STIMULANTE, IRRITANTE
Elle acquiert d’autant plus celte propriété , que les parties sont encore plus excitables.
En cette qualité elle devient :
PnLEGMASiQUE , (éminemment) Vèsicante ,
Escarotique.
Dans ce dernier cas , il faut qu’elle soit en niasse et appliquée pendant une certaine durée.
Nous pensons que ces dénominations, consacrées par une thérapeutique mieux entendue expriment dune manière bien plus exacte; du moins intelligible, les propriétés de nos médicamens topiques, que ces expressions vagues et surannées de suppuratifs , digestifs , résolutifs , r é perçus sif s , incarnatifs , etc. etc., que nos? ti aités de chirurgie moderne maintiennent encore, comme si la thérapeutique des lésions externes différait sensiblement de celle des affections internes.
La chirurgie, si brillante de nos jours par ses procédés opératoires, méconnaîtrait-elle qu’il est encore d’autres moyens de procurer une Guérison radicale?
Une médication topique bien conçue et bien appliquée, ne conduirait-elle pas à un résultat plus heureux et moins cruel, en prévenant une operation dont l’appareil lui seul est , déjà si pénible. 5
La preuve de l’exactitude de ce raisonnement serait dans le sujet même de notre observation si 1 on nous accusait de ne pas avoir préféré d’abord l’amputation au moyen qui nous l’a fait si heureusement éviter. Familiarisé aux ablations
de toute espèce depuis quinze ans que nous exerçons les fonctions de Chirurgien-major dans les hôpitaux et dans les armées, on ne nous flétrira pas d’une pusillanimité qui n’est pas du tout notre fait.
On peut prendre en témoignage du degré d’intérêt qu’on devrait apporter à une appréciation plus juste de l’action des médicamens en chirurgie, l’opinion qu’émet le Professeur Ri-
CHERAND.
Cet habile professeur dit que l'histoire des remèdes topiques est encore à faire , et que cette partie de la matière médicale promet d'abondantes moissons à qui saura la re cueillir. ( Appendice concernant les opérations chirlrg. Nosographie chirurgicale , T. 2, chap. i.er, p. 448).
Cette manière franche de reconnaître notre infériorité sur ce point, renferme sans doute, implicitement, la nécessité de rendre notre langage plus exact et plus épuré en matière topique. « Il riy a point de nomenclature , ni de méthode , dit l’éloquent Vicq-d’Azir, (discours sur l’anatomie) qui ne puisse être changée par Influence des progrès de l'esprit humain. »
Le vœu que M. Richerand émet pour l’amélioration de la matière topique, nous donne le regret que ce Professeur n’ait pas toujours jugé les topiques aussi habilement qu’il a considéré les autres parties de la chirurgie. Par exemple, ne paie-t-il pas une espèce de tribut à la vieille doctrine, lorsqu’il prescrit, les premières vingtquatre heures des plaies d’armes à feu, Implication d’un digestif simple , des fomentations spiritueuses et résolutives P
L’eau froide que nous proposons, a sans doute une action bien opposée à celle de ce genre de médication stimulante.
Nous rendrons, du moins, cette justice à M. le baron Boyer ( Traité des maladies chirurg. T. 1 , page 338, Plaies d’armes a feu), de ne pas partager les mêmes principes. Ainsi s’exprime un des plus habiles chiriatres dont la chirurgie s’honore : Les topiques spiritueux , dont on faisait usage autrefois , dans le premier pansement des plaies d'armes à feu, sont très-nuisibles, ils causent des froncemens et de l'irritation , et sont manifestement contraires à l'intention que l'on doit avoir de procurer promptement le dégorgement des
chairs et la suppuration qui doit détacher les escarres.
Voici, par opposition, le précepte du Professeur Richerand sur le même objet : Les plaies d'armes à feu , lorsqu'on a fait ï extraction des corps étrangers , et pratiqué les débride mens convenables , exigent le même traitement que les plaies contuses ordinaires , V application du di g est if simple , des fomentations spiritueuses et résolutives pendant les vingtquatre premières heures , après quoi les cataplasmes émolliens.
L’eau, en qualité de topique, étant l’objet de notre observation, nous ne saurions mieux faire que de citer les paragraphes 22 (1) et 25 (2) de la 5.e section des aphorismes d’HippocRATE , afin d’appuyer les différens degrés d’utilité d’un fluide qui , pour nous servir des propres expressions de Chambon (Abus des ongue ns et des
(1) Api). 22, secL 5. (Lorry ) «. Calidum snppuratorium non in omni ulcéré , maximum signant ad securitatem : autem amollit, atténuât , dolores sedat , rigores , convulliones , tétanos mitigat plurimum autem conferl ossium fracturis : maxime vero denudatis. Ex his guident maxime gui in capite ulcéra liaient ; et guœ à frigore moriuntur aut ulcerantur. Et herpstibus exedentibus s edi , pudendo , utero , vesicoc. His calidum guident amicurn et decretorium , frigidum vero ini— nticum et occidens.
(2) Kous avoui cite cet aphorisme, page 27G.
EMPLATRES , 5.e vol. in-4.0 des prix de l’academie de chirurg. page ip3), n'est pas tant recommandable encore par ses propriétés spécifiques , que par l'exemption des inconvéniens attachés aux autres liqueurs.
Celse , un des Médecins de l’antiquité qui avait le plus étudié l’action des médicamens , n’avait pas moins reconnu qu’HipPocRATE , les avantages que l’on doit attribuer à l’eau tiède sous le rapport de sa propriété évidemment émolliente, fluide auquel les topiques émolliens composés doivent leur principale vertu : Nam mollities quam calidæ aquœ lotionibus acquirunt corpora , solius humiditatis proprium cic inse parabile signum est animantis xidelicet corpore , etc. Galenus , de simplic. mcdicam. facult. Lib. 1 , cap. 8. Chartier, T. i3.
Si notre Paré n’a pas le mérite d’avoir, le premier, assigné à l’eau ses diverses propriétés, du moins lui devons-nous une appréciation plus rigoureuse de son action topique.
Les préceptes qu’il établit pour l’application de ce topique prouvent bien jusqu’où ce Chirurgien-Médecin portait le scrupule de l’observation.
En fixant positivement les actions diverses de l’eau suivant ses différens degrés de température, il avait déjà su, de son temps, préciser les cas qui nécessitent telle ou telle température , considération faite de la durée de son application.
Les articles Erysipèle (i), Goutte (2) et Fracture (3), prouvent sans doute qu’il avait
(1) Erysipèle, chap. i3, 7-e liv. Cure, pag. 169. Œuvres de Paré , 8.® édition.
Pour la curation de l’érypsipèle nous deuons auoir deux n intentions, à sçauoir vacuation et réfrigération. Mais d’au— 51 tant qu’il y a plus de besoin de réfrigérer pour la graude 71 ardeur qu’en phlegmon, notre principal butseia de réfrigérer. 7i S’accomplira par des médicamcns t piques , lesquels seront 51 au commencement et augment froids et humides, et non secs n ni astringcns. Galien et Avicenne louent grandement ce 51 remède. P. R. ac/uœ frigid lihr. I, aceti optinti une VI fiat 51 oxycrat , auquel tremperez des compresses , puis seront 5i appliquées dessus et autour la partie, et renouvelées souvent, n
(2) Pare, i8.® liv. des GOUTTES , p. 438. Vertu de Peau 51 froide.
il L’eau froide appliquée et jettée goutte à goutte sur la fi partie , est narcotique et stupéfactiue , dit Hipp apli. a5 , 51 sect. V , adjoustant icelle pour une autre raison, estre fort 51 propre en toute espèce de goutte; sçauoir, emprschant par 51 sa vertu répercussive que les hurneuis n’affluent dauautage sur 01 la partie, n
(3) Paré, i5.® livre des FkàctureS , chap. 3o, pag. 34p.
n Icelle eau aiusi chaude appliquée par peu de temps par
51 fomentation, échauffe et subtilise l’humeur qui esta la super— 51 ficie du cuir, et le prépare à la résolution, ainsi fait attraction 51 de sang et de l’alimcnl nécessaire à uue partie qui eu auça
une idëe précisé des modifications de la vie dans chacune des le'sions physiques ou organiques qu’il assigne, ainsi que des médications topiques qu’il voulait, en conséquence, leur opposer. Aussi sait-il très-bien distinguer les cas qui exigent l’action émolliente de l’eau , de ceux qui réclament 1’efTet stupéfiant, pour prévenir l’inflammation là où une fluxion menace de se fixer.
II a évidemment reconnu que l’efiTet répressif de l’eau froide était le seul efficace, lorsque l’eau chaude ou tiède devait, au contraire, favoriser 1 afllux du sang dans les vaisseaux capillaires , en irritant ou en relâchant les tissus.
ti besoin. Pareillement appaise 1 s douleurs , relâche ce qui est •n trop tendu , échauffé modérément une partie trop refroidie ti par l’expulsion et expression du sang et des esprits qui auraient n pu estre faites par des bandes et ligatures. Et, s’il y a in— T tempérance chaude , elle la refroidit accidentellement, qui sc ti lait en resoluant 1 humeur chaude contenue en la partie , qui, ti si elle est exténuée et amaigrie, la rend charnue et mieux n nourrie et succulente , laissant une humidité gracieuse comme n sont les bains d’eau douce.
11 Nous jugeons la fomentation avoir été appliquée peu de ti temps, quand en sa partie il commence y apparaître un peu Ti de rougeur et tumeur modérément, quand la rougeur et n tumeur sont apparentes et manifestées longuement, quand la n rougeur qui apparaît est perdue et la tumeur abaissée.
n II faut avoir aussi une considération de l’habitude du corps si qu’on fomente, car s’il est pléthorique, la médiocre fomen- Ti tation remplira la partie d’humeurs superflues -, mais aussi ti s’il est maigre et exténué, rendra la partie qu’on fomente 51 chanteuse , mieux nourrie, succulente et refaite, n
Que cet exposé concis de l’opinion de Paré, sur cette seule matière , soit pour nous l’occasion de l’hommage que nous aimons à rendre à son mérite ! Son savoir embrasse tellement le domaine entier ce la médecine, que nous sommes encore à nous demander comment on a osé le réduire aux simples connaissances de la chirurgie proprement dite, en le dépouillant même d’érudition, lui qui pourrait encore tant en apprendre aux détracteurs jaloux de son talent.