‹ Recherches sur les métastasesChapitre 32 sur 50 · COUP DE FEU · texte numérisé non relu

COUP DE FEU

AVEC FRACAS DES OS DU TARSE ET DU MÉTATARSE , GUÉRI RADICALEMENT EN 64 JOURS , PAR LA SEULE APPLICATION DE l’eAU , A DIFFÉRENS DEGRÉS DE TEMPÉRATURE.

Combien de fois les eaux de la Moselle, du Rhin, du Dauube, du Lecb , de TOder, de l’Elbe , du Bug, de la Vistule, du Niémen , du Tage , du Quadalquivir , etc., n’ont-elles pas seules fait les frais de nos nombreux blesses ? Et l’on voit que la prcfe'rence réelame'c en faveur du l’EAU, remonte , pour nous, au commencement de la guerre dout nous venons de voir l’heureuse fin.

Eau , Dictionnaire des sciences médicales , T. X, page 481.

u and on aime la vérité , on ne se prévient pas plus en faveur d’une chose, qu’on ne la rejette inconsidérément. On compare les opinions , ' et l’on cède franchement , lorsqu’une expérience avérée a d’ailleurs, pour elle, la sanction d’autorités respectables.

Ce raisonnement est précisément applicable à l’Eau, dont on peut justement apprécier les

heureux effets, sans encourir, pour cela, l’épîtliète de Médecin d’eau douce.

Pour imposer au vulgaire, faut-il donc toujours s’élever au merveilleux? Le temps nous a enfin dessillé les yeux, et ce n’est plus que la conviction en main qu’il faut procéder aujourd’hui.

En effet , qu’opposer raisonnablement au témoignage d'HippocRATE , de Celse, de Paré, de Lamorier, de Sancassani, de Kern, de Horn, de Lombard , du baron Larrey , et principalement du baron Percy, dont l’article Eau, du Dictionnaire des sciences médicales, est, à lui seul, la monographie la plus concluante?

La cure des plus promptes d’un coup de feu à travers le pied, avec fracas des quatre derniers os du métatarse, d’une partie de la deuxième rangée des os du tarse, justifierait pleinement de pareilles assertions, s’il était possible, un seul instant, de les révoquer en doute.

C’est seulement un beau fait de plus à ajouter à ceux qui doivent consacrer l’efficacité d’un moyen aussi simple, et dont l’action s’explique très-bien.

Puisse cet exemple, appuyé tout récemment des observations du Docteur Laurent ( i ) , confirmer , de plus en plus , l’heureux exemple du moyen dont nous voulons concourir à établir l’utilité !

M. d’A******, ancien capitaine d’infanterie, âgé de 55 ans, parfaitement sain, de complexion athlétique, néanmoins très-impressionnable, eut, à la chasse, le 12 novembre 1817, le pied traversé d’une forte charge de plomb de lièvre. Appelés trois heures après son accident, sa blessure nous présenta, sans qu’il y eut hémorragie, un fracas manifesté des os du tarse et du métatarse.

Le coup, qui avait fait balle par la direction droite du canon, qui était presque à bout portant, traversait directement la partie moyenne du métatarse, de la surface supérieure à la surface inférieure. La plus forte portion de la charge était restée dans le pied, sans, cependant, un trop grand délabrement à l’extérieur.

(1) Observations sur les avantages de I’Eau simple dans la cm c des lésions externes, par le Docteur Laurert , chirurgicniTiajor des gardes-du-corps , lues à la société de médecine de Paris, le 20 mars 1817. Recueil périodique de lu Société de médecine , T. Go, mai 1817.

L’indication (i) fut de suite remplie par de longues et profondes incisions ayant pour but le débridement et l’extraction des plombs, ainsi que de nombreuses esquilles, de celles, du moins, qui pouvaient être extraites sans trop d’efforts.

Nous eussions craint, sans cela, de déterminer une irritation que nous voulions prévenir. Les pièces qui pouvaient se consolider, devaient sans doute être ménagées , la suppuration suffisant , d’ailleurs , pour entraîner celles qui devenaient corps étrangers.

(i) Pour ne pas être en contradiction avec les meilleurs pre'ceptes , nous devons justifier ici noire conduite : nous n’avons prat:qué les incisions que pour prévenir des maux immiuens , résultats des nombreuses brides que nous eussions laissé subsister. C\ ût été un obsiacle à la sortie de nombreuses esquilles , îa cause d’une inflammation aussi grave, que la douleur eût élé cruelle. Les inconvéniens mêmes qui peuvent résulter de la section de quelques vaisseaux des aponévroses et des cordes tendineuses, peuvent-ils contrebalancer les maux graves qui seraient inévitablement la suite de leur conservation !

Bien qu’il soit en général de règle de ne pas débrider les plaies d’armes à feu des pieds et des mains, il est cependant des cas qui l’infirment contre les principes qu’établit peutêtre trop rigoureusement M. le Professeur Riciierand. Voici comme s’exprime M- Ricuerand, page 81 , f. l.Cr de sa INosoc kaphi e chirurgicale: ii L.e débridement est inutile dans les pluies des parties peu charnues, telles que le crâne , le bas de la jambe , le pied , le poignet et la main. Le grand nombre de nerfs et de tendons qui se trouvent dans ces der~ nières parties , rend toute incision dangereuse, n

Nous devions, peut-être, nous attendre à une sérieuse hémorragie , par la difficulté de ménager les artères plantaires} mais elle fut heureusement prévenue par la cohstriction des vaisseaux divisés probablement d’abord , par le coup de feu , et rétractés ensuite dans les chairs (1).

(i) Nous citerons une preuve remarquable des effets de restriction des plus gros tubes artériels par les coups de feu.

A l'affaire de Médina del Campo , nous fûmes obligés, vu le grand, danger que nous encourions sur le champ de bataille, tic nous borner à retrancher nu lambeau qui restait d’une amputation faite par le boulet à la partie supérieure du bras, sans qu’il nous fût possible de faire une seule ligature.

Pour nous être informés du blessé que nous retrouvâmes ensuite dans un des hôpitaux de W alladolid, nous attestons, rien n’ayant été changé à ce que nous avions fait d’abord, que, malgré l’abondance de la suppuration, la guérison ne s'en e^t pas moins opérée saus la plus petite hémorragie et sans avoir eu recours à la moindre ligature. Le blessé nous intéressait sous le double rapport de l’observation et de l’amitié qui nous liait a son parent, adjudant-major au 6.e régiment de dragons, où nous étions chirurgien-major.

M. le Docteur Zinck, actuellement chirurgien — major à l’hôpital de Givet, nous a parlé d’un cas à-peu-près semblable. Le jour de la bataille de Dresde, il fit une amputation de l’avant-bras sans pouvoir faire la ligature des artères, à cause de leur profonde rétraction. La cure ne s’en fit pas moins : il n’y eut pas d’hémorragie.

Nous ne doutons pas que de pareils faits n’aient été , nombre de fois , observés dans les armées. Les observations du Docteur Taxil Saint— Vincent , chirurgien de i.re 'classe de la marine royale , font foi d’ailleurs.

Dans un mémoire sur la rétraction des grosses artères, lors

II n’y eut, en effet, de sang répandu que ce qui convenait, précisément, pour contribuer à empêcher les fâcheux effets d’une inflammation beaucoup trop à redouter, sans doute, dans des parties où la multiplicité des vaisseaux de toute espèce, et la nature fibreuse des tissus procréent autant d’accidens.

Aussi pour éviter plus sûrement encore les résultats de la distension des tissus, dans les parties où elle éprouve tant d’obstacles à se faire, par opposition aux lieux où ceux-ci sont naturellement mous , nous nous déterminâmes sur-lechamp., avant le développement de toute espèce de fluxion , à l’application de l’eau froide }

de leur section transversale complète ( Journal universel des sciences médicales , T. /.Pr, page 3^4) , ce chirurgien donne, eutr’aulres exemples de rétraction artérielle, à la suite d’amputations, celui d’une amputation de cuisse guéie sans qu’il eût été possible de pratiquer une seule ligature : ce fut après une amputation nécessitée par un grand délabrement à la jambe , causé par un gros boulet. Le blessé avait eu à supporter un long et pénible transport , trois attaques successives de fièvre endémique, ainsi que des dépôts profonds suivis d’exfoliation.

Le Docteur Taxxl paraît attribuer un phénomène pathologique aussi heureux à la faculté rétractile iuhércule aux tissus organiques, destiné à lutter contre l’état continuel d’extension auquel sont forcées les parties ramifiées et disposées à se laisser parcourir par les tluides.

recommandation faite d’humecter incessamment, nuit et jour, le pied et l’extrémité inférieure de la jambe, ce qui équivalait à un bain permanent.

Notre but était , évidemment , de resserrer assez les capillaires de la peau et des tissus subjacens , pour prévenir le développement, du moins l'accumulation du calorique dont il paraît que le siège de première émission est spécialement dans le réseau des dernières ramifications artérielles.

Pour suivre les conseils donnés par M. le baron Percy , article Eau , nous préférâmes l’application des compresses de toile et de molleton , imbibées d’eau , au cataplasme dont le poids est tout au moins incommode, ayant soin d'interposer du linge entre la peau et le tissu de laine qu’on imbibait fréquemment.

Le régime, en conséquence, fut mis en rapport avec l’objet que nous nous proposions. Le blessé observa la diète , en usant aussi de boissons tempérantes , d’eau froide , de limonade et d’émulsion. Une assez forte saignée fut pratiquée.

Nos espérances ne furent pas trompées , le calme fut, en effet, le résultat des moyens que nous indiquâmes. Le sujet n’éprouvait d’autre sensation qu’un léger engourdissement du pied, sans aucune douleur, conséquence d’une action éminemment sédative. A peine si le blessé éprouvait un léger mouvement fébrile. La fièvre vulnéraire n’étant que le produit de l’irritation de la blessure , communiquée au centre de la circulation sanguine, l’irritation étant nulle, il na paraîtra pas surprenant que la fièvre*n’ait point existé, et il fallait continuer de la prévenir.

Le surlendemain, quatrième jour de la blessure, on leva l’appareil} pas la moindre tuméfaction, légère astriction à la peau, peu de sensibilité. Les plaies furent mollement pansées en interposant simplement un bourdonnet plat et long entre les bords de la blessure, continuation faite de l’eau froide jusqu’au septième jour, où la suppuration parut s’établir sans rougeur bien manifeste.

Le développement d’un léger degré de sensibilité rendait le mouvement du pied quelque peu pénible sans qu’il y eut même de lièvre.

L’irritation ayant été heureusement prévenue,

conséquemment l'excès d'inflammation qui pouvait en être le résultat, nous crûmes qu’il était temps de recourir à l’eau tiède, pour relâcher légèrement et graduellement les tissus, favoriser l’expulsion des esquilles.

En effet , la chute des escarres s’opéra convenablement , et il n’y eut de suppuration que celle qu’on devait attendre d’une inflammation trèsmodérée , qui ne produisit qu’un léger foyer que nous incisâmes vers le bord interne du pied, sur le premier et le deuxième os du métatarse, près du tarse. Ce petit apostème fut causé par la présence d’un gros plomb. C’est le seul accident qui ait réellement fait souffrir le blessé cpii , depuis , a été de mieux en mieux.

Déjà le dix-huitième jour de la blessure, le petit dépôt était presque cicatrisé. Nous commençâmes, des -lois, à extraire journellement des esquilles par les plaies que nous avions dilatées. Nous les obtenions sans efforts, tant le relâchement était favorable, le degré de dilatation convenable à leur extraction.

Soixante esquilles, enfin, ont été successivement enlevées jusqu’au quarante-cinquième jour

de la blessure. Il faut y ajouter la presque totalité des plombs contenus dans le pied : ils étaient applattis et déformés.

Ces esquilles comprenaient la plus grande partie du deuxième et du quatrième os du métatarse, une portion du cinquième, la tête entière du troisième , et quelques débris de la deuxième rangée des os du -tarse.

Il est notable que leur expulsion fut tellement facile, quelle n’était guères qu’un jeu pour nous et le blessé qui était assez volontiers monté sur le ton de la plaisanterie durant même son pansement, tant l’inflammation était légère, la situation du corps favorable.

Nous n’avançons rien qui ne puisse être prouvé, puisque M. d’A****** est connu, a Metz , par le rang honorable qu’il occupe dans le monde.

Depuis quelques temps nous faisions usage d’éponge préparée à la ficelle pour maintenir dilaté le trajet des plaies, et par là, nous rendre entièrement maîtres des moindres esquilles qui eussent pu s’opposer à une prompte et solide guérison.

Il résulta du vide formé par la perte de substance et la dilatation opérée par l’éponge, une ouverture droite, régulière , cylindroide , de 27 millimètres de diamètre, espèce de lunette à travers laquelle 011 voyait sensiblement les objets.

Cette ouverture avait réellement quelque chose de singulier. On eût dit quelle avait été faite avec un emporte-pièce à travers un pied pour ainsi dire sain.

Convaincus que nous n’avions plus rien à extraire , car tout était palpable au doigt et ;à 1 oeil , nous remplaçâmes l’éponge par un séton dont la traction ménagée devait produire l’inflammation adhésive, après avoir encore quelque temps entretenu l’ouverture', il fallait bien favoriser définitivement la guérison. Il y aurait eu , d’ailleurs , un inconvénient réel à ce que le trajet durât trop de temps. Ne pouvait-t-il pas rester fîstuleux ?

Le cinquantième jour, la plaie, très-rétrécie, lut définitivement livrée à elle-même.

r Le soixante -quatrième jour de l’accident deux .cicatrices solides vinrent couronner feeu-

vre d’une cure raisonnée d’après les principes que nous avions d’abord conçus. Le pied est sans difformité', et son articulation tarso-tibiale parfaitement libre.

Une excellente constitution a sans doute beaucoup fait pour le succès de la cure 5 mais on 11e conviendra pas moins qu’elle comportait aussi tous les élémens de cette inflammation si redoutable dans des parties de la nature de celles que nous avons soignées.

Nous avons dû cesser l’eau tiède dès la fin de l’extraction des esquilles, pour ne pas relâcher outre-mesure, puisque l’atonie eut été le résultat non-équivoque d’une médication devenue intempestive. Un commencement d’œdématie céda bientôt à l’usage des applications amères et aromatiques.

Le traitement interne a été des plus simples, comme nous l’avons déjà dit} il a habituellement été tempérant } et nous n’avons usé de laxatifs que lorsque les selles devenaient rares. En effet, le resserrement du ventre pouvait entraîner de l’irritation et détruire l'harmonie que nous desirions entretenir dans toutes les fonctions.

Lorsque nous nous sommes proposés de favoriser la cicatrisation , en livrant à lui-même le trajet que nous avions maintenu pour l’expulsion des plombs et des esquilles , nous avions pensé qu’il était convenable de prescrire alors des purgatifs, comme moyen de dérivation. Les déjections alvines sollicitées ainsi, devaient nécessairement tendre à diminuer, peu-à-peu, l’exhalation du pus. On y ajouta un exutoire pour assurer un plein succès.

Ce qui est d’ailleurs assez concluant pour le genre de médication dont nous avions d’avance calculé les effets, c’est que le blessé n’a pour ainsi dire pas éprouvé de fièvre, tant la circulation du sang fut calme, le système nerveux exempt de troubles , malgré la grande excitabilité du sujet.

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