dont les représentants ont une alimentation du même type, on constate chez les corps gras élaborés une certaine uniformité de composition; on est alors autorisé à parler de concordance entre la classification qui tient compte de la conformation anatomique des organes de nutrition et les données de la Biochimie. En ce sens on peut dire que l’anatomie conditionne la composition des graisses de réserve,

Page 1