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Influence de l’alimentation
On admet généralement qu'il existe des relations directes entre l'alimentation et la constitution des graisses de réserve; j'ai déjà souligné à propos de l’origine des graisses chez les insectes quelques faits qui viennent à l’appui de cette manière de voir; je voudrais montrer ici que le bilan nutritif influe à la fois sur l'abondance et sur la nature des glycérides accumulés chez les insectes, que les facteurs alimentaires ont un rôle quantitatif et qualitatif.
A. INFLUENCE QUANTITATIVE. — J’ai insisté sur les différences très étendues qui s’observent chez les insectes au point de vue de leur teneur en matières grasses; il est tout indiqué de rechercher du côté du régime alimentaire la source de semblables écarts; l'examen de leur nourriture habituelle montre en effet que les larves très riches en graisse sont celles qui trouvent dans les substances qu'elles ingèrent beaucoup de glucides ou de lipides : c’est le cas en particulier de Balaninus elephas GyIl. Curculionide qui consomme les glands de Quercus Ilex L. très riches en matière amylacée; c’est encore le cas de la Bruche des haricots (Acanthoscelides obtectus Say.) qui possède aussi un régime très riche en glucides; chez Cossus ligniperda F. la ration alimentaire apporte beaucoup de polysaccharides (Glucosanes, Pentosanes). Chez Balaninus nucum L., ravageur des noisettes, le pourcentage en huile alimentaire atteint 60 p. 100.
Au contraire, les larves qui se nourrissent de feuilles vertes sont en général pauvres en corps gras : c’est le cas de beaucoup de Lépidoptères (Vanessa, Pieris, Saturnia, Arctia, ete., ete.) Il est vraiment curieux de constater que parmi les Coléoptères, la famille des Chrysomélides qui est aussi adaptée au régime phyllophage renferme des larves à pourcentages peu élevés.
Les larves de Diptères vivant sur les tissus en décomposition
donnent également un faible rendement en corps gras. Il en est
de même des Pseudonévroptères prédateurs (Æschna) et des Carabides, Staphylinides, ete.
B. INFLUENCE QUALITATIVE. —— On saisit encore plus nettement l’action des facteurs alimentaires en comparant les caractéristiques des produits élaborés.
1° On peut ranger dans un même groupe les larves à alimentation glucidique, les xylophages, les rhizophages, les ravaveurs de graines amylacées, etc. Tous ces insectes sont caractérisés par des indices d’iode moyens ou assez faibles (68,5, 80,8, etc.). Ils ne fournissent pas de bromures insolubles dans l’éther et ne contiennent par conséquent pas d'acide linolénique ; ils renferment peu d’insaponifiable (0,75 à 2 p. 100). Les indices de saponification sont moyens (190-200) et les indices de REICHER#- MeissL très faibles.
2° Dans un autre groupe les mangeurs de feuilles vertes, c’est-à-dire un très grand nombre de Lépidoptères, les Chrysomélides, beaucoup d’Orthoptères (Acridiens, etc.). Ces insectes produisent des corps gras à indices d’iode élevés ou très élevés; ils sont riches en insaponifiable (parfois 10 à 11 p. 100) ; ils contiennent de l’acide linolénique décelable par des indices d’hexabromures parfois importants.
3° Les larves lipophages ont des graisses dont la nature est en grande partie fonction de celles qu’elles ont ingérées. Il serait intéressant, mais difficile en raison du faible poids de matériaux disponibles, de rechercher l'acide érucique dans les larves de Cecidomyia ochracea Winn. ou de Dasyneura brassicae Winn. qui consomment les graines de crucifères, ainsi que l’acide arachidique chez les nombreux ravageurs de la graine d’arachide.
4° Dans une autre catégorie doivent être rangés les carnivores et insectivores (Carabides, Nécrophores, Sarcophagides, etc.). Ces insectes n’ont qu'une teneur peu élevée en corps gras; ils se rapprochent à cet égard de ceux qui ont été signalés dans le deuxième groupe, mais ils ont en revanche le plus souvent des indices d’iode de l’ordre de 70 à 80 (Calliphora erythrocephala Meig.).
5° Un groupe très naturel est constitué par les suceurs de sève, Aphides et Coccides. Ces Hémiptères, surtout les Aphides, ont des graisses solides, à indices d’iode très faibles, indices de saponi-
fication et de RrIcHERT-MEIssL très élevés: ils contiennent beaucoup d'acides volatils et, d’une facon générale, beaucoup d’acides saturés à chaîne courte.
Ces faits paraissent indiquer nettement l'importance de lalimentation parmi les facteurs qui déterminent la constitution des graisses chez les insectes; cette conclusion n’a d’ailleurs rien de surprenant @ priori puisqu'elle est conforme à ce qu'ont appris les recherches et les expérimentations faites chez les mammifères. Le cas des insectes est seulement particulièrement intéressant parce qu'il réalise une expérience toute faite d’une grande ampleur : alors que chez les Mammifères (et les travaux ont porté presque exclusivement sur des chiens ou des cobayes), il faut modifier artificiellement le régime alimentaire pour étudier le rôle de tel ou tel constituant, chez les insectes, il suffit d'interpréter les résultats fournis par un nombre considérable de types adaptés
à des régimes alimentaires très variés.
Influence du sexe
De nombreux auteurs ont mis en évidence dans la série animale l'existence de relations entre la vie génitale et l’accumulation ou l’utilisation des réserves de graisses. Les faits mis en lumière portent surtout jusqu’à présent sur des variations quantitatives, beaucoup plus que sur des modifications qualitatives; c'est ainsi que chez beaucoup d’invertébrés on observe des oscillations saisonnières dans la teneur en matières grasses; ces faits sont particulièrement nets chez les mollusques : C. DEFLANDRE (1903) a fait remarquer que chez les Helix l'hépato-paneréas se charge en graisse pendant les mois de Mai et de Juin; avant et après cette époque, il en est dépourvu. Cette période de réplétion adipeuse précède un peu celle de la reproduction qui a lieu en Juin et Juillet. Il semble bien que dans ce cas les matières grasses élaborées spécialement à cette intention soient utilisées pour l'édification des formations embryonnaires.
Chez les Crustacés, l'hépato-pancréas d’Astacus fluviatilis F. donne 38,6 p. 100 d'extrait éthéré avant la ponte et 17,09 six mois après.
Chez les Echinodermes, un exemple très net est fourni par Asterias rubens L.: on voit chez cette espèce les bras remplis primitivement par les ramifications de l'hépatopancréas chargé de graisse. Dans la suite, cet organe entre en régression et est remplacé par l'ovaire qui se développe énormément en se chargeant de la graisse hépatique.
Chez les Sélaciens, E. ANDRÉ (1927) a admis que le foie est particulièrement riche en graisse au moment de la maturité sexuelle. Les recherches poursuivies sur la Roussette (1) (Scyllium
canicula L.) semblent monter que la teneur en huile hépatique
(1) KOLLMANN, VAN GAVER @t TiMON-Davin. Le développement du foie et Son rendement en huile chez Seytlium canicula X:, dans leurs l'Apports avec l'état sexuel de l'animal. (@ R: Soc. Biol: TC; p. 355).
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passe par deux maxima, l’un avant et l’autre après la ponte. La proportion est en général plus élevée chez les 9 que les 4.
Chez les insectes, dont le cas est ici spécialement envisagé, les résultats sont variables, parfois même contradictoires et il semble qu’une solution uniforme ne puisse être donnée à tous les cas.
Les intéressantes recherches de CH. PEREZ sur l’évolution de la fourmi rouge (1902) ont mis en évidence le rôle du sexe dans la conservation des réserves adipeuses larvaires : chez la nymphe femelle de Formica rufa L., la phagocytose des cellules adipeuses se manifeste seulement dans la région nucale et laisse à peu près intactes les réserves grasses qui occupent l’abdomen; chez les mâles au contraire, toutes les cellules abdominales sont résorbées. Par suite, « tandis que les femelles naissent avec un nombre « considérable d’ovules déjà différenciés, mais chargés de vitel- « lus et conservent une quantité considérable de réserves accu- « mulées dans leur corps adipeux, les mâles au contraire naissent « pour ainsi dire vidés de réserves. » | PEREZ |.
Bien souvent en effet on observe une prédominance des femelles au point de vue de la teneur en corps gras. Le cas des reines de Termites est tout à fait démonstratif; c’est là une tendance assez générale et qui s'explique, semble-t-il, facilement : il s’agit d’une particularité en relations avec l'élaboration des réserves de l'œuf, chez lequel les graisses jouent un rôle important.
L'huile des œufs de criquets algériens est à rappeler à ce propos. Il faut remarquer qu’une différence très importante existe entre les huiles d’œufs et les huiles de larves : elle réside dans leur teneur en Phosphore. Dans le premier cas le chiffre est très élevé, témoignant d’une importante proportion de Phosphatides; dans le second, il est extrêmement faible (moins d’un dixmillième chez Ergates faber L.).
Chez d’autres insectes et particulièrement chez le ver à soie, les faits sont différents : les observations histologiques de VAaNEY et MAIGNON ont montré chez les chrysalides mâles une forte diminution de la teneur en glycogène et une augmentation importante de la teneur en graisse peu de temps avant la transforma-
tion, Chez les femelles, ces auteurs ont vu au contraire un ac-
croissement de la teneur en glycogène et une diminution des
Un cas intermédiaire est représenté par ce ce que j'ai observé chez Calliphora erythrocephala Meig. à l’état imaginal. Mes analyses qui ont porté sur près de mille individus, mâles et femelles, m'ont donné dans les deux cas des résultats quantitatifs et qualitatifs bien voisins : au point de vue de la teneur en huile 3,3 p. 100 chez la femelle et 3,4 p. 100 chez le mâle. Si l’on calcule d’après ces chiffres le poids d’huile par individu, on trouve 0 gr. 00181 chez la mouche mâle et 0 gr. 0,00174 chez la mouche femelle.
Les indices d’iode sont pratiquement identiques dans les deux cas :