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QUELQUES CONSIDÉRATIONS

Sur l’usage topique de Veau à dijférens degrés de température.

Nous ne sommes plus surpris , mais nous admirons les effets d’un moyen aussi simple au1 il est avantageux dans ses résultats. Pour le bien de l'humanité, on le trouvera toujours dans nos camps et dans nos demeures.

Consolons-nous donc de n’avoir point à regretter les eaux d’arquebusade et ces composés divers que notre art prodiguait naguère si inconsidérément, que l’ignorance et 1 entêtement accréditent seuls encore.

Nous aimons à voir le brillant auteur de l’article Érudition du Dictionnaire des sciences médicales , l’honneur de la chirurgie militaire, préconiser ainsi ( article Eau ) l’usage de cette liqueur vraiment précieuse : Sydenham disait qu’il renoncerait à la médecine si on lui ôtait l’opium j pour moi , dit l’illustre baron Percy, f aurais abandonné la chirurgie des années , si Von m’eut interdit l’usage de l’eau. Le moderne Pitard , M. le baron Larrey , vient sans

doute confirmer l'opinion du nouveau Paré , en attribuant à l’eau que nos blesses portaient* avec eux dans les déserts de l’Egypte, la cure prompte de leurs plaies même les plus graves (] ). Heureux succès que vient encore justifier l’application de ces simples feuilles de bananiers trempées d’eau , auxquelles recourent les Indiens pour cicatriser leurs blessures !

Mais tout en faisant l’éloge d’un pareil moyen thérapeutique, combien il importe, pour être judicieux dans son emploi, de consulter la nature précise de la blessure, considération faite de la texture des parties et des altérations vitales qui leur sont propres !

A l’importance de ce précepte, il faut indispensablement ajouter l’appréciation de l’état général cui sujet, de sa constitution particulière, l’influence de 1 atmosphère, des saisons et du climat.

(i) Larrey. Relation chirurgicale de l'armée d'Orient. Transport des blessés dans le désert- u Ou s’élonuera sans doute d’appreudre qu’avec quelques galettes de biscuit un peu d eau douce qu’on portait avec chaque blesse, et l’usa«e de l eau saumâtre pour leur pansement, un grand nombre de ces individus affectés de blessures graves à la tête, à la poitrine, au bas-ventre, ou privés de quelques membres, ont les déserts d’une étendue d’environ 60 l.cues, qui séparent la Syrie de l’Egypte, sans nuis accident* et avec de tels avantages, que la plupart se sont trouvés guéris lorsqu’ils ont revu cette dernière contrée,

Bien entendu qu’en parlant de l’eau comme topique, nous insistons, particulièrement, à ne pas confondre les propriétés diverses qui résultent de ses diiïerens degrés de température. Ce dernier point est tellement essentiel, que c’est à l’action froide de l’eau que nous attribuons , d’abord , les succès de la cure que nous avons faite.

Il fallait bien qu’HiPPOCRATE eût déjà apprécié cette propriété , pour nous avoir donné cet aphorisme : Tumores autcm in articulis et dolores absque ulcéré , et podagricos et convulsionesÿ horum plurima frigida multa affiisci , et levât , et atténuât , et dolorem solvit. Torpor enim modicus doloris solvendi 'vim habet. (Lorry, aphor. 25, § 5).

Mais si la température froide est précieuse dans l’état des choses telles qu’elles existaient pour le sujet de notre observation, avec quelle réserve ne doit-on pas s’en servir, alin de remplir précisément le but qu’on se propose?

Se basnrderait-on , par exemple, à emplojrer l’eau froide dans une inflammation déjà prononcée, sans s’exposer à l’accroître, à produire même la gangrène?

Ne serait-ce pas risquer une conversion fâcheuse d'une inflammation critique, que de supprimer celle-ci, en ne voyant en elle qu’une simple affection locale ?

Les exemples de ces repercussions inconsidérées , produites par l'eau froide et les prétendus résolutifs , ne sont malheureusement que trop multipliés. Entr’autres faits cités par différens praticiens, le Docteur Latour ( Traité des héînoi 1 agies ) , a vu une hémoptysie allarmante succéder immédiatement à la disparition, à la suite d’une de ces applications, d’une phlegmasie qui occupait toute l’étendue de la jambe. Un vésicatoire appliqué de suite sur la même extrémité, a heureusement remédié à un pareil accident, en détournant le mouvement fluxionnaire de la poitrine. L’exutoire ne produisit, ici, son effet qu’en déterminant un abcès considérable. La dérivation était heureusement proportionnée au travail qui s’était établi avec tant de force sur les poumons.

Les douleurs elles-mêmes, sans aucune espèce d’altérations organiques, n’exigent pas de moins grandes précautions. Et dans la certitude même que Théden ( Progrès ultérieurs de la Chirurgie), ait dissipé, comme par enchantement,

avec des fomentations d’eau froide, une douleur sciatique intolérable, ne s’exposerait- on pas, dans pareille circonstance, à produire une dérivation funeste ?

Une observation de Sciimucker ( Bibliothèque de chirurgie du nord , traduct. de Rougemont, page io5), vient à l’appui de celle proposition: Un homme appliqua de l’eau froide sur son pied où il avait une douleur goutteuse} la douleur disparut, et le lendemain il fut aveugle.

Notre objet principal est d’ailleurs, ici, de considérer l’eau froide relativement aux plaies des parties les plus sèches des membres, celles qui se composent plus spécialement de tendons et d’aponévroses, où l’inflammation produit conséquemment le plus de ravages par la difficulté de la distension des tissus.

A quels désordres ne sont pas exposées, par exemple, les articulations en général, la main et le pied, lorsque, ces parties ayant été dilacérées par des coups de feu, on n’est point assez heureux pour prévenir les effets d’ime inflammation d’autant plus à redouter que les tissus sont naturellement plus serrés (1)!

(i) Eau. Usage chirurgical. Diction, des sciences médicales ,

Ne convient-il pas, alors, d’éviter, pour obtenir une issue favorable, que les fluides, appelés par l’irritation, ne s’accumulent dans les vaisseaux de manière à forcer, outre mesure, l’extension des parties tendinentes et aponévro tiques, et à agir, consécutivement, sur les moindres filets nerveux où réside la sensibilité la plus exquise ?

L’eau froide, dans ce cas, ne remplit- elle pas parfaitement l’indication que l’on doit se proposer? Par son moj^en l’affluence du sang étant prévenue dans les capillaires sanguins, n’évitet-on pas cette accumulation de calorique dont la présence constitue un des élémens les plus redoutables de l’inflammation ?

Préférerait-on à celte médication si facilement

r. io, page i83. «, C est principalement dans les plaies avec déchirement des membranes, des aponévroses, des tendons, etc., que 1 eau a le plus d efficacité. Avec elle j’ai sauve , dans une foule de circonstances, ou aussi bien je n’avais pas d’autres secours à ma portée, des membres et surtout des mains et des pieds qui étaient à tel point dilacerés et maltraités qu’il paraissait imprudent d’en différer l’amputation. De longues immersions dans l’eau froide ou dégourdie selon la saison et 1 opportunité des lieux, l’application d’éponges ou de linges imbibes d eau, 1 eau enfin, sous toutes scs formes, prévenait ou modérait les accidens , contenait, dans de justes bornes l’irritation ou l’inflammation, amenait une suppuration aussi bonne que le comportait la nature des parties, et j’obtenais une guérison que nul autre moyen ne pouvait disputer à l’eau, puisque je n’ayais eu recours qu’a elle.

explicable par la physiologie pathologique , ces émolliens qui, d’abord, provoquent le mal en favorisant l’affluence des humeurs , ou bien ces stimulans alcooliques et résineux qui l’exaspèrent toujours, en irritant des tissus dont il faudrait, au contraire, diminuer l’impressionnabilité ?

Dans ce système de sédation , nous ne prétendons certes pas que les choses soient portées à l’extrême, que l’astriction ou la torpeur soient telles qu’on ait à en craindre les conséquences, la mortification, ou du moins , un obstacle trop grand au travail que s’impose la nature médiatrice.

N’est-ce donc pas à l’action même de l’eau froide, ainsi que nous venons d’en apprécier les propriétés , que nous devons rapporter le succès étonnant que M. le baron Percy (Article Eau du Dictionnaire des sciences médicales , T. 10, page 492)? a notamment obtenu dans les plaies d’armes à feu faites aux pieds, en 1792, à l’assaut de la Montagne- Alerte, auprès de Trêves ?

Parmi tant d’exemples , cités par des praticiens, de la véracité desquels on ne peut douter, nous avouerons que ce sont les faits rapportés par Aï.

le baron Percy, qui nous ont le plus déterminés à tenter un moyen de l’efficacité duquel nous sommes aujourd’hui bien convaincus nous-mêmes.

Quelque soit le crédit d’une autorité aussi irrécusable, nous étions encore loin de nous attendre à un résultat de la nature de celui que nous avons obtenu, tant les faits propres à l’illustre chef de la chirurgie militaire en France, nous paraissaient surprenans. En effet ,. M. Percy , en parlant de la prompte guérison de 60 hommes blessés à la Montagne- t^erte , emploie le mot miracles pour rendre l’étonnement dans lequel il fut lui-même de l’usage de ce moyen.

Si cette médication réfrigérante a depuis longtemps été conseillée dans le panaris, pour prévenir le mal dès son principe, en faisant avorter l’inflammation dont les suites sont quelquefois si dangereuses, comment, par la même raison, ne l’a-t-on pas également employée pour les parties où nous avons eu lieu d’en louer les effets ? .

Du petit au grand, la texture n’est-elle pas semblable, et le gonflement inflammatoire n’expose-t-il pas à des accidens également fâcheux, lorsque toute autre médication dispose à une fluxion locale que l’on voudrait éviter.

Qui n’a pas eu à déplorer les suites trop sourem irrémédiables de ces maux mal combattus d’abord ?

Il est entendu , ainsi que nous l’avons fait pour notre blessé-, qu’on doit être secondé par an régime analogue à la médication topique.

Contre l’opinion de M. le Professeur Richerand ( Nosographie chirurg. Lésions tactiles ), nous ne pensons pas devoir expliquer l’action de J eau froide en lui accordant seulement, dans ce cas, une propriété stupéfiante qui ne serait que l’expression vague de l’engourdissement de la sensibilité , lorsqu’une action appréciable sur les propriétés de tissus paraît évidente. L'effet de l astriction est, d’ailleurs, trop manifeste sur les solides, pour qu’on puisse en douter. La disparition des veines sur la surface de la partie, la réduction de certaines hernies par l’action de l’eau froide, peuvent bien laisser préjuger ce qui doit, à plus forte raison, arriver clans le système capillaire.

Olary, sur la question : déterminer les différentes espèces de répcrcussifs , T. 1 , page 3o4, in-4.0 des prix de V académie de chirurgie , paraît assez bien établir les différais degrés d’as-

triction déterminés par l'eau froide. Dans le premier degré , il pense que l'eau n’agit qu’en maintenant les vaisseaux à-peu-près dans les bornes de leur diamètre naturel, en les défendant contre une dilatation qui résulte nécessairement de l’afflux plus ou moins grand des fluides, ce qu’il appelle action défensive, tandis cpi’il rapporte l'effet proprement dit astringent , puis styptique, à un plus haut degré de froid, jusqu’à la glace comprise.

Pour la dernière action qu’ALARY rapporte à à la stypticité, son application n’est plus celle que nous devons produire dans les cas analogues à celui qui est l’objet principal de notre observation. La gangrène en serait trop probablement la suite.

Pour revenir à M. le Professeur Richerand , si l’action stupéfiante était la seule qu’on dût attendre de l’eau froide, les narcotiques, proprement dits, ne la remplaceraient-ils pas toujours aussi efficacement'!3 Cependant l’expérience est loin de s’être également prononcée en faveur de leur application.

En comparant l’action des bains froids à celle des fomentations froides, l’effet n’est-il pas ab-

solument le même ? Dans le premier cas, la peau n’est-elle pas resserrée, ne repousse-t-elle pas, sensiblement, le sang, qui afflue clans la multitude infinie de ses vaisseaux capillaires? La personne qui se baigne n’a-t-elle pas ce qu’on appelle vulgairement la chair de poule , tant que dure l’impression du froid? A la vérité, y a-t-il ici réaction prompte à la peau par la cessation clu bain, cpii ne peut avoir qu’une action momentanée, tandis que nous nous proposons, dans l’application bornée à une partie, de produire une action aussi durable qu’elle convient pour prévenir l’inflammation , du moins la réduire le plus possible.

L’identité des effets du bain et des fomentations est assez évidente pour qu’on ne puisse pas contester la propriété que nous attribuons à l’eau froide, pour s’opposer à l’inflammation. C’est ainsi que Schmucker en recommande l’application dans les plaies de tête, où il en a singulièrement préconisé les effets (1). Nous nous sommes convaincus par nous-mêmes des

( i ) Bibliothèque de chirurgie du Tford par Rougemont. Schmucker sur ses plaies de tête, u L’issue malheureuse «les lésions les moins graves de la tête convainquit Schmucker de rinsuflisancc^des moyens employés jusqu’à ce moment- Il

avantages qu’on pouvait en tirer dans ce dernier cas. Lorsque le cerveau et ses membranes sont exposes aux irritations idiopathiques ou sympathiques , ou ne saurait trop prévenir des maux aussi redoutables.

Si l’eau froide est favorable dans les plaies de tête, Horn ( Bibliothèque de chirurgie du nord p* cp)} n a Pas moins eu à s’en louer dans les plaies pénétrantes des articulations par armes blanches. Son procédé consiste à rapprocher les lèvres des plaies avec des agglutinatifs , et à appliquer des compresses continuellement imbibées d’eau jusqu’à parfaite guérison. Par ce moyen , et des saignées, il a prévenu toute inflammation, et il n’a pas eu le moindre accident.

Ce n’est cependant pas qu’une extrême torpeur dans ün membre cpii menacerait de gan-

conçut alors une conduite differente, qui eut, dans la suite, le succès le plus complet. L'arachnoïde pourvue d’un grand nombre de vaisseaux lymphatiques lui parut être le principal siégé du mal. Il crut que la commotion, la contusion produisaient peu a peu une accumulation , un engorgement de la lymphe qui s’altérait par son séjour au défaut d’absorption. Pour éviter et résoudre cette accumulation et cet engorgement de la lymphe, il lui parut nécessaire rie trouver un moyen qui pût faire contracter .et fortifier les vaisseaux , et il n’en vil pas de plus convenable que l’eau froide.

grc ne, ne contr’indiquât l’eau froide, qui devrait nécessairement précipiter la perte de l’extrémité blessée. Toutefois, ne prétendons-nous pas conseiller une méthode rigoureusement exclusive : le caractère et les circonstances des maladies sont trop variés pour qu’on ne puisse user que d’une seule méthode. Ne voir qu’un objet, c’est se livrer à une prévention coupable, et la médecine est la science où il devrait y en avoir le moins.

Lorsque nous considérons I’Eau sous le rapport de sa température froide , nous ne lui attribuons pas moins de vertus, employée à divers autres degrés de température. On pourrait même dire qu’elle suffit à toutes les indications, depuis son état de congélation jusqu’à celui d’ébuliüon.

Ne pourrait-on pas déterminer , ainsi qu’il suit, l’action médicamenteuse de l’eau prise à toutes les températures ?

Action topique de l’Eau, etc.

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