Dénudation du tibia. Cause inconnue
Nécrose du corps entier du tibia , dégagée de
toute espèce de végétation. Saillant, de toute son épaisseur, cet os était immédiatement' circonscrit par une plaie tendant à la cicatrisation.
3. Ablation de la nécrose dans une longueur de 226 millimètres , ce qui constituait la presque totalité du corps entier du tibia.
Prolongement successif des bouts sains du tibia. Le bout supérieur, au 2o.p jour , avait déjà 27 millimètres de long} il se confondait avec les parties environnantes dont les végétations avaient , en grande partie , comblé le vide de la jambe , lorsque la pourriture qui survint nous contraignit à l’amputation.
4- L’examen, du membre amputé , malgré la déconvenue, a démontré l’œuvre déjà très**- avancée d’une régénération manifeste.
En nous bornant, ici, au simple exposé de l’état des parties , nous trouvons de très-grands rapports dans les résultats de ces trois observations, puisque la régénération déjà avancée du nouvel os de notre sujet, lui aurait évidemment permis de se servir de son membre, si des circonstances étrangères ne s’y fussent opposées.
Mais , du moins , existe-t-il une ressemblance parfaite dans la totalité du tibia enlevée dans chacun des individus, dans l’égale consolidation cartilagineuse, puis osseuse, des tissus qui se trouvaient dans le vide formé par l’ablation de la nécrose, lorsqu’on a également observé, sur tous les trois, le développement de la substance des bouts qui touchaient à cette nécrose.
L’observation de Dupeyra nous offre, cependant, ceci de plus remarquable, qu’elle nous a mis à même d’explorer plus positivement les progrès de la régénération, l’élongation, surtout , bien prononcée du bout supérieur , ainsi cpie les lames évidemment osseuses, qui servaient , cà et là , de noyaux à l’ossification , une d’elles s’unissant au bout inférieur par un fibro-cartilage. • >
Du vivant du sujet, nous avions vu progressivement croître les extrémités tronquées, qui, après l’ablation de la nécrose, se prolongeaient en forme de bouchons, en se confondant aussi avec les parties subjacentes qui tendaient à combler l’espace vide par l’extraction du tibia.
Nous ne pensons pas qu’on puisse attribuer au périoste et à la membrane médullaire, la cause de la régénération que nous avons observée nous-même, puisque, du vivant de 1 individu, le tibia en était dépouillé par la désorganisation que nous en avons vu s operer , sous nos yeux , la presque totalité du corps du tibia faisant sensiblement saillie à l’extérieur.
Nous devons ajouter que la jambe de Dupeyra n’avait pas plus éprouvé de raccourcissement que MM. Freteau et Ducasse n’en avaient observé chez les sujets dont ils ont transmis les belles observations.
Dans les trois cas, l’étendue du tibia nécrosé, qui avait, à-peu-pres, la meme longueui , comprenait également toute l’epaisseur de cet os . dans une parfaite intégrité de toutes ses formes et de toutes ses surfaces.
Nous avons fait ajouter au dessin que nous donnons de la nécrose de Dupeyra, celui d’une régénération complète, qui se trouve gravée dans le Muséum anatomicum de Ruisch . afin de détruire toute espèce de doute au sujet de cette belle œuvre de la nature. Voyez les figures 3 , 4 et 5 de la i .re planche.
Cet exemple, le plus parfait encore de ceux qui nous sont parvenus jusqu’aujourd’hui, représente, d’après nature, une assez grande longueur du tibia nécrosé dans toute son épaisseur, ainsi que le nouvel os qui le renferme.
C’est une preuve de conviction que nous avons jugé convenable de placer sous les jeux de nos lecteurs , parce que l’ouvrage de Ruisch est devenu très-rare, et que son dessin figure parfaitement , sans doute , ce que doit être , après la guérison, la jambe des individus dont nous venons de parler.
Expériences faites sur les avant - bras de seize gros et jeunes pigeons.
Le cas pathologique , qui est devenu le sujet de notre observation , devait nécessairement nous conduire à tenter des expériences sur des animaux vivans, afin de produire des résultats semblables et identiques, dans la supposition que la nature ne devrait avoir qu’une manière d’opérer, prise à-peu-près dans les mêmes conditions.
Notre but était, en effet, nous garantissant de toute espèce d’influence, de déterminer positivement, d’une part, si la régénération des os était évidente} de l’autre, quel pouvait être, déterminément , le moyen dont elle s’opérait, qu’un système y contribue plus qu’un autre, ou que la plupart des systèmes , ou tous , y concourent.
Trop de fois le respect pour un grand nom, la prévention, l’aveuglement, ou bien même une espèce de paresse, se sont opposés à ce que nous recherchions la vérité. Le doute ou l’incertitude nous suffisent presque toujours, lorsque, d’ailleurs, nous adoptons, si volontiers, ce qui se
trouve le plus en rapport avec la direction de nos idées. Et c’cst malheureusement là l’histoire des choses humaines, jusqu’à ce que les épreuves se soient assez multipliées pour rencontrer d’assez bons esprits qui démêlent, enfin, cette vérité si difficile à atteindre.
Nous sommes loin de nous placer, sincèrement, dans cette dernière catégorie, mais,. du moins, aurons-nous fait des efforts pour contribuer à éclaircir le sujet si diversement expliqué des nécroses.
Notre but était conséquemment de confirmer l’existence de la régénération dés os, si souvent contestée , dans le lieu même où il y aurait eu destruction totale dé leur continuité, tandis que nous nous proposions de nous convaincre du moyen reproducteur.
Ainsi, avons-nous pensé qu’il était tout simple de nous réduire, pour obtenir ce double résultat, à deux modes d’expériences. L’un consiste à ruginer complètement une étendue suffisante d’un os long, pour le dépouiller de son périoste, en le privant, en même temps, dans une longueur égale, partie correspondante, de sa mem-
brane médullaire et de sa moelle, afin de s’assurer, la nécrose ayant nécessairement lieu, de l’impossibilité de la réparation ou du moyen que la nature y emploie ; l’autre mode, à retrancher une pareille longueur de toute la substance d’un des os de l’avant-bras, y compris, bien entendu, le périoste, section faite sans le moindre éclat, pour nous convaincre également du moyen de réparation, en infirmant l’opinion de Duhamel et de Iroja.
La première expérience devait^ inévitablement, produire une nécrose de toute l’étendue dépouillée. La seconde entraînait une perte de substance égale à la portion retranchée.
De cette manière, devions-nous amener, avec une durée de temps suffisante, un résultat none'quivoque, en ne produisant, sur-tout, que le moindre délabrement possible.
Avant de suivre les progrès successifs de nos expériences , disons comment nous avons opéré nos pigeons.
Manière de les opérer.
Seize gros pigeons d’un an ont été consacrés
à nos expériences, liait pour chaque objet qu« nous nous étions proposés d’examiner.
Tous opérés le même jour, nous les avons successivement tués pour en faire le plus scrupuleux examen dans l’ordre de temps suivan :
Vingt-quatre heures, 3, 6, 18, 3o, 4°? 6o et 90 jours après l’opération.
Ces différens termes nous ont paru suffisans pour atteindre le but que nous nous sommes proposé d’abord. Nous avions usé de beaucoup de niénagemens pour leur conserver la vie.
Après avoir choisi l’avant-bras de préférence à la jambe, afin de conserver plus sûrement la longueur du membre par le soutien d’un des os qui nous servait d’attelle, de favoriser aussi le repos nécessaire à l’œuvre de la régénération , nous avons incisé régulièrement les deux tiers cîe l’avant-bras le long d’un de ses os dans la direction des fibres musculaires.
Cette incision pratiquée dans un des cas pouf produire la nécrose de l’os, a été faite de ma« nière à le dépouiller entièrement de son périoste dans l’étendue déterminée, tout en ménageant scrupuleusement le reste, alla de ne causer ni
hémorragie, ni dégât, qui pussent compromettre l’existence du pigeon.
L’os a été ensuite coupé nettement vers une de ses extrémités pour le priver de sa membrane médullaire, en foulant sa cavité de petites lamines de plomb dans l’étendue de la portion complètement ruginée, afin de déterminer plus sûrement la nécrose que nous nous proposions de produire.
Dans la deuxième série d’expériences, nous avons, avec les mêmes me'nagemens, retranché, au moyen de ciseaux bien tranchans, la moitié du meme os de l’avant-bras, section faite entre ses deux extrémités, ayant soin de la faire bien nette pour ne pas laisser la moindre esquille.
Des marques ayant été faites, à ces oiseaux, pour ne pas commettre de méprises , nous avons pu les choisir pour les examiner, chacun, ainsi que nous nous l’étions proposé, afin de chercher à confirmer, d’une manière encore plus positive, le fait que nous a valu notre observation.
Les dessins de la planche 2 représentent, avec une rigoureuse exactitude, les cas pathologiques les plus remarquables qui ont résulté de ces vivisections.